Evangile du 5° dimanche de Carême dans l’année A – 2 avril 2017

Posté par rtireau le 29 mars 2017

Lazare, viens

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 11,1-45. 
En ce temps-là, il y avait quelqu’un de malade, Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de Marthe, sa sœur. 
Or Marie était celle qui répandit du parfum sur le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux. C’était son frère Lazare qui était malade. 
Donc, les deux sœurs envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. » 
En apprenant cela, Jésus dit : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. » 
Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. 
Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura deux jours encore à l’endroit où il se trouvait. 
Puis, après cela, il dit aux disciples : « Revenons en Judée. » 
Les disciples lui dirent : « Rabbi, tout récemment, les Juifs, là-bas, cherchaient à te lapider, et tu y retournes ? » 
Jésus répondit : « N’y a-t-il pas douze heures dans une journée ? Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde ; 
mais celui qui marche pendant la nuit trébuche, parce que la lumière n’est pas en lui. » 
Après ces paroles, il ajouta : « Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je vais aller le tirer de ce sommeil. » 
Les disciples lui dirent alors : « Seigneur, s’il s’est endormi, il sera sauvé. » 
Jésus avait parlé de la mort ; eux pensaient qu’il parlait du repos du sommeil. 
Alors il leur dit ouvertement : « Lazare est mort, 
et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! » 
Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! » 
À son arrivée, Jésus trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà. 
Comme Béthanie était tout près de Jérusalem – à une distance de quinze stades (c’est-à-dire une demi-heure de marche environ) –, 
beaucoup de Juifs étaient venus réconforter Marthe et Marie au sujet de leur frère. 
Lorsque Marthe apprit l’arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison. 
Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. 
Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. » 
Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. » 
Marthe reprit : « Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. » 
Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; 
quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » 
Elle répondit : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. » 
Ayant dit cela, elle partit appeler sa sœur Marie, et lui dit tout bas : « Le Maître est là, il t’appelle. » 
Marie, dès qu’elle l’entendit, se leva rapidement et alla rejoindre Jésus. 
Il n’était pas encore entré dans le village, mais il se trouvait toujours à l’endroit où Marthe l’avait rencontré. 
Les Juifs qui étaient à la maison avec Marie et la réconfortaient, la voyant se lever et sortir si vite, la suivirent ; ils pensaient qu’elle allait au tombeau pour y pleurer. 
Marie arriva à l’endroit où se trouvait Jésus. Dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » 
Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé, 
et il demanda : « Où l’avez-vous déposé ? » Ils lui répondirent : « Seigneur, viens, et vois. » 
Alors Jésus se mit à pleurer. 
Les Juifs disaient : « Voyez comme il l’aimait ! » 
Mais certains d’entre eux dirent : « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? » 
Jésus, repris par l’émotion, arriva au tombeau. C’était une grotte fermée par une pierre. 
Jésus dit : « Enlevez la pierre. » Marthe, la sœur du défunt, lui dit : « Seigneur, il sent déjà ; c’est le quatrième jour qu’il est là. » 
Alors Jésus dit à Marthe : « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. » 
On enleva donc la pierre. Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. 
Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ; mais je le dis à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. » 
Après cela, il cria d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! » 
Et le mort sortit, les pieds et les mains liés par des bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. » 
Beaucoup de Juifs, qui étaient venus auprès de Marie et avaient donc vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui.

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Homélie

Posté par rtireau le 29 mars 2017

Cinquième dimanche de carême A – 2 avril 2017

Ezéchiel 37, 12-14 ; Psaume 129 ; Romains 8, 8-11 ; Jean 11, 1-45

“Vous saurez que je suis le Seigneur quand je vous ferai sortir de vos tombeaux.” C’était Ezéchiel tout à l’heure. On aimerait mieux que le Seigneur nous évite le tombeau ! Mais non : il n’a pas évité le tombeau à Lazare, ni à personne, pas même à son fils Jésus.

Saint Jean, lui, était sûrement à Béthanie. Il donne en effet beaucoup de détails dans cette scène d’évangile remplie d’amitié. Il est comme fasciné par Jésus, par sa tristesse, son émotion et toute son affection pour cette famille dont il a raconté tant de souvenirs : Marie qui lavait les pieds de Jésus et les essuyait avec ses cheveux, et Marthe qui faisait la cuisine pour lui.

Jean n’est pas un reporter avec sa caméra et il écrit un demi-siècle après les événements. Donc impossible pour lui de faire de la résurrection de Lazare un scoop journalistique.

Jean n’est pas davantage un historien. Même s’il raconte des faits qui ont eu lieu, il n’a pas cherché à bâtir un système de pensée. Il est resté narrateur de ce qu’il a vu : Jésus est avec ses disciples quand il reçoit le message des deux sœurs ; il retient son désir de voir tout de suite ses amis, et il dit d’abord sa mission : aller à la rencontre de l’homme à travers ses misères et jusqu’à la limite de sa vie, c’est à dire la mort.

Jean est un évangéliste : il a vécu la résurrection qui lui permet d’annoncer ce que Jésus a voulu révéler en guérissant les malades et en ressuscitant les morts. Jean dit la Bonne Nouvelle. Il explique qu’un miracle est toujours un signe qui révèle qui est Jésus :

- Jésus guérit des paralysés, non pas pour qu’il n’y ait plus jamais de paralysé, mais pour révéler qui il est : celui qui sauve de toutes les paralysies, et qui nous veut debout.

- il guérit des aveugles, non pas pour qu’il n’y ait plus jamais d’aveugles, mais pour dire : “Je suis la lumière du monde, qui marche à ma suite ne marche pas dans les ténèbres.”

- il ressuscite Lazare, non pas pour qu’il n’y ait plus jamais de mort, mais pour dire : “Je suis la Résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra.”

Jésus est venu pour annoncer la vie au-delà de la mort !

Et si Lazare, comme l’aveugle de la semaine dernière, nous représentaient ? Notre humanité est quelquefois sans espoir, aveugle, sourde, sentant mauvais, à la dérive ! C’est dans cet état que Jésus a trouvé son ami : non plus un homme mais un cadavre. Et il a pleuré. Pourquoi ? Parce qu’à certaines heures, c’est la seule façon qu’il nous reste d’aimer et de prier. Le père Varillon a écrit des pages étonnantes sur La souffrance de Dieu : Pourquoi a-t-on pu imaginer un Dieu impassible et lointain ? Non ! Jésus montre que Dieu souffre avec les hommes qui souffrent. Il n’est pas l’inventeur de la mort-punition. Il est l’accompagnateur de la mort qui nous éprouve.

Jésus dit : “Enlevez la pierre” ! Il n’aime pas les tombeaux, ni les pierres devant les tombeaux. Il n’aime pas la mort. Voilà pourquoi il ne dit pas, il ordonne : “Enlevez la pierre ! Puis : “Lazare, viens dehors !” et le mort sortit, vivant ! Et Jésus continue : “Déliez-le, et laissez-le aller !Jésus n’aime pas les tombeaux. Il ne supporte pas non plus les bandelettes, ni tout ce qui enchaîne. Ce que Jésus a fait pour Lazare, il veut le faire pour l’humanité entière. C’est un clown canadien qui disait : “Jésus est un ouvreur de tombeau et un dérouleur de bandelettes !”

Petite précision : Ce sont les amis de Lazare remis debout par Dieu qui vont délier ses mains et ses pieds. Jamais quelqu’un ne retrouve vie et espérance tout seul comme par miracle. Mais le moindre geste réchauffe et ranime. La seule force qui ait jamais ouvert les tombeaux et déroulé les bandelettes, c’est l’amour et le pardon !

Ce week-end, en France, les militants du CCFD répercutent la parole de Jésus : Viens dehors”. Une parole qui traverse les siècles. Nous avons beau être empêtrés dans les bandelettes de nos étroitesses et de nos peurs, ou ficelés dans la culpabilité, Jésus nous appelle dehors : regarde au-delà des frontières et va rejoindre – à ta façon – ceux qui agissent pour un monde plus solidaire. Ce cri de Jésus a fait se lever beaucoup de femmes et d’hommes qui refusent que le monde soit que ce qu’il est ! Incontestable victoire de l’obstination et de l’espérance sur la détresse et l’injustice.

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Evangile du 4° dimanche de Carême dans l’année A – 26 mars 2017

Posté par rtireau le 22 mars 2017

aveugle

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 9,1-41. 
En ce temps-là, en sortant du Temple, Jésus vit sur son passage un homme aveugle de naissance. 
Ses disciples l’interrogèrent : « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? » 
Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. 
Il nous faut travailler aux œuvres de Celui qui m’a envoyé, tant qu’il fait jour ; la nuit vient où personne ne pourra plus y travailler. 
Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. » 
Cela dit, il cracha à terre et, avec la salive, il fit de la boue ; puis il appliqua la boue sur les yeux de l’aveugle, 
et lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé » – ce nom se traduit : Envoyé. L’aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait. 
Ses voisins, et ceux qui l’avaient observé auparavant – car il était mendiant – dirent alors : « N’est-ce pas celui qui se tenait là pour mendier ? » 
Les uns disaient : « C’est lui. » Les autres disaient : « Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble. » Mais lui disait : « C’est bien moi. » 
Et on lui demandait : « Alors, comment tes yeux se sont-ils ouverts ? » 
Il répondit : « L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, il me l’a appliquée sur les yeux et il m’a dit : “Va à Siloé et lave-toi.” J’y suis donc allé et je me suis lavé ; alors, j’ai vu. » 
Ils lui dirent : « Et lui, où est-il ? » Il répondit : « Je ne sais pas. » 
On l’amène aux pharisiens, lui, l’ancien aveugle. 
Or, c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux. 
À leur tour, les pharisiens lui demandaient comment il pouvait voir. Il leur répondit : « Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et je vois. » 
Parmi les pharisiens, certains disaient : « Cet homme-là n’est pas de Dieu, puisqu’il n’observe pas le repos du sabbat. » D’autres disaient : « Comment un homme pécheur peut-il accomplir des signes pareils ? » Ainsi donc ils étaient divisés. 
Alors ils s’adressent de nouveau à l’aveugle : « Et toi, que dis-tu de lui, puisqu’il t’a ouvert les yeux ? » Il dit : « C’est un prophète. » 
Or, les Juifs ne voulaient pas croire que cet homme avait été aveugle et que maintenant il pouvait voir. C’est pourquoi ils convoquèrent ses parents 
et leur demandèrent : « Cet homme est bien votre fils, et vous dites qu’il est né aveugle ? Comment se fait-il qu’à présent il voie ? » 
Les parents répondirent : « Nous savons bien que c’est notre fils, et qu’il est né aveugle. 
Mais comment peut-il voir maintenant, nous ne le savons pas ; et qui lui a ouvert les yeux, nous ne le savons pas non plus. Interrogez-le, il est assez grand pour s’expliquer. » 
Ses parents parlaient ainsi parce qu’ils avaient peur des Juifs. En effet, ceux-ci s’étaient déjà mis d’accord pour exclure de leurs assemblées tous ceux qui déclareraient publiquement que Jésus est le Christ. 
Voilà pourquoi les parents avaient dit : « Il est assez grand, interrogez-le ! » 
Pour la seconde fois, les pharisiens convoquèrent l’homme qui avait été aveugle, et ils lui dirent : « Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. » 
Il répondit : « Est-ce un pécheur ? Je n’en sais rien. Mais il y a une chose que je sais : j’étais aveugle, et à présent je vois. » 
Ils lui dirent alors : « Comment a-t-il fait pour t’ouvrir les yeux ? » 
Il leur répondit : « Je vous l’ai déjà dit, et vous n’ave z pas écouté. Pourquoi voulez-vous m’entendre encore une fois ? Serait-ce que vous voulez, vous aussi, devenir ses disciples ? » 
Ils se mirent à l’injurier : « C’est toi qui es son disciple ; nous, c’est de Moïse que nous sommes les disciples. 
Nous savons que Dieu a parlé à Moïse ; mais celui-là, nous ne savons pas d’où il est. » 
L’homme leur répondit : « Voilà bien ce qui est étonnant ! Vous ne savez pas d’où il est, et pourtant il m’a ouvert les yeux. 
Dieu, nous le savons, n’exauce pas les pécheurs, mais si quelqu’un l’honore et fait sa volonté, il l’exauce. 
Jamais encore on n’avait entendu dire que quelqu’un ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance. 
Si lui n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. » 
Ils répliquèrent : « Tu es tout entier dans le péché depuis ta naissance, et tu nous fais la leçon ? » Et ils le jetèrent dehors. 
Jésus apprit qu’ils l’avaient jeté dehors. Il le retrouva et lui dit : « Crois-tu au Fils de l’homme ? » 
Il répondit : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? » 
Jésus lui dit : « Tu le vois, et c’est lui qui te parle. » 
Il dit : « Je crois, Seigneur ! » Et il se prosterna devant lui. 
Jésus dit alors : « Je suis venu en ce monde pour rendre un jugement : que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. » 
Parmi les pharisiens, ceux qui étaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent : « Serions-nous aveugles, nous aussi ? » 
Jésus leur répondit : « Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : “Nous voyons !”, votre péché demeure. »

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Homélie

Posté par rtireau le 22 mars 2017

4ème dimanche de carême dans l’année A - 26 mars 2017

1 Samuel 16, 1b.6-7.10-13a ; Psaume 22 ; Ephésiens 5, 8-14 ; Jean 9, 1-41

Dans le train Nantes-Paris – c’est Jean Corbineau qui raconte – un homme est assis en face de son fils. Le petit garçon se gifle sans arrêt. Toutes les trois minutes, il pousse un long cri d’angoisse difficile à supporter. Le père s’occupe de son fils, handicapé mental profond, avec grande tendresse ; mais, dans son regard, on peut lire la douleur et la lassitude. Arrêt du train… Quatre marins montent et s’installent. Le petit garçon, un instant calmé, recommence sa plainte gémissante. Un des marins se lève et vient s’asseoir en face du petit. Il prend ses mains dans les siennes et le regarde dans les yeux. Aussitôt, un échange s’établit. Jusqu’à Paris, il restera près du petit, prenant la relève du père qui le regarde avec gratitude. A Montparnasse, les deux hommes se serrent longuement la main, toujours sans parler, puis le marin reprend son sac et disparaît dans la foule.

Quelles paroles ont été prononcées ? Aucune. Et pourtant, qui oserait dire qu’ils ne se sont rien dit ? Il y a donc un autre langage que celui des mots. Ce récit est tout entier dans les regards : le marin a vu l’enfant, il a vu la douleur de son père, il a regardé l’enfant dans les yeux ; et en se quittant, les deux hommes ont échangé un regard qui en disait long.

Voir ou ne pas voir, c’est aimer ou ne pas aimer. Pas étonnant que Jésus se soit souvent manifesté comme celui qui rend la vue aux aveugles. Pas étonnant qu’aujourd’hui il dise aux Pharisiens et aux Docteurs de la Loi : vous prétendez guider les autres, mais vous êtes des aveugles. Votre savoir orgueilleux vous bouche la vue. Que d’aveuglements devant la misère  et les injustices ! Heureusement, ils sont nombreux aussi ceux qui ont appris à regarder leurs frères et le monde à la manière du Christ. Des catéchumènes – des adultes qui se préparent au baptême – ont appris, ces derniers mois, à ouvrir les yeux de façon nouvelle sur l’évangile et sur leurs frères. A Pâques ils célébreront le sacrement qu’on appelait autrefois sacrement de l’illumination. Comme si le miracle de la guérison de l’aveugle-né continuait.

Tous ceux qui ont reçu le sacrement de l’illumination, avez-vous pensé à faire de temps en temps un examen de contrôle de votre vue ? Le carême est un bon moment pour ça.

- Car si ton œil est distrait, tu ne peux pas aimer. Maladie subtile que la distraction qui rapetisse notre cœur : “Excusez-moi, je n’ai pas fait attention.” Il en est souvent question dans l’évangile : “Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu avoir faim, avoir froid ?” (Mt 25) Et ce riche que Jésus dénonce, non pas parce qu’il a fait du mal à Lazare, mais parce qu’il ne l’a pas vu (Jean 11). Décider d’aimer, c’est décider de faire attention à ceux que l’on rencontre.

- Et si ton œil est sévère, tu ne peux pas aimer. Un regard qui classe ou qui condamne, c’est un regard qui tue. On dit même parfois: “il m’a fusillé du regard”.

Dans la 1ère lecture, au tiercé des candidats au trône, le petit roux aux yeux bleus n’avait aucune chance. Samuel, le prophète, ne songeait même pas à lui. Mais c’est pourtant David qui fut choisi ! Un bien mauvais choix aurait dit les spécialistes ou les frères écartés, une imprudence et une folie ! Mais Dieu ne juge pas selon les apparences humaines. Le Seigneur regarde le cœur.

Et l’évangile d’aujourd’hui, relisez-le donc en observant le regard que Jésus pose sur les personnes. Le Père Decourtray l’a fait. Il écrit : “Quand Jésus a vu la Samaritaine, il n’a pas vu en elle qu’une femme légère, il lui demande un verre d’eau et il engage la conversation ; quand il a vu Zachée, il n’a pas vu en lui qu’un fonctionnaire véreux, il s’invite à sa table et assure que sa maison a reçu le salut ; quand Jésus a vu Judas, il ne lui a pas dit Tu seras toujours un traître, il l’embrasse et lui dit mon ami.” Laissons-nous gagner par la contagion de ce regard, c’est la contagion de l’amour. Et puis, si nous avons accepté cet examen de notre vue et son diagnostic, il nous faudra accepter l’ordonnance : ce sera tourner nos yeux vers le Seigneur et lui demander souvent : “Seigneur, fais que je voie.” Car c’est Jésus qui guérit les yeux. Que ce soit notre prière… et le miracle de la guérison de l’aveugle continuera.  Que cette liturgie nous invite à quelques petits pas qui feront reverdir nos arbres de carême. Pourquoi pas dans le sens d’un élargissement de nos relations ? Le Christ nous invite toujours à nous bouger. Comme l’écrit Gabriel Ringlet : A l’aveugle de naissance, Jésus ne dit pas : “Vois ! Ta foi t’a sauvé.” Il dit : “Va ! Ta foi t’a sauvé.” Et c’est parce qu’il va qu’il voit.

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Evangile du 3° dimanche de Carême dans l’année A – 19 mars 2017

Posté par rtireau le 15 mars 2017

La Sama

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 4,5-42. 
En ce temps-là, Jésus arriva à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph. 
Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était donc assis près de la source. C’était la sixième heure, environ midi. 
Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. » 
– En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter des provisions. 
La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » – En effet, les Juifs ne fréquentent pas les Samaritains. 
Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. » 
Elle lui dit : « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond. D’où as-tu donc cette eau vive ? 
Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? » 
Jésus lui répondit : « Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif ; 
mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. » 
La femme lui dit : « Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. » 
Jésus lui dit : « Va, appelle ton mari, et reviens. » 
La femme répliqua : « Je n’ai pas de mari. » Jésus reprit : « Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari : 
des maris, tu en as eu cinq, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ; là, tu dis vrai. » 
La femme lui dit : « Seigneur, je vois que tu es un prophète !… 
Eh bien ! Nos pères ont adoré sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem. » 
Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. 
Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. 
Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. 
Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. » 
La femme lui dit : « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. » 
Jésus lui dit : « Je le suis, moi qui te parle. » 
À ce moment-là, ses disciples arrivèrent ; ils étaient surpris de le voir parler avec une femme. Pourtant, aucun ne lui dit : « Que cherches-tu ? » ou bien : « Pourquoi parles-tu avec elle ? » 
La femme, laissant là sa cruche, revint à la ville et dit aux gens : 
« Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? » 
Ils sortirent de la ville, et ils se dirigeaient vers lui. 
Entre-temps, les disciples l’appelaient : « Rabbi, viens manger. » 
Mais il répondit : « Pour moi, j’ai de quoi manger : c’est une nourriture que vous ne connaissez pas. » 
Les disciples se disaient entre eux : « Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ? » 
Jésus leur dit : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre. 
Ne dites-vous pas : “Encore quatre mois et ce sera la moisson” ? Et moi, je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs déjà dorés pour la moisson. Dès maintenant, 
le moissonneur reçoit son salaire : il récolte du fruit pour la vie éternelle, si bien que le semeur se réjouit en même temps que le moissonneur. 
Il est bien vrai, le dicton : “L’un sème, l’autre moissonne.” 
Je vous ai envoyés moissonner ce qui ne vous a coûté aucun effort ; d’autres ont fait l’effort, et vous en avez bénéficié. » 
Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Jésus, à cause de la parole de la femme qui rendait ce témoignage : « Il m’a dit tout ce que j’ai fait. » 
Lorsqu’ils arrivèrent auprès de lui, ils l’invitèrent à demeurer chez eux. Il y demeura deux jours. 
Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de sa parole à lui, 
et ils disaient à la femme : « Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons : nous-mêmes, nous l’avons entendu, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. » 

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Homélie

Posté par rtireau le 15 mars 2017

3ème dimanche de carême dans l’année A - 19 mars 2017

Exode 17, 3-7 ; Psaume 94 ; Romains 5, 1-2.5-8 ; Jean 4, 5-42

Jésus est en conversation avec une femme de Samarie. Il fallait être Dieu pour inventer cette rencontre impossible. D’abord, comme disait Jean Debruynne, “parce que personne en Palestine ne met le nez dehors à cette heure-là sauf les touristes” ! Et pour beaucoup d’autres raisons. Pour mieux comprendre, je vous propose une lecture

- historique : un détour par le passé pour nous conduire au cœur du présent.

- symbolique : un détour par le symbole pour nous conduire au cœur du mystère.

- pratique : un détour par la vie actuelle pour nous conduire au cœur du réel.

1/ Une lecture historique qui aidera à mesurer combien cette rencontre était scandaleuse.

Les Juifs détestaient les Samaritains. C’était pour eux un peuple de bâtards. Et un peuple d’hérétiques puisqu’ils ne fréquentaient pas le temple de Jérusalem mais le mont Garizim. Traiter quelqu’un de Samaritain était une injure ! Et de Samaritaine encore plus car la religion juive, fascinée par la sexualité et le sang, considérait les femmes comme impures. Et ça ne se faisait pas, pour un homme, de parler en public à une femme. D’où la grande surprise des disciples : leur rabbi parle à une divorcée remariée cinq fois ! Et provocante, par-dessus le marché, quand elle se défend de façon sarcastique : car on ne le lui fait pas, à elle, le coup du verre d’eau !

Voilà donc où Jésus met les pieds. Il va demeurer là deux jours et aborder cette femme  impure parce qu’elle est de Samarie, impure parce qu’elle est femme, et impure parce qu’elle est légère avec des maris vrais ou faux qui se succèdent chez elle. En face de cette femme trois fois impure, Jésus pulvérise la triple barrière : pour Dieu, il n’y a pas d’ennemis, pas d’exclus, et pas d’impardonnables ! Tous ont droit à l’eau vive de la Parole et de l’Amour. La résistance de la femme va s’écrouler parce que Jésus a vraiment soif. Voilà que Dieu dépend d’une fille publique pour un verre d’eau.

2/ Une lecture symbolique.

Pour les nomades, un puits, c’est plus qu’un puits. Pour les hommes du désert un point d’eau est aussi un lieu de rencontre, un endroit où l’étranger devient l’ami. Dans la Bible c’est souvent le lieu où les mariages se nouent. Jésus rencontre la Samaritaine près d’un puits. L’eau rare en ces lieux, c’est maintenant la Parole de cet homme mystérieux :

- une parole merveilleuse, profonde comme le puits et qui rejoint la vérité d’une vie. “Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait.”

- une parole précieuse, plus vitale qu’une source dans le désert.

- une parole définitive : la Samaritaine peut laisser là sa cruche. Elle n’a plus soif de cette eau-là, ni de ces amours-là. Les mots de Dieu ont comblé sa soif.

Enfin, le puits où se nouent les mariages est devenu le lieu où se déclare la nouvelle alliance entre le Christ et l’humanité. Jésus fait entrevoir l’adoration du Père en esprit et en vérité, au-delà des querelles de religions. Ce ne sera ni à Jérusalem, ni sur le mont Garizim, ce sera chaque fois que des hommes se tourneront vers Dieu avec un cœur droit.

3/ Enfin, une lecture pratique.

Aujourd’hui comme hier Jésus fait jaillir l’eau vive de sa Parole en pleine Samarie des hérétiques et des impurs. Ces gens que l’Evangile nous demande d’accueillir, qui sont-ils ? Cherchons bien :

- c’est peut-être cette personne divorcée que sa famille rejette ;

- c’est peut-être ce collègue de travail dont on n’ose pas soutenir le regard ;

- ou bien le croyant d’une autre religion ;

- ou cet homme suspecté à cause de ses idées, de sa race, ou simplement de son look ? Pas difficile d’identifier le Samaritain qu’on n’aime pas ! Et puis, la Samarie, elle est parfois en nous. Il y a des gens qui désespèrent d’eux-mêmes : “Ma vie est trop en désordre, Dieu ne peut pas m’aimer”.

N’oublions pas la Bonne Nouvelle de cet évangile : Jésus propose l’eau vive de sa Parole à tous, à commencer par les Samaritains et les Samaritaines ! Les portes de l’église vont s’ouvrir, tout à l’heure sur notre Samarie à nous. Vous le savez, Jésus y est déjà. Il y est arrivé avant nous. Ne passez pas près du puits sans vous y arrêter !

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Evangile du 2° dimanche de Carême dans l’année A – 12 mars 2017

Posté par rtireau le 9 mars 2017

transfig

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 17,1-9. 
En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmena à l’écart, sur une haute montagne. 
Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière. 
Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui. 
Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » 
Il parlait encore, lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre, et voici que, de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! » 
Quand ils entendirent cela, les disciples tombèrent face contre terre et furent saisis d’une grande crainte. 
Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et soyez sans crainte ! » 
Levant les yeux, ils ne virent plus personne, sinon lui, Jésus, seul. 
En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. » 

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Homélie

Posté par rtireau le 9 mars 2017

2d dimanche de carême dans l’année A – 12 mars 2017

Genèse 12, 1-4 ;  Psaume 32 ;  2 Timothée 1, 8-10 ; Matthieu 17, 1-9 

Beaucoup de gens disent : “je suis chrétien non pratiquant”. Si on s’étonne, ils disent : “Mais je crois en Dieu !” Ont-ils réalisé que ce Je crois en Dieu ne dit pas chrétien à lui seul ? Juifs, musulmans et d’autres croient en Dieu et ne sont pas chrétiens. Dans notre Credo où deux lignes suffisent à dire notre croyance en Dieu, notre foi chrétienne occupe seize lignes. C’est la foi au Christ qui fait le chrétien ; c’est Jésus, Dieu devenu homme, qui remplit notre Credo. Il était homme comme nous, avec de vraies mains et de vrais yeux qui savaient pleurer. Quelques temps avant sa mort épouvantable, il avait prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et, sur la montagne, on avait vu transparaître, dans son corps, la lumière de sa divinité. La foi chrétienne, ce n’est pas seulement penser que Dieu existe, mais c’est oser affirmer que la gloire du Dieu unique est sur le visage d’un homme en chair et en os !

La transfiguration éclaire la question la plus importante pour nous : la vie a-t-elle un sens ? Beaucoup de réalités humaines ont un sens évident : l’amitié, l’amour, la culture, la justice et tant de valeurs reconnues. Mais il y a aussi beaucoup de non-sens : cet enfant qui souffre et qui va mourir, ces massacres de populations, cet ouragan et ces avalanches. Alors on se demande qui va l’emporter du sens ou du non-sens ? De la mort ou de la vie ? Notre foi chrétienne répond : l’être humain n’est pas fait pour finir dans un trou. L’homme est destiné à être transfiguré en Dieu. Dans son évangile, saint Matthieu ose utiliser le même mot pour nous dire : “Le visage de Jésus resplendit comme le soleil” (Mt 17, 2) et “Les justes resplendiront comme le soleil” (Mt 13, 43). Voilà la densité d’éternité que prend chacun de nos actes humains.

Je me rappelle des jeunes qui, à l’occasion d’une confirmation, disaient avoir vu une  transfigurée. Et ils ne parlaient pas de chirurgie esthétique. Ils parlaient d’une jeune en grande difficulté pour qui, d’un jour à l’autre, il y avait eu changement visible. Or, ses problèmes n’étaient pas réglés, mais elle avait reçu assez de force pour les affronter. Dieu continue de susciter des êtres radieux qui embellissent et transfigurent la vie. Car il a donné aux hommes mission de transfigurer le monde. Les chrétiens n’en ont pas le monopole, mais, au nom même de leur foi en l’amour que Dieu donne, ils doivent être capables de créer la lumière.

Qui n’a jamais entendu : “Ce jour-là, tu as été lumière pour moi.” ou bien : “Ta présence a ensoleillé notre dimanche.”  Ça veut dire qu’il y avait de la transfiguration dans l’air. La transfiguration, c’est comme une éclaircie. Ça ne supprime pas la nuit, mais ça l’éclaire. A Nantes une équipe accueille les familles qui viennent rendre visite à l’un des leurs en prison. Leur lieu d’accueil s’appelle… l’Eclaircie.

La transfiguration a eu lieu peu de temps avant la Passion. Dans un autre contexte elle aurait pu signifier puissance et éclat. Mais là, non ! Jésus est transfiguré… très peu de temps avant d’être défiguré ! Comme pour répondre par avance à l’ébranlement de la foi de ses amis : Pierre, Jacques et Jean seront tellement désemparés quand ils verront Jésus défiguré et mourant sur une croix dans le silence de Dieu ! Moment bref que la transfiguration. Ils sont toujours brefs ces moments-là, et il faudra bientôt redescendre dans le quotidien. Gérard Naslin le dit dans un raccourci saisissant : Jésus invite ses disciples à s’élever pour une ascension. Il faut prendre de la hauteur pour rencontrer Celui qui vient éclairer nos vies. Il leur demande de s’asseoir pour une contemplation, pour admirer,  pour entrer dans le mystère. Il les prie de redescendre pour résister à une tentation. Ils voudraient tellement que la lumière brille sans cesse, mais il leur faudra connaître les ténèbres du Vendredi Saint avant de connaître la lumière du matin de Pâques.Jésus fait donc entrevoir sa résurrection à ses apôtres, les laissant deviner à quelle lumière conduit sa vie droite et sa fidélité à Dieu. Il mourra en croix, mais sa mort se changera en lumière. La mort n’a jamais le dernier mot sur ce qui est partagé par amour dans une vie.

Le récit de la Transfiguration montre que Jésus est l’homme qui prie. Quand on entre dans la prière, Dieu est là, et sa réponse immédiate est de laisser sur le visage de la personne qui prie le rayonnement de sa présence

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Evangile du 1er dimanche de Carême dans l’année A – 5 mars 2017

Posté par rtireau le 2 mars 2017

jesus_desert

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 4,1-11. 
En ce temps-là, Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable. 
Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. 
Le tentateur s’approcha et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. » 
Mais Jésus répondit : « Il est écrit : ‘L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.’ » 
Alors le diable l’emmène à la Ville sainte, le place au sommet du Temple 
et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : ‘Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre.’ » 
Jésus lui déclara : « Il est encore écrit : ‘Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu.’ » 
Le diable l’emmène encore sur une très haute montagne et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire. 
Il lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. » 
Alors, Jésus lui dit : « Arrière, Satan ! car il est écrit : ‘C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte.’ » 
Alors le diable le quitte. Et voici que des anges s’approchèrent, et ils le servaient. 

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Homélie

Posté par rtireau le 2 mars 2017

1er dimanche de carême dans l’année A - 5 mars 2017

 Genèse 2, 7-9; 3, 1-7a ; Psaume 50 ; Romains 5, 12-19 ; Matthieu 4, 1-11

“Allez-y”, disait le tentateur de la Genèse, “Allez-y ! Vous serez comme des dieux.” Être comme des dieux, être comme Dieu, voilà bien la tentation fondamentale des hommes de tous les temps. Alors que notre vocation d’homme, c’est d’être comme Jésus.

Les trois tentations de Jésus au désert résument toutes les tentations de l’homme :

- la tentation du pain, de la consommation, quelquefois aux dépens des autres,

- la tentation du prestige, pour en mettre plein la vue. Mettre Dieu à l’épreuve alors que c’est nous qui avons à nous mettre à l’épreuve de Dieu.

- la tentation du pouvoir. Mettre Dieu à notre service alors que c’est nous qui avons à nous mettre au service de Dieu.

Jésus fut tenté tout au long de sa vie, et pas seulement au désert ! Il l’a été par les foules qui voulaient le faire roi ou quand les gens lui réclamaient des miracles. Il l’a été par Pierre qui le pressait de renoncer à la croix. Il l’a été quand il priait à Gethsémani ou quand les chefs religieux lui disaient de se sauver en descendant de la croix.

Non ! Les pierres ne seront pas changées en pain. J’ai même lu récemment que si l’on continue à mettre l’économique en premier c’est le pain qui risque de devenir de la pierre. Non ! Les pierres ne seront pas changées en pain pour nourrir Jésus. Mais c’est lui qui se fera pain, et si nous mangeons de ce pain-là, nous savons à quoi ça nous engage. Alors pourquoi pas un carême pour retrouver le goût de vivre, le désir de Dieu qui est désir de fraternité, de solidarité, de pardon, sans se laisser avoir par nos gourmandises. Et puis accepter la présence du Christ au cœur même de notre misère. Pas évident tellement on imagine que nous ne serons dignes de Dieu que quand nous serons impeccables. Non ! Dieu nous prend dans ses bras comme on est. Une pauvreté habitée par sa présence reste une pauvreté, mais devient déjà un lieu de rencontre avec l’Amour qui est Dieu, une brèche où Dieu peut enfin laisser couler sa vie.

Renoncer à la hantise d’avoir toujours plus pour s’exposer au risque d’Etre davantage. Rien à voir avec un carême triste puisqu’il s’agit d’Être davantage. Voulez-vous des exemples ?

- résister à la tentation d’appuyer sur la tête de quelqu’un pour monter en grade soi-même.

- ne pas dire non à telle relation nouvelle qui m’aiderait à être plus, même si je suis tenté par ma tranquillité. J’aime bien le petit mot du paysan savoyard au sujet de nos gourmandises de télé : “La télé, dit-il, un carreau de plus dans la maison, mais à ce carreau-là, il n’y a jamais personne qui frappe, à qui l’on puisse dire “entrez” !

- je pense aussi à ceux qui ont eu une enfance difficile et qui veulent éviter les mêmes coups durs à leurs enfants. Il peut leur arriver de surprotéger, et ça n’aide pas à être plus.

- je me rappelle encore quelqu’un qui avait choisi d’habiter un quartier au milieu de gens en difficulté. Il était capable d’un tel choix parce qu’il vivait des moments de réflexion dans un groupe de partage, un groupe qui lui donnait des idées et surtout des amis pour l’aider dans son choix.

Je vous propose un carême pour essayer d’être comme Jésus (pas comme Dieu), pour regarder la croix où le Christ est homme sans cesser d’être Dieu, la croix où Jésus se hisse vers Dieu sans cesser d’être homme. J’ai lu quelque part : “l’homme s’y connaît en paradis terrestre, mais ne réussit souvent qu’à bâtir diverses variantes d’enfers. Dieu lui apparaît comme un rival dont il se détourne. Il veut être son propre dieu, tout posséder et tout dominer.”

Alors j’aime bien le dialogue plein de poésie entre les deux petites voix qui habitent chaque humain lorsqu’il cherche à apaiser sa soif de bonheur :

- Il y a les plaisirs suggère la voix obscure. - Il y a surtout les miracles de l’amour, murmure une source des profondeurs. Il comblera tes faims les plus grandes.

- Pourquoi ne pas te servir de Dieu pour promouvoir tes projets et briller devant les hommes ? - C’est que, dit la petite voix, les projets de Dieu valent tellement plus que tes plus beaux rêves.

- Mais Dieu est un frein à ton épanouissement. Que ta volonté soit faite et non la sienne ! - Menteur, répond la voix d’éternité, la grandeur de l’homme, c’est de se remettre, dans la confiance, à son créateur. “Seigneur que ta volonté soit faite, et non la mienne !”

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