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Evangile pour le 31° dimanche dans l’année C – 3 Novembre 2019

Posté par rtireau le 29 octobre 2019

Zac

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 19, 1-10. 

En ce temps-là, entré dans la ville de Jéricho, Jésus la traversait.
Or, il y avait un homme du nom de Zachée ; il était le chef des collecteurs d’impôts, et c’était quelqu’un de riche.
Il cherchait à voir qui était Jésus, mais il ne le pouvait pas à cause de la foule, car il était de petite taille.
Il courut donc en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui allait passer par là.
Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux et lui dit : « Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. »
Vite, il descendit et reçut Jésus avec joie.
Voyant cela, tous récriminaient : « Il est allé loger chez un homme qui est un pécheur. »
Zachée, debout, s’adressa au Seigneur : « Voici, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. »
Alors Jésus dit à son sujet : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham.
En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »

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Homélie

Posté par rtireau le 29 octobre 2019

31° dimanche dans l’année C - 3 novembre 2019

Sagesse 11, 23-26; 12, 1-2 ; Psaume 144 ; 2 Thessaloniciens 1, 11-12 ; 2, 1-2 ; Luc 19, 1-10

“Zachée cherchait à voir qui était Jésus.”

Dans notre monde, beaucoup prétendent chercher Dieu ou le rejoindre directement. Zachée, lui, cherchait à voir Jésus. Il avait bien raison : les gens qui parlent de Dieu comme s’ils l’avaient vu ou comme s’ils avaient eu un coup de téléphone du ciel, il vaut mieux ne pas les croire. Souvenons-nous : St Jean dit : “Dieu personne ne l’a jamais vu. Le fils unique,… c’est lui qui l’a fait connaître.” Alors, il vaut mieux, comme Zachée, chercher à voir Jésus : il nous apprend beaucoup sur Dieu.

Observons Zachée : un personnage peu intéressant qui va devenir sympathique. Car au premier abord, il n’a pas grand chose pour plaire : 

- il est collecteur d’impôts, donc “collabo” des romains, 

- il est même le chef des collecteurs d’impôts ! 

Et sa vie va basculer parce qu’il a rencontré Jésus. 

“Il cherchait à voir qui était Jésus.” Dès qu’il apprend (par le téléphone arabe ?) que Jésus va passer à Jéricho, Zachée plante là ses dossiers et son tiroir-caisse et bondit dans la rue. Simple curiosité, ou espoir de voir une guérison ? Non ! Il veut voir qui est ce Jésus. On raconte partout que c’est quelqu’un qui pardonne aux pécheurs. Ça l’attire irrésistiblement. Il veut voir absolument Jésus.

Comme il est petit et qu’il craint la foule (il sait que les gens ne l’aiment pas), il grimpe rapidement sur un sycomore et de son observatoire improvisé, il VOlT Jésus. Mais leurs regards se croisent et les rôles sont soudain renversés. Zachée voulait voir Jésus, et c’est Jésus qui voit Zachée et le regarde avec des yeux pleins d’amour qui le transforment : «Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison ». Jésus a lu dans le regard de Zachée : Seigneur, ne me juge pas. Tu sais que l’or que je possède me brûle parfois les doigts. Si tu savais comme j’aimerais t’inviter, te parler, mais je sais que je ne suis pas digne que tu descendes chez moi.

Lorsque certaines personnes nous regardent, nous nous sentons misérables, humiliés. Comme si elles faisaient monter à la surface ce qu’il y a de moins bon en nous. Et pour d’autres, c’est le contraire : leur regard nous met en forme et nous rend capables de changer et de grandir. Comme si elles faisaient monter à la surface le meilleur de nous-mêmes. Les célébrations d’obsèques sont toujours de bons moments pour nous souvenir de ces personnes qui nous ont aidés à grandir et à donner le meilleur de nous-mêmes… 

On ne peut rencontrer Jésus sans être bousculé dans sa vie. Zachée en sait quelque chose. Il a bondi chez lui, il a sorti son argenterie, il a préparé un repas somptueux. Mais au fur et à mesure qu’il faisait à Jésus l’honneur de lui présenter sa maison, sa commode Empire et ses Picasso accrochés au mur, il se rappelait que toutes ses richesses avaient été acquises malhonnêtement. Il est d’autant plus bouleversé que Jésus ne lui fait pas de reproche : ainsi ce Jésus ne le vomissait pas, il lui faisait confiance et le savait capable du meilleur. Alors, Zachée dit son repentir, et le pécheur qu’il est se donne à lui-même une pénitence très lourde : je redonnerai le quadruple !

On ne peut pas rencontrer Jésus sans que ça nous montre beaucoup de Dieu. On ne peut pas rencontrer Jésus sans être bousculé dans sa vie. Ça dérange tout le bel agencement du salon de notre cœur. À Jéricho ce jour-là, tout a commencé : pour Zachée et pour ceux qui ont bénéficié de sa conversion. Nul ne pouvait résister à l’émerveillement devant l’étonnante métamorphose. Zachée a, en effet, le visage d’un fils. Il est debout, droit. Il n’a plus besoin de pouvoir, ni de richesse, ni d’un arbre pour paraître plus grand. Il est grand parce que recréé à l’image et à la ressemblance de Dieu, sauvé par celui qui relève de toute mort, animé d’un souffle nouveau.

C’est, je crois, François Mauriac qui met dans la bouche de Zachée cette phrase admirable : « Ce dégel de tout mon être sous ton regard ».

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Evangile pour le 2 novembre 2019 – Jean 14, 1-9

Posté par rtireau le 28 octobre 2019

Chemin

Evangile de Jésus-Christ selon Saint Jean 14, 1-9

01 Que votre cœur ne soit pas bouleversé : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. 02 Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, vous aurais-je dit : “Je pars vous préparer une place” ? 03 Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi. 04 Pour aller où je vais, vous savez le chemin. » 05 Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin ? » 06 Jésus lui répond : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. 07 Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu. » 08 Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. » 09 Jésus lui répond : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m’a vu a vu le Père. » 

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Homélie

Posté par rtireau le 28 octobre 2019

Samedi 2 novembre 2019

Jean 14, 1-9

“Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Je suis le chemin, la vérité et la vie.” On imagine assez bien qu’autour de Jésus beaucoup ont dû penser : Mais pour qui il se prend, celui-là ? Car ceux qui l’entendaient ne voyaient qu’un homme. 

D’ailleurs, deux mille ans après, beaucoup ne se souviennent que d’un homme. Un homme avec une vie longtemps cachée, un peu publique ; un homme suivi par quelques foules, puis abandonné par presque tous. Sauf quelques amis qui se sont levés pour dire : “Il est vivant, nous en sommes témoins.” Et ils ont dit qu’il était Fils de Dieu et que la mort n’a pas eu de pouvoir sur lui qui a donné sa vie par amour

Pourquoi j’insiste ? Parce que c’est là que se trouve l’espérance chrétienne, surtout quand elle est affrontée à la mort d’un proche, comme c’est le cas de beaucoup d’entre nous aujourd’hui. L’espérance du chrétien : croire que Dieu ressuscite tout ce qui est partagé par amour dans une vie.

“Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie.” Jean Debruynne a écrit très joliment : “Jésus vient bouleverser nos habitudes de voyageurs”. Quand on doit voyager, on se dit d’abord : « Où va-t-on aller ? » puis « Comment ? Par où ? » Jésus, lui, dit que l’Evangile est un chemin. Le plus pressé alors n’est pas de savoir où il faut aller, mais de se mettre en marche. Où vont les chrétiens ? Ils vont. Toutes et tous sont en chemin. Chacun avec son pas, son histoire, ses doutes et ses questions.” Le Père Rouet, ancien évêque de Poitiers le disait aussi : “La foi chrétienne commence par les pieds, parce qu’il faut y aller.”

“Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie.” Un chemin, ce n’est pas fait pour être regardé mais pour être emprunté. Thomas est désorienté : “Nous ne savons même pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin ?” Et il y a toujours eu des chrétiens pour réclamer : Donnez-nous des consignes, nous obéirons. Ça nous évitera d’avoir à nous prendre la tête en nous risquant à inventer nos chemins !” Eh bien, on ne sait pas le chemin d’avance, c’est en marchant qu’on le découvre. Et heureusement car les chemins écrits d’avance deviennent vite des prisons : ce sont les fanatismes et les doctrines de toutes sortes. Pour l’Evangile, le chemin n’est pas une doctrine, c’est quelqu’un, c’est Jésus lui-même. Il dit : “Viens, suis-moi”, mais il ne dit pas où, et c’est pour ça que la foi ne peut être qu’un chemin de confiance. Péguy le disait à sa façon : “Ce qui fait le chrétien, ce n’est pas le niveau de sa vie morale, ce qui fait le chrétien, c’est qu’il donne la main, comme un petit enfant.”

“Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie.” Une phrase programme : en prenant ce chemin, vous connaîtrez la vérité et vous trouverez la vieAh la Vérité ! On voudrait bien pouvoir l’écrire une bonne fois. On voudrait bien une définition de Dieu, ou mieux une photo. Ah ! Ce rêve d’aller à Dieu en direct, sans médiations ! “Montre-nous le Père, cela nous suffit.” dit Philippe. Il voudrait une photo du Père. Il voudrait déjà être avec le Père, et court-circuiter tous les cheminements pourdevenir humain. Jésus répond : “Celui qui m’a vu a vu le Père.”  Quand on sait que Jésus s’identifie aux plus petits d’entre les hommes (Mt 25), voyez un peu la taille de l’album photo qu’il nous faudrait pour  montrer Dieu.

Jésus dit : “Celui qui m’a vu a vu le Père.” Dieu Père a le visage de Jésus. Voilà la photo réclamée par Philippe. Pour nous, ce visage se profile à travers le visage des autres : “Ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi.” (Mt 25) Une phrase qui dit très fort en même temps que la foi ne se réduit pas à un sentiment religieux, mais qu’elle se vérifie dans les actes de partage, surtout envers les plus petits.

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Evangile pour la fête de la Toussaint – 1er novembre 2019

Posté par rtireau le 27 octobre 2019

toussaint-19

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 5, 1-12a. 

En ce temps-là, voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui.
Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait. Il disait :
« Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux.
Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.
Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage.
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés.
Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.
Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.
Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux.
Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.
Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »

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Homélie

Posté par rtireau le 27 octobre 2019

Fête de la Toussaint 1er novembre 2019

Apocalypse 7, 2-4. 7-19 ; Psaume 23 ; 1 Jean 3, 1-3 ; Matthieu 5, 1-12a

 

Heureux !

Il disait : Heureux, vous, les hommes verdoyants, vous fertilisez la terre.

Il disait : Quelle chance les amoureux ! Vos cœurs de braise réchauffent le cœur des hommes.

Il disait encore : Merveille, vous les résistants, Vous les artistes et vous les acrobates, vous pour qui la foi ne tient qu’à un fil : vous encouragez notre traversée.

Il disait : Heureux vous, les vieillards sereins, vous apaisez le monde.

Il disait : Quelle chance les enfants au cœur léger ! Vous réjouissez la maison.

Il disait encore : Merveille, vous les sculpteurs de paix, vous les tendres, vous les doux, vous les têtus de la douceur, vous faites reculer l’intégrisme.

Il disait : Heureux, vous les saltimbanques et les poètes ! Vos paroles et vos rires vont nous donner des ailes.

Il disait : Quelle chance, les allumeurs de réverbères, vous éclairez notre actualité.

Il disait encore : Merveille, vous les transparents, vous les ouverts, vous les fragiles. Pas les tout propres. Pas les tout blancs.

Pas les moralisants. Pas les interdisants. Les brûlants. Les désirants.

Avec vous, la passion a encore un avenir.

Aimez-vous ! Si vous m’aimez, laissez-moi m’échapper. Si vous aimez vos proches, laissez-les s’écarter. Si vous aimez vos petits, laissez-les s’élever. Si vous aimez vos grands, laissez-les s’envoler.

Aimez-vous ! L’éloignement n’empêche pas la proximité. L’absence ne supprime pas la présence. L’écart n’interdit pas l’alliance. La solitude ne rejette pas la solidarité.

Aimez-vous ! Le silence n’interrompt pas la parole. L’ombre n’éteint pas la lumière.

Aimez-vous les uns les autres. Allégez vous les uns les autres. Inventez-vous les uns les autres. Élevez-vous. Grandissez-vous. 

Aimez-vous, C’est tout neuf.

Aimez-vous, et vous donnerez du fruit. 

Aimez-vous, et vous goûterez la paix.

Aimez vous, et vous mourrez la mort. 

Aimez-vous et vous vivrez la vie.

Aimez-vous, et ma joie viendra vous caresser.

Et cette joie, je vous le dis, personne ne pourra vous l’ôter.

Textes de Gabriel Ringlet, dans Prières glanées, ed. Fidélité.

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Evangile pour le 30°dimanche dans l’année C – 27 octobre 2019

Posté par rtireau le 21 octobre 2019

Pharis

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 18,9-14. 

En ce temps-là, à l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient les autres, Jésus dit la parabole que voici :
« Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L’un était pharisien, et l’autre, publicain (c’est-à-dire un collecteur d’impôts).
Le pharisien se tenait debout et priait en lui-même : ‘Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes – ils sont voleurs, injustes, adultères –, ou encore comme ce publicain.
Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne.’
Le publicain, lui, se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : ‘Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis !’
Je vous le déclare : quand ce dernier redescendit dans sa maison, c’est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre. Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. »

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Homélie

Posté par rtireau le 21 octobre 2019

Trentième dimanche dans l’année C – 27 octobre 2019

Siracide 35, 12-14.16-18 ; Psaume 33 ; 2 Timothée 4, 6-8.16-18 ; Luc 18, 9-14

D’abord quelques échos de la 1ère lecture, le temps pour chacun de se laisser imprégner : “Le Seigneur ne défavorise pas le pauvre. – Il ne méprise pas la supplication de l’orphelin ni la plainte répétée de la veuve.” Et dans le psaume : “le Seigneur est proche du cœur brisé.” Souvenez-vous : l’histoire du jugement dernier (Matthieu 25) : “Ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi.” ; et le Magnificat de Marie : “Il renverse les puissants, il élève les humbles, il comble de biens les affamés, il renvoie les riches les mains vides.”

Non, je n’ai pas l’intention de faire un discours moralisant sur l’attention aux plus pauvres. Mais j’ai envie d’évoquer un courant théologique dans la ligne des théologies de la libération. Un courant qui dit, non pas : je suis chrétien, donc je dois être attentif aux pauvres, mais : mon souci des pauvres constitue mon être croyant. Mon rapport aux pauvres est le lieu même où s’enracine ma foi. Compliqué ? Sans doute, mais ça peut s’éclairer petit à petit. Dans un livre intitulé La cause des pauvres, Alain Durand a écrit : “Le rapport aux pauvres n’est pas un affluent qui viendrait grossir le fleuve de la vie chrétienne, il est au lieu même où le fleuve prend sa source.”

Je traduis à ma façon :

- non pas : j’ai la foi, donc je doit faire attention aux pauvres. Mon beau geste serait conséquence de ma foi. Quand on entend : “Ils sont chrétiens et ils ne sont pas meilleurs que les autres”, c’est bien de ça qu’on parle.

- mais : l’attention que je porte aux plus petits est le lieu-même où le Christ se donne à rencontrer. Sans doute faut-il une attitude particulière pour vivre ça : non pas la suffisance qui est fière de donner, mais l’attente d’une rencontre, d’un réel échange. En bref, une attitude de pauvre.

“Heureux les pauvres” dit Jésus. “Heureux, disait quelqu’un, ceux chez qui il reste de la place. Le contraire des hôtels quand ils affichent complet.”

“Heureux ceux qui pleurent”. Le même traduisait : “Heureux ceux qui sont capables de pleurer, ceux qui n’ont pas le cœur complètement sec.”

Vous devinez que tout ça n’est pas sans lien avec la parabole du pharisien et du publicain. A propos, quelle image du pharisien avez-vous en tête ? Pendant toute mon enfance je l’imaginais majestueux d’orgueil, et mauvais. Et un publicain, c’était plutôt un pauvre bougre un peu dépenaillé, mais bon. Et puis j’ai appris qu’en réalité c’était plutôt l’inverse : un pharisien était un ascète plein de qualités et de vertus ; et un publicain était plutôt un parvenu enrichi souvent malhonnêtement. C’est leur attitude intérieure qui va tout changer. Il y a un retournement dont l’Evangile a le secret. Le publicain s’en alla justifié, devenu juste, retourné, un peu comme Zachée sans doute.

D’après le contenu de sa prière, le pharisien était un homme juste. Il pratiquait parfaitement la loi. Il était respecté parce que respectable. Mais si, aux yeux des hommes, la prière du pharisien était celle d’un juste, cette prière ne l’a pas rendu juste aux yeux de Jésus, parce qu’il se met à part des autres et met en avant ses mérites. Il agit sans doute avec justice, mais son action et sa prière manquent de justesse. Il est peut-être juste, mais il n’est pas ajusté. Sa prière paraît parfaite, mais elle est fermée : aucune ouverture par où la grâce pourrait pénétrer. En somme il ne s’est pas mis réellement en présence de son Dieu. A la limite, en a-t-il même besoin ? Pas sûr ! Ou plutôt, si ! Il a simplement besoin de quelqu’un à qui il puisse dire qu’il est le meilleur.

Pendant ce temps, le publicain va demander à Dieu de faire quelque chose pour lui. Il a besoin de Dieu pour sortir de sa misère. Il sait qu’il ne vit pas dans la justice. Aussi il demande à Dieu de l’ajuster à lui.

C’est un peu comme Saint Paul (2de lecture). Il se glorifie lui aussi d’abord : “J’ai mené le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi”;  puis petit à petit il change d’attitude : “Le Seigneur m’a assisté.”  Un retournement qui chante tout.

C’est, je crois, Kierkegaard, un grand penseur danois du 19ème siècle, qui a écrit cette parole lumineuse : “Le contraire du péché, ce n’est pas la vertu, mais la foi”.

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Evangile pour le 29°dimanche dans l’année C – 20 octobre 2019

Posté par rtireau le 14 octobre 2019

Rends

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 18, 1-8. 

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples une parabole sur la nécessité pour eux de toujours prier sans se décourager :
« Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait pas Dieu et ne respectait pas les hommes.
Dans cette même ville, il y avait une veuve qui venait lui demander : “Rends-moi justice contre mon adversaire.”
Longtemps il refusa ; puis il se dit : “Même si je ne crains pas Dieu et ne respecte personne,
comme cette veuve commence à m’ennuyer, je vais lui rendre justice pour qu’elle ne vienne plus sans cesse m’assommer.” »
Le Seigneur ajouta : « Écoutez bien ce que dit ce juge dépourvu de justice !
Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? Les fait-il attendre ?
Je vous le déclare : bien vite, il leur fera justice. Cependant, le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »

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Homélie

Posté par rtireau le 14 octobre 2019

Vingt-neuvième dimanche dans l’année C - 20 octobre 2019

Exode 17, 8-13 ; Psaume 120 ; 2 Timothée 3, 14 – 4, 2 ; Luc 18, 1-8

J’aime bien les textes d’aujourd’hui, surtout le 1er et le 3ème, car ce sont des tableaux. C’est visuel. Il y a  à voir… et aussi à entendre :

- il y a à voir : des gens qui prient (les bras levés… essayons donc un instant). “Aaron et Hour soutenaient les mains de Moïse, l’un d’un côté, l’autre de l’autre. Ainsi les mains de Moïse restèrent fermes jusqu’au coucher du soleil.” Et puis un champ de bataille, une bataille longue et incertaine où l’on sent bien que rien ne va sans la prière, et rien ne va sans la lutte. Il faut les deux. Les familiers de Taizé retrouvent là les deux mots fameux du frère Roger : action et contemplationY croire et lutter jusqu’au bout : ne pas baisser les bras. Moïse ne prie pas Dieu d’attaquer à sa place mais de lui donner la force de lever les bras. S’entraider à ne pas baisser les bras.

- et il y a à entendre : “… cette veuve commence à m’ennuyer, dit le juge : je vais lui rendre justice pour qu’elle ne vienne plus sans cesse m’assommer.” Cette veuve – la veuve était un être sans défense – qui casse la tête à ce juge qui n’a pas l’air d’être un modèle de vertu. Elle va le bassiner le temps qu’il faut. Y croire et lutter jusqu’au bout : ne jamais désespérer de quelqu’un. La veuve ne prie pas Dieu de fléchir le juge à sa place, mais de lui donner le courage de l’affronter. Voir ce juge se transformer, ça donne le moral. L’autre a toujours besoin qu’on croit en lui. Quand quelqu’un sait qu’on compte sur lui, ça le fait se lever.

Y croire et lutter jusqu’au bout S’entraider à ne pas baisser les bras :

Y croire : pas évident de croire que tout peut toujours renaître. Le dominicain Jean Cardonnel  disait : “Jésus n’avait rien. Il a tout donné et quand la mort violente vient le saisir, elle n’a plus rien à lui prendre. La mort a été refaite par l’amour qui a tout donné.” Comment ne pas penser aussi au film Des hommes et des dieux ? Y croire, croire au ressuscité, croire que la mort est morte. Y croire, croire que tout ce qui est donné par amour ne peut pas mourir. Qui peut croit ça sinon celui qui prie, celui qui arrête tout, qui vit des petits moments tout donnés pour que toute sa vie soit donnée, celui qui vit un dimanche par semaine pour mettre un peu de dimanche dans chaque jour de la semaine. Croire, c’est s’ouvrir à l’espérance. Prier c’est espérer.

Y croire et lutter jusqu’au bout, jusqu’à tout donner. En apparence, prier c’est rêver. Mais l’espérance ne s’arrête pas au rêve. Prier, c’est bien rêver, mais c’est aussi transformer tout de suite autant qu’on peut son rêve en réalité, donc agir. Ce serait dommage si la prière en restait au rêve de celui qui croise les bras. Comme disait Mgr Etchegaray : “La prière n’est ni refuge ni appel au miracle. La prière exige que nous cherchions à faire nous-mêmes ce que nous demandons à Dieu de faire. Si je demande notre pain de chaque jour, je dois donner moi-même ce pain a ceux qui en manquent. Si je prie pour la paix, je dois m’engager moi-même sur le chemin de la paix. C’est ça l’Evangile : prier les bras en croix le Dieu qui n’aime pas les bras croisés.”

Y croire et lutter jusqu’au bout “quand le papa d’une copine est mort, on a ameuté la classe et on a fait quelque chose pour la soutenir.”- “Dans ma préparation à la confirmation, j’ai eu un doute. Mais le groupe m’a aidé à repartir.” – “Au boulot, on mène une revendication. Heureusement qu’on se retrouve le mardi parce qu’on a souvent des doutes : « est-ce que ça vaut la peine ? » On se retrouve. On se remet à y croire et ça repart.”

Gérard Bessière : “Prier ce n’est pas se mettre dans un état nébuleux où se mêlent nos peurs et nos rêves. Ce n’est pas jeter un message dans la boîte aux lettres de l’infini. C’est faire comme Jésus : s’exposer à Dieu. Nous laisser embarquer avec lui. Nous mettre à sa disposition pour transfigurer la vie.”

Jean Corbineau : “Le croyant qui prie est toujours exaucé. Le croyant qui prie n’est pas épargné, il est exaucé. Le croyant qui prie n’est pas assisté, il est exaucé. J’ai toujours été exaucé, je préférerais dire exhaussé. La prière me grandit, la prière me fait voir de plus haut, la prière me fait voir plus grand, elle me fait passer à l’étage supérieur.”

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