Homélie

Posté par rtireau le 9 février 2017

Sixième dimanche dans l’année A – 12 février 2017

Siracide 15, 15-20 3 ; Psaume 118 ; 1 Corinthiens 2, 6-10 ; Matthieu 5, 17-37

Il y a huit jours, Jésus nous invitait à être sel de la terre et lumière du monde. On dirait qu’il y a comme un changement de ton aujourd’hui ? Le bonheur passerait-il subitement par l’obéissance à la Loi ? La religion ne serait qu’une morale ? Non ! En réalité, c’est bien le même discours qui continue. Jésus n’est pas un surveillant rigide. Plein de douceur, il dit calmement toutes ces exigences comme un appel. “Il savait ce qu’il y a dans le cœur de l’homme”, dira de lui saint Jean. Oui, Jésus connaît nos pauvretés humaines, et il sait aussi tout ce qui nous est possible. Il voit ce que nous sommes, mais il croit aussi que nous pouvons devenir des ressuscités avec lui.

Car c’est un chemin de résurrection qu’il nous offre. Un chemin pour notre être tout entier. A la manière des conteurs de son temps, Jésus donne trois exemples qui concernent les mains, les yeux et la bouche, c’est à dire les gestes, le regard et la parole, autrement dit l’homme tout entier qui agit, qui désire et qui communique :

Il fait appel à la douceur des gestes dans les relations humaines où les tensions ne manquent pas, ni les rancœurs.

Il fait appel à la droiture du regard pour que nos yeux ne soient pas troublés par la convoitise ou la jalousie.

Il fait appel à la sincérité des paroles : “Va d’abord te réconcilier… Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le… Que ton oui soit oui…”

Comme dit Gérard Bessière : “Jésus aiguillonne et fouille jusqu’aux racines des conduites humaines. Car l’homme est plus profond que ses apparences et son comportement. C’est dans la profondeur obscure de sa vie intime que tout prend naissance et se joue.”

On est saisis par l’autorité de la parole de Jésus, tellement différente du radotage des scribes et autres récitants de formules. C’est une parole créatrice : que la bonté soit, que l’amour soit beau, que le langage soit vrai. C’est une parole qui conduit l’homme au cœur de lui-même. Oui, “si tu le veux, tu peux observer les commandements,” comme disait Ben Sirac le Sage dans la 1ère lecture. Il dépend de ton choix de rester fidèle. La vie et la mort te sont proposées, à toi de choisir. Si tu veux, tu peux ! On peut trouver que c’est facile à dire. Mais comprenons bien qu’ici il ne s’agit pas seulement d’une affaire de volonté, mais plutôt d’un choix profond, d’un choix spirituel. Et on connaît sûrement tous quelques personnes qui auraient beaucoup de raisons de désespérer et qui, contre toute attente, rayonnent d’espérance.  Et on se dit : “Où vont-elles chercher cette espérance ? Où vont-elles chercher ça ?” Elles sont le signe vivant de cette phrase de Ben Sirac : Si tu veux, tu peux.Sans doute elles ont en elles la force folle de celles et de ceux qui se savent aimés ?

L’Evangile d’aujourd’hui donne la clé de ce choix de vie. Il s’inscrit bien dans la suite des paraboles du sel et de la lumière. A plusieurs reprises, Jésus s’y engage personnellement : “On vous a dit …” (c’était Dieu ou la loi) – “Eh bien ! moi je vous dis …” (c’est lui qui parle) : “Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux.” Comme si Jésus invitait à passer d’un régime de lois à un régime de type béatitudes.

L’actualité confirme chaque jour que nous avons bien besoin de lois pour protéger l’homme et pour que la vie soit possible. Mais précisément nos lois sont faites pour protéger, en quelque sorte pour empêcher de mourir. C’est tout à fait indispensable. Mais faire vivre, chacun sait combien c’est tout autre chose que d’empêcher de mourir. C’est ça sans doute le régime de type béatitudes.

Et l’évangile nous montre Jésus en train d’entrer en résistance, au péril de sa vie. Il entame sa protestation contre la loi et la religion. Les deux ne faisaient qu’un à l’époque. Il marque bien son combat : il ne veut pas supprimer la loi, il n’est pas anarchiste ni soixante-huitard. Non il ne réclame qu’une chose, celle qui compte : que désormais la loi ce soit l’homme. Michel Clévenot avait traduit cela un jour à sa manière en disant : “Croyant à la résurrection, je crois donc au devoir d’insurrection.” 

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