Homélie

Posté par rtireau le 14 décembre 2017

3° dimanche de l’Avent B – 17 décembre 2017

Isaïe 61, 1-2a. 10-11 ; Magnificat ; 1Thessaloniciens 5, 16-24 ; Jean 1, 6-8. 19-28

Son nom était Jean, et on l’a appelé le précurseur. Précurseur… Comme dans un lycée de banlieue où des terminales sont devenus des relais ados pour des plus jeunes, et on les a appelés des précurseurs. Entre adultes et ados les relations sont souvent prises comme des leçons de morale. Les précurseurs se situent autrement et suggèrent un comportement qui fait grandir l’autre. Ils ont inventé ensemble la joie de savoir qu’il y a quelqu’un là qui peut venir à l’aide en cas de besoin. 

“Son nom était Jean. Il était venu comme Témoin, pour rendre témoignage à la Lumière.” Témoin, témoigner sont des mots privilégiés du vocabulaire chrétien. Leur origine latine en fait des cousins germains des mots attester et contester, des mots qui ont une résonance judiciaire. Pour l’évangéliste Jean, le témoin est celui qui atteste ou qui conteste face aux accusateurs et face aux juges. Jean le Baptiste “venu comme témoin pour rendre témoignage à la Lumière” conteste les fausses images que les juifs se font de Jésus et il atteste qu’il est là au milieu d’eux et aide à le reconnaître.

Jean précise bien qu’il ne baptise que dans l’eau. Celui qui vient, lui, baptisera dans le feu et dans l’Esprit. Ne renversons pas les rôles, dit-il.  Et c’est pourtant ce que feront certains des disciples de Jean, ceux qu’on appellera précisément les johannites : ils désigneront Jean comme le Messie. Pourtant il refuse qu’on le prenne pour ce qu’il n’est pas. Il n’est même pas digne de dénouer les sandales de celui qui doit venir. Et il insiste : ne fixez pas votre attention sur moi ! Regardez vers Jésus. Et lui aussi, Jésus, pour ne pas se laisser enfermer par les foules et trahir sa mission, lui-aussi dira bientôt : “Vous n’avez qu’un seul Maître…, qu’un seul Père, celui qui est aux cieux” (Matthieu 23). Et il finira même par dire : “Il vaut mieux pour vous que je m’en aille” (Jean 16, 7).  La race des johannites n’est jamais tout à fait éteinte. Il y en a toujours qui s’attachent plus au messager qu’au message : l’homélie était belle, l’image télévisée était superbe. C’était bien ! Mais au fait qu’est-ce qui a été dit ? Ils retiennent plus les mots que la Parole. Il est vrai que la Parole ne s’entend effectivement que dans le silence.

Mgr Rouet a fait remarquer un jour : quand les enquêteurs de Jérusalem viennent demander à Jean qui il est, il leur répond qu’il n’est ni le Christ, ni Elie, ni le Prophète (Jean 1, 20-21). Qui est-il alors ? Il déclare : “Je suis la voix de celui qui crie à travers le désert” (v. 23). Or, dans leur interrogatoire, les pharisiens répètent bien qu’il n’est ni le Christ, ni Elie, ni le prophète, ils omettent cependant une parole de Jean : ils n’ont pas entendu qu’il est une voix (v. 25). Ils ont écouté ce qui entre dans leurs catégories, ils n’entendent pas ce qui aurait transformé leurs mentalités.

“Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas…” C’est le Christ. Jésus nous a bien dit avant de remonter près de son Père : “Et moi je suis avec vous, tous les jours, jusqu’à la fin du monde” (Matthieu 28, 20). Et pour qu’il n’y ait vraiment plus de doute sur sa manière d’être présent il nous dit : “Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ! » (Matthieu 25).  Il est donc là et se donne à rencontrer. Oui mais on ne le reconnaît pas. Il est devenu homme, il est devenu l’un des nous. Merveilleuse façon de se montrer, mais aussi redoutable façon de se cacher ? C’est pour ça qu’on s’entraide à le reconnaître. C’est ça le rôle de la communauté, qu’elle soit petite dans un groupe de partage, ou qu’elle soit plus grande le week-end dans le rassemblement eucharistique.

“Au milieu de vous, quelqu’un que vous ne connaissez pas.” Nous sommes invités à le rencontrer dans sa Parole et dans son Pain partagé : le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain.”(Luc 24, 35) Quelquefois, disait quelqu’un, on sent qu’il n’y a pas de cohésion, pas de corps dans nos assemblées. Alors on ne peut pas reconnaître le corps du Christ. D’autres fois, c’est l’inverse et il y a aussi des témoignages : “J’y puise la force pour le quotidien. – Je rentre découragée, et je ressors regonflée.” – Et ce jeune papa qui avait tout compris : “J’ai déménagé plusieurs fois. J’ai trouvé le truc. Quand j’arrive quelque part, je commence par aller à l’église le dimanche. Et j’en sors avec deux ou trois personnes de plus dans mes relations. Pour s’intégrer, l’Eglise, y’a pas mieux.”

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