Homélie

Posté par rtireau le 24 août 2016

22° dimanche dans l’année C – 28 août 2016

Sirac le Sage 3, 17-18. 20. 28-29 ; Psaume 67 ; Hébreux 12, 18-19 22-24a ; Luc 14,1a. 7-14

Une fois de plus, Jésus participe à un grand repas. Cette fois-ci, c’est chez un chef des pharisiens. Visiblement, Jésus ne se laisse enfermer dans aucun groupe particulier.

Il regarde les gens qui arrivent. On se souvient qu’à d’autres moments, il a épinglé certains scribes “Méfiez-vous des scribes… qui aiment les sièges d’honneur dans les synagogues et les places d’honneur dans les dîners.”  (Luc 20, 46). Sans doute regarde-t-il d’un œil amusé ceux qui vont déjà se placer aux bons endroits. Et puis le voilà qui élève la voix. Il fait mine de s’exprimer en général, comme un maître de sagesse, et en réalité il décrit ce qui est en train de se passer autour de lui. Il recommande de ne pas prendre les premières places pour ne pas risquer de devoir les quitter. Mieux vaut aller à la dernière pour être invité à monter plus haut.

Le conseil semble banal. Ça prend même l’air d’un calcul hypocrite : se mettre le dernier pour se faire remarquer et se voir proposer une meilleure place. En réalité, la parole de Jésus est plus subtile, car elle est à plusieurs niveaux : elle est d’abord un conseil de savoir-vivre. Mais attention ! Il s’agit aussi de noces, et pour tous ces esprits nourris des Écritures et attentifs à la finesse du langage de Jésus, il s’agit évidemment des noces de Dieu avec l’humanité. Il s’agit, – ils le savent, – du Royaume de Dieu. Et puis c’est une parabole qu’il raconte, et non pas un discours moralisateur. 

A mots couverts, Jésus réaffirme donc : les petits sont les premiers pour Dieu. Le Magnificat le chantait déjà : “Il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles.” Jésus a toujours montré son attention privilégiée pour les rejetés, les malades, les pauvres de toutes pauvretés. Il a effectivement pris la dernière place. Il nous faut contempler Dieu tel qu’il se montre en Jésus. Alors qu’il aurait eu le droit de revendiquer “le rang qui l’égalait à Dieu” (Philippiens 2, 6), Jésus a choisi de se mettre à la dernière place. Dans la scène du lavement des pieds, nous voyons Dieu en tablier, Dieu lavant les pieds sales de l’humanité, Dieu humble, Dieu qui se fait le dernier : l’amour qui se fait serviteur. Nous, nous voulons souvent être comme des dieux (Genèse 3, 5) alors que nous sommes invités à essayer d’être comme Jésus. C’est là la vraie grandeur : Quel est en effet le plus grand : celui qui est à table, ou celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à table ? Eh bien moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert.”  (Luc 22, 27). Dans le Royaume, « celui qui s’élève sera abaissé, celui qui s’abaisse sera élevé ».

C’est la dernière phrase du texte qui donne sens à l’ensemble. Seul Jésus a le droit de le dire, parce que c’est sa vie, ce qui le fait « image visible du Dieu invisible ». En dehors de Jésus, de sa vie et de son message, je ne peux rien savoir de Dieu. Jésus nous révèle que Dieu est « Le Très-Bas », comme disent certains théologiens. Prendre la dernière place, c’est donc imiter Dieu. Et c’est dans cette logique que Jésus ajoute une conclusion stupéfiante. Il se tourne vers le maître de maison et lui reproche d’avoir invité ses amis, ses parents et ses riches voisins. On imagine la tête que devaient faire les convives ! Fallait-il s’en aller et laisser la place aux estropiés, aux boiteux, aux aveugles et autres éclopés ? Décidément, le festin commençait un peu durement !

C’est encore et toujours aujourd’hui la même parole de Jésus qui libère et qui appelle à avancer. Elle s’adresse à chacun, elle s’adresse aux sociétés. Qui invite celui qui ne rendra rien ? Combien de temps les peuples riches tiendront-ils table abondante pendant que les autres souffrent famine ?

Les vacances s’achèvent. Une année de services et d’engagements nouveaux est là devant nous. Il y aura de quoi faire, chacun à sa place. Il y aura beaucoup à faire, mais regardons tout de suite tel petit pas possible :

- écouter quelqu’un que personne n’écoute (cf 1ère lecture : “L’idéal du sage, c’est une oreille qui écoute”).

- parler ouvertement à celui qui est tenu ouvertement à l’écart. Dès la cour de récréation.

- Dire du bien de celui dont tout le monde dit du mal.

- Choisir comme Jésus d’être proche, d’être avec ; avec les nouveaux venus dans les situations nouvelles de toute rentrée.

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