Evangile pour le 21° dimanche dans l’année C – 25 août 2019

Posté par rtireau le 20 août 2019

étroite

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 13, 22-30. 

En ce temps-là, tandis qu’il faisait route vers Jérusalem, Jésus traversait villes et villages en enseignant.
Quelqu’un lui demanda : « Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? » Jésus leur dit :
« Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et n’y parviendront pas.
Lorsque le maître de maison se sera levé pour fermer la porte, si vous, du dehors, vous vous mettez à frapper à la porte, en disant : “Seigneur, ouvre-nous”, il vous répondra : “Je ne sais pas d’où vous êtes.”
Alors vous vous mettrez à dire : “Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places.”
Il vous répondra : “Je ne sais pas d’où vous êtes. Éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice.”
Là, il y aura des pleurs et des grincements de dents, quand vous verrez Abraham, Isaac et Jacob, et tous les prophètes dans le royaume de Dieu, et que vous-mêmes, vous serez jetés dehors.
Alors on viendra de l’orient et de l’occident, du nord et du midi, prendre place au festin dans le royaume de Dieu.
Oui, il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers. »

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Homélie

Posté par rtireau le 20 août 2019

21° dimanche dans l’année C - 25 août 2019

Isaïe 66, 18-21 ; Psaume 116 ; Hébreux 12, 5-7.11-13 ; Luc 13, 22-30

Une histoire deporte étroite, fermée même. “Je ne sais pas d’où vous êtes.”(Je ne vous connais pas). Là il y aura des pleurs et des grincements de dents.”Des premiers qui deviennent derniers. On chercherait en vain un message d’amour dans tout ce passage ! Et la question : “Qui sera sauvé ?”n’y trouve pas une réponse très rassurante. Heureusement qu’il y avait Isaïe tout à l’heure pour nous donner un peu de moral : “Je viens rassembler toutes les nations, de toute langue.”

Notez bien la première ligne de l’évangile : “Tandis qu’il faisait route vers Jérusalem…”“Il faisait route vers Jérusalem…”En clair, il marchait vers sa passion, vers une mort violente prévisible. C’est sa passion qui s’annonce. Et ce quelqu’undont parle le texte en est aux débats philosophiques. Il est vrai que les disciples eux-mêmes demanderont bientôt qui serale plus grandet qui aura la meilleure placedans le Royaume. Jésus s’apprête à y laisser sa vie et ils en sont à des questions intellectuelles. Alors, il essaie de les réveiller. Il ne répond pas à la question : “Qui sera sauvé ?”Mais il dit: personne n’est sauvé d’avance.Personne n’est arrivé, jamais. Vous voudriez savoir si vous êtes sauvés. Eh bien ce n’est pas fait.

En réalité, pour ceux qui posaient la question à Jésus, le Royaume était un droit, un héritage. Leur question était donc plutôt : “A part nous, n’y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ?”La réponse de Jésus est donc une grande surprise. Alors ils insistent : Tout de même, “Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places.” On a des références: On est des juifs de bonne race. On a été de bons pratiquants. On a une tante religieuse. Dans ces moments-là, on sort la carte de visite. Réponse cinglante : “Je ne sais pas d’où vous êtes.”Nul n’entrera au ciel par recommandation.En clair : Je ne garantis rien à ceux qui ont mangé et bu avec moi et écouté mon enseignement. Je ne garantis rien aux pratiquants. 

Le critère de Jésus, c’est le discernement entre ceux qui ont fait le bien et ceux qui ont fait le mal. Pas de privilégiés. Vous voudriez savoir si vous êtes sauvés. Eh bien ce n’est pas fait.Sur le chemin du Royaume,il n’y a pas de gens arrivés, il n’y a que des gens en route, il n’y a pas de gens installés, il n’y a que des aventuriers. Ce qui est Bonne Nouvelle, c’est que tout le monde est invité. Comme disait Isaïe : “Je viens rassembler toutes les nations, de toute langue.” La porte est étroite mais l’entrée n’est pas réservée à une élite. L’inquiétude n’est plus : est-ce qu’il y aura beaucoup de places réservées, mais plutôt : comment avoir une vie pas trop encombrée pour pouvoir emprunter ce passage étroit ? 

Hyacinthe Vulliez a écrit : “Impossible pour les gens de s’installer dans une porte étroite avec leurs meubles et leurs bagages. Comment pourraient-ils entrer dans le palais avec tous leurs biens, alors que lui, le roi, leur offre tout à l’intérieur ? Comment celui qui veut tout garder pourrait-il tout recevoir ?” L’argent, disait quelqu’un, n’a de valeur spirituelle que s’il sert au partage. Michel Scouarnec a une belle image sur la question de la porte étroite : “J’aime bien penser, dit-il, à ce qui se passe quand on perd quelque chose dans un espace réduit. On fait souvent appel alors aux petits. Une petite main, un corps d’enfant ça passe plus facilement.”Ça correspond bien au message de Jésus : “Celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu comme un enfant n’y entrera pas.” Seuls peuvent passer par la porte étroite ceux qui ont suivi un régime, celui de l’évangile. Le mot grec employé par Saint Luc se traduit en fait par : « battez-vous pour entrer », et c’est de ce mot grec que vient en français le mot « agonie », l’ultime combat pour la vie.

Jean-Pierre Manigne avait aussi son avis sur la porte étroite : Si la porte est étroite, ce n’est pas parce qu’un Dieu pervers a multiplié pour nous les difficultés. C’est parce qu’elle est passage d’un monde à l’autre, d’une illusion à la vérité. Elle ressemble à la mort, et à la fin elle s’y confond tout à fait. Ou bien avec cette nouvelle naissance qui en forme l’autre versant. Que dirions-nous à l’enfant à naître qui, au moment d’entrer au monde, prendrait conscience de l’étroitesse du passage ? Qu’il faut passer de toute nécessité ? Certes, mais d’abord ceci : “Tu es attendu.” Derrière toutes les portes étroites qui jalonnent le cours de notre vie, Dieu est là, sur l’autre rive. Seule guérison de l’angoisse : se savoir attendu.

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Evangile pour le 20° dimanche dans l’année C – 18 août 2019

Posté par rtireau le 12 août 2019

feu
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 12, 49-53

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
    « Je suis venu apporter un feu sur la terre,
et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé !
    Je dois recevoir un baptême,
et quelle angoisse est la mienne jusqu’à ce qu’il soit accompli !
    Pensez-vous que je sois venu
mettre la paix sur la terre ?
Non, je vous le dis,
mais bien plutôt la division.
    Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées :
trois contre deux et deux contre trois ;
    ils se diviseront :
le père contre le fils
et le fils contre le père,
la mère contre la fille
et la fille contre la mère,
la belle-mère contre la belle-fille
et la belle-fille contre la belle-mère. »

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Homélie

Posté par rtireau le 12 août 2019

20° dimanche dans l’année C – 18 août 2019

Jérémie 38, 4-6. 8-10 ; Psaume 39 : Hébreux 12, 1-4 ; Luc 12, 49-53

Dans la première lecture, nous assistons à l’essai de liquidation d’un témoin gênant. Jérémie et sa prédication dérangeaient considérablement les choix politiques et militaires du pouvoir en place. Alors le prophète se retrouve dans la citerne de la prison. Dans la seconde lecture, il s’agit de Jésus, témoin gênant lui aussi en quelque sorte. Alors, quand Jésus, dans l’Evangile d’aujourd’hui, parle du feu et de la division qu’il est venu apporter, du baptême qu’il doit recevoir, faut-il vraiment se perdre en explications compliquées alors que c’est peut-être si simple ?

Je crois en effet qu’il suffit de se laisser interroger par l’actualité d’aujourd’hui et de tous temps. Hyacinthe Vulliez l’a fait à sa manière dans un de ses livres : “Jésus prêche à tout vent la fraternité ; tous les hommes sont égaux en dignité humaine et Dieu, son Père, est le père de tous les hommes. Alors ces paroles, les siennes, qui ont le goût de la guerre ! La guerre partout dans les familles ! Comment comprendre ? Et si Jésus faisait tout simplement le constat que chacun peut faire, souvent, hélas ! Quand on promeut la justice, on déclenche la violence de ceux qui n’en veulent pas. Quand on requiert l’égalité pour tous, éclate la colère de ceux qui ne veulent rien lâcher de leurs pouvoirs et de leurs avantages. Quand on veut dialoguer, sans tricher avec les questions, on subit le tir de ceux qui font de leurs vérités des flèches. Au nom de la paix, pour la tranquillité, ne vaut-il donc pas mieux se taire ?”

Faudrait-il alors se taire pour avoir la paix, comme certains parents quand ils n’en peuvent plus : “Tiens, pour avoir la paix.” Non, les témoins, les prophètes ne sont pas des faiseurs d’unanimité à bon compte. Ils appellent à prendre position, ils obligent à l’affrontement. Savez-vous que décider, en latin, signifie trancher, diviser. Mais trancher est a priori positif. Je me souviens quelqu’un qui me racontait un épisode qui avait été douloureux à vivre car il avait provoqué des divisions. Et il me disait son regret : “On était si unis avant.” Et il fallait l’aider à comprendre que l’unité d’avant était sans doute plutôt de façade, et qu’elle allait être meilleure après. Car l’Evangile est un feu qui purifie et qui transforme : c’est le feu de l’Esprit ; c’est l’Esprit de feu.

Le feu que Jésus veut mettre, c’est bien ce feu de Dieu, le feu de l’Esprit qui va animer la vie de ses disciples. C’est bien le feu de la Bonne Nouvelle qui va bouleverser, renverser, détruire le vieux monde pour faire surgir ce qu’il appelle le Royaume. Et renverser le vieux monde, « détruire le vieil homme » comme dira Saint Paul, c’est quelque chose de rude et exigeant. Révolte contre la bêtise humaine, contre la haine, contre la guerre, contre l’injustice. C’est Johnny Hallyday qui le chante et le crie : « Allumer le feu ! ». Oui, nous sentons en nous ce désir de mettre le feu pour que disparaissent toutes ces horreurs en nous et autour de nous… et très souvent, nous en restons là.

Jésus, lui, détruit la fausse paix de ceux qui ont intérêt à ce que rien ne change. La paix qu’il donne n’est pas du genre : “je vous fiche la paix.” Et quand il dit : “Je suis le chemin, la vérité et la vie”, on sent bien qu’il n’y a pas de tranquillité en perspective. Jésus dénonce les injustices sur lesquelles repose trop souvent l’ordre établi, les fausses sécurités, les habitudes et les traditions sclérosées et qui ne sont plus au service de l’homme.

Alors il se retrouve crucifié. On pense ainsi le faire taire et retrouver la tranquillité de l’ordre établi. Mais voilà, comme disait quelqu’un, on a bien réussi à le mettre à mort, mais jamais à l’enterrer. Dieu son Père, en le ressuscitant, transforme la défaite de la mort en victoire de la Résurrection. Voilà notre espérance : il y a une façon de vivre, à la suite du Christ, qui ressuscite.

Pensons-y quelques instants en nous aidant du petit texte de Robert Riber : Pourquoi dire toujours : tout est perdu, rien ne va plus. Les gens sont des pourris ! Autour de toi, il y a des PARLANTS, des gens qui parlent, vraiment. Des gens qui se risquent, bien au-delà de mots. Toi, si tu en as envie, tu peux crier avec les loups à défaut de t’engager. Toi, si tu veux, tu peux te boucher les oreilles pour ne pas entendre la PAROLE. Toi, si tu veux, tu peux fermer les yeux, et ne rien voir du tout.  Pourtant, autour de toi, tu le sais, il y a des gens qui osent et qui bougent, il y a des gens qui agissent. Alors…

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Evangile de la fête de l’Assomption – 15 août 2019

Posté par rtireau le 10 août 2019

magnificat
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 1, 39-56

En ces jours-là,
Marie se mit en route et se rendit avec empressement
vers la région montagneuse, dans une ville de Judée.
    Elle entra dans la maison de Zacharie
et salua Élisabeth.
    Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie,
l’enfant tressaillit en elle.
Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint,
    et s’écria d’une voix forte :
« Tu es bénie entre toutes les femmes,
et le fruit de tes entrailles est béni.
    D’où m’est-il donné
que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ?
    Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles,
l’enfant a tressailli d’allégresse en moi.
    Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles
qui lui furent dites de la part du Seigneur. »

    Marie dit alors :
« Mon âme exalte le Seigneur,
    exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !
    Il s’est penché sur son humble servante ;
désormais tous les âges me diront bienheureuse.
    Le Puissant fit pour moi des merveilles ;
Saint est son nom !
    Sa miséricorde s’étend d’âge en âge
sur ceux qui le craignent.
    Déployant la force de son bras,
il disperse les superbes.
    Il renverse les puissants de leurs trônes,
il élève les humbles.
    Il comble de biens les affamés,
renvoie les riches les mains vides.
    Il relève Israël son serviteur,
il se souvient de son amour,
    de la promesse faite à nos pères,
en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais. »

    Marie resta avec Élisabeth environ trois mois,
puis elle s’en retourna chez elle.

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Homélie

Posté par rtireau le 10 août 2019

Fête de l’Assomption – 15 août 2019

Apocalypse 11, 19a ; 12, 1-6a.10ab ; Psaume 44 ; 1 Corinthiens 15, 20-27a ; Luc 1, 39-56

Marie vient de découvrir qu’elle est enceinte. Marie a tellement accueilli la Parole de Dieu dans sa vie que la Parole a pris chair en elle. Croire tellement, dire oui tellement fort à la naissance de Dieu en soi qu’un jour ou l’autre ça se concrétise.

Marie vient de découvrir qu’elle est enceinte, et son premier réflexe est de se mettre en route. Comme si Saint Luc tenait à nous dire que la naissance de Jésus ne représente pas un terme pour Marie mais un commencement. Elle part chez sa cousine Élisabeth. Et c’est la Visitation : deux femmes enceintes qui se rencontrent et partagent les joies de l’attente. La Visitation, – le titre pourrait être la complicité féminine -  deux femmes font l’expérience qu’au plus profond d’elles-mêmes il y a de l’autre. Un autre qui les a mises en mouvement, cet autre les a mues et en même temps émues. Leur existence s’est faite ouverture, accueil, joie, tressaillement. Du neuf va apparaître. La grossesse est une période exceptionnelle puisque les femmes peuvent parler d’un autre tout en parlant d’elles-mêmes, elles peuvent parler d’elles-mêmes tout en parlant d’un autre. 

Marie portait en elle l’espérance du monde. De qui portons-nous l’espérance ? Qui a pu nous dire : “Tu comptes beaucoup pour nous.” Visitation, rencontre de deux personnes déjà habitées, déjà visitées. Dans nos rencontres, dans nos visites – c’est le même mot que visitation, – savons-nous reconnaître en ceux que nous visitons l’Autre qu’ils portent en eux ? Croire que l’autre mérite attention et respect, qu’il porte en lui des possibilités infinies, croire que rien n’est impossible à Dieu. Une visite, une visitation, si banale soit-elle, réalise la visite de Dieu qui s’intéresse à notre terre.

Et la rencontre de ces deux femmes sera l’occasion du fameux Magnificat. Vous pensez peut-être : “Dans notre monde d’aujourd’hui pas très brillant, comment se laisser emporter dans cette jubilation du Magnificat ?” C’est vrai ! Mais, au fait, le monde dans lequel la jeune Marie chantait sa joie, dans quel état était-il ? Sa Galilée natale n’était pas en paix, les puissants opprimaient les petits, les riches prospéraient à côté des pauvres. A l’époque non plus il n’y avait pas vraiment de quoi chanter un magnificat. Mais voilà ! Marie sentait bouger en elle l’enfant de l’avenir. C’est lui qui proclamerait un jour : “Heureux les pauvres, les doux, les affamés.” C’est lui qui allait rudoyer les orgueilleux et les nantis. C’est lui qui allait révéler la richesse des pauvres et offrir aux foules démunies un pain de vie inconnu. Marie portait en elle cet avenir ardent.

Très actuel, ce Magnificat, ce chant de marche obstinée des humbles. C’est bien un chant de louange à Dieu, mais c’est aussi un langage dur qui appelle par leur nom les malheurs du monde. Et c’est un chant de protestation porteur d’espoir parce que nous croyons que Dieu ne nous enlèvera jamais la force de continuer d’aimer. « Comment est-ce Dieu possible ! » Un cri que Marie a dû prononcer souvent. Mais elle était heureuse que Dieu se soit penché sur l’humilité de l’illettrée qu’elle était sans doute, comme pour lui dire : “Tu es celle que j’ai créée !” Lorsque vous réalisez que Dieu vous a choisi, ça vous donne déjà la force de continuer d’aimer !

À travers les siècles, on a souvent vénéré Marie, au risque d’oublier son message. On aimait bien les cantiques à Marie au risque d’oublier le cantique de Marie et son message tellement dérangeant. C’est maintenant du passé. On a mieux compris que, si Marie prononce son Magnificat, ce n’est pas pour qu’on le traduise en louange à son égard. Non elle nous invite à célébrer avec elle les merveilles de Dieu accomplies en faveur de ceux qui espèrent le salut du monde et qui luttent pour ça. Elle dit sa joie à cause de Dieu qui choisit les petits et disperse les orgueilleux, qui renvoie les puissants et élève les humbles, qui comble les affamés et renvoie les riches les mains vides. Elle dit que, lorsque Dieu vient, ce n’est pas à côté de l’existence des hommes. Quand il s’approche, toutes les cloisons des sociétés s’écroulent. Une vie autre commence.

Dans le regard et le cœur de Marie, quand elle accomplissait ses tâches quotidiennes, quand elle vibrait d’indignation devant les orgueilleux et les puissants, quand elle appelait la dignité pour les humbles et le pain pour les pauvres, Dieu était déjà en train de naître.

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Evangile du 19° dimanche dans l’année C – 11 août 2019

Posté par rtireau le 5 août 2019

Unknown
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 12, 32-48

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
    « Sois sans crainte, petit troupeau :
votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume.
    Vendez ce que vous possédez
et donnez-le en aumône.
Faites-vous des bourses qui ne s’usent pas,
un trésor inépuisable dans les cieux,
là où le voleur n’approche pas,
où la mite ne détruit pas.
    Car là où est votre trésor,
là aussi sera votre cœur.
    Restez en tenue de service,
votre ceinture autour des reins,
et vos lampes allumées.
    Soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces,
pour lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte.
    Heureux ces serviteurs-là que le maître, à son arrivée,
trouvera en train de veiller.
Amen, je vous le dis :
c’est lui qui, la ceinture autour des reins,
les fera prendre place à table
et passera pour les servir.
    S’il revient vers minuit ou vers trois heures du matin
et qu’il les trouve ainsi,
heureux sont-ils !
    Vous le savez bien :
si le maître de maison
avait su à quelle heure le voleur viendrait,
il n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison.
    Vous aussi, tenez-vous prêts :
c’est à l’heure où vous n’y penserez pas
que le Fils de l’homme viendra. »
    Pierre dit alors :
« Seigneur, est-ce pour nous que tu dis cette parabole,
ou bien pour tous ? »
    Le Seigneur répondit :
« Que dire de l’intendant fidèle et sensé
à qui le maître confiera la charge de son personnel
pour distribuer, en temps voulu, la ration de nourriture ?
    Heureux ce serviteur
que son maître, en arrivant, trouvera en train d’agir ainsi !
    Vraiment, je vous le déclare :
il l’établira sur tous ses biens.
    Mais si le serviteur se dit en lui-même :
‘Mon maître tarde à venir’,
et s’il se met à frapper les serviteurs et les servantes,
à manger, à boire et à s’enivrer,
    alors quand le maître viendra,
le jour où son serviteur ne s’y attend pas
et à l’heure qu’il ne connaît pas,
il l’écartera
et lui fera partager le sort des infidèles.
    Le serviteur qui, connaissant la volonté de son maître,
n’a rien préparé et n’a pas accompli cette volonté,
recevra un grand nombre de coups.
    Mais celui qui ne la connaissait pas,
et qui a mérité des coups pour sa conduite,
celui-là n’en recevra qu’un petit nombre.
À qui l’on a beaucoup donné,
on demandera beaucoup ;
à qui l’on a beaucoup confié,
on réclamera davantage. »

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Homélie

Posté par rtireau le 5 août 2019

19° dimanche dans l’année C – 11 août 2019

Sagesse 18, 6-9 ; Psaume 32 ; Hébreux 11, 1-2. 8-19 ; Luc 12, 32-48

Grâce à la foi, Abraham, Sarah et tout un peuple ont vécu des choses inouïes. L’extrait de la lettre aux Hébreux est comme une relecture chrétienne de la foi d’Abraham, de Sarah et de tout un peuple. Grâce à la foi, Abraham obéit à l’appel de Dieu et partit. Et il fallait bien avancer chaque jour, dans le désert, pour que les troupeaux trouvent à manger. Grâce à la foi, Sarah eut une descendance. Grâce à la foi, tout le peuple, sans avoir connu la réalisation des promesses de Dieu, l’avait salué de loin dit le texte très joliment. Grâce à la foi, cet homme de 36 ans gravement malade parle de guérison d’une manière très surprenante : “Ma maladie m’a complètement changé. Aujourd’hui j’ai rencontré le Christ. Je me considère comme guéri, car Dieu a guéri ce qui en moi en avait le plus besoin. Il m’a éveillé à un nouveau regard sur moi, sur ma vie, sur les autres. Il m’a donné l’espérance totalement insensée de pouvoir un jour traverser la mort sans mourir à son amour. Dans ma vie d’avant, j’étais, à bien des égards, plus mort que je ne le serai jamais. La perle de l’évangile, je l’ai trouvée. C’est la présence de Dieu dans ma vie et son regard d’amour.”

Grâce à la foi. La foi qui permet même l’impossible : Pensez au langage des sportifs : “On y croit ! Untel, il y croit, il se démène !” Ou bien l’inverse : “S’ils y croyaient seulement un peu !” Pensez au langage courant au sujet d’un conférencier par exemple : “On sent qu’il y croit.”

Chacun de nous peut élargir ce langage au domaine familial, professionnel, associatif. Il y a comme une dynamique de la foi, de l’espérance et de la promesse : on n’est jamais euphoriques de ce qu’on a parce qu’on ne le tient jamais définitivement ; on n’est jamais désespérés de ce qui nous manque parce qu’on est déjà heureux de ce qu’on n’a pas encore et qu’on attend. Voilà ce qu’est un homme de foi, un veilleur en tenue de service, en attente, tourné vers demain. Le contraire de celui qui est occupé à ressasser le passé même le plus réussi. 

L’homme de foi est un veilleur. Non pas un couche-tard. C’est vrai, on a tous vécu de ces soirées qui n’en finissent pas. C’est chouette, on est bien, tellement qu’il est impossible d’arrêter. On en rajoute : encore une danse, encore un verre. Ça finit par épuisement, quelquefois même en catastrophe. Ce sont des soirées qui réunissent des couche-tard, mais pas des veilleurs. Le veilleur, lui, est tourné vers demain. Il faut bien à un moment qu’il y ait la volonté, la foi de se tourner vers demain, vers la vie qui doit continuer. Comme si veiller engageait Dieu lui-même.

Je pense aux célébrations d’obsèques : il faut bien que ce soit des moments tournés vers demain, vers la vie qui doit continuer. Sinon ce serait simplement insupportable. Ensemble, on se redonne vie. Comme si veiller engageait Dieu lui-même. Veiller est proche de la foi.  Il faut croire pour veiller. “Qui de nous, a pu écrire un poète, qu’il soit mère ou qu’il soit père, épouse ou époux, amante ou amant, n’a regardé dormir celle ou celui qu’il aime, veillé sur son sommeil au comble du respect et dans l’émerveillement. Veiller, c’est tout attendre de la vie et s’en remettre à elle. Veiller, c’est refuser que la vie ne s’éteigne.” J’aime bien que pour les jeunes enfants on parle depuis longtemps déjà d’Eveil à la foi plutôt que de catéchisme.

“Soyez des veilleurs !” pourquoi pas des bien-veillants ? Des prenant soin ! “Restez en tenue de service !” Pas simplement des prestataires de services qui rendent service et s’en vont laissant l’autre servi, mais souvent seul… 

 “Soyez comme des gens qui attendent.”  Dans la revue Signes, il y avait un jour cette petite réflexion : “Mais justement, qui peut avoir encore le temps d’attendre ? Est-ce que le temps ce n’est pas de l’argent ? Il est temps de ne plus confondre l’attente et l’impatience. L’attente du Royaume de Dieu n’est pas celle d’un départ de T.G.V. L’attente du Royaume de Dieu est un cœur en désir et non la peur d’être en retard. Celui qui attend, c’est celui qui trouve encore au fond de lui un petit peu d’espérance allumée.” J’ai retrouvé là la distinction que faisait Simone Weil évoquant deux femmes au travail : l’une prisonnière et remplissant par contrainte un morne labeur de couture ; l’autre tricotant une layette pour l’enfant qu’elle porte. Les gestes sont comparables et pourtant, il s’agit pour l’une d’une peine et pour l’autre d’un bonheur.

 

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Evangile du 18° dimanche dans l’année C – 4 août 2019

Posté par rtireau le 28 juillet 2019

18

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 12,13-21. 

En ce temps-là, du milieu de la foule, quelqu’un demanda à Jésus : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. »
Jésus lui répondit : « Homme, qui donc m’a établi pour être votre juge ou l’arbitre de vos partages ? »
Puis, s’adressant à tous : « Gardez-vous bien de toute avidité, car la vie de quelqu’un, même dans l’abondance, ne dépend pas de ce qu’il possède. »
Et il leur dit cette parabole : « Il y avait un homme riche, dont le domaine avait bien rapporté.
Il se demandait : “Que vais-je faire ? Car je n’ai pas de place pour mettre ma récolte.”
Puis il se dit : “Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j’en construirai de plus grands et j’y mettrai tout mon blé et tous mes biens.
Alors je me dirai à moi-même : Te voilà donc avec de nombreux biens à ta disposition, pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence.”
Mais Dieu lui dit : “Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ?”
Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu. »

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Homélie

Posté par rtireau le 28 juillet 2019

Dix-huitième dimanche dans l’année C - 4 août 2019

Qohèlet 1,2. 2, 21-23 ;  Psaume 89 ; Colossiens 3, 1 … 11 ;  Luc 12, 13-21 

Pour comprendre l’évangile, un mot sur la législation à l’époque de Jésus. Pour sauvegarder le patrimoine familial, le droit juif prévoyait que la totalité des propriétés immobilières revenait au fils aîné, ainsi qu’une double part des biens mobiliers. C’était le droit d’aînesse. Ce qui est raconté ici c’est sans doute qu’un aînés’est emparé de tout l’héritage et refuse de remettre à son cadet la petite part qui lui revient. Et on demande l’arbitrage de Jésus.

« Ah les affaires d’héritages !dit Gabriel Ringlet.On sait comme elles peuvent empoisonner l’existence quand le partage des biens ravive les jalousies et réveille des blessures d’enfance. Ici, un homme en appelle à l’intervention de Jésus auprès d’un frère qui préfère, semble-t-il, laisser l’héritage indivis. Cette demande d’arbitrage devrait honorer Jésus. L’homme qui l’interpelle « du milieu de la foule »montre en effet la considération dont jouissait le jeune maître. Mais Jésus refuse de jouer ce rôle. Il n’est pas notaire. Il ne dit pas le droit. Sa mission est d’une autre nature : il donne sens, il interpelle, il avertit.

L’Évangile de Thomas,un texte poétique découvert en Égypte en 1945, vient souvent jeter sur les Évangiles canoniques une lumière subtile qui élargit parfois l’interprétation. Comme ici, justement, quand Jésus réplique un peu durement : “Qui m’a établi pour être votre juge ou l’arbitre de vos partages ?”Dans L’Évangile de Thomas, cela devient : “ô homme, qui a fait de moi un diviseur ? Il se retourna vers ses disciples et leur dit : vraiment, suis-je un diviseur?”Bouleversante question, si proche de ce que pouvait ressentir Jésus à ce moment-là. Car il est vrai que les autorités religieuses l’accusent de diviser le peuple. Et manifestement cette accusation le blesse. »

C’est une tentation permanente des hommes de demander à la religion de sacraliser leurs options ou leurs intérêts. Jésus ne veut pas entrer dans ce que l’homme doit résoudre lui-même. Mais il indique où est l’essentiel. Il invite à prendre de la hauteur : “Gardez-vous bien de toute avidité, car la vie de quelqu’un… ne dépend pas de ce qu’il possède.” C’est la vie de l’homme  qui est première, pas la richesse ! Et il raconte sa parabole du riche propriétaire. Le gars avec sa récolte et ses greniers est totalement préoccupé par l’en-bas. En fait, il est déjà mort : “Cette nuit-même, on va te redemander ta vie.”Évident puisque tu n’en fais rien. Dans certains rites funéraires antiques on mettait une pièce d’or dans la bouche du mort, pour payer son passage sur le fleuve obscur. Mais les archéologues retrouvent les monnaies : elles n’ont pas servi, elles n’ont pas cours en ce pays si lointain et si proche.

Saint Paul disait : “Pensez aux réalités d’en-haut, non à celles de la terre.” Il y a le monde des apparences, le visible, le concret. Mais il ne peut donner un sens à notre vie. Et puis ce monde est traversé par un nouveau monde en train de germer au-delà des apparences. Ne vous enchaînez pas au service du faux-dieu-argent qui déshumanise. La vie de l’hommene s’achève pas ici-bas. Le coffre fort ne suit pas le cercueil ! Dieu est la seule valeur stable. Tout le reste est passager, “vanité des vanités” disait la 1èrelecture. La richesse n’est pas mauvaise pour autant. Mais la bonne question est de savoir pour quielle est dépensée. Jamais on ne s’est assuréautant que de nos jours : accidents, incendie, intempéries. Tout ça est du progrès et on le voudrait pour tous. Mais quelle compagnie, quel groupe nous assurera contre la sécheresse du cœur et l’anémie du goût de vivre ? Ce serait ça la véritable Assurance-Vie, celle qui nous garderait fervents et joyeux jusqu’au jour où l’on part, les mains ouvertes, sans rien, pour le plus grand des voyages.

Et si tout ça était une invitation à comprendre que les réalités d’en-haut sont une manière de vivre l’en-bas,une manière de prendre de la hauteur. Le chemin est bien celui de l’incarnation et de la résurrection, celui de Jésus qui s’est immergé dans le quotidien humain, tout en y prenant sa hauteur de ressuscité. J’aime bien ce petit mot de Pierre Schaeffer, intituléperformance:“Tous nous sommes des encombrés. Nos voitures se touchent, nos pare-chocs se frôlent et font du mieux qu’ils peuvent pour ne pas se choquer. Nos journaux foisonnent, nos dialogues se superposent. Aussi, faut-il continuer, ne pas se taire, parler encore, fabriquer un message, un discours, un véhicule, une fusée, tirer, viser, aller plus haut, plus vite, plus loin, établir un nouveau score, une performance jamais atteinte : par exemple dire un mot à son voisin, un mot qui serait compris.”

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