Homélie

Posté par rtireau le 3 janvier 2021

Fête du Baptême du Seigneur -  10 janvier 2021

 Isaïe 55, 1-11 ; AT 19 : Isaïe 12, 2-6 ; 1 Jean 5, 1-9 ;  Marc 1, 7-11

Vivre, c’est passer par une série de portes. La première c’est notre naissance, et derrière c’est l’inconnu total. La suivante sera probablement l’école. Serons-nous bien acceptés par les autres enfants ? Et puis, espérons-le, il y aura la porte d’un métier, celle d’une rencontre amoureuse et peut-être le choix d’une vie à deux. Et encore d’autres, à commencer, dans notre communauté, par le baptême. À chacun de ces passages reviennent les mêmes questions : qu’est-ce qui se trouve derrière cette porte ? À chaque fois se mêlent des sentiments d’espérance et d’inquiétude.

Dans l’évangile d’aujourd’hui Jésus passe lui aussi une porte. Il quitte une famille. Il quitte Nazareth pour aller au Jourdain se faire baptiser par Jean et il commencer sa vie publique. Il était probablement inquiet, même si saint Marc nous montre que cette vie s’annonce sous de bons augures : Le ciel s’ouvre et une voix dit : “Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi je trouve ma joie.” Véritable déclaration d’amour de Dieu Père qui semble bien signifier : peu importe ce qui t’attend derrière la porte, où que tu ailles je t’accompagne. Et c’est grâce à cette force d’amour que Jésus a pu suivre sa route et porter sa croix jusqu’au bout. Plus aucune porte ne pouvait lui faire peur, ni celle de Jérusalem, ni celle du Palais de Ponce Pilate, ni même celle de la mort.

Un poète-prophète inconnu (au ch. 64 d’Isaïe) avait eu l’audace de crier à Dieu de “déchirer les cieux.” Israël était en difficultés, avec des troupes d’occupation, et se disait que Dieu l’avait abandonné. Dans l’évangile de Marc aussi le ciel se déchire. Marc essaie de nous dire le secret de Jésus. Dans le monde clos par la mort où l’homme s’enferme, Jésus est celui qui vient faire une déchirure pour laisser entrer l’air frais du ciel. Comme dans la parabole des oiseaux de Gérard Bessière :

Sous un filet tendu au-dessus du sol, des myriades d’oiseaux s’ébattaient comme pour un immense départ. A chaque instant, on en voyait qui prenaient leur vol, mais ils heurtaient bientôt le filet et ils retombaient à terre. Le spectacle se répétait sans cesse… Mais le filet était là qui cassait leur élan et provoquait leur chute…. La vision de tout ce petit peuple aux élans brisés était infiniment attristante.

Soudain un oiseau aux couleurs vives prit l’envol à son tour. Mais quand il parvint au filet, comme s’il avait prévu l’obstacle, il se mit à lutter, bec et griffes, avec les mailles. Au bout de quelques instants, il était couvert de sang, mais il poursuivait son combat opiniâtre. Il semblait faiblir quand, tout à coup, le filet se déchira. Dans un cri de douleur et de victoire, l’oiseau piqua vers l’azur et la multitude ailée s’élança derrière lui, élargissant encore la brèche.

C’est Jésus, l’oiseau ensanglanté qui a lutté contre tous les enfermements, contre toutes les fatalités, pour ouvrir à l’humanité les espaces immenses de son avenir.

Voilà ! C’est fait : en Jésus, l’homme et Dieu communiquent à nouveau. « Il vit les cieux se déchirer et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe » : le monde de Dieu n’est plus fermé et lointain. Il est visible et accessible. Jésus a pris son tour dans la file des pécheurs venus demander le baptême de Jean. Et du même coup, la justice de Dieu ne se manifeste plus par la colère et la vengeance. Elle s’appellera désormais miséricorde. C’est quand l’humiliation de Jésus arrive au plus bas que le Père lui fait sa déclaration d’amour : “Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi je trouve ma joie.”. Jésus sera dès lors la voix du Père parmi les hommes. 

La même parole a été prononcée sur toute notre vie au jour de notre baptême. Comment pouvons-nous faire l’expérience d’une telle confiance ? Le plus souvent, elle se fait au quotidien, dans des rencontres. Par exemple ces dernières semaines : nous avons offert des cadeaux, nous avons visité des parents ou des amis, nos enfants nous ont fait un dessin, un ami nous a invité. Et à chaque fois nous avons dit, d’une façon ou d’une autre, à quelqu’un : je t’apprécie, je t’aime. Et à chaque fois nous avons ouvert une brèche vers une réalité qui change tout et nous avons pu ressentir que Dieu marche avec nous ! Cette réalité qui change tout, Michel Scouarnec a eu un jour un joli mot pour la désigner. Il parlait justement du baptême : “Quand une maman (ou un papa) présente son enfant pour être baptisé, l’enfant est son fils. Quand le prêtre (ou le diacre) lui rend son enfant après le baptême : c’est son frère.”

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