Homélie

Posté par rtireau le 13 décembre 2018

3° dimanche de l’Avent dans l’année C - 16 décembre 2018

Sophonie 3, 14-18
 ; Isaïe 12, 2, 4bcde, 5-6
 ; Philippiens 4, 4-7
 ; Luc 3, 10-18

“Pousse des cris de joie, Fille de Sion”dit la 1èrelecture. Il est bon de savoir que la fille de Sion, c’est, à l’époque de Sophonie, un nouveau quartier de Jérusalem, peuplé par les rescapés du Nord, après le désastre de Samarie, au début du VII° siècle avant Jésus Christ. C’est le petit restedes survivants d’une catastrophe. Ce sont des pauvres.“Ne crains pas, Sion !”Le pauvrequi met sa foi dans le Seigneur, lui, ne craint rien.

Nos évêques ont écrit, il y a quelques années, un petit livre, intitulé Aller au cœur de la foi,qui nous rappelle les deux dimensions de la foi chrétienne : la première, verticale, qui invite à lever les yeux vers le Seigneur pour prier, et la seconde, horizontale, qui invite à chercher le visage du Christ sur le visage du frère, du plus pauvre en particulier. Et ce petit livre nous invitait à vivre les signes de la foi que sont la lumière, la Parolel’eaudu baptême, le pain et le vinpartagés, autant de signes humains que Jésus propose comme cheminsacramentelpour rejoindre Dieu Père.

Les deux dimensions de la foi chrétienne sont comme les deux bras de la croix du Christ, le vertical et l’horizontal. Et la croix est comme un rappel que chaque fois qu’on oublie une des deux dimensions, on n’est plus tout à fait chrétien. Le raccourci le plus saisissant pour dire ces deux dimensions est tout simplement : Jésus Christ. Jésus est son prénom d’homme etChrist le nom qu’on lui a donné pour dire : il est ressuscité et fils de DieuBeaucoup de gens croient en Dieu : juifs, musulmans, chrétiens et beaucoup d’autres disent : on est croyants. Mais les chrétiens ajoutent : nous croyons en Jésus Christ, c’est à dire en l’homme proche parent de Dieu. Jésus Christ, raccourci saisissant de la foi chrétienne. 

Notre Dieu est devenu homme en Jésus. On va le fêter à Noël ! Depuis on peut dire que notre histoire est divine. Elle n’a pas besoin de sortir de l’horizontalpour devenir verticale! Voulez-vous un exemple ? Je le prends dans l’Evangile que je viens de lire. Les foules qui venaient se faire baptiser par Jean lui demandaient : “Que devons-nous faire ?” Jean leur répondait : “Celui qui a deux vêtements, qu’il partageavec celui qui n’en a pas ; et celui qui a de quoi manger, aussi”. Des collecteurs d’impôts (des gens détestés) vinrent aussi se faire baptiser et lui dirent : “Maître, que devons-nous faire ?” Il leur répondit : “N’exigez rien de plusque ce qui vous est fixé.” À leur tour, des soldats (des gens méprisés à l’époque) lui demandaient : “Et nous, que devons-nous faire ?” Il leur répondit : “Ne faites ni violence ni tortà personne; et contentez-vous de votre solde.” Avez-vous remarqué les réponses de Jean-Baptiste ? Réponse aux foules : partagez! Aux collecteurs d’impôts : soyez honnêtes et justes !Aux soldats : respectez chaque personne !

Jean ne demande ni aux publicains ni aux soldats de quitter ces emplois méprisés, mais de les exercer autrement.La leçon reste actuelle : n’exige pas plus que le fixé ; n’arrange pas les factures ; n’exige que le juste loyer ; n’exerce pas la violence, ne serait-ce qu’au volant de ta voiture. Qui n’a profité de sa situation pour jouer des coudes, écraser l’autre en douce ? Dans tout ça, aucun appel à vivre de façon extraordinaire. A moins que ce ne soit ça l’extraordinaire. Et si des enfants avaient demandé à Jean-Baptiste « Que devons-nous faire ? » Qu’est-ce qu’il aurait répondu ? Ne cassez pas la figure des copains ! Ne laissez jamais un plus petit dans son coin ! Ne mangez pas tout seul ce qu’il serait tellement meilleur de partager !

Notre Dieu n’a pas d’autres moyens que nos moyens humains pour dire sa présence. Quand il prend les grands moyens, c’est un petit enfant qui naît.C’est un Dieu désarmé(en un seul mot) puisqu’il se donne à rencontrer à travers une naissance dans un petit coin perdude Palestine. Il se révèle non pas comme Dieu tout-puissant, mais comme Dieu dont l’amour est tout-puissant.

Petite remarque pour conclure : la première phrase de l’Evangile parle des foulesqui venaient se faire baptiser ; et la dernière phrase dit : Jean annonçait au peuplela bonne nouvelle. Pour Saint Luc, les foulessont des gens anonymes, simples, démunis, ceux que l’on ne nomme pas. Mais, dès lors que ces foules sont en attentede la Bonne Nouvelle,elles cessent d’être anonymes. Elles deviennent un peuple. Un peuple qui s’appelle le peuple de Dieu.

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