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Evangile du 12° dimanche dans l’année A – 25 juin 2017

Posté par rtireau le 23 juin 2017

Moineau

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 10,26-33. 
En ce temps-là, Jésus disait à ses Apôtres : « Ne craignez pas les hommes ; rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est caché qui ne sera connu. 
Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en pleine lumière ; ce que vous entendez au creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits. 
Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps. 
Deux moineaux ne sont-ils pas vendus pour un sou ? Or, pas un seul ne tombe à terre sans que votre Père le veuille. 
Quant à vous, même les cheveux de votre tête sont tous comptés. 
Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux. 
Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. 
Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux. »

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Homélie

Posté par rtireau le 23 juin 2017

12° dimanche dans l’année A – 25 juin 2017

Jérémie 20, 10-13 ; Psaume 68 ; Romains 5, 12-15 ; Matthieu 10, 26-33

“Ne craignez pas !”… Une phrase souvent répétée. Mais suffit-il de la redire pour qu’elle fasse de l’effet ? C’est vrai que rien n’est plus paralysant que la peur : élan, enthousiasme, tout est bloqué. Il y a plein d’exemples autour de santé, sécurité, emploi, survie de la planète, peur de la souffrance, de la mort, de la solitude, de l’échec, du qu’en dira-t-on… En fait, je crois bien que la peur empêche d’être soi-même.

Je me souviens d’un livre de Colette Nys-Mazure intitulé Célébration du quotidien, où elle écrivait : “Il se peut que nous ne soyons vraiment nous-mêmes que dans l’émerveillement, l’éloge, la reconnaissance. Là s’exprime le meilleur de notre être, ce qui chante, ce qui s’ouvre et qui va à la rencontre de celui qu’on ne peut nommer… Décaper l’être de la couche d’usage et d’usure afin de contempler ce qui se présente de beau aux yeux éteints, trop habitués.” Le livre en question appelait ça l’état de grâce.  

La peur empêche d’être soi-même. Les apôtres ont éprouvé cette peur au moment du départ de Jésus. Les voilà livrés à eux-mêmes devant l’hostilité des juifs qui les faisait se calfeutrer au Cénacle. C’est pour conjurer toutes ces peurs que, dans l’évangile que je viens de lire, Jésus leur dit et à nous aussi : « Ne craignez pas ! ». Lui-même a affronté des difficultés, des oppositions, mais il est resté libre. Il a affronté la mort librement. Il ne l’a pas subie malgré son angoisse. Il l’a apprivoisée, il l’a vaincue parce qu’il l’a vécue librement.

Jésus leur dit : « N’ayez pas peur ! ». Et on se souvient qu’il avait dit aussi : “Il vaut mieux pour vous que je m’en aille, car si je ne m’en vais pas, le Défenseur ne viendra pas vers vous ; mais, si je pars, je vous l’enverrai.” (Jean 16, 7) Voilà comment il nous a promis un défenseur auprès du Père, l’Esprit Saint qui intercède pour nous.

C’est la même leçon que donnait Jérémie dans la 1ère lecture. Appelé à annoncer des mauvaises nouvelles, Jérémie est mal vu des autorités en place qui l’accusent de haute trahison et le jettent en prison. Et Jérémie se plaint amèrement dans un premier temps (c’est de là qu’est venu l’expression les jérémiades. Mais il se ressaisit et sa foi domine ses doutes et sa peur : « Le Seigneur est avec moi, tel un guerrier redoutable.” Il n’est pas forcément en notre pouvoir d’éviter la peur, mais il y a un moyen de la surmonter : c’est la confiance en Dieu.

Ne craignez pas les hommes, nous répète Jésus. Aucune puissance humaine n’est capable de détruire ce qui fait votre valeur véritable, l’espérance de la vie éternelle, l’âme comme on dit. Car le persécuté est plus grand que son persécuteur. Le torturé est plus grand que son bourreau. L’assassiné est plus grand que son meurtrier. Être un paquet de muscle, ou d’argent, ou de feu plus gros que ceux de l’adversaire, ce n’est pas grand chose. Être une âme plus forte, voilà ce qui compte. « Deux moineaux ne sont-ils pas vendus pour un sou ? Or, pas un seul ne tombe à terre sans que votre Père le veuille… Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux. » Ne pas craindre, non pas à cause d’un optimisme béat qui effacerait les difficultés de la vie, mais à cause d’une confiance en l’amour vigilant de notre Père capable de veiller sur le plus petit des oiseaux.

« Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, sans pouvoir tuer l’âme. » Formule redoutable ! Mais que veut dire tuer l’âme ? Jésus a l’air d’affirmer que notre seule vraie peur serait de perdre la foi. Notre seule crainte serait de ne pas avoir le courage de vivre notre foi et de devenir des lâcheurs. Quand on pense aux campagnes télévisées pour sauver des espèces animales, on peut se demander ce que nous devrions faire pour que l’homme ne soit pas détruit de l’intérieur, perdant quelquefois tout sens pour sa vie. Ecoutez la petite fille de cette parabole qui nous redit ce message à sa manière : Sur un sentier raide et pierreux, j’ai rencontré une petite fille qui portait sur le dos son jeune frère. “Mon enfant, lui dis-je, tu portes un lourd fardeau.” Elle me regarda et dit : “Ce n’est pas un fardeau, monsieur, c’est mon frère.” Je restais interdit. Le mot de l’enfant s’est gravé dans mon cœur. Et quand la peine des hommes m’accable, que tout courage me quitte, le mot de l’enfant me rappelle : “Ce n’est pas un fardeau que tu portes, c’est ton frère.” 

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