Evangile du 14° dimanche du temps ordinaire – 5 juillet 2020

Posté par rtireau le 30 juin 2020

Unknown

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 11, 25-30. 

En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits.
Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance.
Tout m’a été remis par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler. »
« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos.
Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme.
Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »

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Homélie

Posté par rtireau le 30 juin 2020

14° dimanche dans l’année A - 5 juillet 2020

Zacharie 9, 9-10 ; Psaume 144 ; Romains 8, 9.11-13 ; Matthieu 11, 25-30

Jésus vient de nous le confirmer dans l’évangile, Dieu aurait des préférés : Père, dit-il, il y a des choses que tu as cachées aux sages et aux grosses têtes et que tu n’as racontées qu’aux tout petits. Lorsque il a dit ça, Jésus n’a pas dû se faire que des amis. Certains ont sûrement vite compris qu’ils ne figuraient pas dans sa liste. Et aujourd’hui où il faut tout le temps être le meilleur, le plus grand, le plus fort, pas évident non plus d’être parmi les préférés de ce Dieu surprenant. Il donne vraiment l’impression qu’il aime désarçonner ceux qui sont imbus d’eux-mêmes, et qu’il préfère révéler ses secrets aux petits. D’après Jésus, on n’approche pas le mystère du Royaume avec ses méninges, mais avec son cœur. Celui qui est plein de soi est privé de Dieu, mais le petit, celui qui se jette sans hésitation dans les bras de son père, sans se poser la question s’il en est digne ou non, celui qui laisse parler l’élan de son cœur, celui-là peut rencontrer Dieu.

“Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits.” En une phrase, Jésus dit que la foi n’est pas au registre de ceux qui savent. Deux verbes sont face à face : cacher et révéler. Il ne s’agit pas de diplôme ou d’ignorance, mais d’une connaissance du cœur inaccessible “aux sages et aux savants” alors qu’elle se révèle “aux tout-petits”.Devant l’échec qu’il subit auprès des scribes et des docteurs de la Loi, et devant l’accueil que lui réservent seulement les petits et les pauvres, Jésus aurait pu se démoraliser. Non ! Il a une prière qui rejoint celle de Marie et son Magnificat : “Il renverse les puissants de leurs trônes. Il élève les humbles.”

La prière de Jésus remet en cause ceux qui défigurent l’image de Dieu en imposant des catéchismes incompréhensibles et des exigences qui barrent l’entrée du Royaume. L’évangile d’aujourd’hui est une sorte de Magnificat de Jésus. Il dit la joie de Dieu qui prend le parti de ceux que le monde néglige souvent, et méprise quelquefois. Grande leçon pour notre vie : invitation à prier à partir de nos soucis et à oser chercher le chemin de l’action de grâce au cœur même des situations difficiles que nous traversons. Car nous sommes forts de la promesse de Jésus : “Ce que vous faites au plus petit, c’est à moi que vous le faites.” (Mt 25, 40)Notre consentement à Dieu et notre communion à nos frères deviennent les sources de notre paix intérieure. Si nous sommes sûrs d’être aimés jusque dans notre pauvreté, la louange viendra habiter nos cœurs. 

Aller vers Dieu n’est décidément pas une prise de tête pour intellectuels, c’est simplement risquer des gestes d’amour ! C’est pour ça que les vacances sont quelquefois un bon moment pour que des personnes renouent avec l’Église : c’est un temps de réflexion, une pratique sacramentelle, ou simplement un intérêt pour la beauté d’un lieu. Elles utilisent des lieux d’Église comme des espaces de silence, de détente, qui leur permettent de se ressourcer. 

“Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits.” J’ai déjà cité récemment un livre de Colette Nys-Mazure, qui s’appelle Célébration du quotidien. Et cette fois j’ai cru y reconnaître les tout-petits dont parle Jésus, ceux qui ne sont pas blasés : “Il se peut que nous ne soyons vraiment nous-mêmes que dans l’émerveillement, l’éloge, la reconnaissance. Là s’exprime le meilleur de notre être.” L’auteur du livre appelle ça l’état de grâce. Et un peu plus loin, elle rappelle la signification du mot enthousiasme qui contient le mot Theos qui veut dire DieuÊtre enthousiastesignifierait donc être habité par Dieu. Heureux les enthousiastes !

“Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos.” Jésus appelle à lui, non pas d’abord pour un service ou une fonction, mais parce qu’il aime. Un peu avant, dans l’évangile de Matthieu, nous lisons : “Voyant les foules, Jésus fut pris de pitié pour elles, parce qu’elles étaient harassées et prostrées comme des brebis qui n’ont pas de berger” (Mt 9, 36). Jésus ne peut rester indifférent devant la souffrance et la misère humaine. C’est plus fort que lui, il faut qu’il console, qu’il relève, il faut qu’il guérisse, qu’il nourrisse, qu’il pardonne. “Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos.” Il y a quelquefois des rencontres qui fatiguent et qui épuisent. On en sort énervé, agressif. Il y en a d’autres qui réconfortent et qui remettent d’aplomb. Que cette célébration qui nous rassemble soit un temps de repos qui remette debout, un temps qui nous ressuscite !

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Evangile du 13° dimanche du temps ordinaire – 28 juin 2020

Posté par rtireau le 22 juin 2020

croix

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 10, 37-42. 

En ce temps-là, Jésus disait à ses Apôtres : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ;
celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi.
Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera.
Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé.
Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète ; qui accueille un homme juste en sa qualité de juste recevra une récompense de juste.
Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense. »

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Homélie

Posté par rtireau le 22 juin 2020

13° dimanche dans l’année A – 28 juin 2020

2 Rois 4, 8-16 ; Psaume 88 ; Romains 6, 3-11 ; Matthieu 10, 37-42

« Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi… » Le Christ nous réclame de le préférer à ceux qui nous sont les plus chers. Cette demande paraît cruelle. Mais souvenons-nous : le Christ est lui-même présent au cœur de chacun, donc au cœur de ces personnes que nous aimons. La phrase de l’évangile nous demande donc de prendre le temps de le reconnaître au travers de ces visages aimés. Et alors on découvrira qu’on ne possède aucune personne, qu’on ne peut mettre la main sur aucune, même la plus aimée. Cette priorité de l’amour de Dieu interdit à chacun de faire de l’autre sa chose aimée, son dieu. Car l’amour de Dieu fait exister l’autre comme une personne unique et l’ouvre à un amour sans frontières. Dieu seul est Dieu… Personne d’autre ne peut être adoré. 

 “Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi…” Voilà une autre phrase qui peut faire peur. Eh bien ! Savez-vous qu’à chaque baptême le premier signe est celui de la croix. Et je dis souvent en le faisant : « je te marque du signe de la croix, avec sa branche verticale qui t’invite à savoir lever les yeux vers le ciel, et sa branche horizontale qui t’invite à ne jamais oublier les copains… parce que notre Dieu du ciel est entré en Jésus dans le cercle de tes copains. » D’ailleurs la suite de l’Evangile confirme : « Qui vous accueille m’accueille », dit Jésus aux apôtres. « Et qui m’accueille accueille celui qui m’a envoyé », c’est à dire Dieu. « Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits,… il ne perdra pas sa récompense. » Un peu du visage de Dieu sur le visage du frère.

« Qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera. » Il s’agit donc de tout lâcher pour suivre Jésus. Ça paraît impossible. Et pourtant on a tous l’expérience de lâcher plein de choses importantes pour sauver l’essentiel. Ecoutez ce petit texte de Patrick Jacquemont qui met en scène deux personnes :

- Lui a durement gagné sa vie, travaillant très jeune, prêt à tous les boulots. Il a réussi, mais voilà qu’au souci de survivre fait place l’angoisse de perdre ce qu’il a gagné. Il voudrait tout garder. 

- Elle a voulu conquérir l’autonomie dans une famille qui l’encadrait peut-être trop. En défendant ses droits, elle s’est fait une carapace qui l’abrite et qui l’isole à la fois. 

L’un et l’autre seront-ils capables un jour d’ouvrir la porte à qui frappera ? 

Voulez-vous une petite histoire pour comprendre ça ? Un sage racontait : « Il était un enfant qui voulait manger des noix. Or elles se trouvaient dans un pot au goulot étroit. Il dit : “Maman, je veux manger des noix.” Elle répond : “Prends-en une, petit.” L’enfant enfile le bras mais il remplit tant sa main qu’il ne peut plus la retirer du pot.  Il dit : “Regarde ! Ma main ne sort plus.” Sa mère répond : “Lâche donc ce que tu tiens ! Prends seulement ce qu’il faut, et ta main sortira.”» Le sage ajoutait : « Il n’y a pas que les enfants pour attraper trop de noix en même temps. Et beaucoup, tentés par les richesses, ne sont pas assez sages pour recouvrer leur main. »

Quand des parents ou des amis se retrouvent sur le quai d’une gare, il faut bien lâcher valises et paquets pour s’embrasser. Et pour saluer convenablement quelqu’un en lui serrant la main, il faut que les deux mains soient vides…

Dans l’évangile d’aujourd’hui, et dans tout le chapitre 10 de Matthieu, Jésus m’invite donc à poser des choix fondateurs qui donneront à ma vie une réelle capacité à aimer comme lui-même nous a aimés. Choisir le Christ jusqu’à porter ma croix, ça peut être difficile à assumer. 

Mais j’attire l’attention : si ça devient totalement impossible, il faut que je m’interroge. Peut-être que j’ai fait de ce choix une performance à accomplir, une occasion de montrer que je suis le meilleur. Non non ! Ce n’est pas ça. Vivre l’Évangile n’est pas une course d’obstacles ! Ce n’est même pas diplômant ! Ça n’apporte ni pouvoir, ni argent. Mais ça peut tout changer dans ma vie si je choisis le Christ. Vivre l’Évangile, c’est donner à ma vie d’être un des lieux de l’incarnation de Dieu au monde. C’est donner à ma vie d’être elle-même un don. Ma vie tire sa valeur et sa grandeur de ma capacité à la donner, et à la perdre, à la manière du Christ. Savez-vous que le prix d’un verre d’eau vient de qui le reçoit et non de qui le donne ?

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Evangile du 12° dimanche du temps ordinaire – 21 juin 2020

Posté par rtireau le 14 juin 2020

Oiseau

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 10, 26-33. 

En ce temps-là, Jésus disait à ses Apôtres : « Ne craignez pas les hommes ; rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est caché qui ne sera connu.
Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en pleine lumière ; ce que vous entendez au creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits.
Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps.
Deux moineaux ne sont-ils pas vendus pour un sou ? Or, pas un seul ne tombe à terre sans que votre Père le veuille.
Quant à vous, même les cheveux de votre tête sont tous comptés.
Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux.
Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux.
Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux. »

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Homélie

Posté par rtireau le 14 juin 2020

12° dimanche dans l’année A – 21 juin 2020

Jérémie 20, 10-13 ; Psaume 68 ; Romains 5, 12-15 ; Matthieu 10, 26-33

“Ne craignez pas !”… Une phrase souvent répétée. Mais suffit-il de la redire pour qu’elle fasse de l’effet ? C’est vrai que rien n’est plus paralysant que la peur : élan, enthousiasme, tout est bloqué. En fait, je crois bien que la peur empêche d’être soi-même. Je me souviens d’un livre de Colette Nys-Mazure intitulé Célébration du quotidien, où elle écrivait : “Il se peut que nous ne soyons vraiment nous-mêmes que dans l’émerveillement, l’éloge, la reconnaissance. Là s’exprime le meilleur de notre être, ce qui chante, ce qui s’ouvre et qui va à la rencontre de celui qu’on ne peut nommer… Décaper l’être de la couche d’usage et d’usure afin de contempler ce qui se présente de beau aux yeux éteints, trop habitués.” Le livre en question appelait ça l’état de grâce.  

La peur empêche d’être soi-même. Les apôtres ont éprouvé cette peur au moment du départ de Jésus. Les voilà livrés à eux-mêmes devant l’hostilité des juifs qui les faisait se calfeutrer au Cénacle. C’est pour conjurer toutes ces peurs que, dans l’évangile que je viens de lire, Jésus leur dit et à nous aussi : « Ne craignez pas ! ». Lui-même a affronté des difficultés, des oppositions, mais il est resté libre. Il a affronté la mort librement. Il l’a vaincue parce qu’il l’a vécue librement.

Jésus leur dit : « N’ayez pas peur ! ». Et on se souvient qu’il avait dit aussi : “Il vaut mieux pour vous que je m’en aille, car si je ne m’en vais pas, le Défenseur ne viendra pas vers vous ; mais, si je pars, je vous l’enverrai.” (Jean 16, 7) Voilà comment il nous a promis un défenseur auprès du Père : l’Esprit Saint qui intercède pour nous. 

C’est la même leçon que donnait Jérémie dans la 1ère lecture. Appelé à annoncer des mauvaises nouvelles, Jérémie est mal vu des autorités en place qui l’accusent de haute trahison et le jettent en prison. Et Jérémie se plaint amèrement dans un premier temps (c’est de là qu’est venu l’expression les jérémiades.) Mais il se ressaisit et sa foi domine ses doutes et sa peur : « Le Seigneur est avec moi, tel un guerrier redoutable.” Il n’est pas forcément en notre pouvoir d’éviter la peur, mais il y a un moyen de la surmonter : c’est la confiance en Dieu.

Ne craignez pas les hommes, nous répète Jésus. Aucune puissance humaine n’est capable de détruire ce qui fait votre valeur véritable, l’espérance de la vie éternelle, l’âme comme on dit. Être une âme plus forte, voilà ce qui compte. « Deux moineaux ne sont-ils pas vendus pour un sou ? Or, pas un seul ne tombe à terre sans que votre Père le veuille… Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux. » Ne pas craindre, non pas à cause d’un optimisme béat, mais à cause d’une confiance en l’amour vigilant de notre Père. 

« Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, sans pouvoir tuer l’âme. » Formule redoutable ! Mais que veut dire tuer l’âme ? Ce « Soyez sans crainte » qui revient, paraît-il, 366 fois dans la Bible, il semble bien qu’il ne s’adresse pas qu’aux seuls disciples envoyés en mission. Gabriel Ringlet raconte qu’un jour le chanteur Julos Beaucarne confiait du bout des lèvres à ses auditeurs : « Je suis venu tout près pour vous dire que vous êtes toutes et tous totalement irremplaçables. Que la musique de votre voix est particulière. » Peut-être est-ce là le fond du fond de la chanson de l’évangile : Jésus vient « tout près » dire à chacune, à chacun, que la musique de sa voix est particulière. Même si vous êtes en ce moment sur un lit d’hôpital, même si la tendresse a déserté votre maison, même si votre chanson est désespérée parce que l’avenir vous paraît compromis… Dieu a besoin de votre chanson. Alors soyez sans crainte.

Il y a des campagnes pour sauver des espèces animales. On peut se demander ce que nous devrions faire pour que l’homme ne soit pas détruit de l’intérieur, pour que sa chanson reste particulière. Ecoutez cette petite parabole qui répond à sa façon : Sur un sentier raide et pierreux, j’ai rencontré une petite fille qui portait sur le dos son jeune frère. “Mon enfant, lui dis-je, tu portes un lourd fardeau.” Elle me regarda et dit : “Ce n’est pas un fardeau, monsieur, c’est mon frère.” Je restais interdit. Le mot de l’enfant s’est gravé dans mon cœur. Et quand la peine des hommes m’accable, que tout courage me quitte, le mot de l’enfant me rappelle : “Ce n’est pas un fardeau que tu portes, c’est ton frère.” 

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Evangile pour la fête du Corps et du Sang du Christ – 14 juin 2020

Posté par rtireau le 8 juin 2020

Eucha

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean 6,51-58. 

En ce temps-là, Jésus disait à la foule : « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. »
Les Juifs se querellaient entre eux : « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? »
Jésus leur dit alors : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous.
Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour.
En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson.
Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui.
De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi.
Tel est le pain qui est descendu du ciel : il n’est pas comme celui que les pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement. »

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Homélie

Posté par rtireau le 8 juin 2020

Fête du Corps et du Sang du Christ – A - 14 juin 2020

Deutéronome 8, 2-3. 14b-16a ; Psaume 147 ; 1 Corinthiens 10, 16-17 ; Jean 6, 51-58

“Manger la chair” de Jésus, “boire son sang” ! Le réalisme de Saint Jean pourrait nous faire passer pour des anthropophages. En réalité l’expression chair et sang, dans la mentalité hébraïque, désigne l’homme concret. Et il est probable que Jean ait voulu insister sur l’humanité de Jésus parce que, dès la fin du premier siècle, beaucoup le considéraient déjà comme un être céleste désincarné. D’autres passages de l’Ecriture parlent de l’eucharistie : “Quand vous mangez ce pain et buvez à cette coupe… Voici mon corps, voici mon sang …” La clé pour comprendre ce langage sacramentel, c’est le mot symbolique. Non pas au sens minimum qu’on lui donne quelquefois : “Oh ! Il a fait une offrande seulement symbolique”, c’est à dire pas grand chose. Non le symbole, en langage sacramentel, a le sens fort et dit une réalité plus grande que ce qu’on voit, bien plus profonde que les apparences.

On est trop habitués à séparer les réalités sous prétexte de les comprendre mieux. Alors on dit : il y a deux sortes de nourriture : celle du corps, le pain, et celle de l’âme, l’Eucharistie. On dit : il y a deux sortes d’eau : l’eau pour boire et l’eau du Baptême. Et on distingue soigneusement l’ordinaire de l’extraordinaire, le concret de l’abstrait, le profane du sacré, le matériel du spirituel. On croit mieux comprendre en séparant, mais ce n’est pas vrai.

Je me rappelle comment, un jour, avec des enfants, le beau stylo de François nous avait aidés à mieux comprendre le mot symbole : ce n’était pas un stylo, c’était un cadeau ; ce n’était pas de l’utile, c’était du gratuit ; ce n’était pas du fonctionnel, c’était du relationnel. En bref, il y avait quelqu’un derrière. Par chance, ce stylo écrivait. Mais combien de ces objets sont seulement du relationnel : tel merveilleux coupe-papier qui ne coupe rien du tout, telle superbe lampe de chevet qui n’éclaire rien, tel instrument de musique dont personne ne pourrait sortir une seule note : mais c’est peut-être le stradivarius de l’arrière grand-Père ! 

Le stylo de François nous avait permis de regarder les textes autrement, d’apercevoir quelqu’un derrière la manne et la multiplication des pains, de réaliser que la frontière entre le profane et le sacré n’est jamais précise : combien de fois on prend un pot ensemble alors qu’on n’a pas soif ; Et nos repas de fête qui durent des heures alors que personne n’a plus faim depuis longtemps.

Le stylo de François nous avait permis de découvrir que notre langage même est naturellement symbolique : quand on se dit rompu de fatigue (comme le pain) ; quand on dit de untel qu’il se laisse manger par ses activités ou par ses élèves s’il est enseignant. Tiens donc ! Et la phrase “Celui qui mange ma chair” nous surprendrait !

Le stylo de François était le stylo de la mémoire. Il y avait quelqu’un derrière. L’Eucharistie est le pain de la mémoire : “Faites cela en mémoire de moi”Mémoire d’une vie brisée, d’une vie donnée. Il y a quelqu’un derrière. Un jour, j’ai entendu notre évêque dire : “Ceux qui s’ennuient à la messe, c’est parce qu’ils n’y apportent rien de leur vie. Finalement, ils ne sont pas tellement présents.” Le pain offert à la messe symbolise le travail des hommes, ce que nous appelons notre pain quotidien. Il nous faut apporter quelque chose de notre vie à chaque messe, sinon, il n’y a personne derrière le pain.  Pour que Dieu transforme le pain en sa propre vie il faut qu’il y ait du pain, afin qu’il soit transformé, transfiguré, habité par la présence réelle du Christ. “Nous te présentons ce pain, fruit de la terre et du travail des hommes, il deviendra le pain de la vie.” À la communion, Dieu nous redonne ce pain, habité de la présence réelle du Christ. Et nous repartons avec une énergie divine pour continuer de vivre avec la force de l’Esprit de Jésus, l’Esprit d’amour.

La messe, c’est la rencontre de deux présences réelles : la présence réelle du Christ, qui ne fait aucun doute, et notre présence réelle, qui, elle, est parfois moins sûre. Nous communions à la présence réelle du Christ pendant la messe pour devenir nous-mêmes une présence réelle du Christ après la messe. Saint Jean Chrysostome (4ème siècle) a quelques mots très forts pour dire la mission que l’eucharistie nous donne : “Tu veux honorer le Corps du Christ, ne le méprise pas lorsqu’il est nu.” J’aime beaucoup cette phrase qui dit bien de quelle manière l’Eucharistie est sacrée.

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Evangile pour la fête de la Sainte Trinité – 7 juin 2020

Posté par rtireau le 2 juin 2020

Trini

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 3, 16-18. 

En ce temps-là, Jésus disait à Nicodème : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle.
Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. »
Celui qui croit en lui échappe au Jugement ; celui qui ne croit pas est déjà jugé, du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.

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Homélie

Posté par rtireau le 2 juin 2020

Fête de la Trinité – A – 7 juin 2020

Exode 34, 4b-6, 8-9 ; 2 Corinthiens 13, 11-13 ; Jean 3, 16-18

Une déclaration d’amour, ça ne s’embrouille pas dans des phrases compliquées. “Je t’aime”: c’est simple, direct, et ça va à l’essentiel. C’est vrai : l’amour est à la fois simple et mystérieux, tellement il concerne chaque être en son intériorité profonde ! Jésus, pour dire l’amour du Père, n’entame pas un grand discours abstrait. Il dit : Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique !” De quoi ébranler l’intellectuel Nicodème avec qui il vient de parler du baptême. Dieu a tellement aimé le monde que sa Parole s’est faite homme en Jésus. Et Jésus a consacré toute sa vie, jusqu’à la croix, à proclamer cette Parole du Père. Mais le Père l’a ressuscité car Dieu ressuscite tout ce qui est partagé par amour.

Quand Jésus parle de Dieu, ce n’est pas le Dieu au-dessus des nuages, ni l’architecte suprême, ni le menaçant, ni le papa-gâteau qui laisserait tout passer. Non ! Le Dieu de Jésus est PÈRE qui invite chacun à grandir avec la patience qu’il faut.On le sait : ce qui fait le cœur de l’homme, c’est son désir d’aimer et d’être aimé ; ce qui le fait vivre, ce sont des relationsd’amour, et rien n’est plus grand que l’amour qui bouleverse la vie et rend le monde plus beau. Pour les chrétiens, cet amour est, dans le cœur de l’homme, la signature de Dieu qui s’appelle l’Esprit Saint : la relation forte entre le Père et le Fils en plein cœur de notre cœur ! “Dieu Père a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique !” Et chacun est habité de la force de l’Esprit

Dieu Père, Fils et Esprit, c’est la Trinité. Si notre foi s’attache au Père seul, nous risquons un vague déisme. Si nous nous adressons au Fils seul, nous risquons un humanitarisme qui manque d’élan. Et si nous regardons l’Esprit seul, nous risquons un illuminisme inconsistant, où Dieu pourrait se confondre avec les agitations de notre cœur.

“Jamais Dieu sans trois” titrait joliment un article qui disait : “Puisque le mystère de Dieu n’est pas un point d’interrogation (question sans réponse), mais un point d’exclamation (merveille à découvrir), la liturgie a prévu nous faire vivre cet émerveillement entre deux fêtes, celle de la Pentecôte, comme si l’Esprit était la porte d’entrée pour dire Dieu, et celle du Corps et du Sang du Seigneur, parce que l’Eucharistie restera toujours la Présence du Christ au milieu de nous.”

La Trinité, Dieu qui se donne à rencontrer au cœur de la relation entre les humains. Dès l’Ancienne Alliance, Dieu s’est révélé comme « le Dieu tendre et miséricordieux,.. plein d’amour et de vérité. » (1ère lecture). Et saint Jean a cette phrase chaleureuse : « Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé ». Fameuse nouvelle. En fait c’est LA Bonne NouvelleJésus aurait pu séparer l’ivraie du bon grain ou accabler ceux qui avaient quitté le droit chemin. Non ! Il s’est juste un peu moqué de ceux qui s’enfermaient dans la suffisance de l’argent et du pouvoir et qui ne voyaient pas l’essentiel qui est la Relation d’amour. Lui, il allait manger avec les pécheurs, i1 libérait les corps crispés et les esprits dérangés, il invitait à aller de l’avant et à inventer l’amour. Et c’était subversif de dépasser les barrières traditionnelles de la société. Il se réclamait toujours de son Père pour réveiller les cœurs et bousculer le désordre établi. Et il disait envoyer bientôt l’Esprit qui continuerait à mettre le feu au cœur des relations entre les humains ! Jésus parlait de Dieu comme nous parlons d’Amour. Dieu, l’imprononçable de l’ancien Testament, il lui a choisi les noms humains qui viennent de l’expérience la plus forte que puisse donner notre terre : le nom Père, puis le nom Fils, et le nom Esprit qui est la relation entre le Père et le Fils.

Je pense aux gens qui viennent, nombreux et souvent de loin, à l’église pour une raison “relationnelle”. Ils viennent à un baptême, une première eucharistie ou un mariage. L’un des leurs est concerné au plus profond de lui-même, l’un des leurs “met en jeu quelque chose de fondamental pour son existence”, comme disait Mgr Rouet, évêque de Poitiers. Tertullien, au 3° siècle, avait appelé ça le sacrement du frèreEh bien ! La Trinité nous dit que ces relations humaines riches conduisent à Dieu, comme Jésus a su nous y conduire, comme son Esprit continue de nous y conduire à travers les frères. Le relationnel humain fort qui remplit les églises à certains moments, la Trinité nous dit qu’il est aussi le cœur de Dieu lui-même.

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