Homélie

Posté par rtireau le 11 avril 2018

3° dimanche de Pâques dans l’année B – 15 avril 2018

Actes 3, 13-15.17-19 ; Psaume 4 ; 1Jean 2, 1-5a ; Luc 24, 35-48

“Les disciples qui rentraient d’Emmaüs racontaient aux onze apôtres et à leurs compagnons ce qui s’était passé sur la route et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain.” Voilà des amis qui partagent un moment important qu’ils viennent de vivre. On en a tous en mémoire des moments comme ça où le ressuscité est là comme il l’avait annoncé : “Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux.” (Matthieu 18, 20)

« On imagine, dit Gabriel Ringlet, qu’au retour des disciples d’Emmaüs ça discute ferme chez les Onze et leurs compagnons. Il y a de la joie sans doute, du scepticisme aussi, et de l’émotion quand les deux partagent leur vie comme un morceau de pain. Et voilà que, sans crier gare, Jésus leur dit bonsoir : “La paix soit avec vous.” Là, ils dégringolent, “saisis de frayeur et de crainte.” Alors lui, comme s’ils étaient dans un cabinet médical, – St Luc était médecin – leur propose une auscultation : “Voyez… touchez… regardez… constatez.” “Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire.” Il arrive, de fait, que la joie paralyse : c’est trop beau pour être vrai. Est-ce la peur d’être déçu, de se faire illusion ? Alors, très sagement, on ferme la porte, on se refuse la permission d’y croire. Voyant qu’ils n’osaient pas être heureux, Jésus leur demande s’ils ont quelque chose à manger. Ils lui offrent du poisson grillé. Mais, très curieusement, comme si les disciples avaient l’appétit coupé, on dirait qu’ils s’abstiennent et le regardent manger. Voilà peut-être le basculement du texte et le signe le plus fort : voyant qu’ils n’osaient pas être heureux, “il prit le poisson et le mangea devant eux.” Comme s’il fallait passer à table pour que la joie renaisse, petit à petit, au cœur du dénuement, dans la fragilité. Et dans l’amitié. »

Alors il est là, et il leur offre ce que personne d’autre ne sait offrir : sa paix. Oh ! Ils n’y croient pas du premier coup. C’est d’abord la stupeur et la crainte. Puis, petit à petit, c’est la joie, avec encore de l’étonnement. Il faut manger ensemble pour que ça devienne croyable. Ça change tout de manger ensemble. En fait c’est le repas d’Emmaüs qui recommence, comme celui qui nous rassemble aujourd’hui. Alors ils se sentent des ailes pour repartir, des ailes de témoins. Pensez donc : il est vivant, celui que l’on croyait mort. 

Tous ceux qui ont l’expérience d’une équipe liturgique, rappelez-vous : on lit d’abord les textes ; on y réfléchit ; on fait la part du merveilleux et de la réalité ; on fait un brin d’exégèse comme dit le mot savant. Et c’est intéressant, mais on sent que ça ne va pas très loin. Et puis, si tout d’un coup surgit un peu de partage de vie, alors l’ambiance change. On ne se dit plus que le texte est bizarre, on ne se demande plus s’il est vraisemblable. Mais on réalise que tel moment de notre vie, si on savait l’écrire, surtout longtemps après, ce serait peut-être comme ça :

• C’était bien une ambiance de résurrection quand les parties prenantes de ce litige qui avait duré longtemps sont subitement arrivées à un accord après un affrontement rude.

• C’était bien une ambiance de résurrection quand on a proposé à cette jeune femme incroyante de l’accompagner dans sa démarche de préparation des obsèques de son père.

• C’est bien une ambiance de résurrection dans cette maison de retraite où les plus jeunes aident les plus âgés pour leur permettre de vivre sur place au lieu d’être hospitalisés.

Dans chacune de ces circonstances, c’est vrai, on se sent animés d’une audace de Pentecôte comme les apôtres de la première lecture. Au moment où un boiteux vient d’être guéri, tout le monde est en émoi. Pierre fait alors la première catéchèse chrétienne : il annonce avec force que c’est le ressuscité qui a guéri ce boiteux. Car c’est le ressuscité qui remet debout quand on croit que tout est mort ; c’est lui qui renvoie vers les autres quand on aurait tendance à s’enfermer ; c’est lui qui redonne le sourire, répondant ainsi à la petite fille qui disait à propos de ses parents : “Chez nous, on ne peut plus vivre, on ne sourit plus jamais.” Susanne Wehberg écrivait : “Être au clair avec la Résurrection, ça ne veut pas forcément dire qu’on sache la dire en des termes très catholiques, non ! Si on témoigne de la vie là où il y a de la mort, si on console là où il y a de l’affliction, si on est avec ceux qui n’ont personne, on est témoin de la Résurrection, ne croyez-vous pas ? Et si je vous dis que témoin, en grec, se dit marturion (martyr), vous voyez que cela peut aller très loin.”

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