Evangile pour le 7° dimanche de l’année A – 19 février 2017

Posté par rtireau le 16 février 2017

Pardon

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 5,38-48. 
En ce temps- là, Jésus disait à ses disciples : « Vous avez appris qu’il a été dit : ‘Œil pour œil, et dent pour dent’. 
Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. 
Et si quelqu’un veut te poursuivre en justice et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. 
Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. 
À qui te demande, donne ; à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos ! » 
Vous avez appris qu’il a été dit : ‘Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi.’ 
Eh bien ! moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, 
afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. 
En effet, si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? 
Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? 
Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » 

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Homélie

Posté par rtireau le 16 février 2017

Septième dimanche dans l’année A – 19 février 2017

Lévitique 19, 1-2.17-18 ; Psaume 102 ; 1 Corinthiens 3, 16-33 ; Matthieu 5, 38-48

“Il a été dit… Eh bien moi, je vous dis”. Quand on sait que ce Il désigne Dieu lui-même, on se dit : “Quelle audace !” de la part de Jésus. Ou bien il est inconscient de son blasphème (et les pharisiens en tireront prétexte pour le condamner : Mt 26, 65) – ou bien il est réellement… Dieu.

Il a été dit : “œil pour œil, et dent pour dent.” Dans l’antiquité chacun se faisait lui-même justice, et la tentation était grande en matière d’offense de rendre plus qu’on avait reçu. La loi du talion avait réglé et limité ces représailles : on pouvait enfoncer un œil pour un œil, mais pas les deux ! Jésus, lui, demande de “ne pas riposter”, de ne pas se venger du tout : “Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre ; si quelqu’un veut te poursuivre en justice et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau.” Sans doute il ne faut pas prendre tout ça au pied de la lettre : Saint Jean (18, 23) raconte que Jésus lui-même ne tendra pas l’autre joue à celui qui le giflera la nuit de sa passion. Pour autant il invite à réagir contre l’esprit de vengeance qui mène à l’escalade. Et même si les mots de Jésus paraissent un peu forcés, on se souvient qu’un certain Vendredi des soldats se partageront ses vêtements et tireront sa tunique au sort, après l’avoir cloué sur une croix.

Il a été dit : “Tu aimeras ton prochain comme toi-même, tu haïras ton ennemi.” Le prochain était le frère de race ou l’étranger établi dans le pays (Lévitique 19, 34) ; l’ennemi était de la nation adverse qui adorait les faux dieux. On est donc à la racine des guerres saintes menées au nom de Dieu ! Moi, je vous dis : “Aimez vos ennemis.” Ordre tout à fait inouï pour l’auditeur ! Sauf s’il est réellement le fils de celui qui fait lever son soleil sur les bons et les méchants. Gabriel Ringlet dans son livre “l’Evangile d’un libre penseur” (p. 120) commente un peu cet ordre inouï de Jésus : « Jésus n’a pas dit : Si vous aimez le méchant, il deviendra bon ; il a dit : “Aimez vos ennemis.” Jésus ne rend pas coupable celui qui n’aime pas. Il révèle le bonheur d’aimer, le malheur de ne pas aimer et rappelle que personne n’existe sans quelqu’un d’autre. C’est là le fond de le révolution évangélique : être reçu pour soi-même, entrer en fraternité et faire comprendre aux hommes qu’ils sont liés entre eux par quelque chose de bien plus profond que l’espèce.  

“Priez pour ceux qui vous persécutent.” Les chrétiens sont déjà durement malmenés par les juifs, et ils le seront bientôt par les romains. Saint Matthieu veut que ces chrétiens imitent Jésus qui a prié en croix : “Père, pardonne-leur.” C’est à Dieu Père que renvoie Jésus. Ne rabaissez pas votre idéal à celui des païens qui aiment ceux qui les aiment. Conduisez-vous selon une autre mesure qui est l’amour sans limite : “Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait.” En sachant bien que le parfait est celui qui se laisse par-faire par Dieu en accueillant en lui sa justice et son amour.

Jésus ne veut pas qu’on se laisse contaminer par la violence du violent en devenant soi-même violent, ni par l’injustice en devenant soi-même injuste. De même à propos de l’ennemi. Il faut se garder de se laisser infecter par la haine qu’il nourrit à notre égard. On a tendance à penser que la violence permet de se soulager. Alors, quand on est agressé, on agresse, quand on est insulté, on insulte. Eh bien ! Jésus, nous dit de faire le contraire. Comment a-t-il transformé Zachée, qui était un voleur, ou le bon Larron, qui était probablement un criminel, ou Marie Madeleine, qui était une prostituée ? Comment a-t-il réussi à bouleverser ces cœurs malades et agressifs ? Eh bien, c’est en en les aimant le premier. En d’autres termes, Il n’a pas attendu que l’homme soit parfait pour l’aimer, mais il l’a aimé pour qu’il devienne parfait, et aujourd’hui il nous commande de faire de même. Il faut, comme le dira Saint Paul, “vaincre le mal par le bien”. Aimer comme Dieu aime est un idéal jamais entièrement atteint. Mais avec cet esprit de non-violence naît un monde nouveau, le monde de l’amour où Dieu est présent.

“Je ne pourrais pas vivre si je n’avais pas pardonné,” disait cette jeune femme libanaise dont une partie de la famille avait été sauvagement assassinée. C’est Patrick Jacquemont qui a raconté son témoignage. Elle ne peut pas oublier ce massacre, mais elle veut vivre. Peu à peu elle découvre que la haine ne fait qu’entretenir le désespoir pour elle. Une certaine rencontre de l’Evangile va l’arracher à cette haine. Pardonner sera, pour elle, dire qu’elle veut vivre et que la vie est plus forte que la mort. Car le pardon guérit celui qui pardonne et sauve celui qui est pardonné. 

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Evangile pour le 6° dimanche de l’année A – 12 février 2017

Posté par rtireau le 9 février 2017

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Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 5,17-37. 
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. 
Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise. 
Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le royaume des Cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera, celui-là sera déclaré grand dans le royaume des Cieux. »
Je vous le dis en effet : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. 
Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : ‘Tu ne commettras pas de meurtre’, et si quelqu’un commet un meurtre, il devra passer en jugement. 
Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement. Si quelqu’un insulte son frère, il devra passer devant le tribunal. Si quelqu’un le traite de fou, il sera passible de la géhenne de feu. 
Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, 
laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande. 
Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison. 
Amen, je te le dis : tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou. »
Vous avez appris qu’il a été dit : ‘Tu ne commettras pas d’adultère.’ 
Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur. 
Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir ton corps tout entier jeté dans la géhenne. 
Et si ta main droite entraîne ta chute, coupe-la et jette-la loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir ton corps tout entier qui s’en aille dans la géhenne. 
Il a été dit également : ‘Si quelqu’un renvoie sa femme, qu’il lui donne un acte de répudiation’. 
Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui renvoie sa femme, sauf en cas d’union illégitime, la pousse à l’adultère ; et si quelqu’un épouse une femme renvoyée, il est adultère. »
Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens : ‘Tu ne manqueras pas à tes serments, mais tu t’acquitteras de tes serments envers le Seigneur.’ 
Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas jurer du tout, ni par le ciel, car c’est le trône de Dieu, 
ni par la terre, car elle est son marchepied, ni par Jérusalem, car elle est la Ville du grand Roi. 
Et ne jure pas non plus sur ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir. 
Que votre parole soit “oui”, si c’est “oui”, “non”, si c’est “non”. Ce qui est en plus vient du Mauvais. »

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Homélie

Posté par rtireau le 9 février 2017

Sixième dimanche dans l’année A – 12 février 2017

Siracide 15, 15-20 3 ; Psaume 118 ; 1 Corinthiens 2, 6-10 ; Matthieu 5, 17-37

Il y a huit jours, Jésus nous invitait à être sel de la terre et lumière du monde. On dirait qu’il y a comme un changement de ton aujourd’hui ? Le bonheur passerait-il subitement par l’obéissance à la Loi ? La religion ne serait qu’une morale ? Non ! En réalité, c’est bien le même discours qui continue. Jésus n’est pas un surveillant rigide. Plein de douceur, il dit calmement toutes ces exigences comme un appel. “Il savait ce qu’il y a dans le cœur de l’homme”, dira de lui saint Jean. Oui, Jésus connaît nos pauvretés humaines, et il sait aussi tout ce qui nous est possible. Il voit ce que nous sommes, mais il croit aussi que nous pouvons devenir des ressuscités avec lui.

Car c’est un chemin de résurrection qu’il nous offre. Un chemin pour notre être tout entier. A la manière des conteurs de son temps, Jésus donne trois exemples qui concernent les mains, les yeux et la bouche, c’est à dire les gestes, le regard et la parole, autrement dit l’homme tout entier qui agit, qui désire et qui communique :

Il fait appel à la douceur des gestes dans les relations humaines où les tensions ne manquent pas, ni les rancœurs.

Il fait appel à la droiture du regard pour que nos yeux ne soient pas troublés par la convoitise ou la jalousie.

Il fait appel à la sincérité des paroles : “Va d’abord te réconcilier… Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le… Que ton oui soit oui…”

Comme dit Gérard Bessière : “Jésus aiguillonne et fouille jusqu’aux racines des conduites humaines. Car l’homme est plus profond que ses apparences et son comportement. C’est dans la profondeur obscure de sa vie intime que tout prend naissance et se joue.”

On est saisis par l’autorité de la parole de Jésus, tellement différente du radotage des scribes et autres récitants de formules. C’est une parole créatrice : que la bonté soit, que l’amour soit beau, que le langage soit vrai. C’est une parole qui conduit l’homme au cœur de lui-même. Oui, “si tu le veux, tu peux observer les commandements,” comme disait Ben Sirac le Sage dans la 1ère lecture. Il dépend de ton choix de rester fidèle. La vie et la mort te sont proposées, à toi de choisir. Si tu veux, tu peux ! On peut trouver que c’est facile à dire. Mais comprenons bien qu’ici il ne s’agit pas seulement d’une affaire de volonté, mais plutôt d’un choix profond, d’un choix spirituel. Et on connaît sûrement tous quelques personnes qui auraient beaucoup de raisons de désespérer et qui, contre toute attente, rayonnent d’espérance.  Et on se dit : “Où vont-elles chercher cette espérance ? Où vont-elles chercher ça ?” Elles sont le signe vivant de cette phrase de Ben Sirac : Si tu veux, tu peux.Sans doute elles ont en elles la force folle de celles et de ceux qui se savent aimés ?

L’Evangile d’aujourd’hui donne la clé de ce choix de vie. Il s’inscrit bien dans la suite des paraboles du sel et de la lumière. A plusieurs reprises, Jésus s’y engage personnellement : “On vous a dit …” (c’était Dieu ou la loi) – “Eh bien ! moi je vous dis …” (c’est lui qui parle) : “Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux.” Comme si Jésus invitait à passer d’un régime de lois à un régime de type béatitudes.

L’actualité confirme chaque jour que nous avons bien besoin de lois pour protéger l’homme et pour que la vie soit possible. Mais précisément nos lois sont faites pour protéger, en quelque sorte pour empêcher de mourir. C’est tout à fait indispensable. Mais faire vivre, chacun sait combien c’est tout autre chose que d’empêcher de mourir. C’est ça sans doute le régime de type béatitudes.

Et l’évangile nous montre Jésus en train d’entrer en résistance, au péril de sa vie. Il entame sa protestation contre la loi et la religion. Les deux ne faisaient qu’un à l’époque. Il marque bien son combat : il ne veut pas supprimer la loi, il n’est pas anarchiste ni soixante-huitard. Non il ne réclame qu’une chose, celle qui compte : que désormais la loi ce soit l’homme. Michel Clévenot avait traduit cela un jour à sa manière en disant : “Croyant à la résurrection, je crois donc au devoir d’insurrection.” 

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Evangile du 5° dimanche dans l’année A

Posté par rtireau le 2 février 2017

Vous êtes la lumière

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 5,13-16. 
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel devient fade, comment lui rendre de la saveur ? Il ne vaut plus rien : on le jette dehors et il est piétiné par les gens.
Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée.
Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison.
De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. »

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Homélie

Posté par rtireau le 2 février 2017

Cinquième dimanche dans l’année A – 5 février 2017

Isaïe 58, 7-10 ; Psaume 111 ; 1 Corinthiens 2, 1-5 ; Matthieu 5, 13-16

“Vous êtes le sel de la terre… vous êtes la lumière du monde.” D’abord il est bon d’entendre ce texte dans le contexte d’une époque sans congélateur ni frigo. C’était le sel qui permettait de conserver des aliments. Et pour fertiliser les terres, faute d’engrais, c’était du sel. La lumière n’était pas non plus celle de nos lampes halogènes. C’était des torches, des flambeaux, des lampes à huile.

Un gars qui se prend pour une lumière ! Celui qui veut qu’on le regarde. Il a tout faux. Un jour avec des enfants, on avait allumé une veilleuse : “La lumière, est-ce que c’est fait pour qu’on la regarde ?” Ils répondent : “Oui.” Et c’est vrai qu’une petite veilleuse, c’est joli à regarder. Mais j’avais préparé un spot halogène. Alors ils ont compris que la lumière n’est pas faite pour être regardée, mais pour éclairer autour d’elle. Le gars qui se prend pour une lumière : oui, s’il sait que sa mission est d’éclairer autour, d’attirer l’attention sur l’autre et non sur lui. Dire du bien de l’autre ? Avez-vous essayé ? Même quand tout le monde en dit du mal ? J’ai toujours été frappé par la dernière phrase du texte d’aujourd’hui : “Voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire (pas à vous) à votre Père qui est aux cieux.”

Mettre en valeur, révéler, c’est aussi le rôle du sel. Il n’est pas fait pour être mangé à la cuiller ! Non ! Il doit disparaître pour donner goût, pour mettre en relief l’originalité de chaque aliment. Les chrétiens ont besoin de se rassembler, comme nous aujourd’hui. Sinon, ils sont croyants et pas encore chrétiens. Mais nous ne sommes pas faits pour rester là entre nous. Il nous faut repartir. Notre mission est au cœur du monde pour participer à donner du goût à la vie de chacun, à la vie du monde. Les chrétiens qui resteraient entre eux seraient insupportables, imbuvables. Déjà celui qui ramène son grain de sel ! Mais si c’est le paquet. Non, le sel est fait pour être discrètement au cœur de l’aliment. Le chrétien est fait pour être comme du levain au cœur du monde pour changer tout, pour donner joie.

Lorsque Jésus invite ses disciples à être “le sel de la terre”, dit Gabriel Ringlet, il ne leur propose pas de devenir l’élite de l’humanité, mais l’engrais du monde. Quand Jésus dit à la jeune communauté chrétienne : “Vous êtes la lumière du monde”, il lui dit qu’elle sera le reflet lumineux du cœur même de Dieu dans la mesure de sa foi, de son espérance et de sa compassion. Nos actes disent Dieu quand ils font triompher l’amour sur les forces de l’égoïsme et la lumière sur les ténèbres du mal. Si nous vivons en pratiquant ce que nous demande Isaïe – “Partage ton pain,… ne te dérobe pas à ton semblable.” – alors notre lumière jaillira, et nous serons le sel de la terre. C‘est Paul Claudel qui disait : « L’Evangile c’est du sel, et vous en avez fait du sucre! »

Vous êtes le sel de la terre. On pourrait dire : Vous êtes l’humour de la terre. Karl Barth a écrit que “tout chrétien est un homme content”. Pourquoi cette joie inébranlable ? Parce que nous allons vers le pays de Dieu, quelles que soient les péripéties du chemin. Et il ajoute : « Même si la route est dure et cruelle, même si la souffrance ne permet plus de rire ou de sourire, il lui reste à se souvenir de ce qui sera et la petite fille Espérance se remet à gambader ».

En effet nous savons qu’aucune situation ne nous enferme à jamais, parce que nous avons à l’esprit et au cœur le Royaume attendu. Ça peut paraître naïveté. Mais ce n’est pas. Saint Paul disait que le monde traverse les douleurs de l’enfantement et chaque jour la plainte des hommes se fait entendre. Mais chaque jour aussi, le courage, la bonté, la dignité transfigurent des visages. Car l’homme est plus grand que l’homme. Ses aspirations vont au delà du présent. Il est habité par l’horizon. La disproportion entre le présent et l’avenir espéré fait sans cesse renaître en lui un indéracinable humour. Sel de la terre, humour de Dieu. Heureux êtes-vous si de jour en jour et de fenêtre en fenêtre vous allumez cette petite bougie qui a déjà fait fondre tant de barbelés.

J’aime bien la définition de la foi selon un des mes amis théologien : “La foi, une raison de plus d’être en joie. Être chrétien n’est pas nécessaire, ça n’apporte rien de plus, mais ça donne une raison de plus de se réjouir d’être. L’Église pourrait être comme un sourire qui aide des jeunes à se réjouir d’être, à s’apprécier d’être humain et de pouvoir encore le devenir.”

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4°dimanche dans l’année A – 29 janvier 2017

Posté par rtireau le 25 janvier 2017

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Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 5, 1-12a. 
En ce temps-là, voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. 
Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait. Il disait : 
« Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. 
Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. 
Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. 
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. 
Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. 
Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. 
Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. 
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux. 
Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. 
Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »

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Homélie

Posté par rtireau le 25 janvier 2017

Quatrième dimanche dans l’année A – 29 janvier 2017

Sophonie 2, 3 …3, 13 ; Psaume 145 ; 1 Corinthiens 1, 26-31 ; Matthieu 5, 1-12

Les Béatitudes, un discours étonnant, qui peut même scandaliser ceux qui n’ont pas compris que ce n’est pas un discours, mais le poids d’une vie, une sorte d’autobiographie de Jésus. Si l’on a compris ça, ce ne sont plus des paroles insupportables, mais des paroles merveilleuses parce qu’elles révèlent le trésor qui est en chacun, dont le nom est sainteté. Dans ce texte, Jésus ne décrit pas ce que les personnes vivent, il dit ce qu’elles sont à ses yeux. Il révèle la semence-sainteté présente en chacun, que souvent chacun ignore :

- Il nous dit qui nous sommes aux yeux de son Père.

- Il dévoile notre identité et notre vocation à l’intérieur même de notre misère.

- Il dévoile la présence du bonheur au cœur même de notre vie.

Chaque ligne des béatitudes est un peu comme une clé de bonheur.

Il faut bien avouer que ceux que Jésus qualifie de bienheureux sont souvent ceux que nous trouvons à première vue bien malheureux : celui qui pleure, le pauvre, le persécuté. Il faut donc chercher plus loin et découvrir comment Jésus nous regarde à partir de nos points de faiblesse, comment il nous saisit par nos fragilité pour nous dire : “Tu croyais que le bonheur n’était pas fait pour toi. Moi je te dis que tu peux être heureux. Car dans ta faiblesse, je veux mettre ma force ; dans tes larmes, je veux mettre un germe de bonheur éternel ; dans ton péché, je veux mettre mon pardon. C’est à partir de là que je te donne ta vocation d’artisan de paix et de prophète de réconciliation. Dans ta croix, je mets la mienne ; dans ton humanité, je dépose ma divinité. Ne dis pas que la sainteté n’est pas pour toi. Je l’ai moi-même mise en toi au jour de ta naissance, et je l’ai déclarée au jour de ton baptême pour te montrer quelle est ta vocation.”

L’Évangile ne dit donc pas que ce qui était noir serait soudain devenu blanc mais il offre à ceux qui sont dans le malheur une issue nouvelle heureuse. Nous ne sommes pas plus débauchés que Marie Madeleine, pas plus orgueilleux que Pierre, pas plus voleurs que Zachée. Or leur vie à eux a changé quand ils ont pris conscience que le Christ les regardait autrement. Leur médiocrité venait du regard qu’ils posaient sur eux-mêmes, leur sainteté a germé à partir du regard que le Christ a posé sur eux. « Ce qu’il y a de fou dans le monde, disait St Paul aux Corinthiens, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion les sages ; ce qu’il y a de faible, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qui est fort. » Et de toute évidence le petit peuple de Corinthe comprenait plutôt bien ce langage.

Les Béatitudes nous sont confiées à nous aussi dès aujourd’hui quelque soit notre misère, et quelque soit le regard honteux que nous posons peut-être sur notre vie. Dès aujourd’hui, pas pour la joie parfaite, mais pour la joie en germe. L’avenir est déjà commencé et le bonheur peut déjà fleurir le désert de chacun. Car il s’agit du Bonheur avec un “B”, non pas, disait le père Varillon, un bonheur au rabais fait de joies faciles, mais le Bonheur à la taille de la grandeur des fils de Dieu, le Bonheur d’aimer et non pas le bonheur d’être satisfait.

L’Évangile n’est pas seulement une morale. L’Evangile est une aventure : «Viens, suis-moi… Avance au large… Et moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde» (Matthieu 18, 20). Essaie-le donc dès maintenant, ce bonheur promis. « Tâche d’être heureux », dit la rose au petit prince bien connu de Saint-Exupéry. C’est une tâche et un effort que d’entrer dans ce bonheur de Dieu. Le plus souvent nous sommes riches de tas de choses, et Dieu lui-même ne peut pas remplir une coupe déjà pleine. Ce ne sont pas alors les biens qui nous manquent pour être heureux, mais c’est Dieu qui nous manque. La chance de nos pauvretés et de nos pleurs, c’est qu’elles nous vident et Dieu peut nous remplir de son bonheur et de sa paix.

Dans quelques instants nous allons entendre : «Heureux les invités au repas du Seigneur». C’est une Béatitude qui réalise pour nous ce qu’elle annonce : en communiant, nous devenons ce nous recevons, nous devenons ce que le Christ annonce de nous : nous devenons le corps du Christ.

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Evangile du 3° dimanche dans l’année A

Posté par rtireau le 18 janvier 2017

Appel

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 4,12-23. 
Quand Jésus apprit l’arrestation de Jean le Baptiste, il se retira en Galilée. 
Il quitta Nazareth et vint habiter à Capharnaüm, ville située au bord de la mer de Galilée, dans les territoires de Zabulon et de Nephtali. 
C’était pour que soit accomplie la parole prononcée par le prophète Isaïe : 
‘Pays de Zabulon et pays de Nephtali, route de la mer et pays au-delà du Jourdain, Galilée des nations ! 
Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Sur ceux qui habitaient dans le pays et l’ombre de la mort, une lumière s’est levée.’ 
À partir de ce moment, Jésus commença à proclamer : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. » 
Comme il marchait le long de la mer de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et son frère André, qui jetaient leurs filets dans la mer ; car c’étaient des pêcheurs. 
Jésus leur dit : « Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d’hommes. » 
Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent. 
De là, il avança et il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient dans la barque avec leur père, en train de réparer leurs filets. Il les appela. 
Aussitôt, laissant la barque et leur père, ils le suivirent. 
Jésus parcourait toute la Galilée ; il enseignait dans leurs synagogues, proclamait l’Évangile du Royaume, guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple. 

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Homélie

Posté par rtireau le 18 janvier 2017

Troisième dimanche dans l’année A – 22 janvier 2017

Isaïe 8, 23 – 9,1-3 ; Psaume 26 ; 1 Corinthiens 1, 10-13.17 ; Matthieu 4, 12-23

Jésus vient d’apprendre l’arrestation de Jean Baptiste. Mauvais temps pour les prédicateurs : ceux qui osent dire la vérité, on les fait taire. Ce serait le moment de ne pas faire de vagues, de rester tranquillement charpentier dans son village. Au contraire, c’est comme un signal pour Jésus et il décide de prendre la suite de son cousin qu’on emprisonne. Il quitte Nazareth-des-collines pour Capharnaüm-sur-Mer. Contrairement à Jean-Baptiste, il ne va pas au désert mais en pleine ville ; pas en Judée mais au cœur de la Galilée ; pas à la terre sainte du Temple mais à la terre des païens. C’est une vraie rupture : ce ne sont pas des prêtres ni des docteurs que Jésus appelle mais des pauvres.

Alors qu’il longe les rives du lac de Galilée, il voit des pêcheurs. Il voit ! Ah ! Ce regard de Jésus. Il semble transpercer les préjugés, les masques, les apparences, les faux-semblants. Ici, il remarque des pêcheurs sur leur lieu de travail, affairés autour de leurs filets. Jésus ne les appelle pas à la cantonade, il s’adresse nommément à tel ou tel. Il sait remarquer chaque personne comme unique. Il ne les choisit pas pour leur compétence religieuse. Ici ce sont de simples pêcheurs, des gens durs, âpres à la peine. Et ces pêcheurs deviendront prêcheurs parce que Jésus est un transfigurateur.

Capharnaüm est le carrefour des païens. Dans ce nœud de communications, Jésus va pouvoir porter son message à toutes sortes de gens. Prophète de la lumière, il vient pour éclairer le pays de l’ombre ; médecin des âmes, il va là où se trouvent les malades. Il vient se mettre au plus près de ceux qui sont le plus loin de Dieu. Son attitude nous renvoie évidemment à nous-mêmes. On est si souvent repliés sur nos milieux chrétiens. Comme si on était atteints du virus de la communion avant celui de la mission. Quelqu’un disait joliment un jour qu’on est très occupés dans l’Église à canaliser, à mettre des tuyaux et des robinets, alors que le Seigneur nous invite à faire couler des sources. La piscine peut être luxueuse, mais s’il n’y a pas d’eau !

Jésus reprend la prédication du Baptiste : “Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche.” Mais il n’annonce plus d’abord pénitence mais Bonne Nouvelle. Changez vos cœurs, transformez vos manières d’agir. Laissez Dieu vous guider. La société ne s’améliorera que si chacun commence à changer lui-même. C’est au cœur de leur vie professionnelle que Jésus appelle les premiers apôtres : Pierre, André, Jacques et Jean. Et nous voyons déjà, en eux, la conversion commencer. Jésus a quitté sa tranquillité de Nazareth. Ces quatre marins pêcheurs aussi vont laisser barques, filets et père pour suivre ce Jésus avec sa Bonne Nouvelle surprenante.

Et voilà qu’il montre ce que c’est qu’évangéliser. Contemplons-le. Sa Bonne Nouvelle, c’est : le Royaume de Dieu est arrivé ! Il enseigne longuement, surtout en paraboles. Et il guérit, il se laisse émouvoir par les souffrances rencontrées sur son chemin. Il sait que le bâtisseur de l’avenir, c’est l’homme. Dans notre société, on aime les statistiques, on parle économie, on scrute les prix. Et souvent on oublie l’énergie première : celle de l’homme. “Cet être nu, écrit Gérard Bessière, ne s’est jamais arrêté. Aucune civilisation n’a satisfait et figé son désir. Il a toujours cherché plus loin. Ce n’est pas aujourd’hui, ni demain, qu’il renoncera. Le Royaume ignoré qui l’attire ne figure sur aucune carte. Il n’a ni frontières, ni armée… Rêve, direz-vous, fumée, mirages… Mais ceux qui s’efforcent de créer – ou de recréer – la bonté, la justice, la liberté sont des rêveurs efficaces. S’ils écoutent en eux le murmure obstiné de l’espérance, c’est pour changer le monde. Ces hommes et ces femmes refusent tous les fatalismes. Ils veulent que demain connaisse l’aube. Ainsi les brumes de novembre accompagnent les semailles, mais le grain enfoui sera moisson. L’arbre dépouillé par l’hiver prépare sa ramure. L’enfant, dès qu’il est là, transfigure la vie.”

Ces hommes et ces femmes qui refusent tous les fatalismes et qui veulent que demain soit meilleur, nous croyons que c’est le ressuscité qui les réveille et qui change complètement leur vie. Et quelquefois ça commence très tôt, ce réveil et cette audace : je pense à Bénédicte, 9 ans, qui venait d’entendre parler pour la première fois, au caté, de la résurrection de Jésus. Ses yeux brillaient de surprise et, à son retour, elle s’est plantée devant sa maman : “Maman, la dame nous a dit que Jésus est ressuscité après sa mort. Comment se fait-il que tu ne me l’avais jamais dit ?

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