Evangile de la fête du Christ-Roi, dans l’année A – 26 novembre 2017

Posté par rtireau le 22 novembre 2017

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 25,31-46. 
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. 
Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs : 
il placera les brebis à sa droite, et les boucs à gauche. 
Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : “Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde. 
Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; 
j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !” 
Alors les justes lui répondront : “Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? 
tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? tu étais nu, et nous t’avons habillé ? 
tu étais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?” 
Et le Roi leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.” 
Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : “Allez-vous-en loin de moi, vous les maudits, dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges. 
Car j’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’avais soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ; 
j’étais un étranger, et vous ne m’avez pas accueilli ; j’étais nu, et vous ne m’avez pas habillé ; j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité.” 
Alors ils répondront, eux aussi : “Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, avoir soif, être nu, étranger, malade ou en prison, sans nous mettre à ton service ?” 
Il leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait.” 
Et ils s’en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes, à la vie éternelle. »

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Homélie

Posté par rtireau le 22 novembre 2017

Fête du Christ Roi – A – 26 novembre 2017

Ezéchiel 34, 11-12.15-17 ; Psaume 22 ; 1 Corinthiens 15, 20-26.28 ; Matthieu 25, 31-46

La fête du Christ-Roi date de 1925 au temps du page Pie XI. Une époque où beaucoup d’états Européens ont pris une certaine autonomie par rapport à l’Église. Des chrétiens sont encore nostalgiques du temps où le Pape et les Évêques exerçaient une tutelle sur la vie de la cité. Certains rêvent de reconquête. En France, le souvenir de la séparation de l’Eglise et de l’Etat est bien présent. Ici ou là on chante le Christ-Roi avec des accents revanchards. Il y a erreur sur notre roi ! Et elle existe encore quelquefois cette nostalgie d’un Christ tout puissant :

- “Jésus était Dieu. Et Dieu, c’est le tout puissant.” Et on ne parle plus de Jésus que pour insister sur ses miracles. L’homme Jésus a disparu.

- Noël ! La naissance de Jésus en grande pauvreté devient quelquefois une fête enluminée de sacrée où disparaît le message chrétien.

- La défense que Jésus prend des indéfendables est souvent oubliée. Et au nom de Jésus, on a pu faire des lois de moralité. Et il fallait se confesser souvent car on avait peur pour soi d’abord. Les plus anciens se souviennent sûrement qu’ils ont chanté : “Je n’ai qu’une âme qu’il faut sauver ?”

Le texte d’aujourd’hui (Matthieu 25) conclut l’enseignement de Jésus avant sa Passion. Ce sont les Béatitudes, au chapitre 5, qui inauguraient cet enseignement. Jésus y avait annoncé son programme royal autour du mot Heureux. Il l’a accompli en fidélité à son Père, et c’est sur cette base qu’il jugera les hommes au dernier jour. Michel Scouarnec a écrit deux réflexions à ce sujet :

1 – « Dans la parabole, le Roi s’exprime au passé : « J’avais faim, j’avais soif… » Et les gens aussi : « Quand t’avons-nous vu ? » Au jour du jugement, Dieu dira : mon Royaume ce n’est pas seulement celui d’après la mort. Votre monde est aussi le mien. J’y suis présent. M’y reconnaissez-vous ? Faites que règnent amour et partage sur votre terre, et vous vivrez déjà ce que vous espérez.” »

2 – « Le roi ne dit pas : vous n’avez pas nourri les affamés. Il dit : “Moi, j’avais faim et vous ne m’avez pas donné à manger”. Il s’identifie en quelque sorte à l’affamé, au prisonnier, au malade. Voilà la grande nouveauté de l’Evangile. »

Notez bien les critères évoqués dans le récit de Matthieu : ils ne sont pas religieux. Ils sont humains et concernent les droits de chacun. Le texte met en rapport le Christ et tous les humains sans indications d’une appartenance à une nation, une religion, un âge, un sexe.

- Il y a le critère économique : nourriture et boisson sont nécessaires pour vivre et survivre.

- Il y a le critère social : sans vêtement et sans logement ou hébergement, comment vivre dans la dignité ? Comment entrer en relation avec les autres

- Et il y a le critère éthique et politique. Chacun doit pouvoir se déplacer librement pour rencontrer, pour être aidé, pour être soigné et visité s’il est alité, s’il est infirme ou en prison.

Pour y voir plus clair, je vous propose les deux questions qui furent posées à Jésus :

1ère question : “Es-tu roi ?”  Question posée par Pilate. Réponse de Jésus : “Ma royauté ne vient pas de ce monde.” Il est roi, mais pas à la manière de ce monde :

- Jésus-Roi, oui, mais la veille de sa mort, il a lavé les pieds de ses disciples.

- Jésus-Roi, oui, mais ce jour-là son manteau royal était le manteau rouge des fous. Et il allait être torturé. La croix est le seul trône élevé sur lequel il ait accepté de siéger.

- Jésus-Roi, oui, mais roi fraternel : “Ce que vous faites au plus petit, c’est à moi…” Au jour de Dieu, tout dépendra de la réponse à la question du Seigneur : « Qu’as-tu fait de ton frère ? »

- Jésus-Roi, oui, mais tellement discret. “Quand est-ce que nous t’avons vu avoir faim ?” Très importante la surprise de tous en apprenant le lien du Christ à l’humain en détresse. Ça veut dire que générosité et solidarité ont valeur en elles-mêmes et que le Royaume de Dieu a les traits du frère en difficulté. Le plus court chemin pour aller vers le Christ est le détour par l’autre.

 

2de question à Jésus : « Où est ton Royaume ? » Réponse : “Il est au milieu de vous.” C’est en vivant notre vie d’hommes que nous le construisons ou non. “Le Royaume est là, dit Hyacinthe Vulliez, non pas dans le pauvre, comme on l’a dit, mais dans le partage avec le pauvre. Dieu est fait présent par le partage du pain.” Alors, si l’on partage tout à l’heure de ce pain devenu Corps du Christ, c’est que nous voulons partager chaque jour avec les frères les plus pauvres.

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Evangile du 33° dimanche dans l’année A – 19 novembre 2017

Posté par rtireau le 15 novembre 2017

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 25, 14-30. 
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples cette parabole : « Un homme qui partait en voyage appela ses serviteurs et leur confia ses biens. 
À l’un il remit une somme de cinq talents, à un autre deux talents, au troisième un seul talent, à chacun selon ses capacités. Puis il partit. Aussitôt, 
celui qui avait reçu les cinq talents s’en alla pour les faire valoir et en gagna cinq autres. 
De même, celui qui avait reçu deux talents en gagna deux autres. 
Mais celui qui n’en avait reçu qu’un alla creuser la terre et cacha l’argent de son maître. 
Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint et il leur demanda des comptes. 
Celui qui avait reçu cinq talents s’approcha, présenta cinq autres talents et dit : “Seigneur, tu m’as confié cinq talents ; voilà, j’en ai gagné cinq autres.” 
Son maître lui déclara : “Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur.” 
Celui qui avait reçu deux talents s’approcha aussi et dit : “Seigneur, tu m’as confié deux talents ; voilà, j’en ai gagné deux autres.” 
Son maître lui déclara : “Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur.” 
Celui qui avait reçu un seul talent s’approcha aussi et dit : “Seigneur, je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes là où tu n’as pas semé, tu ramasses là où tu n’as pas répandu le grain. 
J’ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre. Le voici. Tu as ce qui t’appartient.” 
Son maître lui répliqua : “Serviteur mauvais et paresseux, tu savais que je moissonne là où je n’ai pas semé, que je ramasse le grain là où je ne l’ai pas répandu. 
Alors, il fallait placer mon argent à la banque ; et, à mon retour, je l’aurais retrouvé avec les intérêts. 
Enlevez-lui donc son talent et donnez-le à celui qui en a dix. 
À celui qui a, on donnera encore, et il sera dans l’abondance ; mais celui qui n’a rien se verra enlever même ce qu’il a. 
Quant à ce serviteur bon à rien, jetez-le dans les ténèbres extérieures ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents !” »

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Homélie

Posté par rtireau le 15 novembre 2017

33° dimanche dans l’année A – 19 novembre 2017

Proverbes 31, 10-31 ; Psaume 127 ; 1 Thessaloniciens 5, 1-6 ; Matthieu 25, 14-30

A l’époque de Jésus, on ne parlait pas des “hommes de talent” ; on ne disait pas d’un tel : “il a du talent”. Et je crois que ces expressions ont pour origine notre parabole d’aujourd’hui. Jésus raconte donc une histoire des serviteurs à qui leur patron avait confié sa fortune avant de partir en voyage. Le talent dont il parle ne symbolisait ni un quotient intellectuel ni des aptitudes humaines. C’était du métal, du vrai qui pesait 35 à 60 kg et représentait une somme colossale équivalent environ à 6000 journées de travail.

Jésus dépasse sans doute les limites du vraisemblable pour laisser entendre qu’il parle en réalité d’un autre genre de dépôt : la nature à cultiver et protéger, les conditions de vie à humaniser, les capacités de chacun à développer, ou enfin l’annonce de l’amour de Dieu pour tous. Toutes ces actions concrètes qui s’essaient à incarner l’amour de Dieu. Ce qui faisait dire un jour à Friedrich Hölderlin : “Dieu crée le monde comme la mer crée la plage : en se retirant. 

Les deux premiers serviteurs sont apparemment présentés pour le suspense. Eux ont fait ce qu’il fallait, et on se demande naturellement ce qui va arriver au troisième. Si, au moins, il avait placé le talent quelque part pour qu’il rapporte ! Mais non ! Il l’a mis en terre ! Ceci dit, le droit rabbinique lui donnait raison : enfouir dans le sol un dépôt confié était à l’époque un moyen légitime et très sûr contre les voleurs. Pourtant, le maître, n’en tient aucun compte et l’accuse d’être un serviteur mauvais. Et, sur cet homme, légalement irréprochable, la sentence tombe. Une fois de plus, Jésus ne s’inquiète pas beaucoup du droit !

Quand Matthieu écrit son évangile, les chrétiens ont déjà longtemps cru que le retour de Jésus allait être immédiat. Et la fin du monde n’arrivant pas, ils se relâchaient et doutaient sans doute un peu. En leur redisant la parabole des talents, l’évangéliste les invitait au courage et à l’action. Sans doute il vise surtout les pharisiens et les scribes qui pensaient être de bons serviteurs de la Loi et qui la mettaient à l’abri de toute déformation. Ils l’enfouissaient dans des formules et des règles minutieuses. Le message de Dieu était ainsi en sécurité. Que pouvait-on leur reprocher ? Et Jésus leur déclare : “De ce trésor, de cette Parole qui est semence de vie, qu’en avez-vous fait ?”

Rien à voir avec le sens appauvri de cette parabole toutes les fois qu’on l’a lue comme une petite histoire pour donner des leçons de morale ? En réalité, la question est : que faisons-nous de la Parole de Dieu qui nous est confiée ? “Dieu veut, dit G. Ringlet, qu’on risque sa Parole comme un financier audacieux risque son capital. Avec l’immense différence que ce pardon multiplié, cet amour qui rapporte gros sont vraiment à la portée de tous les porte-monnaie.” En bref, Jésus décrit deux manières contraires de gérer sa vie : ou bien sous le registre de la confiance, ou bien dans la peur. La foi et l’amour, la confiance et la générosité ne peuvent rester enfermées, ni dans la terre ni dans un coffre. Le 3° serviteur est mauvais parce qu’il a pris Dieu pour un homme dur et qui fait peur. Il y a erreur sur la personne puisque Dieu n’est qu’amour. Le cœur qui aime ne craint jamais de rencontrer à l’improviste celui ou celle que son cœur ne cesse d’attendre.

Et le cœur qui aime exerce ses talents d’une tout autre manière. Connaissez-vous l’histoire des trois tailleurs de pierre ? Ils sont en train de travailler sur un chantier. Un passant s’arrête et demande à chacun d’eux ce qu’il fait. Le premier répond : “Je taille des cailloux, tu le vois bien !” Le deuxième : “Je gagne de l’argent pour nourrir ma famille.” Le troisième, enfin, dit : “Je bâtis une cathédrale”.  Tous trois font le même travail. Mais chacun d’eux donne un sens différent à son travail. Et nous, quel sens donnons-nous à toutes nos activités de ce monde ?

Trois petites phrases comme je les aime pour notre semaine :

- “Enterrer ou semer ? C’est la même geste, mais l’un est d’avarice, l’autre de générosité.”

- “L’homme est tellement occupé à améliorer les conditions matérielles de sa vie qu’il ne trouve guère le temps de s’améliorer lui-même.”

- “A quoi bon entasser pour garder ? Vous ne pourrez pas toujours vous promener avec vos citernes. Soyez donc des sources. C’est moins encombrant et plus efficace.”

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Evangile du 32° dimanche dans l’année A – 12 novembre 2017

Posté par rtireau le 9 novembre 2017

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 25, 1-13. 
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples cette parabole :
« Le royaume des Cieux sera comparable à dix jeunes filles invitées à des noces, qui prirent leur lampe pour sortir à la rencontre de l’époux.
Cinq d’entre elles étaient insouciantes, et cinq étaient prévoyantes :
les insouciantes avaient pris leur lampe sans emporter d’huile,
tandis que les prévoyantes avaient pris, avec leurs lampes, des flacons d’huile.
Comme l’époux tardait, elles s’assoupirent toutes et s’endormirent.
Au milieu de la nuit, il y eut un cri : “Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre.”
Alors toutes ces jeunes filles se réveillèrent et se mirent à préparer leur lampe.
Les insouciantes demandèrent aux prévoyantes : “Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s’éteignent.”
Les prévoyantes leur répondirent : “Jamais cela ne suffira pour nous et pour vous, allez plutôt chez les marchands vous en acheter.”
Pendant qu’elles allaient en acheter, l’époux arriva. Celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces, et la porte fut fermée.
Plus tard, les autres jeunes filles arrivèrent à leur tour et dirent : “Seigneur, Seigneur, ouvre-nous !”
Il leur répondit : “Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas.”
Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. »

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Homélie

Posté par rtireau le 9 novembre 2017

32° dimanche dans l’année A – 12 novembre 2017

Sagesse 6, 12-16 ; Psaume 62 ; 1 Thessaloniciens 4, 13-18 ; Matthieu 25, 1-13

Chaque dimanche jusqu’au temps de l’Avent, nous lisons le chapitre 25 de Matthieu. Il a été notre évangéliste toute l’année et c’est lui qui donne le plus de place à la parabole du jugement dernier. Sans doute les communautés chrétiennes à qui il s’adresse sont sous le choc du saccage de Jérusalem par les Romains. Il écrit en effet dans les années 80, peu de temps après la chute de Jérusalem en 70. Les chrétiens issus du judaïsme sont donc en train de vivre réellement la fin d’un monde. Peut-être même croient-ils que c’est la fin du monde, puisqu’ils attendent le retour du Christ.

Mais le monde est toujours là, et nul ne connaît ni le jour ni l’heure de sa fin. Ce que nous savons c’est qu’il n’est pas sans fin. Les jours et les années ont une fin, les civilisations et les cultures aussi, et même la terre puisque les scientifiques nous disent que le soleil s’éteindra un jour. C’est dans ce provisoire que l’Esprit de Dieu construit l’éternité de l’amour. La parabole dit de ne pas perdre de vue le caractère provisoire de notre condition et nous invite à la sagesse, en nous mettant en garde contre une inconscience folle. On peut mettre côte à côte sagesse et folie, à travers les détails de la parabole.

Le sage sait prévoir : il tire des leçons de son passé ; il anticipe et envisage l’avenir avec ses risques et ses limites. Le fou a le nez sur le guidon. Pour lui il n’y a que le présent qui compte. Il est sans mémoire et sans perspective. Il est fataliste. Il dit : “c’est le destin.” La version moderne de ce fatalisme, c’est l’épuisement des ressources de la planète et le fossé entre pauvres et riches. On est conscients qu’on va dans le mur mais on dit souvent qu’on ne sait pas faire autrement.

Prévision, provision et prudence vont ensemble pour le sage. Il sait que la nuit peut être longue et emporte avec lui une provision d’huile. Pour le fou, inutile de s’encombrer et de faire des réserves. Inutile de penser aux générations à venir : “Après nous le déluge.” La Fontaine aurait dit qu’il s’est habitué à être cigale et qu’il se moque des fourmis. Il est dépendant et assisté. Il se dit que les autres auront fait des provisions pour lui. Il est même capable de se fâcher si les autres ne partagent pas avec lui. Il ne voit pas que lui-même ne partage souvent rien. Il est incapable de se prendre en main, comment penserait-il aux autres ?

Le sage a l’esprit et le cœur toujours en éveil, en attente et en patience. Veilleur, il ne veut pas se laisser surprendre par le mal qui rode en lui et autour de lui. Amoureux, il savoure, en gardant son cœur éveillé, la venue de la personne bien-aimée. Quelle que soit l’heure, il se tient prêt. Le fou, lui, s’assoupit et s’endort. Il n’a pas d’autre désir ni d’autre amour que de lui-même. La patience n’est pas son fort et son espérance est vide.

Chacun peut facilement trouver comment cette parabole est actuelle. Je veux juste souligner un appel qui nous concerne tous : si l’on peut comparer la foi à l’huile d’une lampe qui éclaire nos nuits, qui entretient notre espérance et notre amour de Dieu, ils nous faut aujourd’hui, plus qu’autrefois, compter davantage sur nous-mêmes. Il nous faut nous-mêmes faire réserve d’huile. Autrefois la foi de l’Eglise dispensait beaucoup d’entretenir leur foi personnelle. Aujourd’hui, sans l’huile de la réflexion, de la prière et de la lecture de la Parole, nous risquons d’être vite incapables de rendre compte de notre foi personnelle, nous risquons de rater beaucoup de passages de notre Dieu et beaucoup de signes du ressuscité.

Au fait, comment va la lampe de chacun ? Nous pourrions la remplir avec l’huile de la sincérité pour aller à la rencontre des autres et de Dieu. Nous oublions souvent l’huile de la patience et celle du temps qu’il faut pour écouter l’appel au secours de nos frères. Et l’huile de la confiance en l’action de Dieu dans notre monde beaucoup déchiré ? Même la fantaisie et l’imagination peuvent être une huile qui nous nous aide à oser créer des choses nouvelles. 

Notre désir et notre espérance sont l’huile avec laquelle nous pouvons faire devenir réalité en notre cœur le Royaume de Dieu qui nous est annoncé. Ecoutez la conclusion du poème intitulé Parti pris de Colette Nys-Masure : « Je ne maudirai pas les ténèbres, je tiendrai haut la lampe. »

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Evangile du 31° dimanche dans l’année A – 5 novembre 2017

Posté par rtireau le 3 novembre 2017

Serviteur

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 23, 1-12. 
En ce temps-là, Jésus s’adressa aux foules et à ses disciples,
et il déclara : « Les scribes et les pharisiens enseignent dans la chaire de Moïse.
Donc, tout ce qu’ils peuvent vous dire, faites-le et observez-le. Mais n’agissez pas d’après leurs actes, car ils disent et ne font pas.
Ils attachent de pesants fardeaux, difficiles à porter, et ils en chargent les épaules des gens ; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt.
Toutes leurs actions, ils les font pour être remarqués des gens : ils élargissent leurs phylactères et rallongent leurs franges ;
ils aiment les places d’honneur dans les dîners, les sièges d’honneur dans les synagogues
et les salutations sur les places publiques ; ils aiment recevoir des gens le titre de Rabbi.
Pour vous, ne vous faites pas donner le titre de Rabbi, car vous n’avez qu’un seul maître pour vous enseigner, et vous êtes tous frères.
Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux.
Ne vous faites pas non plus donner le titre de maîtres, car vous n’avez qu’un seul maître, le Christ.
Le plus grand parmi vous sera votre serviteur.
Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé. »

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Homélie

Posté par rtireau le 3 novembre 2017

31° dimanche dans l’année A – 5 novembre 2017

Malachie 1, 14b; 2, 2b.8-10 ; Psaume 130 ; 1 Thessaloniciens 2, 7b-9.13 ; Matthieu 23, 1-12

Les phylactères sont des étuis de cuir qui contiennent, sur de petits parchemins, des textes importants de la Bible. Ces deux sacs, fixés par des bandeaux, sont portés pendant la prière du matin, l’un au bras gauche, c’est-à-dire près du cœur, et l’autre sur le front. Des juifs, aujourd’hui encore, conservent cette coutume. Garder la Bible dans sa tête et dans son cœur, tout un programme !

“Frères, avec vous nous avons été pleins de douceur comme une mère qui entoure de soins ses nourrissons.” Saint Paul est décidément beaucoup moins dur avec les chrétiens de Thessalonique qu’avec ceux de Corinthe. En réalité, l’expression “pleins de douceur” employée ici ne provient pas de l’Ancien Testament mais elle est connue dans la culture grecque. Elle s’emploie d’ordinaire pour des personnes, des rois ou des gouverneurs, qui ont une autorité à exercer. Être doux, pour eux, c’est exercer leur autorité en tenant compte de ceux qu’ils gouvernent, sans les oppresser. C’est la même attitude que celle de Jésus, le maître qui s’est fait “doux et humble de cœur” (Mt 11) Le mot “Doux”, comme le mot “serviteur”, ne veut pas dire “soumis”, mais signifie : “qui se met librement au service” parce que le service est porteur de vie.

“Le plus grand parmi vous sera votre serviteur”. Voilà une des phrases les plus révolutionnaires de la Bible. Le plus grand se met au service de Dieu et de ses frères. Il n’est pas tenté de mettre Dieu à son service ni de s’en réclamer pour prendre le pouvoir. C’est être grand que d’être serviteur, car c’est devenir comme Dieu qui, par l’incarnation du Fils, s’est fait notre serviteur. Et personne n’est plus heureux que celui qui sait aimer activement ses frères.

On a tous du POUVOIR…. Est-ce qu’il est au SERVICE ?

Un savoir, une compétence, des informations, tout cela donne du pouvoir. Certaines personnes donnent quelquefois un pouvoir excessif à certains types de compétences ou de professions, par exemple dans le monde médical. Et il est important que la réponse soit quelquefois clairement : “je ne sais pas”. Sinon le risque est grand de tromper ces personnes ou de contribuer à les infantiliser. Il y a ainsi des pouvoirs qu’on veut nous donner et qu’il ne faut absolument pas prendre.

On a tous du POUVOIR…. Est-ce qu’il est au SERVICE ?

- Au volant de ma voiture, j’ai un certain pouvoir.

- Si je suis papa ou maman, j’ai du pouvoir sur mes enfants.

- Notre entreprise vient de changer de locaux. Est-ce que moi, le patron, je me réserve le plus grand ou le plus beau bureau ? Et puis, qui ne va pas travailler tel jour, le personnel ou bien nous les responsables ?

- Moi qui suis professeur, comment je regarde les élèves ? En disant (ou en laissant entendre) : “vous pouvez, vous êtes capables…” ou bien : “vous êtes nuls, phrase quelquefois assassine, et qui a quelquefois le quasi pouvoir de rendre nul effectivement.

- “Je ne sers plus à rien”. Nous savons tous le désarroi que révèle une telle expression. Et on se souvient que Jésus lui-même demande un service à la Samaritaine.

On m’a fait remarquer un jour que “l’autorité” n’est pas d’abord faite pour interdire -  réflexe fréquent – mais pour autoriser. C’est bien vrai qu’il faut avoir assez d’autorité pour autoriser, pour permettre de vivre et grandir, au lieu d’empêcher ou même, comme dit le prophète Malachie, au lieu de faire de la Loi une occasion de chute.

Permettre de vivre et de grandir… Autoriser à progresser. J’aime bien ce poème arabe qui peut inspirer tous les parents et plus largement tous ceux qui ont autorité sur d’autres : “Un Khalife fit venir un homme très simple, dont on lui avait dit qu’il était un sage. Pour éprouver cette sagesse, ce Khalife lui posa cette question : “On me dit que tu as de nombreux enfants, veux-tu m’indiquer de tes enfants lequel est le préféré ?” Et l’homme de répondre : “Celui de mes enfants que je préfère, c’est le plus petit, jusqu’à ce qu’il grandisse, celui qui est loin, jusqu’à ce qu’il revienne, celui qui est malade, jusqu’à ce qu’il guérisse, celui qui est prisonnier, jusqu’à ce qu’il soit libéré, celui qui est est éprouvé, jusqu’à ce qu’il soit consolé.”

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Evangile pour le 2 novembre 2017

Posté par rtireau le 2 novembre 2017

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Evangile de Jésus-Christ selon Saint Jean 12, 24-26

Quelques jours avant la Pâque, Jésus disait à ses disciples : « Oui vraiment je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.

Qui aime sa vie la perd ; qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle.

Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive ; et là où moi je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera. »

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Homélie

Posté par rtireau le 2 novembre 2017

Jean 12, 24-26

Dans ce texte, nous sommes tout près de la grande semaine, que nous appelons sainte. Ce sont les derniers jours de Jésus. Et ce sont ces derniers jours qui nous révèlent sans doute le plus sa relation avec le Père. Jésus laisse voir le dernier moment de sa vie comme un passage.

Dès ses premières paroles publiques en Galilée, il avait regardé le grain s’envoler de la main du semeur, se perdre dans les ronces et la rocaille, mais aussi porter du fruit dans la bonne terre. C’était pour lui une image du don que Dieu offre et même gaspille chez les hommes.

Jésus avait reconnu le Royaume de Dieu jusque dans la semence qui pousse toute seule, jusque dans la graine la plus minuscule (sénevé) qui va déployer des branches en plein ciel.

Mais aujourd’hui, voilà qu’il se présente lui-même comme la semence. Cette histoire de grain de blé est comme une autobiographie. Le grain de blé, c’est lui. Et toutes les résurrections, tous les repas autour du pain d’action de grâces, toute la gloire de Dieu illuminant les visages, tous ces moments sont déjà là à travers une parole, et bientôt (le Jeudi Saint) à travers des gestes. « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.«  Le grain de blé qui meurt… pour vivre ! Par sa Pâque, Jésus nous révèle qui est Dieu, et qui est l’homme.

Qui est Dieu ? Non pas le dictateur tout-puissant de nos imaginations. Mais un Dieu qui se donne et qui aime jusqu’au bout : “Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime.” La loi essentielle du mystère de Dieu est celle du grain de blé. Jésus ne garde rien pour lui-même. Il n’est pas tenté par le suicide, mais il vit sa mort comme une vie donnée en solidarité avec l’humanité souffrante. Il ne fait pas de raisonnement devant sa croix, il l’envisage comme des semailles. Durant l’hiver, le grain de blé enfoui dans la terre semble mort. Mais il pointe au printemps et devient épi, promesse de moisson.

Par sa Pâque, Jésus nous révèle en même temps qui est l’homme.

Qui est l’homme ? Cette révélation du cœur de Dieu est aussi dévoilement de ce qui fait le fond de notre cœur : nous sommes faits, nous aussi, pour le don total de nous-mêmes dans l’amour. Pour nous non plus, pas de plus grand amour que de donner notre vie pour ceux que nous aimons. La loi du grain de blé qui se dissout en terre pour resurgir démultiplié, c’est notre loi à nous aussi qui avons été créés à l’image de Dieu.

Grain de blé qui meurt pour vivre ! Nous savons qu’elle est vraie cette annonce. Car tous ceux qui se sont mis à vivre comme Jésus, on a souvent essayé de les faire taire. Quelquefois même on y a réussi. Mais chaque fois, ils parlent encore plus forts quand ils sont morts que durant leur vie.

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