Homélie

Posté par rtireau le 26 juillet 2020

18° dimanche dans l’année A - 2 août 2020

Isaïe 55, 1-3 ; Psaume 144 ; Romains 8, 35. 37-39 ; Matthieu 14, 13-21

Au livre d’Isaïe : “Mangez de bonnes choses. Régalez-vous de viandes savoureuses”. Notre Dieu semble un Dieu bon vivant. Mais une question est étrange : “Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas ? Pourquoi vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Ecoutez et vous vivrez.” Comme s’il s’agissait soudain d’une autre nourriture.

Dans l’Évangile de Matthieu, Jésus guérit les infirmes et multiplie les pains. Il nourrit donc et guérit des corps. Et soudain son attitude est clairement eucharistique : “levant les yeux vers le ciel, il prononça la bénédiction, il rompit les pain et les leur donna.” Alors, nourriture du corps ou eucharistie ? Les deux sans doute, ou plutôt une seule et unique : la nourriture du corps qui prend une autre dimension par moments, parce que notre foi donne une autre dimension à tout ce qui est partagé, comme elle donne aussi une autre dimension au pain partagé en mémoire du Seigneur.

Deux dimensions : Je me souviens la fameuse montre d’Aurélien, que lui avait offerte une Mamie qui vivait très loin. C’était une montre à deux dimensions : Aurélien y lisait l’heure, mais, quand il la regardait, il apercevait aussi le visage de sa mamie. Savez-vous qu’il y a aussi des fenêtres à deux dimensions ? Par exemple la fenêtre de la petite jeune fille émerveillée : “Maman ! Viens vite voir le magnifique coucher de soleil !” Mais la maman, en arrivant, ne voit pas la même fenêtre : “Ma fille, il est temps de nettoyer tes carreaux.”

“Donnez-leur vous-mêmes à manger” : nourriture du corps ou Eucharistie ? Les deux. Impossible en effet de faire l’Eucharistie avec quelqu’un qui aurait faim. Le partage, le travail, les vacances, le vécu de notre semaine, voilà notre pain pour l’Eucharistie d’aujourd’hui. Et notre Eucharistie va nous renvoyer au partage qui reste à vivre. Souvenez-vous de la phrase de Jean Chrysostome : “Tu veux honorer le corps du Christ, ne le méprise pas lorsqu’il est nu.”

“Donnez-leur vous-mêmes à manger” ! Mais on n’a rien. Si ! Si ! Prenez ce que vous avez, même trois fois rien, aurait dit Raymond Devos. Dieu a besoin de nos petits moyens humains. On apporte donc cinq pains et deux poissons. L’évangéliste ne décrit pas la multiplication. Le mot multiplication n’est même pas dans le texte. Mais l’évangéliste a des mots évocateurs : “il prit les pains…, il prononça la bénédiction ; il rompit les pains, il les donna…”, des mots que l’on retrouve dans le récit de la Cène, et dans l’Eucharistie. Comme pour montrer la continuité entre ces réalités où Jésus partage et nourrit. Jésus donnera jusqu’à sa vie et il invite ceux qui le suivent à partager à leur tour, à donner et à se donner. Célébrer l’eucharistie, refaire les gestes de Jésus, c’est s’engager, se vouer à tous les partages.

Un enfant, un jour, m’a dit une interprétation toute personnelle de la multiplication des pains : “Moi je crois que beaucoup avaient apporté un pique-nique. Mais ils n’osaient pas le sortir de peur d’avoir à le partager. Et quand ils se décident enfin, alors il en reste, comme à tous les pique-nique.” Sortez ce que vous avez, sinon Dieu ne fera rien. Et remettez-le entre les mains du Seigneur. Ne prétendez pas non plus y arriver seul. Offrez-le, consacrez-le, et vous n’aurez plus qu’à distribuer. L’arithmétique du Seigneur : 5 pains + 2 poissons + des milliers de cœurs fraternels = un monde attentif à toutes les faims des hommes. Et il en restera 12 corbeilles. On continue, aujourd’hui encore, avec ces 12 corbeilles, à multiplier le pain pour chaque Eucharistie.

 L’Evangile d’aujourd’hui se passe dans un endroit désert. Il y a le désert des rocailles et des dunes. Il y a aussi celui des villes où beaucoup souffrent de solitude. Mais voici qu’avec Jésus le désert devient lieu de partage et de surabondance où une présence aimante donne la paix profonde du cœur. Dieu ne nous retire pas du désert du monde. Nous connaîtrons encore ses cailloux et ses soifs. Mais déjà tout est transfiguré. “Rien ne pourra, dit Saint Paul, nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus Christ.” Sous les  signes de la Parole et du Pain partagés, il vient nourrir les cœurs. Et en même temps, par l’eucharistie, il nous renvoie à nos tâches fraternelles. Même avec trois fois rien.

 

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