Homélie

Posté par rtireau le 28 juin 2017

13° dimanche dans l’année A – 2 juillet 2017

2 Rois 4, 8-16 ; Psaume 88 ; Romains 6, 3-11 ; Matthieu 10, 37-42

« Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi… » Le Christ nous réclame de le préférer à ceux qui nous sont les plus chers. Cette demande paraît cruelle. Mais souvenons-nous : le Christ est lui-même présent au cœur de chacun, donc au cœur de ces personnes que nous aimons. La phrase de l’évangile nous demande donc de prendre le temps de le reconnaître au travers de ces visages aimés. Et alors on découvrira qu’on ne possède aucune personne, qu’on ne peut mettre la main sur aucune, même la plus aimée. Cette priorité de l’amour de Dieu interdit à chacun de faire de l’autre sa chose aimée, son dieu. Car l’amour de Dieu fait exister l’autre comme une personne unique et l’ouvre à un amour sans frontières. Dieu seul est Dieu… Personne d’autre ne peut être adoré.

 “Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi…” Voilà une autre phrase qui peut faire peur. Eh bien ! Savez-vous qu’à chaque baptême le premier signe est celui de la croix. Et je dis souvent en le faisant : « je te marque du signe de la croix, avec sa branche verticale qui t’invite à savoir lever les yeux vers le ciel, et sa branche horizontale qui t’invite à ne jamais oublier les copains… parce que notre Dieu du ciel est entré en Jésus dans le cercle de tes copains. » D’ailleurs la suite de l’Evangile confirme : « Qui vous accueille m’accueille », dit Jésus aux apôtres. « Et qui m’accueille accueille celui qui m’a envoyé », c’est à dire Dieu. « Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits,… il ne perdra pas sa récompense. » Un peu du visage de Dieu sur le visage du frère.

« Qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera. » Il s’agit donc de tout lâcher pour suivre Jésus. Ça paraît impossible. Et pourtant on a tous l’expérience de lâcher plein de choses importantes pour sauver l’essentiel. Ecoutez ce petit texte de Patrick Jacquemont qui met en scène deux personnes :

- Lui a durement gagné sa vie, travaillant très jeune, prêt à tous les boulots. Il a réussi, mais voilà qu’au souci de survivre fait place l’angoisse de perdre ce qu’il a gagné. Il voudrait tout garder.

- Elle a voulu conquérir l’autonomie dans une famille qui l’encadrait peut-être trop. En défendant ses droits, elle s’est fait une carapace qui l’abrite et qui l’isole à la fois.

L’un et l’autre seront-ils capables un jour d’ouvrir la porte à qui frappera ?

Voulez-vous une petite histoire pour comprendre ça ? Un sage racontait : « Il était un enfant qui voulait manger des noix. Or elles se trouvaient dans un pot au goulot étroit. Il dit : “Maman, je veux manger des noix.” Elle répond : “Prends-en une, petit.” L’enfant enfile le bras mais il remplit tant sa main qu’il ne peut plus la retirer du pot.  Il dit : “Regarde ! Ma main ne sort plus.” Sa mère répond : “Lâche donc ce que tu tiens ! Prends seulement ce qu’il faut, et ta main sortira.”» Le sage ajoutait : « Il n’y a pas que les enfants pour attraper trop de noix en même temps. Et beaucoup, tentés par les richesses, ne sont pas assez sages pour recouvrer leur main. »

Quand des parents ou des amis se retrouvent sur le quai d’une gare, il faut bien lâcher valises et paquets pour s’embrasser. Et pour saluer convenablement quelqu’un en lui serrant la main, il faut que les deux mains soient vides…

Dans l’évangile d’aujourd’hui, et dans tout le chapitre 10 de Matthieu, Jésus m’invite donc à poser des choix fondateurs qui donneront à ma vie une réelle capacité à aimer comme lui-même nous a aimés. Choisir le Christ jusqu’à porter ma croix, ça peut être difficile à assumer.

Mais j’attire l’attention : si ça devient totalement impossible, il faut que je m’interroge. Peut-être que j’ai fait de ce choix une performance à accomplir, une occasion de montrer que je suis le meilleur. Non non ! Ce n’est pas ça. Vivre l’Évangile n’est pas une course d’obstacles ! Ce n’est même pas diplômant ! Ça n’apporte ni pouvoir, ni argent. Mais ça peut tout changer dans ma vie si je choisis le Christ. Vivre l’Évangile, c’est donner à ma vie d’être un des lieux de l’incarnation de Dieu au monde. C’est donner à ma vie d’être elle-même un don. Ma vie tire sa valeur et sa grandeur de ma capacité à la donner, et à la perdre, à la manière du Christ. Savez-vous que le prix d’un verre d’eau vient de qui le reçoit et non de qui le donne ?

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