Homélie

Posté par rtireau le 10 juillet 2019

15° dimanche dans l’année C - 14 juillet 2019

Deutéronome 30, 10-14 ; Psaume 18 ; Colossiens 1, 15-20 ; Luc 10, 25-37

Une vielle légende hindoue raconte qu’il y eut un temps où tous les hommes étaient des dieux. Mais ils abusèrent tellement de leur divinité que Brahma, le maître des dieux, décida de leur ôter le pouvoir divin et de le cacher à un endroit où il leur serait impossible de le retrouver. Le grand problème fut de lui trouver une cachette. 

Lorsque les dieux mineurs furent convoqués à un conseil pour résoudre ce problème, ils proposèrent ceci : “Enterrons la divinité de l’homme dans la terre.”Mais Brahma répondit : “Non, cela ne suffit pas, car l’homme creusera et la trouvera.” Alors les dieux répliquèrent : “Dans ce cas, jetons la divinité dans le plus profond des océans.” Mais Brahma répondit à nouveau : “Non, car tôt ou tard, l’homme explorera les profondeurs de tous les océans, et il est certain qu’un jour il la trouvera et la remontera à la surface.” Alors les dieux mineurs conclurent : “Nous ne savons pas où la cacher car il ne semble pas exister sur terre ou dans la mer d’endroit que l’homme ne puisse atteindre un jour.” Alors Brahma dit : “Voici ce que nous ferons de la divinité de l’homme : nous la cacherons au plus profond de lui-même, car c’est le seul endroit où il ne pensera jamais à chercher.” Depuis ce temps-là, conclut la légende, l’homme a fait le tour de la terre, il a exploré, escaladé, plongé et creusé, à la recherche de quelque chose qui se trouve en lui.

Tout à fait ce que Moïse disait dans la 1èrelecture : “Cette loi que je te prescris… n’est pas dans les cieux… pas au-delà des mers… Elle est tout près de toi… dans ta bouche et dans ton cœur…”

Dans l’évangile, le juif pieux qui interroge Jésus considère sans doute que le prochain du juif est le juif, et celui du païen le païen. Il demande ce qu’il faut faire pour avoir la vie. La réponse de Jésus déplace radicalement les conceptions habituelles : son critère premier de proximité est l’appartenance à l’humanité commune : partager la même humanité passe avant tout le reste ; et son second critère c’est que la différence, l’appartenance à une communauté ou à une religion ne doivent pas empêcher le rapprochement et le partage, au contraire. Il s’agit non plus d’aimer seulement ceux qui nous ressemblent, mais ceux qui sont différents de nous, même nos adversaires, et même nos ennemis. Car le prochain est celui qui se rend proche.

A la question “Qui est mon prochain,” Jésus répond par la parabole du Bon Samaritain qui est comme une clé pour comprendre ses pratiques de libération, de guérison et de pardon. La parabole conduit en effet au cœur du débat entre la loiet le prochain, entre les principesou les personnes. C’est clair : le prêtre et le lévite choisissent le respect de la loi qui leur interdisait de se souiller au contact du sang qui les rendrait inaptes au service du temple. Le samaritain, lui, n’a pas de religion et n’est donc pas prisonnier de la loi. Alors pendant que les autres sont obligés de préférer la règle, il est libre, lui, d’aimer l’autre. Et Jésus nous dit à chacun : « Va, et toi aussi, fais de même ».

A longueur d’évangile, Jésus nous est présenté comme un prophète qui remet en cause les rigueurs légalistes des responsables religieux. Il ose même transgresser certaines prescriptions au nom de l’exigence de se rendre proche de toute personne dans le besoin. Michel Scouarnec a pu écrire : “Jésus déplace la conception du sacré. De manière générale, ce mot veut dire séparé, mis à part… Il désigne des lieux, des personnes, des objets, investis d’une double dimension. Celle du tabou, d’abord : ils sont dangereux… Celle du magique ensuite : on leur attribue un pouvoir caché ou divinisé… Cette conception du sacré donne lieu à des ségrégations… Pour Jésus, tout être humain est sacré, parce qu’aimé de Dieu. Le sacré qu’il préconise est un sacré de relation.”

Son habileté est de retourner la question du docteur de la loi : “Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme tombé entre les mains des bandits ?” Tout autre manière d’envisager le prochain qui n’est pas forcément celui avec qui j’aurais en commun des liens de sang ou des d’affinités. Il est celui que moi je deviens quand je me rapproche de quelqu’un. 

En fait, il vaudrait mieux parler, non pas de mon prochain, mais du prochain que moi je suis réellement. De qui je me fais proche ? “Je n’ai pas de prochain, expliquait Paul Ricœur,je me fais le prochain de quelqu’un.” 

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