Homélie

Posté par rtireau le 8 juin 2020

Fête du Corps et du Sang du Christ – A - 14 juin 2020

Deutéronome 8, 2-3. 14b-16a ; Psaume 147 ; 1 Corinthiens 10, 16-17 ; Jean 6, 51-58

“Manger la chair” de Jésus, “boire son sang” ! Le réalisme de Saint Jean pourrait nous faire passer pour des anthropophages. En réalité l’expression chair et sang, dans la mentalité hébraïque, désigne l’homme concret. Et il est probable que Jean ait voulu insister sur l’humanité de Jésus parce que, dès la fin du premier siècle, beaucoup le considéraient déjà comme un être céleste désincarné. D’autres passages de l’Ecriture parlent de l’eucharistie : “Quand vous mangez ce pain et buvez à cette coupe… Voici mon corps, voici mon sang …” La clé pour comprendre ce langage sacramentel, c’est le mot symbolique. Non pas au sens minimum qu’on lui donne quelquefois : “Oh ! Il a fait une offrande seulement symbolique”, c’est à dire pas grand chose. Non le symbole, en langage sacramentel, a le sens fort et dit une réalité plus grande que ce qu’on voit, bien plus profonde que les apparences.

On est trop habitués à séparer les réalités sous prétexte de les comprendre mieux. Alors on dit : il y a deux sortes de nourriture : celle du corps, le pain, et celle de l’âme, l’Eucharistie. On dit : il y a deux sortes d’eau : l’eau pour boire et l’eau du Baptême. Et on distingue soigneusement l’ordinaire de l’extraordinaire, le concret de l’abstrait, le profane du sacré, le matériel du spirituel. On croit mieux comprendre en séparant, mais ce n’est pas vrai.

Je me rappelle comment, un jour, avec des enfants, le beau stylo de François nous avait aidés à mieux comprendre le mot symbole : ce n’était pas un stylo, c’était un cadeau ; ce n’était pas de l’utile, c’était du gratuit ; ce n’était pas du fonctionnel, c’était du relationnel. En bref, il y avait quelqu’un derrière. Par chance, ce stylo écrivait. Mais combien de ces objets sont seulement du relationnel : tel merveilleux coupe-papier qui ne coupe rien du tout, telle superbe lampe de chevet qui n’éclaire rien, tel instrument de musique dont personne ne pourrait sortir une seule note : mais c’est peut-être le stradivarius de l’arrière grand-Père ! 

Le stylo de François nous avait permis de regarder les textes autrement, d’apercevoir quelqu’un derrière la manne et la multiplication des pains, de réaliser que la frontière entre le profane et le sacré n’est jamais précise : combien de fois on prend un pot ensemble alors qu’on n’a pas soif ; Et nos repas de fête qui durent des heures alors que personne n’a plus faim depuis longtemps.

Le stylo de François nous avait permis de découvrir que notre langage même est naturellement symbolique : quand on se dit rompu de fatigue (comme le pain) ; quand on dit de untel qu’il se laisse manger par ses activités ou par ses élèves s’il est enseignant. Tiens donc ! Et la phrase “Celui qui mange ma chair” nous surprendrait !

Le stylo de François était le stylo de la mémoire. Il y avait quelqu’un derrière. L’Eucharistie est le pain de la mémoire : “Faites cela en mémoire de moi”Mémoire d’une vie brisée, d’une vie donnée. Il y a quelqu’un derrière. Un jour, j’ai entendu notre évêque dire : “Ceux qui s’ennuient à la messe, c’est parce qu’ils n’y apportent rien de leur vie. Finalement, ils ne sont pas tellement présents.” Le pain offert à la messe symbolise le travail des hommes, ce que nous appelons notre pain quotidien. Il nous faut apporter quelque chose de notre vie à chaque messe, sinon, il n’y a personne derrière le pain.  Pour que Dieu transforme le pain en sa propre vie il faut qu’il y ait du pain, afin qu’il soit transformé, transfiguré, habité par la présence réelle du Christ. “Nous te présentons ce pain, fruit de la terre et du travail des hommes, il deviendra le pain de la vie.” À la communion, Dieu nous redonne ce pain, habité de la présence réelle du Christ. Et nous repartons avec une énergie divine pour continuer de vivre avec la force de l’Esprit de Jésus, l’Esprit d’amour.

La messe, c’est la rencontre de deux présences réelles : la présence réelle du Christ, qui ne fait aucun doute, et notre présence réelle, qui, elle, est parfois moins sûre. Nous communions à la présence réelle du Christ pendant la messe pour devenir nous-mêmes une présence réelle du Christ après la messe. Saint Jean Chrysostome (4ème siècle) a quelques mots très forts pour dire la mission que l’eucharistie nous donne : “Tu veux honorer le Corps du Christ, ne le méprise pas lorsqu’il est nu.” J’aime beaucoup cette phrase qui dit bien de quelle manière l’Eucharistie est sacrée.

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