Homélie

Posté par rtireau le 3 septembre 2019

23° dimanche dans l’année C – 8 septembre 2019

Sagesse 9, 13-18 ; Psaume 89 ; Philémon 9 … 17 ; Luc 14, 25-33

Cet évangile semble dur. Alors je commence par une petite histoire :un enfant voulait manger des noix qui se trouvaient dans un pot au goulot étroit. “Maman, je veux manger des noix.”-“Prends-en une, petit.” L’enfant enfile le bras mais il remplit tant sa main qu’il ne peut plus la retirer. Il dit : “Regarde ! Ma main ne sort plus.” Sa mère : “Lâche ce que tu tiens ! Prends seulement ce qu’il faut, et ta main sortira.” Le sage ajoutait :“Il n’y a pas que les enfants pour attraper trop de noix en même temps. Et beaucoup, tentés par les richesses, ne sont pas assez sages pour recouvrer leur main.” Évidentqu’il vaut mieux récupérer sa main ! Et quand des amis se retrouvent sur le quai d’une gare, ils lâchent les valises pour s’embrasser. Évident. Tout comme pour serrer la main à quelqu’un, il faut que les mains soient vides. Ou pour aller loin dans une rando en montagne, il vaut mieux ne pas trop charger le sac à dos…

J’ai dit ces évidencespour éviter toute fausse piste au sujet de l’Évangile. Ses exigences paraissent tellement exorbitantes qu’on se dit : “Sûrement que Jésus exagère pour réveiller le monde. Ça doit être une façon de parler. Ou bien être réservé à des élites.” Non ! Luc dit bien que Jésus s’adressait aux foules, c’est à dire à tous. Récupérer sa main en acceptant de ne pas la remplir trop, lâcher ses valises pour embrasser les amis… c’est valable pour tout le monde.

Alors il est utile de s’asseoir et de réfléchir, comme dit l’évangile. S’asseoir pour bien comprendre cette invitation de Jésus : entre nous, on le connaît suffisamment, lui et son Évangile d’amour, pour ne pas le soupçonner de nous demander de larguer père et mère. 

S’asseoir et réfléchirau contexte d’abord.Saint Luc, en rapportant ces paroles de Jésus, pensait aux chrétiens de sa génération. Beaucoup avaient fait un choix radical en devenant chrétiens. Beaucoup avaient été rejetés par leur famille comme des hérétiques. Et dans la seconde lecture : Saint Paul renvoie à Philémon l’un de ses esclaves, Onésime, qui s’était enfui. Et il lui demande de l’accueillir comme un frère. Or à l’époque, un esclave était un objet dont on pouvait disposer. Pas facile pour Philémon de se faire à l’idée que ses esclaves étaient des frères !

S’asseoir et réfléchirau sens de la demande : Si le Christ nous réclame de lepréférer à ceux qui nous sont les plus chers, c’est parce qu’il est présent au cœur de ces personnes que nous aimons.Il faut donc prendre le temps de lereconnaître dans ces visages. (Souvenez-vous : “Fais paraître dans ta vie un nouvel aspect du visage de Jésus…”Lereconnaître dans cette personne aimée, comprendre qu’on ne possèdepersonne, qu’on ne peut mettre la main sur personne. S’asseoir et prierpour devenircapable de la distance suffisantepour que ce soit le Christ qui soit préféré au travers de nos relations, surtout avec les plus proches. Être capable d’une distance suffisante qui nous conduit un jour… à quitter… 

Quoi de plus normal (naturel) que de quitter ? Quitter le sein maternel ; quitter l’enfance pour l’âge adulte ; quitter la famille pour fonder une famille. L’amour consiste à être heureux ensemble, mais aussi et surtout à exister davantage. L’amour conduit à quitterpour exister davantage. Et quitterà cause de l’Amour, c’est quitterà cause de Dieu. C’est préférer Dieu. Et ça existe : dans cette usine où l’on essaie de vivre le respect du prochain,on préfère Dieu; dans cette famille où l’on a choisi de prendre 10 minutes chaque soir en couple au retour du boulot pour parler de la journée… afin d’être disponibles aux enfants qui vont arriver. Chacun peut continuer la liste et voir que c’est vital. Vital et faisablecar si le Christ nous demande de porter notre croix au travers de nos relations les plus chères, c’est parce que brille déjà en elles la lumière de la résurrection. 

C’est ce beau message que suggère Lytta Basset, théologienne protestante, quand elle propose une autre traduction de la phrase : “Celui qui veut marcher à ma suite, qu’il prenne sa croix.”Le mot hébreu peut être traduit par prendre… mais il peut aussi être traduit par lever… qui est le même mot que ressusciterQu’il lève sa croix.“Selon mon interprétation, dit-elle, Jésus invite chacun,non à porter comme un fardeau une existence crucifiante,mais à mettre en mouvement, lever, souleveret même exaltertout le négatif de sa vie, de manière à ce que rienne l’empêche plus d’avancer.”

Laisser un commentaire

 

boutiqueesoterique |
Entre Dieu et moi paroles d... |
Eglise de Maison |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Vous connaîtrez la vérité e...
| CHORALE "VOIX DES ANGES" D'...
| Le son de la trompette