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Evangile du 4° dimanche de Carême dans l’année A – 26 mars 2017

Posté par rtireau le 22 mars 2017

aveugle

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 9,1-41. 
En ce temps-là, en sortant du Temple, Jésus vit sur son passage un homme aveugle de naissance. 
Ses disciples l’interrogèrent : « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? » 
Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. 
Il nous faut travailler aux œuvres de Celui qui m’a envoyé, tant qu’il fait jour ; la nuit vient où personne ne pourra plus y travailler. 
Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. » 
Cela dit, il cracha à terre et, avec la salive, il fit de la boue ; puis il appliqua la boue sur les yeux de l’aveugle, 
et lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé » – ce nom se traduit : Envoyé. L’aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait. 
Ses voisins, et ceux qui l’avaient observé auparavant – car il était mendiant – dirent alors : « N’est-ce pas celui qui se tenait là pour mendier ? » 
Les uns disaient : « C’est lui. » Les autres disaient : « Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble. » Mais lui disait : « C’est bien moi. » 
Et on lui demandait : « Alors, comment tes yeux se sont-ils ouverts ? » 
Il répondit : « L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, il me l’a appliquée sur les yeux et il m’a dit : “Va à Siloé et lave-toi.” J’y suis donc allé et je me suis lavé ; alors, j’ai vu. » 
Ils lui dirent : « Et lui, où est-il ? » Il répondit : « Je ne sais pas. » 
On l’amène aux pharisiens, lui, l’ancien aveugle. 
Or, c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux. 
À leur tour, les pharisiens lui demandaient comment il pouvait voir. Il leur répondit : « Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et je vois. » 
Parmi les pharisiens, certains disaient : « Cet homme-là n’est pas de Dieu, puisqu’il n’observe pas le repos du sabbat. » D’autres disaient : « Comment un homme pécheur peut-il accomplir des signes pareils ? » Ainsi donc ils étaient divisés. 
Alors ils s’adressent de nouveau à l’aveugle : « Et toi, que dis-tu de lui, puisqu’il t’a ouvert les yeux ? » Il dit : « C’est un prophète. » 
Or, les Juifs ne voulaient pas croire que cet homme avait été aveugle et que maintenant il pouvait voir. C’est pourquoi ils convoquèrent ses parents 
et leur demandèrent : « Cet homme est bien votre fils, et vous dites qu’il est né aveugle ? Comment se fait-il qu’à présent il voie ? » 
Les parents répondirent : « Nous savons bien que c’est notre fils, et qu’il est né aveugle. 
Mais comment peut-il voir maintenant, nous ne le savons pas ; et qui lui a ouvert les yeux, nous ne le savons pas non plus. Interrogez-le, il est assez grand pour s’expliquer. » 
Ses parents parlaient ainsi parce qu’ils avaient peur des Juifs. En effet, ceux-ci s’étaient déjà mis d’accord pour exclure de leurs assemblées tous ceux qui déclareraient publiquement que Jésus est le Christ. 
Voilà pourquoi les parents avaient dit : « Il est assez grand, interrogez-le ! » 
Pour la seconde fois, les pharisiens convoquèrent l’homme qui avait été aveugle, et ils lui dirent : « Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. » 
Il répondit : « Est-ce un pécheur ? Je n’en sais rien. Mais il y a une chose que je sais : j’étais aveugle, et à présent je vois. » 
Ils lui dirent alors : « Comment a-t-il fait pour t’ouvrir les yeux ? » 
Il leur répondit : « Je vous l’ai déjà dit, et vous n’ave z pas écouté. Pourquoi voulez-vous m’entendre encore une fois ? Serait-ce que vous voulez, vous aussi, devenir ses disciples ? » 
Ils se mirent à l’injurier : « C’est toi qui es son disciple ; nous, c’est de Moïse que nous sommes les disciples. 
Nous savons que Dieu a parlé à Moïse ; mais celui-là, nous ne savons pas d’où il est. » 
L’homme leur répondit : « Voilà bien ce qui est étonnant ! Vous ne savez pas d’où il est, et pourtant il m’a ouvert les yeux. 
Dieu, nous le savons, n’exauce pas les pécheurs, mais si quelqu’un l’honore et fait sa volonté, il l’exauce. 
Jamais encore on n’avait entendu dire que quelqu’un ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance. 
Si lui n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. » 
Ils répliquèrent : « Tu es tout entier dans le péché depuis ta naissance, et tu nous fais la leçon ? » Et ils le jetèrent dehors. 
Jésus apprit qu’ils l’avaient jeté dehors. Il le retrouva et lui dit : « Crois-tu au Fils de l’homme ? » 
Il répondit : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? » 
Jésus lui dit : « Tu le vois, et c’est lui qui te parle. » 
Il dit : « Je crois, Seigneur ! » Et il se prosterna devant lui. 
Jésus dit alors : « Je suis venu en ce monde pour rendre un jugement : que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. » 
Parmi les pharisiens, ceux qui étaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent : « Serions-nous aveugles, nous aussi ? » 
Jésus leur répondit : « Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : “Nous voyons !”, votre péché demeure. »

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Homélie

Posté par rtireau le 22 mars 2017

4ème dimanche de carême dans l’année A - 26 mars 2017

1 Samuel 16, 1b.6-7.10-13a ; Psaume 22 ; Ephésiens 5, 8-14 ; Jean 9, 1-41

Dans le train Nantes-Paris – c’est Jean Corbineau qui raconte – un homme est assis en face de son fils. Le petit garçon se gifle sans arrêt. Toutes les trois minutes, il pousse un long cri d’angoisse difficile à supporter. Le père s’occupe de son fils, handicapé mental profond, avec grande tendresse ; mais, dans son regard, on peut lire la douleur et la lassitude. Arrêt du train… Quatre marins montent et s’installent. Le petit garçon, un instant calmé, recommence sa plainte gémissante. Un des marins se lève et vient s’asseoir en face du petit. Il prend ses mains dans les siennes et le regarde dans les yeux. Aussitôt, un échange s’établit. Jusqu’à Paris, il restera près du petit, prenant la relève du père qui le regarde avec gratitude. A Montparnasse, les deux hommes se serrent longuement la main, toujours sans parler, puis le marin reprend son sac et disparaît dans la foule.

Quelles paroles ont été prononcées ? Aucune. Et pourtant, qui oserait dire qu’ils ne se sont rien dit ? Il y a donc un autre langage que celui des mots. Ce récit est tout entier dans les regards : le marin a vu l’enfant, il a vu la douleur de son père, il a regardé l’enfant dans les yeux ; et en se quittant, les deux hommes ont échangé un regard qui en disait long.

Voir ou ne pas voir, c’est aimer ou ne pas aimer. Pas étonnant que Jésus se soit souvent manifesté comme celui qui rend la vue aux aveugles. Pas étonnant qu’aujourd’hui il dise aux Pharisiens et aux Docteurs de la Loi : vous prétendez guider les autres, mais vous êtes des aveugles. Votre savoir orgueilleux vous bouche la vue. Que d’aveuglements devant la misère  et les injustices ! Heureusement, ils sont nombreux aussi ceux qui ont appris à regarder leurs frères et le monde à la manière du Christ. Des catéchumènes – des adultes qui se préparent au baptême – ont appris, ces derniers mois, à ouvrir les yeux de façon nouvelle sur l’évangile et sur leurs frères. A Pâques ils célébreront le sacrement qu’on appelait autrefois sacrement de l’illumination. Comme si le miracle de la guérison de l’aveugle-né continuait.

Tous ceux qui ont reçu le sacrement de l’illumination, avez-vous pensé à faire de temps en temps un examen de contrôle de votre vue ? Le carême est un bon moment pour ça.

- Car si ton œil est distrait, tu ne peux pas aimer. Maladie subtile que la distraction qui rapetisse notre cœur : “Excusez-moi, je n’ai pas fait attention.” Il en est souvent question dans l’évangile : “Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu avoir faim, avoir froid ?” (Mt 25) Et ce riche que Jésus dénonce, non pas parce qu’il a fait du mal à Lazare, mais parce qu’il ne l’a pas vu (Jean 11). Décider d’aimer, c’est décider de faire attention à ceux que l’on rencontre.

- Et si ton œil est sévère, tu ne peux pas aimer. Un regard qui classe ou qui condamne, c’est un regard qui tue. On dit même parfois: “il m’a fusillé du regard”.

Dans la 1ère lecture, au tiercé des candidats au trône, le petit roux aux yeux bleus n’avait aucune chance. Samuel, le prophète, ne songeait même pas à lui. Mais c’est pourtant David qui fut choisi ! Un bien mauvais choix aurait dit les spécialistes ou les frères écartés, une imprudence et une folie ! Mais Dieu ne juge pas selon les apparences humaines. Le Seigneur regarde le cœur.

Et l’évangile d’aujourd’hui, relisez-le donc en observant le regard que Jésus pose sur les personnes. Le Père Decourtray l’a fait. Il écrit : “Quand Jésus a vu la Samaritaine, il n’a pas vu en elle qu’une femme légère, il lui demande un verre d’eau et il engage la conversation ; quand il a vu Zachée, il n’a pas vu en lui qu’un fonctionnaire véreux, il s’invite à sa table et assure que sa maison a reçu le salut ; quand Jésus a vu Judas, il ne lui a pas dit Tu seras toujours un traître, il l’embrasse et lui dit mon ami.” Laissons-nous gagner par la contagion de ce regard, c’est la contagion de l’amour. Et puis, si nous avons accepté cet examen de notre vue et son diagnostic, il nous faudra accepter l’ordonnance : ce sera tourner nos yeux vers le Seigneur et lui demander souvent : “Seigneur, fais que je voie.” Car c’est Jésus qui guérit les yeux. Que ce soit notre prière… et le miracle de la guérison de l’aveugle continuera.  Que cette liturgie nous invite à quelques petits pas qui feront reverdir nos arbres de carême. Pourquoi pas dans le sens d’un élargissement de nos relations ? Le Christ nous invite toujours à nous bouger. Comme l’écrit Gabriel Ringlet : A l’aveugle de naissance, Jésus ne dit pas : “Vois ! Ta foi t’a sauvé.” Il dit : “Va ! Ta foi t’a sauvé.” Et c’est parce qu’il va qu’il voit.

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