Homélie

Posté par rtireau le 26 janvier 2020

Fête de la Présentation du Seigneur – 2 février 2020

Mal 3, 1-4 ;
Psaume 24
 ; Hébreux 2, 14-18 ; Luc 2, 22-40

Saint Luc est grec. Il écrit donc naturellement d’abord pour ses compatriotes. Et de temps en temps il doit s’opposer à des juifs chrétiens qui veulent obliger tout le monde à se soumettre aux règles de leur religion. Notre texte parle de purification. La question du pur et de l’impur, pour les Juifs et pour les religions de l’époque, ne concernait pas d’abord la morale mais la liturgie. 

La pureté pouvait être perdue par des actes comme manger d’un animal impur, et elle était retrouvée par des rites de purification. Ces prescriptions avaient souvent leur origine dans des traditions d’hygiène, et il s’y était ajouté des raisons religieuses : pour entrer dans une zone sacrée, pour s’approcher de Dieu, il fallait être pur, et donc pratiquer des rites de purification. C’est ce que Marie venait faire au Temple. Jésus, lui aussi, se soumettra à ces prescriptions même s’il en dénoncera les excès et ne cessera de dire : pour être avec Dieu, c’est avant tout le cœur qu’il faut purifier.

En racontant la présentation de Jésus au Temple, Saint Luc dit donc très fort que le message de l’évangile n’est pas réservé au peuple d’Israël, mais qu’il est destiné à tous le monde. Et ce qui aurait pu être simplement familial devient l’événement qui concerne l’humanité de tous les pays et de tous les temps. Ce qui, dans la tradition, était cérémonie de purification de la maman devient manifestation de la mission du Fils. Syméon et Anne, symbolisent la longue attente des générations. 

La scène se passe à Jérusalem, la Ville sainte dont le Temple est le cœur. C’est là que Jésus reçoit ses titres de sauveur universel “Lumière pour éclairer les nations païennes” et  manifestation du Dieu invisible (c’est le sens du mot gloire). Le salut n’est plus gardé dans un seul sanctuaire prestigieux. C’est l’univers qui devient sanctuaire. Le Temple sera tout homme qui accueille la Parole. Luc dit l’étonnement de Marie et Joseph. Et en effet ils étaient venus pour une liturgie discrète et voici qu’éclate le cantique d’une louange universelle. Etonnement et inquiétude puisqu’on annonce que ce Jésus qui veut faire de toutes les nations un peuple de frères sera signe de division.

Gabriel Ringlet a écrit un poème qui a pour titre : “Qu’ils sont jeunes ces deux vieux !” 

Il y avait sans doute, écrit-il,  à Jérusalem, bien plus d’un Syméon… Mais celui-ci a le feu sacré. Mieux : le Souffle sacré. Et le Souffle le pousse jusqu’au sanctuaire. À la même heure, une femme se tient là, habitée elle aussi par le Souffle : Anne. Profession : prophétesse. Une “inspirée” dont Chouraqui dit joliment qu’“elle s’avance en jours nombreux”. Elle vieillit, Anne, elle jeûne, elle prie, elle attend.

Qui les a vus, ces deux vieux du bout du Temple ? Mais eux, ils voient. Dans la cohue, au milieu des moutons et des tourterelles, ils voient s’avancer un jeune couple avec un bébé. A quel moment leurs yeux se sont-ils rencontrés ?

L’Evangile dit que selon la loi de Moïse, les parents “portent” le nouveau-né pour le présenter au Seigneur. Le verbe porter a tout son poids. Et c’est le même pour dire porter un bébé ou porter un mort. On porte en terre comme on porte au jour. Syméon s’avance. Lui aussi veut porter l’enfant. Et le porter tellement fort qu’il le blottit dans ses bras. Il le cache en lui. Comme s’il s’agissait déjà du tombeau. Comme si la lumière du Temple était trop forte. Comme s’il importait de protéger Dieu… Mais l’enfant le fait renaître et voilà qu’il se met à chanter : “Maintenant, ô Maître, tu peux laisser ton serviteur s’en aller dans la paix, selon ta parole.” Il est frappant de voir à quel point ces personnages qui se croisent au début de l’Evangile ont plaisir à chanter. Le Benedictus de Zacharie, le Magnificat de Marie, et, ici, le Nunc dimittis de Syméon, ces trois grands poèmes du Nouveau Testament.

L’Evangile d’aujourd’hui, à travers la présentation de Jésus au Temple, nous dit que l’enfant est un don de Dieu. Marie et Joseph, dans un geste d’entière confiance, viennent remettre leur fils entre les mains de Dieu. Ils se rappellent ainsi qu’il ne leur appartient pas, même s’ils ont la responsabilité de son éducation. “Vos enfants ne sont pas vos enfants” écrit à sa façon le poète Kalil Gibran. Parents, vos enfants ne vous appartiennent pas. Quand vous venez les faire baptiser, vous les remettez entre les mains de Dieu. Ils sont les enfants de Dieu ! Aimer quelqu’un, ce n’est pas l’enfermer dans ses bras, c’est le mettre debout et lui apprendre à marcher tout seul. 

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