Homélie

Posté par rtireau le 13 mars 2018

5° dimanche de carême B – 18 mars 2018

Jérémie 31, 31-34 ; Psaume 50 ; Hébreux, 5, 7-9 ; Jean 12, 20-33

Nous sommes tout près de la grande semaine, que nous appelons sainte. Tout devient petit à petit plus intérieur, comme les mots de Jérémie (1ère lecture) au sujet de l’Alliance : “Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai sur leur cœur.” L’Alliance n’est plus un contrat mais une manière d’exister. C’est de l’intérieur que l’homme sait comment il doit se comporter devant Dieu qui entretient avec lui une relation de connaissance mutuelle. L’homme découvre Dieu en contemplant Jésus qui chemine vers le Père.

Ce sont les derniers jours de Jésus qui nous révèlent le plus sa relation avec le Père. Jésus laisse voir le dernier moment de sa vie comme un passage. Il en est bouleversé et se met à prier : on se croirait à l’agonie au Jardin de Gethsémani. La voix du ciel retentit comme à la Transfiguration : personne ne peut voir le Père sans être transfiguré. Le Père atteste qu’il est avec Jésus, que sur le chemin de croix brille la gloire de Dieu. Révélation paradoxale : l’amour rayonne en se dévouant jusqu’à l’extrême. Quand Dieu vient habiter un visage et se jeter dans les remous de nos sociétés, voilà comment il laisse voir sa présence éblouissante.

Jésus, dès ses premières paroles publiques en Galilée, avait regardé le grain s’envoler de la main du semeur, se perdre dans les ronces et la rocaille, mais aussi porter du fruit dans la bonne terre. C’était pour lui une image du don que Dieu offre et même gaspille chez les hommes. Jésus avait reconnu le Royaume de Dieu jusque dans la semence qui pousse toute seule, jusque dans la graine la plus minuscule (sénevé) qui va déployer des branches en plein ciel. Mais aujourd’hui, voilà qu’il se présente lui-même comme la semence. Cette histoire de grain de blé est comme une autobiographie. Le grain de blé, c’est lui. Et toutes les résurrections, tous les repas autour du pain d’action de grâces, toute la gloire de Dieu illuminant les visages, tous ces moments sont déjà là à travers une parole, et bientôt (le Jeudi Saint) à travers des gestes. « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul. Mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits. » Le grain de blé qui meurt… pour vivre ! Par sa Pâque, Jésus nous révèle qui est Dieu, et qui est l’homme.

Qui est Dieu ? Non pas le dictateur tout-puissant de nos imaginations. Mais un Dieu qui se donne et qui aime jusqu’au bout : “Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime.” La loi essentielle du mystère de Dieu est celle du grain de blé. Jésus ne garde rien pour lui-même. Il n’est pas tenté par le suicide, mais il vit sa mort comme une solidarité avec l’humanité souffrante. Il ne fait pas de raisonnement devant sa croix, il l’envisage comme des semailles. Durant l’hiver, le grain de blé enfoui dans la terre semble mort. Mais il pointe au printemps et devient épi, promesse de moisson. La vraie mort n’est pas physique, mais c’est plutôt le refus de se donner, le repli stérile sur soi-même.

Qui est l’homme ? Cette révélation du cœur de Dieu est aussi dévoilement de ce qui fait le fond de notre cœur : nous sommes faits, nous aussi, pour le don total de nous-mêmes dans l’amour. Pour nous non plus, pas de plus grand amour que de donner notre vie pour ceux que nous aimons. La loi du grain de blé qui se dissout en terre pour resurgir démultiplié, c’est notre loi à nous aussi qui avons été créés à l’image de Dieu.

Des Grecs, des pèlerins étrangers (début de notre évangile) veulent voir Jésus ? A travers eux, on aperçoit déjà la grande diversité des peuples qui regarderont vers lui au long des siècles. “Quand j’aurai été élevé de terre, disait Jésus, j’attirerai à moi tous les hommes”. Et ça continue avec tous ceux qui lèvent encore les yeux vers la croix. Je pense à ces enfants qui visitaient une église. C’est leur guide qui raconte : “Les enfants écoutent sagement, mais peu à peu, je sens leurs regards scotchés sur la grande rosace multicolore représentant le Christ sur une immense croix. Et des mains se lèvent : « C’est qui le monsieur qui est cloué comme ça ? Pourquoi on lui a fait ça ?»

Grain de blé qui meurt pour vivre ! Nous savons qu’elle est vraie cette annonce. Car tous ceux qui se sont mis à vivre comme Jésus, on a souvent essayé de les faire taire. Quelquefois même on a réussi. Mais chaque fois, ils parlent encore plus fort quand ils sont morts que durant leur vie.

Publié dans Non classé | Pas de Commentaire »

Evangile du 4°dimanche de Carême – 11 mars 2018

Posté par rtireau le 7 mars 2018

silhouette-1594698__480

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 3, 14-21. 
En ce temps-là, Jésus disait à Nicodème : « De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé,
afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle.
Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. 
Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. »
Celui qui croit en lui échappe au Jugement ; celui qui ne croit pas est déjà jugé, du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. 
Et le Jugement, le voici : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. 
Celui qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ; 
mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu. »

Publié dans Non classé | Commentaires fermés

Homélie

Posté par rtireau le 7 mars 2018

Quatrième dimanche du carême B – 11 mars 2018

2 Chroniques 36, 14-16.19-23 ; Psaume 136 ; Ephésiens 2, 4-10 ; Jean 3, 14-21

Étrange histoire d’un serpent comparé avec Jésus ! Une tradition biblique raconte que, durant l’Exode, les Hébreux qui souffraient de la faim et de la soif avaient protesté contre Dieu et contre Moïse. Des serpents de feu avaient alors surgi, comme pour les punir, et semaient la mort dans le peuple. Alors Dieu avait invité Moïse à mettre un serpent de bronze sur un mât en disant : “Quiconque le regardera restera en vie” (Nombres 21, 8). Les deux mots : élevé et vie permettent la comparaison entre le serpent et Jésus :

- Jésus est élevé sur la croix comme le serpent était élevé sur son mât.

- Ceux qui avaient reçu la blessure mortelle conservaient la vie en regardant le serpent, comme ceux qui cherchent la vie éternelle la trouveront dans leur confiance en Christ.

Marcel Domergue a écrit : “Regardons le Christ crucifié :

- il est d’abord la figure du mal que nous commettons, puisqu’il est parmi les malfaiteurs ;

- il est en même temps l’image du mal que nous subissons, puisqu’il est condamné injustement ;

- il est aussi l’image de Celui qui prend en charge le mal qui nous affecte, que nous en soyons les auteurs ou les victimes. A la Croix, ce qui nous détruit est à la fois affiché et surmonté.”

Le Christ donne la vie en plénitude, la vie éternelle. D’où vient donc ce cadeau qui dépasse tout désir ? La réponse : “Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique.” La source de ce don, c’est l’amour qui surgit du mystère de l’univers, c’est à dire du cœur même de Dieu.

Certains prétendaient que le Messie allait détruire les pécheurs. Non, dit Saint Jean, Dieu n’envoie pas son Fils pour juger, mais “pour que, par lui, le monde soit sauvé.” Perspective résolument optimiste. La foi chrétienne ne souffre pas le pessimisme. Dans le rituel du baptême, j’aime beaucoup la prière associée au signe de la lumière : “Reçois cette lumière. Qu’elle te permette de découvrir la beauté en toutes choses, qu’elle te donne espérance au milieu des difficultés que tu connaîtras. Rappelle-toi toujours que tu es entré dans un monde tourné vers l’avenir – j’ajoute souvent “un monde d’optimistes” – Car Jésus Christ notre Seigneur est la lumière du monde.”

Je n’oublie pas pour autant la phrase : “Les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière”. Elle est toujours d’actualité partout où des hommes tuent, quelquefois même en prétendant le faire au nom de notre Dieu. C’est sûrement ça le sacrilège dont parle la première lecture. Jésus est pourtant clair : “Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique… non pas pour juger le monde mais pour que par lui le monde soit sauvé”. Dieu est clairement du côté de la vie, jamais du côté du meurtre. Une autre phrase peut faire peur : “Celui qui ne croit pas est déjà jugé”. Phrase qui reste mystérieuse. Mais que personne ne dise, comme on a pu le faire, que cette phrase désignerait ceux qui ne sont pas chrétiens ! Car saint Jean dit tout le contraire : “Celui qui fait la vérité vient à la lumière.” Autrement dit, la rencontre de chacun avec son Dieu est intime, et elle se joue dans la sincérité du cœur, dans la valeur des actes et de l’ouverture aux autres. En clair, il est déjà dans la vie éternelle celui qui descend au fond de lui à la rencontre de l’Amour, qu’il le nomme Dieu ou non ; il baigne déjà dans la lumière de Dieu celui qui croit que les forces du mal n’auront pas le dernier mot.

Le sommet de la vie de Jésus est son élévation en croix. Mais de cette mort-résurrection, la vie de Dieu rayonne jusqu’à nous. Et il devient pensable d’aller jusqu’à mourir pour l’autre. Le tragique de la condition humaine, les horreurs que nous pouvons vivre, tout cela nous met devant le drame d’hommes qui préfèrent la mort. Mais en face, le Vivant nous propose de nous transfuser sa propre vie. Une vie qui n’est qu’amour, mais un amour crucifié. De sa croix jaillit une lumière qui fait la vérité sur l’homme et ne laisse aucun coin d’ombre où il puisse cacher son jeu.

La méditation de saint Jean devant la croix est sévère : croire est une décision qui engage toute l’existence, une option pour ou contre la vie. Nous chrétiens sommes optimistes : Dieu a ressuscité Jésus qui a donné sa vie par amour et depuis nous croyons que tout  ce qui est donné par amour dans une vie ne meurt pas. Ou comme l’écrit Véronique Margron : « Croire que la mort recule devant le don. »

Publié dans Non classé | Pas de Commentaire »

12
 

boutiqueesoterique |
Entre Dieu et moi paroles d... |
Eglise de Maison |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Vous connaîtrez la vérité e...
| CHORALE "VOIX DES ANGES" D'...
| Le son de la trompette