Homélie

Posté par rtireau le 22 mars 2017

4ème dimanche de carême dans l’année A - 26 mars 2017

1 Samuel 16, 1b.6-7.10-13a ; Psaume 22 ; Ephésiens 5, 8-14 ; Jean 9, 1-41

Dans le train Nantes-Paris – c’est Jean Corbineau qui raconte – un homme est assis en face de son fils. Le petit garçon se gifle sans arrêt. Toutes les trois minutes, il pousse un long cri d’angoisse difficile à supporter. Le père s’occupe de son fils, handicapé mental profond, avec grande tendresse ; mais, dans son regard, on peut lire la douleur et la lassitude. Arrêt du train… Quatre marins montent et s’installent. Le petit garçon, un instant calmé, recommence sa plainte gémissante. Un des marins se lève et vient s’asseoir en face du petit. Il prend ses mains dans les siennes et le regarde dans les yeux. Aussitôt, un échange s’établit. Jusqu’à Paris, il restera près du petit, prenant la relève du père qui le regarde avec gratitude. A Montparnasse, les deux hommes se serrent longuement la main, toujours sans parler, puis le marin reprend son sac et disparaît dans la foule.

Quelles paroles ont été prononcées ? Aucune. Et pourtant, qui oserait dire qu’ils ne se sont rien dit ? Il y a donc un autre langage que celui des mots. Ce récit est tout entier dans les regards : le marin a vu l’enfant, il a vu la douleur de son père, il a regardé l’enfant dans les yeux ; et en se quittant, les deux hommes ont échangé un regard qui en disait long.

Voir ou ne pas voir, c’est aimer ou ne pas aimer. Pas étonnant que Jésus se soit souvent manifesté comme celui qui rend la vue aux aveugles. Pas étonnant qu’aujourd’hui il dise aux Pharisiens et aux Docteurs de la Loi : vous prétendez guider les autres, mais vous êtes des aveugles. Votre savoir orgueilleux vous bouche la vue. Que d’aveuglements devant la misère  et les injustices ! Heureusement, ils sont nombreux aussi ceux qui ont appris à regarder leurs frères et le monde à la manière du Christ. Des catéchumènes – des adultes qui se préparent au baptême – ont appris, ces derniers mois, à ouvrir les yeux de façon nouvelle sur l’évangile et sur leurs frères. A Pâques ils célébreront le sacrement qu’on appelait autrefois sacrement de l’illumination. Comme si le miracle de la guérison de l’aveugle-né continuait.

Tous ceux qui ont reçu le sacrement de l’illumination, avez-vous pensé à faire de temps en temps un examen de contrôle de votre vue ? Le carême est un bon moment pour ça.

- Car si ton œil est distrait, tu ne peux pas aimer. Maladie subtile que la distraction qui rapetisse notre cœur : “Excusez-moi, je n’ai pas fait attention.” Il en est souvent question dans l’évangile : “Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu avoir faim, avoir froid ?” (Mt 25) Et ce riche que Jésus dénonce, non pas parce qu’il a fait du mal à Lazare, mais parce qu’il ne l’a pas vu (Jean 11). Décider d’aimer, c’est décider de faire attention à ceux que l’on rencontre.

- Et si ton œil est sévère, tu ne peux pas aimer. Un regard qui classe ou qui condamne, c’est un regard qui tue. On dit même parfois: “il m’a fusillé du regard”.

Dans la 1ère lecture, au tiercé des candidats au trône, le petit roux aux yeux bleus n’avait aucune chance. Samuel, le prophète, ne songeait même pas à lui. Mais c’est pourtant David qui fut choisi ! Un bien mauvais choix aurait dit les spécialistes ou les frères écartés, une imprudence et une folie ! Mais Dieu ne juge pas selon les apparences humaines. Le Seigneur regarde le cœur.

Et l’évangile d’aujourd’hui, relisez-le donc en observant le regard que Jésus pose sur les personnes. Le Père Decourtray l’a fait. Il écrit : “Quand Jésus a vu la Samaritaine, il n’a pas vu en elle qu’une femme légère, il lui demande un verre d’eau et il engage la conversation ; quand il a vu Zachée, il n’a pas vu en lui qu’un fonctionnaire véreux, il s’invite à sa table et assure que sa maison a reçu le salut ; quand Jésus a vu Judas, il ne lui a pas dit Tu seras toujours un traître, il l’embrasse et lui dit mon ami.” Laissons-nous gagner par la contagion de ce regard, c’est la contagion de l’amour. Et puis, si nous avons accepté cet examen de notre vue et son diagnostic, il nous faudra accepter l’ordonnance : ce sera tourner nos yeux vers le Seigneur et lui demander souvent : “Seigneur, fais que je voie.” Car c’est Jésus qui guérit les yeux. Que ce soit notre prière… et le miracle de la guérison de l’aveugle continuera.  Que cette liturgie nous invite à quelques petits pas qui feront reverdir nos arbres de carême. Pourquoi pas dans le sens d’un élargissement de nos relations ? Le Christ nous invite toujours à nous bouger. Comme l’écrit Gabriel Ringlet : A l’aveugle de naissance, Jésus ne dit pas : “Vois ! Ta foi t’a sauvé.” Il dit : “Va ! Ta foi t’a sauvé.” Et c’est parce qu’il va qu’il voit.

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