Homélie

Posté par rtireau le 21 septembre 2017

25° dimanche dans l’année A – 24 septembre 2017

Isaïe 55, 6-9 ; Psaume 144 ; Philippiens 1, 20c-24.27a ; Matthieu 20, 1-16

Dieu ne compte pas comme nous ! Ou plutôt il a une curieuse façon de ne pas compter. Heureusement : notre évangile n’est pas un traité pour économiste. En réalité, à l’époque de Jésus, il n’y a ni couverture sociale, ni système d’embauche, et un denier est généreux puisque c’est le salaire journalier d’une famille. On peut aussi supposer que les derniers embauchés ne sont pas responsables de leur situation et interpréter que le patron ne calcule pas selon le travail effectué, mais qu’il veut que ces papas puissent nourrir leurs enfants ! Alors on se met à rêver d’une société où l’on oserait casser le lien production / salaire et où l’on pourrait vivre selon ses besoins et non en fonction du temps de travail. Mais ne prêtons pas à Jésus le diplôme de sciences-éco qu’il n’a pas.

Comme dit Gabriel Ringlet dans son livre Eloge de la fragilité : “La vigne du Seigneur n’est pas très adaptée aux règles du marché. Le patron ne cherche pas la rentabilité. C’est absurde d’engager des hommes à la dernière heure et de les payer au tarif de la journée. Comme c’est absurde de parler à la Samaritaine, d’accueillir Marie-Madeleine, d’engager Matthieu, un voleur connu, Pierre, un lâche et Paul, un persécuteur. C’est absurde de faire la fête pour un fils gaspilleur et de courir après une brebis égarée en oubliant qu’il en reste quatre-vingt-dix-neuf à surveiller… Si nous avons peine à encaisser l’attitude de ce propriétaire capricieux, l’attitude de ce Dieu qui se met à dépenser sa grâce sans compter, c’est peut-être que nous avons une religion trop étroite, trop calculatrice… ou que nous n’avons jamais été au chômage !”

Dans une parabole, il y a un message, souvent un seul, et tout à fait évident. Le reste, si on le prenait trop au sérieux, serait surprenant et quelquefois scandaleux. Ici, évidemment on n’est pas d’abord dans le domaine économique, mais dans le domaine de valeurs qu’on ne fractionne pas : Dieu donne tout à chacun. La vie, on la donne ou on ne la donne pas. Impossible de la donner plus ou moins. Et nous, avec notre œil mauvais parce que Dieu est bon, on voudrait que d’autres aient moins que nous, comme si ça nous donnait davantage qu’ils aient moins. Non ! Le don de Dieu – amour, joie, paix, espérance – ne se fractionne pas. Et même un tout petit premier pas semble décisif et immense. Comme pour cet homme qui commençait à sortir de l’alcoolisme : c’était le joie immédiate et totale (pas un commencement de joie) pour lui et les siens, même si c’était sans naïveté sur l’avenir.

Le vigneron c’est donc Dieu. L’Évangile et ses paraboles montrent qui est ce Dieu que Jésus appelle Père : si c’était un berger, il quitterait ses 99 brebis, pour courir après la brebis perdue ; si c’était un papa, il accueillerait son fils qui a quitté la maison sur un coup de tête ; si c’était un paysan, il sèmerait à tous vents ; si c’était un vigneron : c’est le texte d’aujourd’hui. Les paraboles contiennent toutes un brin de démesure, comme pour piquer l’attention, nous préparer à entendre un message et révéler le visage d’un Dieu qui aime avec démesure. Dieu aime chacun pour ce qu’il est, et pas pour ce qu’il a. Jésus a montré cet amour gratuit de Dieu auprès de ceux qu’il a croisés : la prostituée venue troubler le repas chez Simon le pharisien ; Zachée, le fonctionnaire pas très honnête ; la Samaritaine ou le bandit en croix, ouvrier de la onzième heure et même du dernier quart d’heure ! Jésus a posé sur eux tous un regard de tendresse qui a su faire renaître l’espérance.

“Allez à ma vigne, vous aussi.” La foi chrétienne met au travail. Elle n’est pas un état d’âme si élevé soit-il, mais d’abord volonté d’agir pour construire concrètement le Royaume, comme le Christ, au milieu du monde. Car le Christ n’a pas d’autres mains que les nôtres pour transformer le monde. Les mains du Christ, son regard et sa tendresse passent désormais par nos mains, nos yeux et notre cœur. Nourrir ceux qui ont faim, soigner, visiter, accueillir, pardonner, autant de gestes qui signifient une réponse concrète au maître qui embauche. Beaucoup sont attelés à cette tâche. Les chrétiens n’en ont pas le monopole, mais il serait surprenant qu’ils ne soient pas aux avant-postes avec les autres pour faire advenir un monde plus humain.

Deux appels : Savoir nous réjouir de ce que les autres ont reçu de l’abondance de l’amour ? Et redécouvrir que le Royaume de Dieu n’est pas fait de concurrence mais d’émerveillement.

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