Homélie

Posté par rtireau le 3 novembre 2017

31° dimanche dans l’année A – 5 novembre 2017

Malachie 1, 14b; 2, 2b.8-10 ; Psaume 130 ; 1 Thessaloniciens 2, 7b-9.13 ; Matthieu 23, 1-12

Les phylactères sont des étuis de cuir qui contiennent, sur de petits parchemins, des textes importants de la Bible. Ces deux sacs, fixés par des bandeaux, sont portés pendant la prière du matin, l’un au bras gauche, c’est-à-dire près du cœur, et l’autre sur le front. Des juifs, aujourd’hui encore, conservent cette coutume. Garder la Bible dans sa tête et dans son cœur, tout un programme !

“Frères, avec vous nous avons été pleins de douceur comme une mère qui entoure de soins ses nourrissons.” Saint Paul est décidément beaucoup moins dur avec les chrétiens de Thessalonique qu’avec ceux de Corinthe. En réalité, l’expression “pleins de douceur” employée ici ne provient pas de l’Ancien Testament mais elle est connue dans la culture grecque. Elle s’emploie d’ordinaire pour des personnes, des rois ou des gouverneurs, qui ont une autorité à exercer. Être doux, pour eux, c’est exercer leur autorité en tenant compte de ceux qu’ils gouvernent, sans les oppresser. C’est la même attitude que celle de Jésus, le maître qui s’est fait “doux et humble de cœur” (Mt 11) Le mot “Doux”, comme le mot “serviteur”, ne veut pas dire “soumis”, mais signifie : “qui se met librement au service” parce que le service est porteur de vie.

“Le plus grand parmi vous sera votre serviteur”. Voilà une des phrases les plus révolutionnaires de la Bible. Le plus grand se met au service de Dieu et de ses frères. Il n’est pas tenté de mettre Dieu à son service ni de s’en réclamer pour prendre le pouvoir. C’est être grand que d’être serviteur, car c’est devenir comme Dieu qui, par l’incarnation du Fils, s’est fait notre serviteur. Et personne n’est plus heureux que celui qui sait aimer activement ses frères.

On a tous du POUVOIR…. Est-ce qu’il est au SERVICE ?

Un savoir, une compétence, des informations, tout cela donne du pouvoir. Certaines personnes donnent quelquefois un pouvoir excessif à certains types de compétences ou de professions, par exemple dans le monde médical. Et il est important que la réponse soit quelquefois clairement : “je ne sais pas”. Sinon le risque est grand de tromper ces personnes ou de contribuer à les infantiliser. Il y a ainsi des pouvoirs qu’on veut nous donner et qu’il ne faut absolument pas prendre.

On a tous du POUVOIR…. Est-ce qu’il est au SERVICE ?

- Au volant de ma voiture, j’ai un certain pouvoir.

- Si je suis papa ou maman, j’ai du pouvoir sur mes enfants.

- Notre entreprise vient de changer de locaux. Est-ce que moi, le patron, je me réserve le plus grand ou le plus beau bureau ? Et puis, qui ne va pas travailler tel jour, le personnel ou bien nous les responsables ?

- Moi qui suis professeur, comment je regarde les élèves ? En disant (ou en laissant entendre) : “vous pouvez, vous êtes capables…” ou bien : “vous êtes nuls, phrase quelquefois assassine, et qui a quelquefois le quasi pouvoir de rendre nul effectivement.

- “Je ne sers plus à rien”. Nous savons tous le désarroi que révèle une telle expression. Et on se souvient que Jésus lui-même demande un service à la Samaritaine.

On m’a fait remarquer un jour que “l’autorité” n’est pas d’abord faite pour interdire -  réflexe fréquent – mais pour autoriser. C’est bien vrai qu’il faut avoir assez d’autorité pour autoriser, pour permettre de vivre et grandir, au lieu d’empêcher ou même, comme dit le prophète Malachie, au lieu de faire de la Loi une occasion de chute.

Permettre de vivre et de grandir… Autoriser à progresser. J’aime bien ce poème arabe qui peut inspirer tous les parents et plus largement tous ceux qui ont autorité sur d’autres : “Un Khalife fit venir un homme très simple, dont on lui avait dit qu’il était un sage. Pour éprouver cette sagesse, ce Khalife lui posa cette question : “On me dit que tu as de nombreux enfants, veux-tu m’indiquer de tes enfants lequel est le préféré ?” Et l’homme de répondre : “Celui de mes enfants que je préfère, c’est le plus petit, jusqu’à ce qu’il grandisse, celui qui est loin, jusqu’à ce qu’il revienne, celui qui est malade, jusqu’à ce qu’il guérisse, celui qui est prisonnier, jusqu’à ce qu’il soit libéré, celui qui est est éprouvé, jusqu’à ce qu’il soit consolé.”

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