Homélie

Posté par rtireau le 4 avril 2018

2° dimanche de Pâques dans l’année B – 8 avril 2018

Actes 4, 32-35 ; Psaume 117 ; 1 Jean 5, 1-6 ; Jean 20, 19-31

Thomas veut voir pour croire ! Pourtant on sait qu’en matière de relation, quand il faut des preuves, c’est que la relation est malade. Souvenons-nous : quand ses adversaires ont demandé à Jésus des miracles pour prouver l’origine divine de sa mission, il a arrêté d’en faire. Lui, il donnait des signes. Et surtout quand on est chrétien, on peut grâce à notre foi apercevoir tout plein de choses invisibles au premier abord. Du coup les mots de Thomas s’inversent : non pas il faut voir pour croire, mais : il faut croire pour voir.

Le patriarche Athénagoras disait : “La résurrection n’est pas la réanimation d’un corps, c’est le commencement de la transfiguration de la terre.” C’est sans doute pour ça que Jésus ressuscité n’est jamais décrit. Car Jésus apparaît, non pour être contemplé, mais pour avoir des successeurs : “De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie…” Désormais, à cause de la mort et de la résurrection de cet homme nommé Jésus, il est possible que l’homme passe l’homme. Et que nous déplacions nos intérêts ailleurs que dans nous-mêmes. Alors, tous les Thomas de la terre, ne cherchez pas des preuves car rien ne prouve. Mais pourquoi prouver quand il s’agit surtout d’être éprouvé, c’est à dire de marcher, loin de nos sécurités habituelles ? René Char dit : “Il faut laisser des traces de son passage. Non des preuves. Seules les traces font rêver.” Et puis, comme l’écrit la théologienne Marion Muller-Colard : “Thomas réclame-t-il une preuve tangible ? Ne réclame-t-il pas encore davantage une rencontre personnelle ?”

Ecoutez ce poème de Charles Antoine, du guatémala : On dit que je suis menacé de mort. Peut-être. Quoi qu’il arrive, je suis dans la paix. S’ils me tuent, ils ne me prendront pas la vie. Je l’emporterai avec moi, sur le dos, telle la besace d’un berger. Il en faut plus pour m’émouvoir ; car depuis mon enfance, quelqu’un m’a soufflé à l’oreille une vérité solide comme le roc, qui est aussi une invitation à l’éternité : “Ne craignez pas ceux qui peuvent tuer le corps mais ne peuvent pas tuer la Vie.” La vie, la vraie vie, s’est fortifiée en moi quand j’ai appris à lire l’Evangile : le mouvement de résurrection commence avec la première ride qui se dessine sur le visage…, avec le premier cheveu blanc, surpris un jour dans la griffe du peigne, avec le premier soupir de nostalgie devant un monde qui change… Ainsi commence la résurrection, non pas ce quelque chose d’incertain que d’aucuns appellent l’autre vie, mais la vie autre. On dit que je suis menacé de mort. De mort corporelle, qui n’est pas menacé de mort depuis sa naissance ? Menacé de mort, et alors ? Il y a dans cet avertissement une erreur profonde. Ni moi, ni personne, ne sommes menacés de mort. Nous sommes menacés de vie, menacés d’espérance, menacés d’Amour. Nous nous trompons, chrétiens, nous ne sommes pas menacés de mort. Nous sommes menacés de résurrection…

 Ce dimanche de la miséricorde pourrait s’appeler celui de Thomas. Car il est sur le devant de la scène. Jésus était apparu aux disciples le soir de Pâques. Mais ils n’étaient que dix. Judas avait trahi, et Thomas était absent. Ah ce cher Thomas ! Dieu sait la réputation qu’on lui a faite : le sceptique, l’incrédule, l’abominable homme des preuves : « Si je ne mets pas la main dans son côté, non, je n’y croirai pas ! » Et alors ? Est-ce qu’ils étaient plus malins les autres ? Barricadés dans leurs souvenirs d’anciens combattants, ils ont aussi cherché des preuves. Et si Thomas était le seul à avoir mesuré le véritable enjeu de la Résurrection, lui, Didyme, le jumeau ? Au fait, pourquoi l’appelait-on ainsi ? L’Évangile ne parle nulle part d’un frère jumeau ! J’aime bien la jolie remarque du père Beernaert qui dit que Thomas est le jumeau de chaque chrétien, le jumeau qui doute, notre double. C’est ainsi qu’on peut regarder Thomas : blessé et joyeux, enthousiaste et sceptique, qui a dû petit à petit, douloureusement, naviguer à l’incertitude. Et lorsque Jésus lui dit : “Cesse d’être incrédule, sois croyant”, c’est sans doute moins une injonction à ne plus douter qu’une invitation à larguer les amarres avec audace.

“Touche pas à Thomas ! C’est mon pote, a écrit Gabriel Ringlet. L’homme des vraies questions, qui n’achète pas la foi dans un sac. Oui, j’aime ce Thomas qui ne m’interdit pas de trouver des preuves mais me fait comprendre au même instant qu’aucune preuve, aucune relique, aucun miracle ne pourra me dispenser de douter, de chercher, de marcher en ce monde où, comme dit Lucien Guissard, « la chance de l’incertitude reste entière ».”

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