Homélie

Posté par rtireau le 4 avril 2019

5° dimanche de Carême. 7 avril 2019

Isaïe 43, 16-21 ; Psaume 125 ; Philippiens 3, 8-14 ; Jean 8, 1-11

Un passage d’Évangile qui a du être bien embarrassantpour l’Eglise antique. Les spécialistes nous apprennent qu’il ne figure pas dans un certain nombre de manuscrits anciens et que certains l’attribuent à Saint Luc. Comme si on s’était passé, d’évangile en évangile, un texte gênant.

Scribes et pharisiens ne manquent pas une occasion pour essayer de coincerJésus : 

- Un juif pieux peut-il payer le denier à ce païen de César ?

- Est-on fidèle à la loi quand on guérit quelqu’un le jour du sabbat ?

- Il mange à la table des pécheurs publics… Il fréquente vraiment n’importe qui.

Aujourd’hui, ils comptent bien le prendre en flagrant délit de contradiction avec lui-même ! 

            - Va-t-il lapider cette femme en renonçant à sa loi d’amour ? 

            - Ou bien va-t-il refuser de le faire et se mettre en contradiction avec la loi de Moïse ?

Au fait, qui est cette femme ?On ne sait pas. Est-elle jeune, quel est son nom, son visage ?On ne sait rien. Sauf qu’elle a été surpriseen flagrant délit d’adultère.Le type même de la femme-objet. Objet de convoitise, objet de mépris, elle devient objet qui va servir à régler une querelle entre pharisiens et Jésus. Elle est comme déjà morte : tout se passe sans elle. 

La femme a été « surprise en flagrant délit d’adultère. »Donc ils étaient deux ! Or, dans cette scène, l’amant n’est pas là. La Torah condamnait en réalité les deux amants. Mais voilà, pour le machisme patriarcal de tous les intégrismes, seule la femme peut être adultère. L’homme est amoureux. La femme ne peut être que perverse et tentatrice.

L’adultère est grave, Jésus ne le nie pas. Mais, il dissocie l’acte de la personne qui le pose, il distingue le péché et le pécheur.Le mal est à condamner ; le délinquant est à guérir.

Ensuite, il rejette la peine de mort, puisque, en reconnaissant la lapidation prévue par la Loi, il invite « ceux qui sont sans péché »à lancer la première pierre. Impossible puisque seul Dieu est sans péché.

Sa réponse est d’abord le silence.Et il dessine avec nonchalance sur le sol, comme pour ne pas se solidariser avec ceux qui jugent la femme. Puis il se relève avec la fameuse phrase : “Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre !” Et il se remet à dessiner.François Cassingena écrit :« La civilisation contemporaine se tient tout entière au milieu de nous comme cette femme adultère à laquelle le Christ déclare pour finir : «  Moi non plus je ne te condamne pas » (Jean 8,11). Lui jeter la pierre équivaudrait à nous lapider les uns les autres. »

Cette histoire me fait penser à ces personnes qui viennent nous raconter les blessures que la vie a pu leur faire. Car elles ajoutent assez souvent que leurs souffrances sont considérablement augmentéesà cause du regarddes autres… et quelquefois même à cause de l’attitude de chrétiens qui changent de trottoir comme pour éviter la contamination. Comme si Jésus nous invitait à nous méfier de tel ou tel. J’ai toujours été sidéré qu’on puisse se réclamer du Christ et de l’Évangile pour montrer du doigt tel ou tel dont la vie ne serait pas conforme à l’idéal chrétien… 

Eh bien non ! Jésus est venu non pas d’abord pour les bien pensant ou les prétendus honnêtes, mais pour les pécheurs. Pour Zachée, pour Marie-Madeleine, la Samaritaine et même le prisonnier de droit commun sur son poteau d’exécution. A chaque fois il pardonne et rend la dignité. Car il fait plus que donner une absolution, il remet debout. Dieu n’attend pas que nous changions pour nous pardonner, il nous pardonne pour que nous changions. Il croit en l’homme qu’il sait capable de sortir de son péché… s’il n’est pas jugé. 

Aujourd’hui les militants du CCFD, qui agissent pour un monde plus solidaire, ont quelque chose à nous dire. Et on ne change pas de sujet, car ce qu’ils nous disent, c’est qu’à côté de l’égoïsme personnel, il y a l’égoïsme collectif. Le péché personnel fait des malheurs autour de nous, le péché collectif fait des drames dans le monde. Qu’as-tu fait de ton frère ? Pas seulement tes enfants et ta famille, ou ton voisin. Le CCFD nous rappelle qu’on ne devrait pas s’accommoder si facilement de situations inhumaines et évitables. Nous comprenons encore mieux l’évangile de ce dimanche. Décidément, nous ne sommes pas sans péché, nous n’oserons plus jeter la pierre.

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