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Evangile du 17° dimanche dans l’année A – 30 juillet 2017

Posté par rtireau le 27 juillet 2017

trésor

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 13,44-52. 
En ce temps-là, Jésus disait aux foules : 
« Le royaume des Cieux est comparable à un trésor caché dans un champ ; l’homme qui l’a découvert le cache de nouveau. Dans sa joie, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète ce champ. 
Ou encore : Le royaume des Cieux est comparable à un négociant qui recherche des perles fines. 
Ayant trouvé une perle de grande valeur, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète la perle. » 
Le royaume des Cieux est encore comparable à un filet que l’on jette dans la mer, et qui ramène toutes sortes de poissons. 
Quand il est plein, on le tire sur le rivage, on s’assied, on ramasse dans des paniers ce qui est bon, et on rejette ce qui ne vaut rien. 
Ainsi en sera-t-il à la fin du monde : les anges sortiront pour séparer les méchants du milieu des justes 
et les jetteront dans la fournaise : là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. » 
« Avez-vous compris tout cela ? » Ils lui répondent : « Oui ». 
Jésus ajouta : « C’est pourquoi tout scribe devenu disciple du royaume des Cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien. »

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Homélie

Posté par rtireau le 27 juillet 2017

17° dimanche dans l’année A – 30 juillet 2017

1 Rois 3, 5. 7-12 ; Psaume 118 ; Romains 8, 28-30 ; Matthieu 13, 44-52

Le mot Royaume se trouve cinquante fois dans Saint Matthieu. C’est un mot très commun, mais il n’a pas de définition vraiment précise. A chaque fois on nous dit : le Royaume, c’est comme…” Et les comparaisons sont diverses : c’est comme le grain et l’ivraie, un festin de noces, un filet de pêche, la graine de sénevé, le levain dans la pâte, une histoire de talents, les ouvriers de la vigne, le semeur, un roi qui pardonne, une perle, un trésor caché… Et puis il y a le fameux chapitre 25 de Saint Matthieu : “Recevez le Royaume car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger.” En bref le Royaume, c’est un trésor inestimable qui se trouve… à portée de main.

Dans les pays d’Orient circulaient autrefois beaucoup d’histoires de trésors cachés. On enfouissait souvent, dans un champ ou en tout autre lieu secret, ce que l’on avait de plus précieux pour le protéger des vols ou des guerres. Ça donnait beaucoup à rêver : qui sait si on ne trouverait pas une fortune au hasard d’un labour !

Notre parabole du trésor caché dans un champ peut aussi faire penser à la fable de La Fontaine Le laboureur et ses enfants, avec sa morale qui révélait le vrai trésor : ce que lèguent les ancêtres à leurs enfants. Ceux-ci ont labouré, creusé, fouillé, bêché… mais n’ont rien trouvé. Ils cherchaient peut-être de l’argent, mais ils découvrent bientôt que le trésor c’est le goût de la recherche et du travail. La foi non plus n’est pas un trésor que l’on possède. Croire c’est cultiver le goût de croire et de chercher Dieu. Transmettre la foi c’est transmettre ce goût, comme on transmet le goût de la musique : celui qui le reçoit doit travailler pour apprendre à jouer de l’instrument de son choix. “On peut aussi, disait Michel Scouarnec, comparer la foi à la pratique de la bicyclette : on ne tient sur un vélo qu’en roulant, sinon on tombe. La foi et l’amour n’existent qu’en s’exerçant, et ne s’usent que si l’on ne s’en sert pas, contrairement à telle pile bien connue.”

“Le Royaume, disait un sage africain, ce n’est pas avoir beaucoup de choses, c’est être autrement.” Et c’est vrai : Le Royaume, c’est quand un visage de lumière ou un sourire de bienveillance viennent éclairer une nuit trop lourde. Le Royaume, c’est quand quelques heures ou quelques jours d’amour partagé ont un goût de paradis. Le Royaume c’est quand des hommes vont jusqu’à mourir pour que d’autres hommes vivent. Le Royaume vient quand des chercheurs, des artistes, tentent de déchiffrer la merveille d’une mélodie secrète : “Les savants, les artistes, les mystiques, disait Picasso, sont des hommes qui passent leur vie à chercher la cachette de Dieu.” Le Royaume, enfin, c’est quand, – on ne sait ni pourquoi ni comment – en dépit de l’énormité des détresses, une sorte de gratitude nous monte au cœur et aux lèvres.

Dieu est invisible. Mais il existe, là tout près de nous, comme une perle qui justifie qu’on abandonne tout. Il est sans prix et il se choisit dans la joie. Noël Quesson écrivait en 1989, dans son livre Il nous parlait en chemin : “Le renoncement à tout ce que Jésus propose n’est pas dépouillement morose. Ce n’est pas un sacrifice fait à contre-cœur. Non, pour Jésus, celui qui se dépouille de tout le reste pour acquérir Dieu le fait dans la joie. Il n’y a pas de bonheur plus merveilleux que de gagner la perle fine de l’amour infini.”

On a pu connaître des communautés où tout se fait par devoir : on vit ensemble par devoir, on met quelque chose sur la table par devoir, on reçoit du monde par devoir, on prie… par devoir. Combien de chrétiens ont pu vivre comme ça, avec force examens de conscience plus déprimants les uns que les autres ! Si Salomon (1ère lecture) avait fait son examen de conscience, il ne serait pas allé plus loin. Non il commence par l’action de grâce, puis il prie avec humilité, non pas tristesse, mais humilité. Et dans le mot humilité il y a le mot : humus qui veut dire terreau fertile !

La recherche du Royaume est à vivre non à coup d’examens de conscience tristes, mais comme une passion joyeuse pour la recherche d’un trésor inestimable à portée de main. On a abusé des examens de conscience. Il faudrait inventer des examens de confiance.

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Evangile du 16° dimanche dans l’année A – 23 juillet 2017

Posté par rtireau le 18 juillet 2017

grain-et-ivraie

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 13,24-43. 
En ce temps-là, Jésus proposa cette parabole à la foule : « Le royaume des Cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ. 
Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi survint ; il sema de l’ivraie au milieu du blé et s’en alla. 
Quand la tige poussa et produisit l’épi, alors l’ivraie apparut aussi. 
Les serviteurs du maître vinrent lui dire : “Seigneur, n’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ?” 
Il leur dit : “C’est un ennemi qui a fait cela.” Les serviteurs lui disent : “Veux-tu donc que nous allions l’enlever ?” 
Il répond : “Non, en enlevant l’ivraie, vous risquez d’arracher le blé en même temps. 
Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson ; et, au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Enlevez d’abord l’ivraie, liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, ramassez-le pour le rentrer dans mon grenier.” » 
Il leur proposa une autre parabole : « Le royaume des Cieux est comparable à une graine de moutarde qu’un homme a prise et qu’il a semée dans son champ. 
C’est la plus petite de toutes les semences, mais, quand elle a poussé, elle dépasse les autres plantes potagères et devient un arbre, si bien que les oiseaux du ciel viennent et font leurs nids dans ses branches. » 
Il leur dit une autre parabole : « Le royaume des Cieux est comparable au levain qu’une femme a pris et qu’elle a enfoui dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que toute la pâte ait levé. » 
Tout cela, Jésus le dit aux foules en paraboles, et il ne leur disait rien sans parabole, 
accomplissant ainsi la parole du prophète : ‘J’ouvrirai la bouche pour des paraboles, je publierai ce qui fut caché depuis la fondation du monde.’ 
Alors, laissant les foules, il vint à la maison. Ses disciples s’approchèrent et lui dirent : « Explique-nous clairement la parabole de l’ivraie dans le champ. » 
Il leur répondit : « Celui qui sème le bon grain, c’est le Fils de l’homme ; 
le champ, c’est le monde ; le bon grain, ce sont les fils du Royaume ; l’ivraie, ce sont les fils du Mauvais. 
L’ennemi qui l’a semée, c’est le diable ; la moisson, c’est la fin du monde ; les moissonneurs, ce sont les anges. 
De même que l’on enlève l’ivraie pour la jeter au feu, ainsi en sera-t-il à la fin du monde. 
Le Fils de l’homme enverra ses anges, et ils enlèveront de son Royaume toutes les causes de chute et ceux qui font le mal ; 
ils les jetteront dans la fournaise : là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. 
Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! »

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Homélie

Posté par rtireau le 18 juillet 2017

16° dimanche dans l’année A – 23 juillet 2017

Sagesse 12, 13.16-19 ; Psaume 85 ; Romains 8, 26-27 ; Matthieu 13, 24-43

Le bon grain et l’ivraie (le bien et le mal) poussent dans le même champ. A qui la faute ? Naturellement, on se tourne vers Dieu, le Créateur, qui a fait “l’homme à son image et à sa ressemblance.” Et on lui dit : “N’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ?” C’est vrai, si Dieu était bon, ou, comme disent les braves gens, “s’il y avait un Bon Dieu” pourquoi le mal ?

Réflexion 1 : le bon grain, c’est nous, et l’ivraie, c’est les autres : “Que fait donc Dieu, il faut les arracher, c’est simple”. Et comme Dieu ne répond pas, alors, on s’y met nous-mêmes, et on va extirper le mal de ce monde : quelques bonnes croisades, quelques purifications ethniques, quelques holocaustes, et tout ira mieux ! Le mal est clairement chez les autres. Et s’il faut des boucs émissaires, pas besoin de chercher loin : les Juifs, les Arabes, les fascistes, les Américains… bref, les mauvais feront l’affaire. Dans l’histoire, à chaque époque, chaque pays s’est dressé contre d’autres en les accusant d’empêcher le monde de tourner rond. Au nom de la vérité, ou de la justice, ou de la religion, ou de la race, on a exclu, jugé, torturé. On a voulu “arracher l’ivraie.”

Réflexion 2 : le bon grain, c’est nous (oui, bien sûr, toujours). Mais les autres sont-ils totalement mauvais ? Et si c’était plus complexe qu’on le croyait à première vue ?

Réflexion 3 : avec le temps, un brin d’honnêteté peut nous amener à convenir qu’il y a peut-être aussi du mauvais chez nous. Et que, finalement, c’est plutôt bien pour nous que Dieu n’arrache pas le mauvais trop vite.

Et voilà qu’on se met à réfléchir. Ou bien Dieu créait des robots programmés dans un monde parfait, bien huilé, mais un monde de machines. Ou bien il créait des êtres libres, avec les conséquences de la liberté humaine. Et c’est ce qu’il a fait, même si cette réponse classique n’est pas si facile à admettre quand “on voit ce qu’on voit”, comme on dit, le mal en particulier. Réfléchissons encore : quand nous voulons libres notre mari, notre épouse, nos enfants, telle personne dont on est solidaire, ce n’est pas si simple. Et toutes les fois que quelqu’un souffre qu’on “marche sur ses plates-bandes”, ou qu’on veuille faire les choses à sa place, ça réagit : “Je ne suis plus un bébé”, dit le petit ; “Je suis capable (je suis cap)”, dit le plus grand ; “Je suis majeur”, dit le jeune ; “Je ne suis ni ta bonne, ni ton esclave”, dit le conjoint malmené.

Dieu veut l’homme libre et l’apprentissage de la liberté dure toute une vie. Cette histoire d’ivraie et de bon grain comporte une dimension de longue durée : “Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson !” L’objectivement bon ou mauvais à tel instant existe-t-il ? En tous cas l’irrécupérable n’existe pas pour Dieu et c’est tant mieux pour nous. Saint Augustin et bien d’autres ont mal commencé et plutôt bien fini. “Laissez-les pousser jusqu’à la moisson !” On ne pourra se prononcer qu’à ce moment, lorsqu’apparaîtra ce qui était invisible auparavant. Quand le levain est dans la pâte, apparemment, rien ne se passe, mais après quelques temps, tout a changé, une réalité nouvelle est apparue.

Les paraboles que nous venons de lire disent le Royaume de Dieu en termes de croissance. Alors il faut les lire avec le regard de Dieu, un regard patient et un regard confiant :

- un regard patient : Dieu fort est patient. Énervements et violences sont des signes de faiblesse. La vraie autorité est toujours indulgence. L’autorité consiste à autoriser.

- un regard confiant : avec le levain, rien de visible à l’œil nu ; et la taille de la graine est souvent minuscule ; avec l’ivraie, on ne voit que du mauvais. Mais nous croyons qu’il y a autre chose. Il y a l’autre, image de Dieu. Il y a le frère, comme le dit la fameuse parabole bien connue : Sur un sentier raide et pierreux, j’ai rencontré une petite fille qui portait sur le dos son jeune frère. – “Mon enfant, lui dis-je, tu portes un lourd fardeau.” – Elle me regarda et dit : “Ce n’est pas un fardeau, monsieur, c’est mon frère.” Je restais interdit. Le mot de l’enfant s’est gravé dans mon cœur. Et quand la peine des hommes m’accable, que tout courage me quitte, le mot de l’enfant me rappelle : “Ce n’est pas un fardeau que tu portes, c’est ton frère.”

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Evangile du 15° dimanche dans l’année A – 16 juillet 2017

Posté par rtireau le 12 juillet 2017

SemeurÉvangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 13,1-23. 

Ce jour-là, Jésus était sorti de la maison, et il était assis au bord de la mer. 
Auprès de lui se rassemblèrent des foules si grandes qu’il monta dans une barque où il s’assit ; toute la foule se tenait sur le rivage. 
Il leur dit beaucoup de choses en paraboles : « Voici que le semeur sortit pour semer. 
Comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin, et les oiseaux sont venus tout manger. 
D’autres sont tombés sur le sol pierreux, où ils n’avaient pas beaucoup de terre ; ils ont levé aussitôt, parce que la terre était peu profonde. 
Le soleil s’étant levé, ils ont brûlé et, faute de racines, ils ont séché. 
D’autres sont tombés dans les ronces ; les ronces ont poussé et les ont étouffés. 
D’autres sont tombés dans la bonne terre, et ils ont donné du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. 
Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! » 
Les disciples s’approchèrent de Jésus et lui dirent : « Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? » 
Il leur répondit : « À vous il est donné de connaître les mystères du royaume des Cieux, mais ce n’est pas donné à ceux-là. 
À celui qui a, on donnera, et il sera dans l’abondance ; à celui qui n’a pas, on enlèvera même ce qu’il a. 
Si je leur parle en paraboles, c’est parce qu’ils regardent sans regarder, et qu’ils écoutent sans écouter ni comprendre. 
Ainsi s’accomplit pour eux la prophétie d’Isaïe : ‘Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas. Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas. 
Le cœur de ce peuple s’est alourdi : ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur cœur ne comprenne, qu’ils ne se convertissent, – et moi, je les guérirai.’ 
Mais vous, heureux vos yeux puisqu’ils voient, et vos oreilles puisqu’elles entendent ! 
Amen, je vous le dis : beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu. »
Vous donc, écoutez ce que veut dire la parabole du semeur. 
Quand quelqu’un entend la parole du Royaume sans la comprendre, le Mauvais survient et s’empare de ce qui est semé dans son cœur : celui-là, c’est le terrain ensemencé au bord du chemin. 
Celui qui a reçu la semence sur un sol pierreux, c’est celui qui entend la Parole et la reçoit aussitôt avec joie ; 
mais il n’a pas de racines en lui, il est l’homme d’un moment : quand vient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, il trébuche aussitôt. 
Celui qui a reçu la semence dans les ronces, c’est celui qui entend la Parole ; mais le souci du monde et la séduction de la richesse étouffent la Parole, qui ne donne pas de fruit. 
Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c’est celui qui entend la Parole et la comprend : il porte du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. » 

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Homélie

Posté par rtireau le 12 juillet 2017

15° dimanche dans l’année – A - 16 juillet 2017

Isaïe 55, 10-11 ; Psaume 64 ; Romains 8, 18-23 ; Matthieu 13, 1-23

Voilà une parabole qui surprend sûrement les agriculteurs. Eux ne sèment que dans de la bonne terre, et après l’avoir préparée. Au temps de Jésus, en Palestine, on semait d’abord, on labourait après. Le labourage recouvrait la graine qui germait ensuite comme elle pouvait. Là où il y avait un chemin qui avait servi à traverser le champ avant les semailles la terre était trop tassée et c’était bonne aubaine pour les oiseaux ; là où le sol était trop pierreux, ça se desséchait ; là où les épines repoussaient plus vite que le blé, la tige était étouffée. L’interprétation qui suit la parabole est sans doute une homélie tardive. C’est le genre allégorie qui consiste à faire correspondre chaque détail de la parabole à des réalités concrètes : les terrains où tombe la semence sont alors les attitudes des uns et des autres, face à la parole.

Mais la parabole du semeur n’est sans doute pas d’abord un discours moralisant sur les mauvais terrains. Elle est plutôt une invitation à l’espérance. On peut par exemple la considérer comme un appel à la générosité et à la persévérance : pour récolter beaucoup, il faut semer large, sans se limiter à l’enclos de bonne terre. A l’image de Dieu qui donne la vie avec surabondance, Jésus a le geste large du semeur. L’évangile, il le sème tout terrain ! Car la Bonne Nouvelle est pour les foules et personne ne peut dire qu’elle ne va pas rencontrer, chez les uns et les autres, un petit coin de bonne terre, et, pourquoi pas, germer à son heure. Les semeurs parcimonieux trahissent la largesse du Père, lui que rien ne décourage comme le déclare Isaïe : “Ainsi parle le Seigneur : la pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, donnant la semence au semeur et le pain à celui qui doit manger ; ainsi ma parole… ne me reviendra pas… sans avoir accompli sa mission.” Depuis vingt siècles, grâce à des semailles persévérantes, la semence a toujours rencontré de la bonne terre et a porté des fruits.

Eh bien ! Quand on a semé avec largesse et annoncé la Parole “à temps et à contre temps,… toujours avec patience et souci d’instruire” (2 Ti 4, 2), on ne pleure pas parce que les trois quarts de ce qu’on avait investi s’est perdu, mais on se réjouit parce que le quart a trouvé une bonne terre où le rendement a dépassé les espérances. Cent pour un, et même trente pour un, c’était un rendement inouï pour l’antique agriculture de la Palestine. Les semeurs d’évangile qui connaissent le sentiment d’échec doivent se souvenir qu’ils ne sont pas au-dessus de leur maître. Fidèle à son Père plein d’amour, Jésus a continué de semer alors que son taux de rendement n’était pas très brillant. 

En effet, quand Jésus racontait son histoire de semeur, les foules étaient encore nombreuses autour de lui. Mais il dérangeait tellement qu’on l’a vite rejeté, arrêté et mis à mort. Et un peu plus tard, quand Matthieu écrit son Évangile, les chrétiens aussi se demandent pourquoi ça n’avance pas plus vite, et pourquoi ils sont si peu nombreux. Et saint Paul les encourage à la patience avec l’image de l’enfantement : “Nous le savons bien, la création tout entière gémit, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore.” (Romains 8, 22)

Tout ça reste vrai encore aujourd’hui et Jésus continue de nous dire qu’il ne faut pas s’étonner : le Royaume est là, au milieu de vous, mais vous n’avez rien vu. Car il est commencé, discret, mais il ne cessera jamais de grandir, comme une petite graine. Romano Guardini a écrit que ce qui vient de Dieu n’est pas chose achevée mais commencement, et que le grain peut avoir des formes diverses : une phrase, un événement, une rencontre. Non pas des résultats achevés, mais des commencements pleins de vie et qui vont se développer. Le problème, c’est qu’on est pressé. On espère tout le temps que la Parole soit efficace vite. On cherche une moisson alors que c’est le temps de l’attente, de la croissance lente, le temps de la graine, le temps du jardinier patient.

Avez-vous remarqué : quand votre enfant va  chez la tante qui ne l’avait pas vu depuis longtemps : “Oh, comme il a grandi !” Vous, les parents, sauf si le pantalon était devenu trop court, vous n’aviez rien vu. Notre problème avec la Parole, c’est que nous sommes pressés du résultat, alors que la bonne attitude est celle du jardinier patient !

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Evangile du 14° dimanche dans l’année A – 9 juillet 2017

Posté par rtireau le 3 juillet 2017

Petits

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 11, 25-30. 
En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. 
Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. 
Tout m’a été remis par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler. » 
« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. 
Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. 
Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »

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Homélie

Posté par rtireau le 3 juillet 2017

14° dimanche dans l’année A - 9 juillet 2017

Zacharie 9, 9-10 ; Psaume 144 ; Romains 8, 9.11-13 ; Matthieu 11, 25-30

Jésus vient de nous le confirmer dans l’évangile, Dieu aurait des préférés : Père, dit-il, il y a des choses que tu as cachées aux sages et aux grosses têtes et que tu n’as racontées qu’aux tout petits. Lorsque il a dit ça, Jésus n’a pas dû se faire que des amis. Certains ont sûrement vite compris qu’ils ne figuraient pas dans sa liste. Et aujourd’hui où il faut tout le temps être le meilleur, le plus grand, le plus fort, pas évident non plus d’être parmi les préférés de ce Dieu surprenant. Il donne vraiment l’impression qu’il aime désarçonner ceux qui sont imbus d’eux-mêmes, et qu’il préfère révéler ses secrets aux petits. D’après Jésus, on n’approche pas le mystère du Royaume avec ses méninges, mais avec son cœur. Celui qui est plein de soi est privé de Dieu, mais le petit, celui qui se jette sans hésitation dans les bras de son père, sans se poser la question s’il en est digne ou non, celui qui laisse parler l’élan de son cœur, celui-là peut rencontrer Dieu.

“Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits.” En une phrase, Jésus dit que la foi n’est pas au registre de ceux qui savent. Deux verbes sont face à face : cacher et révéler. Il ne s’agit pas de diplôme ou d’ignorance, mais d’une connaissance du cœur inaccessible “aux sages et aux savants” alors qu’elle se révèle “aux tout-petits”. Devant l’échec qu’il subit auprès des scribes et des docteurs de la Loi, et devant l’accueil que lui réservent seulement les petits et les pauvres, Jésus aurait pu se démoraliser. Non ! Il a une prière qui rejoint celle de Marie dans son Magnificat : “Il renverse les puissants de leurs trônes. Il élève les humbles.”

La prière de Jésus remet en cause ceux qui défigurent l’image de Dieu en imposant des catéchismes incompréhensibles et des exigences strictes qui barrent l’entrée du Royaume. L’évangile d’aujourd’hui est une sorte de Magnificat de Jésus. Il dit la joie de Dieu qui prend le parti de ceux que le monde néglige souvent, et méprise quelquefois. Grande leçon pour notre vie : invitation à prier à partir de nos soucis et à oser chercher le chemin de l’action de grâce au cœur même des situations difficiles que nous traversons. Car nous sommes forts de la promesse de Jésus : “Ce que vous faites au plus petit, c’est à moi que vous le faites.” (Mt 25, 40). Notre consentement à Dieu et notre communion à nos frères deviennent les sources de notre paix intérieure. Si nous sommes sûrs d’être aimés jusque dans notre pauvreté, la louange viendra habiter nos cœurs.

Aller vers Dieu n’est décidément pas une prise de tête pour intellectuels, c’est simplement risquer des gestes d’amour ! C’est pour ça que les vacances sont quelquefois un bon moment pour que des personnes renouent avec l’Église : c’est un temps de réflexion, une pratique sacramentelle, ou simplement un intérêt pour la beauté d’un lieu. Elles utilisent des lieux d’Église comme des espaces de silence, de détente, qui leur permettent de se ressourcer. 

“Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits.” J’ai déjà cité récemment un livre de Colette Nys-Mazure, qui s’appelle Célébration du quotidien. Et cette fois j’ai cru y reconnaître les tout-petits dont parle Jésus, ceux qui ne sont pas blasés : “Il se peut que nous ne soyons vraiment nous-mêmes que dans l’émerveillement, l’éloge, la reconnaissance. Là s’exprime le meilleur de notre être.” L’auteur du livre appelle ça l’état de grâce. Et un peu plus loin, elle rappelle la signification du mot enthousiasme qui contient le mot Theos qui veut dire Dieu. Être enthousiaste signifierait donc  être habité par Dieu. Heureux les enthousiastes !

“Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos.” Jésus appelle à lui, non pas d’abord pour un service ou une fonction, mais parce qu’il aime. Un peu avant, dans l’évangile de Matthieu, nous lisons : “Voyant les foules, Jésus fut pris de pitié pour elles, parce qu’elles étaient harassées et prostrées comme des brebis qui n’ont pas de berger” (Mt 9, 36). Jésus ne peut rester indifférent devant la souffrance et la misère humaine. C’est plus fort que lui, il faut qu’il console, qu’il relève, il faut qu’il guérisse, qu’il nourrisse, qu’il pardonne. “Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos.” Il y a quelquefois des rencontres qui fatiguent et qui épuisent. On en sort énervé, agressif. Il y en a d’autres qui réconfortent et qui remettent d’aplomb. Que cette célébration qui nous rassemble soit un temps de repos qui remette debout, un temps qui nous ressuscite !

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