Homélie

Posté par rtireau le 21 mars 2018

Dimanche des Rameaux dans l’année B – 25 mars 2018

Isaïe 50, 4-7 ; Psaume 21 ; Philippiens 2, 6-11 ; Passion selon saint Marc 14, 1 – 15, 47

Saint Marc écrit comme un journaliste. Il sait donner un rythme, saisir un geste, observer un regard. De la Passion, il sait montrer le caractère dramatique. Mais il a surtout retenu le silence obstiné de Jésus. A quoi peut bien penser Jésus sur la route qui monte à Jérusalem ? Est-ce qu’il voit les manteaux sur le sol, les feuillages ? Et les enfants qui vont et viennent ? Est-ce qu’il entend les cris et les rires, les bravos, les Hosanna ?

En tous cas Jésus se tait. Pourquoi parlerait-il encore ? Il a tout dit : “Remplissez d’eau ces jarres. – Donne-moi à boire. – Va. Ne pèche plus. – N’ayez pas peur. – Levez-vous. – Regardez les lys des champs. – Vous valez plus que votre argent. -  Heureux êtes-vous, si et si…” Jésus se tait. Mais son silence est lourd de tant de paroles étouffées, de tant de promesses bafouées, de coups, et de fêtes sans lendemain.

Jésus se tait. Son silence porte le silence de millions d’affamés de pain ou de travail, le silence des peuples déportés, le silence des migrants dans leur traversée, le silence de ceux qui sont fous d’inquiétude pour leurs enfants, pour leur famille, pour leur emploi.

Jésus se tait. Et sur son chemin du grand passage, il y a un homme qui passe presque inaperçu et qui aurait sûrement beaucoup à dire, Simon de Cyrène, celui qui a aidé Jésus à porter sa Croix. Que sait-on sur lui ? Rien ou presque. Il est de Cyrène, en Afrique du Nord ! Donc c’est un étranger ! Les noms de ses fils évoquent différents horizons : Alexandre, c’est le monde grec, Rufus, ça sonne plutôt romain. Simon revenait du travail des champs. Et à l’heure de midi où le soleil tape fort, il rentre à la maison. Et ce qu’on sait c’est qu’ils le réquisitionnèrent pour porter la croix.

Ce qui est frappant chez lui, c’est à la fois son anonymat (on n’a jamais reparlé de lui), et la place privilégiée qu’il a prise dans le mystère de la passion du Christ : il a été le partenaire du plus bouleversant événement de l’histoire ; il a porté la croix du Christ. A l’heure de cette épreuve, Dieu a eu besoin d’un homme, d’un frère : Simon, toi l’étranger, toi qui passais par là, sans le savoir tu es devenu le premier disciple de Jésus qui avait dit : « Celui qui veut être mon disciple, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive.» Ce jour-là, Simon, tu as pris ta place de disciple, bien avant les apôtres qui s’étaient enfuis, et avant l’autre Simon qui avait renié. Tu t’es compromis avec ce condamné que tout le monde méprisait.

Simon de Cyrène est le frère de plein de gens simples d’aujourd’hui, pas forcément des familiers de l’Église ni des militants. Mais des gens qui savent se faire proches de tel ou tel qui porte douloureusement sa croix :

- Cet ami qui est resté fidèle à ce prisonnier que tous les autres abandonnaient.

- Cette maman qui accueille encore et encore son enfant qui retombe tout le temps dans la drogue.

Simon de Cyrène était le lointain, il s’est fait le prochain. Il a su partager la passion du Christ. Avec lui, désormais, nous savons que s’il y a des croix impossibles à écarter, il reste l’immense appel à s’aider les uns les autres à les porter.

Jésus se tait. Tant de choses doivent encore passer par la mort, passer par lui, avec lui et en lui, dans ce va-et-vient de l’Évangile. Il est comme un passeur. Jésus se tait. Peut-être a-t-il vu qu’un rameau fleurit déjà sur le bois de la croix ?

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