Homélie

Posté par rtireau le 26 mars 2018

Le Jeudi saint – 29 mars 2018

Ex 12, 1-8, 11-14 ; 1 Co 11, 23-26 ; Jean 13, 1-15

Ce soir, notre table veut être ouverte à tous. Elle le sera à la mesure de notre ouverture à ceux avec qui nous sommes en solidarité (famille, travail, association…). Elle le sera à la mesure de nos gestes d’ouverture à notre communauté (visiter, porter l’Eucharistie, porter la feuille paroissiale, aller chercher quelqu’un qui ne peut se déplacer…) Autant de signes qui permettront à beaucoup (il faudrait que ce soit à tous) de faire eux aussi l’expérience du ressuscité. Il faudrait que ce soit à tous. Quelquefois il nous arrive, à nous célébrants, pour faire plus chaleureux, de transformer la formule rituelle : “Heureux les invités au repas du Seigneur” en “Heureux sommes-nous d’être invités au repas du Seigneur.” On m’a fait remarquer un jour qu’on ne devrait pas faire ça car la réalité c’est bien : “Heureux les invités au repas du Seigneur”… et tous sont invités, pas rien que nous.

Quand saint Jean remplace le récit de l’institution eucharistique par le lavement des pieds, le signe du service, c’est comme un chemin pour comprendre l’Eucharistie. En réalité, la parole de Jésus sur le pain – “Ceci est mon Corps” - exprime d’abord la foi de Jésus en sa propre résurrection. Dieu lui donnera la vie quand il se donnera lui-même pour que les siens vivent. L’essentiel de l’Eucharistie, ce n’est pas le pieux souvenir d’un repas de Jeudi Saint. L’essentiel c’est d’allonger la table à tous les frères pour construire avec eux une famille dont les membres se nourrissent du don de soi du Christ et qui y trouvent l’énergie nécessaire pour se mettre au service.

Dans le mot communion, à peu près tout le monde sait qu’il y a le mot latin cum qui veut dire avec. Mais savez-vous qu’il s’y trouve aussi le mot munus qui signifie fardeau ? Communier engage donc aussi à porter les fardeaux les uns des autres. Voilà l’explication de la joie qu’il y a dans tous les gestes d’entraide : c’est le Seigneur qui continue de ressusciter tout ce qui dans nos vies est partagé par amour. En ouvrant une année eucharistique, il y a 10 ans, Jean-Paul II écrivait : “Ce n’est pas un hasard si, dans l’Évangile de Jean, nous ne trouvons pas le récit de l’institution eucharistique, mais celui du «lavement des pieds» (cf. Jean 13) : en s’agenouillant pour laver les pieds de ses disciples, Jésus explique le sens de l’Eucharistie… C’est à l’amour mutuel que nous serons reconnus comme de véritables disciples du Christ.”

J’ai entendu aussi notre évêque, le Père D’Ornellas, dire un jour : “Plein de gens trouvent la messe ennuyeuse… Assez souvent c’est parce qu’ils y viennent les mains vides.” C’est pour nous inviter à faire des progrès que nous mettons en valeur à chaque eucharistie la procession des offrandes, pour inciter chacun à apporter sa vie sur l’autel. “Je porte ce pain sur l’autel, disait le père Varillon. Le Christ en fait son propre corps. Il divinise ce que, moi, j’ai humanisé.”

Notre ancien évêque, le Père Saint Macary disait un jour : “Avez-vous goûté vraiment l’Eucharistie ? Qu’est-ce que vous mettez de votre existence dans ce pain et ce vin offerts ? Avez-vous mis en rapport ce pain et ce vin que vous offrez avec tous les problèmes de société, d’économie et d’écologie qui vous secouent aujourd’hui ? Le Christ les prend avec Lui et vous rend son Esprit pour les affronter ensemble dans l’amour de tous…”  Nous comprenons alors que ce repas eucharistique n’est pas une récompense accordée seulement à ceux qui mènent une vie pieuse et pure. C’est un repas essentiel, partagé par un peuple aux mains sales et aux cœurs abîmés, un peuple fatigué, quelquefois découragé. Oui, ce pain de vie est vraiment un pain de route. Et mes mains, après les avoir ouvertes pour recevoir le Corps du Christ, qu’est-ce que je vais en faire, de mes mains ? “Bougez-vous ! Mettez le feu dans les diocèses ! (Pape François) Ne restez pas enfermés dans vos communautés. L’Église doit sortir dans la rue.”

Je vous propose de vous laisser prendre par ces quelques lignes étonnantes du poète François Cassingena-Trévedy qui écrit depuis son abbaye de Ligugé : J’avais faim… j’avais soif… j’étais étranger… Chaque fois que vous l’avez fait au plus petit d’entre mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait» (Mt 25). Ce qui est raconté, ce qui est révélé dans cette page monumentale de l’Évangile, c’est la transsubstantiation (le fameux mot que l’Eglise a inventé pour dire que le pain et le vin deviennent le corps et le sang du Christ). Jésus passé tout entier dans la substance des pauvres. Jésus tout entier sous l’espèce des pauvres. Jésus devenu toute espèce de pauvre.”

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