Homélie

Posté par rtireau le 26 octobre 2017

30° dimanche dans l’année A – 29 octobre 2017

Exode 22, 20-26 ; Psaume 17 ; 1 Thessaloniciens 1, 5-10 ; Matthieu 22, 34-40

Des pharisiens essaient encore d’embarrasser Jésus en lui posant une question souvent discutée dans les milieux rabbiniques : “Quel est le grand commandement ?” La Loi comportait des centaines de préceptes (613, paraît-il). Certains juifs les observaient dans une attitude d’obéissance envers Dieu ; d’autres les pratiquaient avec orgueil, se considérant comme justes devant Dieu ; beaucoup s’y perdaient. Les rabbins eux-mêmes avaient des réponses variées à la question du commandement le plus grand. Pour certains, c’était le sabbat. On sait aussi qu’un certain Hillel, peu de temps avant Jésus, avait donné cette réponse : “Ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse, ne le fais pas non plus à ton prochain. C’est là toute la loi. Le reste n’est que commentaire.”

Première originalité de Jésus : il ne désigne pas le grand commandement, il en propose deux : d’abord, c’est une formule du Deutéronome (6, 5) qui revenait deux fois par jour dans la prière juive : “Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit” ; et ensuite c’est un précepte du Lévitique (19, 18) : “Tu aimeras ton prochain comme toi-même.”

Deuxième originalité de Jésus : il met ces deux commandements sur le même plan. Pour lui, il n’y a pas deux amours, il n’y en a qu’un et l’attitude envers le prochain vérifie la qualité de l’attitude envers Dieu. Selon lui, le baromètre qui nous permet de mesurer notre amour pour Dieu, c’est l’amour du prochain. Les deux sont indissociables et Jésus, en sa personne, fait de ces deux amours une seule réalité inséparable. “Dans la mesure où vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, à moi non plus vous ne l’avez pas fait.” (Matthieu 25, 45) “Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu » et qu’il déteste son frère, c’est un menteur ; celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne saurait aimer le Dieu qu’il ne voit pas.” (1 Jean 4, 20).

Au temps où Matthieu mettait la dernière main à son évangile, les communautés chrétiennes étaient confrontées aux communautés juives qu’animaient les pharisiens et les docteurs de la Loi. Beaucoup pensaient qu’il fallait observer la Loi parce que c’était la Loi. Matthieu, lui, dit que l’appel à l’amour est le cœur de l’alliance nouvelle réalisée en Jésus. Et devant les chrétiens, tentés peut-être d’en être quittes avec Dieu en observant des commandements, il montre un horizon vers lequel il faut chaque jour se remettre en route : aimer. Il y a sans doute encore des chrétiens qui veulent être en règle avec Dieu en observant des commandements. Heureusement, il y en a beaucoup qui se tournent vers les besoins du monde et inventent l’amour. Ils savent que Jésus se présente à eux sur les visages de ceux qui ont faim ou qui souffrent l’injustice.

C’est Jacques Brel qui chantait : “Je ferai un domaine où l’amour sera loi, où l’amour sera roi.” La phrase dit bien qu’aimer, c’est aussi décider d’aimer. Voilà la liberté humaine essentielle : choisir d’aimer en tant qu’être créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Comme ce jeune très généreux qui disait : “Moi, j’essaie d’aider les autres, c’est ma manière de croire.” Et, après un silence, comme pour une confidence, il ajoutait : “Aimer n’est pas facile, mais c’est un peu comme pour Jésus, il faut y croire.” En effet, apprendre à aimer les autres est impossible sans y croire comme Jésus y a cru, c’est-à-dire sans faire confiance comme Jésus a fait confiance à Dieu.

J’aime bien la petite histoire du vieux rabbin qui demandait à ses élèves à quoi on peut reconnaître le moment où la nuit s’achève et où le jour commence.

- Est-ce que c’est quand on peut distinguer de loin un chien d’un mouton ? – NON

- Est-ce que c’est quand on peut distinguer un dattier d’un figuier ? – NON

- Mais alors quand ?

- Eh bien c’est lorsqu’en regardant le visage de n’importe quel homme tu reconnais ton frère. Jusque-là, il fait encore nuit dans ton cœur.

« Il n’y a qu’une seule humanité, dit la théologienne Véronique Margron. Il n’y a qu’une seule barque. La question n’est pas comment reconnaître l’autre, mais comment se reconnaître de la même pâte, car tous nous avons habité, ou nous habitons encore en terre étrangère. Quels que soient nos papiers. »

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