Evangile pour la veillée Pascale – 3 avril 2021

Posté par rtireau le 29 mars 2021

pierre

Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 16, 1-7. 

Le sabbat terminé, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des parfums pour aller embaumer le corps de Jésus.
De grand matin, le premier jour de la semaine, elles se rendent au tombeau dès le lever du soleil.
Elles se disaient entre elles : « Qui nous roulera la pierre pour dégager l’entrée du tombeau ? »
Levant les yeux, elles s’aperçoivent qu’on a roulé la pierre, qui était pourtant très grande.
En entrant dans le tombeau, elles virent, assis à droite, un jeune homme vêtu de blanc. Elles furent saisies de frayeur.
Mais il leur dit : « Ne soyez pas effrayées ! Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? Il est ressuscité : il n’est pas ici. Voici l’endroit où on l’avait déposé.
Et maintenant, allez dire à ses disciples et à Pierre : “Il vous précède en Galilée. Là vous le verrez, comme il vous l’a dit.” »

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Homélie

Posté par rtireau le 29 mars 2021

Veillée pascale : 3 avril 2021  - Marc 16, 1-7

Je vous ai déjà parlé de Bénédicte, 9 ans, qui était au caté. Une dame lui a parlé de la Résurrection de Jésus. Ses yeux brillaient : c’était la première fois qu’elle entendait pareille annonce. De retour à la maison Bénédicte s’est plantée devant sa maman : “Maman, la dame nous a dit que Jésus est ressuscité après sa mort, comment se fait-il que tu ne me l’avais jamais dit ?”

Dans l’évangile de ce soir, nous sommes le 1er jour de la semaine. Après le repos du sabbat, les femmes reprennent leur travail là où elles l’avaient laissé. Elles ont tout préparé pour terminer la sépulture de Jésus. Elles ont donc, d’une certaine façon, un rendez-vous avec la mort. Il y a des jours comme ça où l’on a l’impression d’avoir rendez-vous avec la mort : 

- ça n’a pas marché à l’école ou au travail. Il faut pourtant bien y retourner.

- On est au chômage et chaque matin, il faut bien repartir, mais où ?

- il y a eu la catastrophe, l’accident, et on se retrouve aux obsèques d’un jeune.

- Et puis il y a cette pandémie dont on ne sort pas.

Dans l’évangile d’aujourd’hui, les femmes ont rendez-vous avec la mort et la vie ne va cesser de les surprendre et de les devancer : 

- elles ont eu beau partir de grand matin, le soleil est déjà levé ; 

- elles se demandent : “Qui nous roulera la pierre” ? Et la pierre est déjà roulée ; 

- elles vont au rendez-vous d’un corps à embaumer et il n’y a plus de cadavre, mais c’est un jeune homme vêtu de blanc qui leur donne un rendez-vous de vie « Les morts ne dorment pas où leur nom est gravé » a écrit Simone Conduché. 

Et ce rendez-vous de vie va avoir lieu en Galilée, comme au début : en Galilée où Jésus avait inauguré sa mission ; en Galilée, lieu du brassage entre juifs et païens, symbole de l’ouverture au monde entier. Rendez-vous donc en Galilée pour un nouveau départ à la suite de Jésus. Car la mort n’a pas eu le dernier mot sur sa vie qu’il a donnée par amour.

Heureuses femmes qui se sont laissées saisir par cette Bonne Nouvelle de résurrection. La fin du texte les montre hésitantes, mais elles se sont laissées saisir. Les voilà dans un inconnu vertigineux qu’elles ne peuvent éviter, car il vient de Dieu. Un bonheur inattendu devient possible.

Elles venaient pleurer l’ami, et c’est la joie qu’il leur offre. 

Elles venaient classer une affaire de mort. Elles sont renvoyées à leur VIE quotidienne. 

C’est ça la foi chrétienne : non pas courir après je ne sais quel merveilleux ou miraculeux pour oublier le quotidien, mais retourner sans cesse à notre Galilée, c’est à dire à notre quotidien, avec des yeux neufs, des yeux qui croient au ressuscité et qui sont capables de le reconnaître sur les visages les plus divers. 

La Résurrection n’est donc pas un souvenir, mais l’événement toujours actuel dont les effets continuent de se manifester. Jésus n’a pas dit : “Faites cela en souvenir de moi.” Il a dit : “Faites cela en mémoire de moi.”

C’est toute la différence entre le mot souvenir et le mot mémoire. Quand nous faisons l’Eucharistie en mémoire de lui, ce n’est pas seulement un souvenir puisque c’est bien lui qui se donne réellement encore aujourd’hui. De même quand nous partageons, quand nous aidons, c’est bien lui qui se rend présent et son Esprit agit à travers ces gestes. Et encore quand on redit aux nouveaux baptisés : “Fais paraître dans ta vie un aspect du visage du Christ que personne avant toi n’a su montrer comme tu sauras le faire…” Car c’est bien chacun qui est invité à vivre de l’Esprit du ressuscité, et à le montrer réellement dans sa vie.

Très souvent, aux célébrations d’obsèques, je fais moi-aussi une annonce de résurrection en lisant la très belle poésie de Gabriel Ringlet :

Oui, nos mains vont disparaître … Mais nos poignées de main, nos signes de bonjour, nos gestes d’adieu, l’invisible chemin de nos caresses … nous n’allons pas les brûler.

Oui, nos pieds vont disparaître … Mais la foulée de nos promenades, l’élan de nos courses, le saut de nos jeux, le pas de nos danses et de nos rendez-vous, nous n’allons pas les noyer.

Oui, nos visages vont disparaître, et nos oreilles, et nos lèvres, et nos yeux … Mais nos sourires, nos écoutes, nos regards, nos baisers, nous n’allons pas les enterrer.

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Evangile du Jeudi Saint – 1er Avril 2021

Posté par rtireau le 24 mars 2021

Jeudi

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 13, 1-15. 

Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout.
Au cours du repas, alors que le diable a déjà mis dans le cœur de Judas, fils de Simon l’Iscariote, l’intention de le livrer,
Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu,
se lève de table, dépose son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ;
puis il verse de l’eau dans un bassin. Alors il se mit à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture.
Il arrive donc à Simon-Pierre, qui lui dit : « C’est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? »
Jésus lui répondit : « Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras. »
Pierre lui dit : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. »
Simon-Pierre lui dit : « Alors, Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! »
Jésus lui dit : « Quand on vient de prendre un bain, on n’a pas besoin de se laver, sinon les pieds : on est pur tout entier. Vous-mêmes, vous êtes purs, mais non pas tous. »
Il savait bien qui allait le livrer ; et c’est pourquoi il disait : « Vous n’êtes pas tous purs. »
Quand il leur eut lavé les pieds, il reprit son vêtement, se remit à table et leur dit : « Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ?
Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car vraiment je le suis.
Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.
C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. »

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Homélie

Posté par rtireau le 24 mars 2021

Le Jeudi saint – 4 avril 2021

Ex 12, 1-8, 11-14 ; 1 Co 11, 23-26 ; Jean 13, 1-15

Ce soir, notre table veut être ouverte à tous. Elle le sera à la mesure de notre ouverture à ceux avec qui nous sommes en solidarité (famille, travail, association…). Elle le sera à la mesure de nos gestes d’ouverture à notre communauté (visiter, porter l’Eucharistie, porter la feuille paroissiale, aller chercher quelqu’un qui ne peut se déplacer…) Autant de signes qui permettront à beaucoup (il faudrait que ce soit à tous) de faire eux aussi l’expérience du ressuscité. Il faudrait que ce soit à tous. Quelquefois il nous arrive, à nous célébrants, pour faire plus chaleureux, de transformer la formule rituelle : “Heureux les invités au repas du Seigneur” en “Heureux sommes-nous d’être invités au repas du Seigneur.” On m’a fait remarquer un jour qu’on ne devrait pas faire ça car la réalité c’est bien : “Heureux les invités au repas du Seigneur”… et tous sont invités, pas rien que nous.

Quand saint Jean remplace le récit de l’institution eucharistique par le lavement des pieds, le signe du service, c’est comme un chemin pour comprendre l’Eucharistie. En réalité, la parole de Jésus sur le pain - “Ceci est mon Corps” -exprime d’abord la foi de Jésus en sa propre résurrection. Dieu lui donnera la vie quand il se donnera lui-même pour que les siens vivent. L’essentiel de l’Eucharistie, ce n’est pas le pieux souvenir d’un repas de Jeudi Saint. L’essentiel c’est d’allonger la table à tous les frères pour construire avec eux une famille dont les membres se nourrissent du don de soi du Christ et qui y trouvent l’énergie nécessaire pour se mettre au service. 

Dans le mot communion, à peu près tout le monde sait qu’il y a le mot latin cum qui veut dire avec. Mais savez-vous qu’il s’y trouve aussi le mot munus qui signifie fardeau ? Communier engage donc aussi à porter les fardeaux les uns des autres. Voilà l’explication de la joie qu’il y a dans tous les gestes d’entraide : c’est le Seigneur qui continue de ressusciter tout ce qui dans nos vies est partagé par amour. En ouvrant une année eucharistique, il y a 10 ans, Jean-Paul II écrivait : “Ce n’est pas un hasard si, dans l’Évangile de Jean, nous ne trouvons pas le récit de l’institution eucharistique, mais celui du «lavement des pieds» (cf. Jean 13) : en s’agenouillant pour laver les pieds de ses disciples, Jésus explique le sens de l’Eucharistie… C’est à l’amour mutuel que nous serons reconnus comme de véritables disciples du Christ.”

J’ai entendu aussi notre évêque, le Père D’Ornellas, dire un jour : “Plein de gens trouvent la messe ennuyeuse… Assez souvent c’est parce qu’ils y viennent les mains vides.” C’est pour nous inviter à faire des progrès que nous mettons en valeur à chaque eucharistie la procession des offrandes, pour inciter chacun à apporter sa vie sur l’autel. “Je porte ce pain sur l’autel, disait le père Varillon. Le Christ en fait son propre corps. Il divinise ce que, moi, j’ai humanisé.”

Notre ancien évêque, le Père Saint Macary disait un jour : “Avez-vous goûté vraiment l’Eucharistie ? Qu’est-ce que vous mettez de votre existence dans ce pain et ce vin offerts ? Avez-vous mis en rapport ce pain et ce vin que vous offrez avec tous les problèmes de société, d’économie et d’écologie qui vous secouent aujourd’hui ? Le Christ les prend avec Lui et vous rend son Esprit pour les affronter ensemble dans l’amour de tous…”  Nous comprenons alors que ce repas eucharistique n’est pas une récompense accordée seulement à ceux qui mènent une vie pieuse et pureC’est un repas essentiel, partagé par un peuple aux mains sales et aux cœurs abîmés, un peuple fatigué, quelquefois découragé. Oui, ce pain de vie est vraiment un pain de route. Et mes mains, après les avoir ouvertes pour recevoir le Corps du Christqu’est-ce que je vais en faire, de mes mains ? “Bougez-vous ! Mettez le feu dans les diocèses ! (Pape François) Ne restez pas enfermés dans vos communautés. L’Église doit sortir dans la rue.”

Je vous propose de vous laisser prendre par ces quelques lignes étonnantes du poète François Cassingena-Trévedy qui écrit depuis son abbaye de Ligugé : J’avais faim… j’avais soif… j’étais étranger… Chaque fois que vous l’avez fait au plus petit d’entre mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait» (Mt 25). Ce qui est raconté, ce qui est révélé dans cette page monumentale de l’Évangile, c’est la transsubstantiation (le fameux mot que l’Eglise a inventé pour dire que le pain et le vin deviennent le corps et le sang du Christ). Jésus passé tout entier dans la substance des pauvres. Jésus tout entier sous l’espèce des pauvres. Jésus devenu toute espèce de pauvre.”

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Evangile pour la fête des Rameaux – 28 mars 2021

Posté par rtireau le 21 mars 2021

Hosanna

Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 14, 1-72.15,1-47. 

La fête de la Pâque et des pains sans levain allait avoir lieu deux jours après. Les grands prêtres et les scribes cherchaient comment arrêter Jésus par ruse, pour le faire mourir.
Car ils se disaient : « Pas en pleine fête, pour éviter des troubles dans le peuple. »
Jésus se trouvait à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux. Pendant qu’il était à table, une femme entra, avec un flacon d’albâtre contenant un parfum très pur et de grande valeur. Brisant le flacon, elle lui versa le parfum sur la tête.
Or, de leur côté, quelques-uns s’indignaient : « À quoi bon gaspiller ce parfum ?
On aurait pu, en effet, le vendre pour plus de trois cents pièces d’argent, que l’on aurait données aux pauvres. » Et ils la rudoyaient.
Mais Jésus leur dit : « Laissez-la ! Pourquoi la tourmenter ? Il est beau, le geste qu’elle a fait envers moi.
Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, et, quand vous le voulez, vous pouvez leur faire du bien ; mais moi, vous ne m’aurez pas toujours.
Ce qu’elle pouvait faire, elle l’a fait. D’avance elle a parfumé mon corps pour mon ensevelissement.
Amen, je vous le dis : partout où l’Évangile sera proclamé – dans le monde entier –, on racontera, en souvenir d’elle, ce qu’elle vient de faire. »
Judas Iscariote, l’un des Douze, alla trouver les grands prêtres pour leur livrer Jésus.
À cette nouvelle, ils se réjouirent et promirent de lui donner de l’argent. Et Judas cherchait comment le livrer au moment favorable.
Le premier jour de la fête des pains sans levain, où l’on immolait l’agneau pascal, les disciples de Jésus lui disent : « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque ? »
Il envoie deux de ses disciples en leur disant : « Allez à la ville ; un homme portant une cruche d’eau viendra à votre rencontre. Suivez-le,
et là où il entrera, dites au propriétaire : “Le Maître te fait dire : Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?”
Il vous indiquera, à l’étage, une grande pièce aménagée et prête pour un repas. Faites-y pour nous les préparatifs. »
Les disciples partirent, allèrent à la ville ; ils trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque.
Le soir venu, Jésus arrive avec les Douze.
Pendant qu’ils étaient à table et mangeaient, Jésus déclara : « Amen, je vous le dis : l’un de vous, qui mange avec moi, va me livrer. »
Ils devinrent tout tristes et, l’un après l’autre, ils lui demandaient : « Serait-ce moi ? »
Il leur dit : « C’est l’un des Douze, celui qui est en train de se servir avec moi dans le plat.
Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux celui par qui le Fils de l’homme est livré ! Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né, cet homme-là ! »
Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit, le leur donna, et dit : « Prenez, ceci est mon corps. »
Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous.
Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude.
Amen, je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, dans le royaume de Dieu. »
Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers.
Jésus leur dit : « Vous allez tous être exposés à tomber, car il est écrit : Je frapperai le berger, et les brebis seront dispersées.
Mais, une fois ressuscité, je vous précéderai en Galilée. »
Pierre lui dit alors : « Même si tous viennent à tomber, moi, je ne tomberai pas. »
Jésus lui répond : « Amen, je te le dis : toi, aujourd’hui, cette nuit même, avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. »
Mais lui reprenait de plus belle : « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » Et tous en disaient autant.
Ils parviennent à un domaine appelé Gethsémani. Jésus dit à ses disciples : « Asseyez-vous ici, pendant que je vais prier. »
Puis il emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean, et commence à ressentir frayeur et angoisse.
Il leur dit : « Mon âme est triste à mourir. Restez ici et veillez. »
Allant un peu plus loin, il tombait à terre et priait pour que, s’il était possible, cette heure s’éloigne de lui.
Il disait : « Abba… Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que moi, je veux, mais ce que toi, tu veux ! »
Puis il revient et trouve les disciples endormis. Il dit à Pierre : « Simon, tu dors ! Tu n’as pas eu la force de veiller seulement une heure ?
Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l’esprit est ardent, mais la chair est faible. »
De nouveau, il s’éloigna et pria, en répétant les mêmes paroles.
Et de nouveau, il vint près des disciples qu’il trouva endormis, car leurs yeux étaient alourdis de sommeil. Et eux ne savaient que lui répondre.
Une troisième fois, il revient et leur dit : « Désormais, vous pouvez dormir et vous reposer. C’est fait ; l’heure est venue : voici que le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs.
Levez-vous ! Allons ! Voici qu’il est proche, celui qui me livre. »
Jésus parlait encore quand Judas, l’un des Douze, arriva et avec lui une foule armée d’épées et de bâtons, envoyée par les grands prêtres, les scribes et les anciens.
Or, celui qui le livrait leur avait donné un signe convenu : « Celui que j’embrasserai, c’est lui : arrêtez-le, et emmenez-le sous bonne garde. »
À peine arrivé, Judas, s’approchant de Jésus, lui dit : « Rabbi ! » Et il l’embrassa.
Les autres mirent la main sur lui et l’arrêtèrent.
Or un de ceux qui étaient là tira son épée, frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille.
Alors Jésus leur déclara : « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus vous saisir de moi, avec des épées et des bâtons ?
Chaque jour, j’étais auprès de vous dans le Temple en train d’enseigner, et vous ne m’avez pas arrêté. Mais c’est pour que les Écritures s’accomplissent. »
Les disciples l’abandonnèrent et s’enfuirent tous.
Or, un jeune homme suivait Jésus ; il n’avait pour tout vêtement qu’un drap. On essaya de l’arrêter.
Mais lui, lâchant le drap, s’enfuit tout nu.
Ils emmenèrent Jésus chez le grand prêtre. Ils se rassemblèrent tous, les grands prêtres, les anciens et les scribes.
Pierre avait suivi Jésus à distance, jusqu’à l’intérieur du palais du grand prêtre, et là, assis avec les gardes, il se chauffait près du feu.
Les grands prêtres et tout le Conseil suprême cherchaient un témoignage contre Jésus pour le faire mettre à mort, et ils n’en trouvaient pas.
De fait, beaucoup portaient de faux témoignages contre Jésus, et ces témoignages ne concordaient pas.
Quelques-uns se levèrent pour porter contre lui ce faux témoignage :
« Nous l’avons entendu dire : “Je détruirai ce sanctuaire fait de main d’homme, et en trois jours j’en rebâtirai un autre qui ne sera pas fait de main d’homme.” »
Et même sur ce point, leurs témoignages n’étaient pas concordants.
Alors s’étant levé, le grand prêtre, devant tous, interrogea Jésus : « Tu ne réponds rien ? Que dis-tu des témoignages qu’ils portent contre toi ? »
Mais lui gardait le silence et ne répondait rien. Le grand prêtre l’interrogea de nouveau : « Es-tu le Christ, le Fils du Dieu béni ? »
Jésus lui dit : « Je le suis. Et vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant, et venir parmi les nuées du ciel. »
Alors, le grand prêtre déchire ses vêtements et dit : « Pourquoi nous faut-il encore des témoins ?
Vous avez entendu le blasphème. Qu’en pensez-vous ? » Tous prononcèrent qu’il méritait la mort.
Quelques-uns se mirent à cracher sur lui, couvrirent son visage d’un voile, et le giflèrent, en disant : « Fais le prophète ! » Et les gardes lui donnèrent des coups.
Comme Pierre était en bas, dans la cour, arrive une des jeunes servantes du grand prêtre.
Elle voit Pierre qui se chauffe, le dévisage et lui dit : « Toi aussi, tu étais avec Jésus de Nazareth ! »
Pierre le nia : « Je ne sais pas, je ne comprends pas de quoi tu parles. » Puis il sortit dans le vestibule, au dehors. Alors un coq chanta.
La servante, ayant vu Pierre, se mit de nouveau à dire à ceux qui se trouvaient là : « Celui-ci est l’un d’entre eux ! »
De nouveau, Pierre le niait. Peu après, ceux qui se trouvaient là lui disaient à leur tour : « Sûrement tu es l’un d’entre eux ! D’ailleurs, tu es Galiléen. »
Alors il se mit à protester violemment et à jurer : « Je ne connais pas cet homme dont vous parlez. »
Et aussitôt, pour la seconde fois, un coq chanta. Alors Pierre se rappela cette parole que Jésus lui avait dite : « Avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. » Et il fondit en larmes.
Dès le matin, les grands prêtres convoquèrent les anciens et les scribes, et tout le Conseil suprême. Puis, après avoir ligoté Jésus, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate.
Celui-ci l’interrogea : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus répondit : « C’est toi-même qui le dis. »
Les grands prêtres multipliaient contre lui les accusations.
Pilate lui demanda à nouveau : « Tu ne réponds rien ? Vois toutes les accusations qu’ils portent contre toi. »
Mais Jésus ne répondit plus rien, si bien que Pilate fut étonné.
À chaque fête, il leur relâchait un prisonnier, celui qu’ils demandaient.
Or, il y avait en prison un dénommé Barabbas, arrêté avec des émeutiers pour un meurtre qu’ils avaient commis lors de l’émeute.
La foule monta donc chez Pilate, et se mit à demander ce qu’il leur accordait d’habitude.
Pilate leur répondit : « Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? »
Il se rendait bien compte que c’était par jalousie que les grands prêtres l’avaient livré.
Ces derniers soulevèrent la foule pour qu’il leur relâche plutôt Barabbas.
Et comme Pilate reprenait : « Que voulez-vous donc que je fasse de celui que vous appelez le roi des Juifs ? »,
de nouveau ils crièrent : « Crucifie-le ! »
Pilate leur disait : « Qu’a-t-il donc fait de mal ? » Mais ils crièrent encore plus fort : « Crucifie-le ! »
Pilate, voulant contenter la foule, relâcha Barabbas et, après avoir fait flageller Jésus, il le livra pour qu’il soit crucifié.
Les soldats l’emmenèrent à l’intérieur du palais, c’est-à-dire dans le Prétoire. Alors ils rassemblent toute la garde,
ils le revêtent de pourpre, et lui posent sur la tête une couronne d’épines qu’ils ont tressée.
Puis ils se mirent à lui faire des salutations, en disant : « Salut, roi des Juifs ! »
Ils lui frappaient la tête avec un roseau, crachaient sur lui, et s’agenouillaient pour lui rendre hommage.
Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau de pourpre, et lui remirent ses vêtements. Puis, de là, ils l’emmènent pour le crucifier,
et ils réquisitionnent, pour porter sa croix, un passant, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, qui revenait des champs.
Et ils amènent Jésus au lieu dit Golgotha, ce qui se traduit : Lieu-du-Crâne (ou Calvaire).
Ils lui donnaient du vin aromatisé de myrrhe ; mais il n’en prit pas.
Alors ils le crucifient, puis se partagent ses vêtements, en tirant au sort pour savoir la part de chacun.
C’était la troisième heure (c’est-à-dire : neuf heures du matin) lorsqu’on le crucifia.
L’inscription indiquant le motif de sa condamnation portait ces mots : « Le roi des Juifs ».
Avec lui ils crucifient deux bandits, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche.
[…]
Les passants l’injuriaient en hochant la tête : ils disaient : « Hé ! toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours,
sauve-toi toi-même, descends de la croix ! »
De même, les grands prêtres se moquaient de lui avec les scribes, en disant entre eux : « Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même !
Qu’il descende maintenant de la croix, le Christ, le roi d’Israël ; alors nous verrons et nous croirons. » Même ceux qui étaient crucifiés avec lui l’insultaient.
Quand arriva la sixième heure (c’est-à-dire : midi), l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure.
Et à la neuvième heure, Jésus cria d’une voix forte : « Éloï, Éloï, lema sabactani ? », ce qui se traduit : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
L’ayant entendu, quelques-uns de ceux qui étaient là disaient : « Voilà qu’il appelle le prophète Élie ! »
L’un d’eux courut tremper une éponge dans une boisson vinaigrée, il la mit au bout d’un roseau, et il lui donnait à boire, en disant : « Attendez ! Nous verrons bien si Élie vient le descendre de là ! »
Mais Jésus, poussant un grand cri, expira.
Le rideau du Sanctuaire se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas.
Le centurion qui était là en face de Jésus, voyant comment il avait expiré, déclara : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! »
Il y avait aussi des femmes, qui observaient de loin, et parmi elles, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques le Petit et de José, et Salomé,
qui suivaient Jésus et le servaient quand il était en Galilée, et encore beaucoup d’autres, qui étaient montées avec lui à Jérusalem.
Déjà il se faisait tard ; or, comme c’était le jour de la Préparation, qui précède le sabbat,
Joseph d’Arimathie intervint. C’était un homme influent, membre du Conseil, et il attendait lui aussi le règne de Dieu. Il eut l’audace d’aller chez Pilate pour demander le corps de Jésus.
Pilate s’étonna qu’il soit déjà mort ; il fit appeler le centurion, et l’interrogea pour savoir si Jésus était mort depuis longtemps.
Sur le rapport du centurion, il permit à Joseph de prendre le corps.
Alors Joseph acheta un linceul, il descendit Jésus de la croix, l’enveloppa dans le linceul et le déposa dans un tombeau qui était creusé dans le roc. Puis il roula une pierre contre l’entrée du tombeau.
Or, Marie Madeleine et Marie, mère de José, observaient l’endroit où on l’avait mis.

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Homélie

Posté par rtireau le 21 mars 2021

Dimanche des Rameaux dans l’année B – 28 mars 2021

Isaïe 50, 4-7 ; Psaume 21 ; Philippiens 2, 6-11 ; Passion selon saint Marc 14, 1 – 15, 47

Saint Marc écrit comme un journaliste. Il sait donner un rythme, saisir un geste, observer un regard. De la Passion, il sait montrer le caractère dramatique. Mais il a surtout retenu le silence obstiné de Jésus. A quoi peut bien penser Jésus sur la route qui monte à Jérusalem ? Est-ce qu’il voit les manteaux sur le sol, les feuillages ? Et les enfants qui vont et viennent ? Est-ce qu’il entend les cris et les rires, les bravos, les Hosanna ?

En tous cas Jésus se tait. Pourquoi parlerait-il encore ? Il a tout dit : “Remplissez d’eau ces jarres. – Donne-moi à boire. – Va. Ne pèche plus. – N’ayez pas peur. – Levez-vous. – Regardez les lys des champs. – Vous valez plus que votre argent. -  Heureux êtes-vous, si et si…” Jésus se tait. Mais son silence est lourd de tant de paroles étouffées, de tant de promesses bafouées, de coups, et de fêtes sans lendemain.

Jésus se tait. Son silence porte le silence de millions d’affamés de pain ou de travail, le silence des peuples déportés, le silence des migrants dans leur traversée, le silence de ceux qui sont fous d’inquiétude pour leurs enfants, pour leur famille, pour leur emploi.

Jésus se tait. Et sur son chemin du grand passage, il y a un homme qui passe presque inaperçu et qui aurait sûrement beaucoup à dire, Simon de Cyrène, celui qui a aidé Jésus à porter sa Croix. Que sait-on sur lui ? Rien ou presque. Il est de Cyrène, en Afrique du Nord ! Donc c’est un étranger ! Les noms de ses fils évoquent différents horizons : Alexandre, c’est le monde grec, Rufus, ça sonne plutôt romain. Simon revenait du travail des champs. Et à l’heure de midi où le soleil tape fort, il rentre à la maison. Et ce qu’on sait c’est qu’ils le réquisitionnèrent pour porter la croix.

Ce qui est frappant chez lui, c’est à la fois son anonymat (on n’a jamais reparlé de lui), et la place privilégiée qu’il a prise dans le mystère de la passion du Christ : il a été le partenaire du plus bouleversant événement de l’histoire ; il a porté la croix du Christ. A l’heure de cette épreuve, Dieu a eu besoin d’un homme, d’un frère : Simon, toi l’étranger, toi qui passais par là, sans le savoir tu es devenu le premier disciple de Jésus qui avait dit : « Celui qui veut être mon disciple, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive.» Ce jour-là, Simon, tu as pris ta place de disciple, bien avant les apôtres qui s’étaient enfuis, et avant l’autre Simon qui avait renié. Tu t’es compromis avec ce condamné que tout le monde méprisait.

Simon de Cyrène est le frère de plein de gens simples d’aujourd’hui, pas forcément des familiers de l’Église ni des militants. Mais des gens qui savent se faire proches de tel ou tel qui porte douloureusement sa croix :

- Cet ami qui est resté fidèle à ce prisonnier que tous les autres abandonnaient. 

- Cette maman qui accueille encore et encore son enfant qui retombe tout le temps dans la drogue.

Simon de Cyrène était le lointain, il s’est fait le prochain. Il a su partager la passion du Christ. Avec lui, désormais, nous savons que s’il y a des croix impossibles à écarter, il reste l’immense appel à s’aider les uns les autres à les porter. 

Jésus se tait. Tant de choses doivent encore passer par la mort, passer par lui, avec lui et en lui, dans ce va-et-vient de l’Évangile. Il est comme un passeur. Jésus se tait. Peut-être a-t-il vu qu’un rameau fleurit déjà sur le bois de la croix ?

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Evangile du 5° dimanche de carême – 21 mars 2021

Posté par rtireau le 14 mars 2021

Blé

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 12, 20-33. 

En ce temps-là, il y avait quelques Grecs parmi ceux qui étaient montés à Jérusalem pour adorer Dieu pendant la fête de la Pâque.
Ils abordèrent Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée, et lui firent cette demande : « Nous voudrions voir Jésus. »
Philippe va le dire à André, et tous deux vont le dire à Jésus.
Alors Jésus leur déclare : « L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié.
Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.
Qui aime sa vie la perd ; qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle.
Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive ; et là où moi je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera. »
Maintenant mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ? “Père, sauve-moi de cette heure” ? – Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci !
Père, glorifie ton nom ! » Alors, du ciel vint une voix qui disait : « Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore. »
En l’entendant, la foule qui se tenait là disait que c’était un coup de tonnerre. D’autres disaient : « C’est un ange qui lui a parlé. »
Mais Jésus leur répondit : « Ce n’est pas pour moi qu’il y a eu cette voix, mais pour vous.
Maintenant a lieu le jugement de ce monde ; maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors ;
et moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. »
Il signifiait par là de quel genre de mort il allait mourir.

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Homélie

Posté par rtireau le 14 mars 2021

5° dimanche de carême B - 21 mars 2020

Jérémie 31, 31-34 ; Psaume 50 ; Hébreux, 5, 7-9 ; Jean 12, 20-33

Nous sommes tout près de la grande semaine, que nous appelons sainte. Tout devient petit à petit plus intérieur, comme les mots de Jérémie (1ère lecture) au sujet de l’Alliance : “Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai sur leur cœur.” L’Alliance n’est plus un contrat mais une manière d’exister. C’est de l’intérieur que l’homme sait comment il doit se comporter devant Dieu qui entretient avec lui une relation de connaissance mutuelle. L’homme découvre Dieu en contemplant Jésus qui chemine vers le Père. 

Ce sont les derniers jours de Jésus qui nous révèlent le plus sa relation avec le Père. Jésus laisse voir le dernier moment de sa vie comme un passage. Il en est bouleversé et se met à prier : on se croirait à l’agonie au Jardin de Gethsémani. La voix du ciel retentit comme à la Transfiguration : personne ne peut voir le Père sans être transfiguré. Le Père atteste qu’il est avec Jésus, que sur le chemin de croix brille la gloire de Dieu. Révélation paradoxale : l’amour rayonne en se dévouant jusqu’à l’extrême. Quand Dieu vient habiter un visage et se jeter dans les remous de nos sociétés, voilà comment il laisse voir sa présence éblouissante.

Jésus, dès ses premières paroles publiques en Galilée, avait regardé le grain s’envoler de la main du semeur, se perdre dans les ronces et la rocaille, mais aussi porter du fruit dans la bonne terre. C’était pour lui une image du don que Dieu offre et même gaspille chez les hommes. Jésus avait reconnu le Royaume de Dieu jusque dans la semence qui pousse toute seule, jusque dans la graine la plus minuscule (sénevé) qui va déployer des branches en plein ciel. Mais aujourd’hui, voilà qu’il se présente lui-même comme la semence. Cette histoire de grain de blé est comme une autobiographie. Le grain de blé, c’est lui. Et toutes les résurrections, tous les repas autour du pain d’action de grâces, toute la gloire de Dieu illuminant les visages, tous ces moments sont déjà là à travers une parole, et bientôt (le Jeudi Saint) à travers des gestes. « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul. Mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits. » Le grain de blé qui meurt… pour vivre ! Par sa Pâque, Jésus nous révèle qui est Dieu, et qui est l’homme.

Qui est Dieu ? Non pas le dictateur tout-puissant de nos imaginations. Mais un Dieu qui se donne et qui aime jusqu’au bout : “Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime.” La loi essentielle du mystère de Dieu est celle du grain de blé. Jésus ne garde rien pour lui-même. Il n’est pas tenté par le suicide, mais il vit sa mort comme une solidarité avec l’humanité souffrante. Il ne fait pas de raisonnement devant sa croix, il l’envisage comme des semailles. Durant l’hiver, le grain de blé enfoui dans la terre semble mort. Mais il pointe au printemps et devient épi, promesse de moisson. La vraie mort n’est pas physique, mais c’est plutôt le refus de se donner, le repli stérile sur soi-même.

Qui est l’homme ? Cette révélation du cœur de Dieu est aussi dévoilement de ce qui fait le fond de notre cœur : nous sommes faits, nous aussi, pour le don total de nous-mêmes dans l’amour. Pour nous non plus, pas de plus grand amour que de donner notre vie pour ceux que nous aimons. La loi du grain de blé qui se dissout en terre pour resurgir démultiplié, c’est notre loi à nous aussi qui avons été créés à l’image de Dieu.

Des Grecs, des pèlerins étrangers (début de notre évangile) veulent voir Jésus ? A travers eux, on aperçoit déjà la grande diversité des peuples qui regarderont vers lui au long des siècles. “Quand j’aurai été élevé de terre, disait Jésus, j’attirerai à moi tous les hommes”. Et ça continue avec tous ceux qui lèvent encore les yeux vers la croix. Je pense à ces enfants qui visitaient une église. C’est leur guide qui raconte : “Les enfants écoutent sagement, mais peu à peu, je sens leurs regards scotchés sur la grande rosace multicolore représentant le Christ sur une immense croix. Et des mains se lèvent : « C’est qui le monsieur qui est cloué comme ça ? Pourquoi on lui a fait ça ?»

Grain de blé qui meurt pour vivre ! Nous savons qu’elle est vraie cette annonce. Car tous ceux qui se sont mis à vivre comme Jésus, on a souvent essayé de les faire taire. Quelquefois même on a réussi. Mais chaque fois, ils parlent encore plus fort quand ils sont morts que durant leur vie.

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Evangile du 4° dimanche de carême – 14 mars 2021

Posté par rtireau le 7 mars 2021

Vérité-lumière

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 3, 14-21

En ce temps-là, Jésus disait à Nicodème : « De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle. Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.
Celui qui croit en lui échappe au Jugement, celui qui ne croit pas est déjà jugé, du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. Et le Jugement, le voici : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Celui qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ; mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu. »

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Homélie

Posté par rtireau le 7 mars 2021

Quatrième dimanche du carême B - 14 mars 2021

2 Chroniques 36, 14-16.19-23 ; Psaume 136 ; Ephésiens 2, 4-10 ; Jean 3, 14-21

Étrange histoire d’un serpent comparé avec Jésus ! Une tradition biblique raconte que, durant l’Exode, les Hébreux qui souffraient de la faim et de la soif avaient protesté contre Dieu et contre Moïse. Des serpents de feu avaient alors surgi, comme pour les punir, et semaient la mort dans le peuple. Alors Dieu avait invité Moïse à mettre un serpent de bronze sur un mât ( donc élevé) en disant : “Quiconque le regardera restera en vie (Nombres 21, 8). Les deux mots : élevé et viepermettent la comparaison entre le serpent et Jésus : 

- Jésus est élevé sur la croix comme le serpent était élevé sur son mât. 

- Ceux qui avaient reçu la blessure mortelle conservaient la vie en regardant le serpent, comme ceux qui cherchent la vie éternelle la trouveront dans leur confiance en Christ. 

Le Jésuite Marcel Domergue a écrit : “Regardons le Christ crucifié : 

- il est d’abord la figure du mal que nous commettons, puisqu’il est parmi les malfaiteurs ; 

- il est en même temps l’image du mal que nous subissons, puisqu’il est condamné injustement ; 

- il est aussi l’image de Celui qui prend en charge le mal qui nous affecte, que nous en soyons les auteurs ou les victimes. A la Croix, ce qui nous détruit est à la fois affiché et surmonté.”

Le Christ donne la vie en plénitude, la vie éternelle. D’où vient donc ce cadeau qui dépasse tout désir ? La réponse : “Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique.” La source de ce don, c’est l’amour qui surgit du mystère de l’univers, c’est à dire du cœur même de Dieu.

Certains prétendaient que le Messie allait détruire les pécheurs. Non, dit Saint Jean, Dieu n’envoie pas son Fils pour juger, mais “pour que, par lui, le monde soit sauvé.” Perspective résolument optimiste. La foi chrétienne ne supporte pas le pessimisme. Dans le rituel du baptême, j’aime beaucoup la prière associée au signe de la lumière : “Reçois cette lumière. Qu’elle te permette de découvrir la beauté en toutes choses, qu’elle te donne espérance au milieu des difficultés que tu connaîtras. Rappelle-toi toujours que tu es entré dans un monde tourné vers l’avenir - j’ajoute souvent “un monde d’optimistes” - Car Jésus Christ notre Seigneur est la lumière du monde.”

Je n’oublie pas pour autant la phrase : “Les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière”. Elle est toujours d’actualité partout où des hommes tuent, quelquefois même en prétendant le faire au nom de notre Dieu. C’est sûrement ça le sacrilège dont parle la première lecture. Jésus est pourtant clair : “Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique… non pas pour juger le monde mais pour que par lui le monde soit sauvé”. Dieu est clairement du côté de la vie, jamais du côté du meurtre. Une autre phrase peut faire peur : “Celui qui ne croit pas est déjà jugé”. Phrase mystérieuse. Mais que personne ne dise que cette phrase désignerait ceux qui ne sont pas chrétiens ! Car saint Jean dit tout le contraire : “Celui qui fait la vérité vient à la lumière.” Autrement dit, la rencontre de chacun avec son Dieu est intime, et elle se joue dans la sincérité du cœur, dans la valeur des actes et de l’ouverture aux autres. En clair, il est déjà dans la vie éternellecelui qui descend au fond de lui à la rencontre de l’Amour, qu’il le nomme Dieu ou non ; il baigne déjà dans la lumière de Dieu celui qui croit que les forces du mal n’auront pas le dernier mot.

Le sommet de la vie de Jésus est son élévation en croix. Mais de cette mort-résurrection, la vie de Dieu rayonne jusqu’à nous. Et il devient pensable d’aller jusqu’à mourir pour l’autre. Le tragique de la condition humaine, les horreurs que nous pouvons vivre, tout cela nous met devant le drame d’hommes qui préfèrent la mort. Mais en face, le Vivant nous propose de nous transfuser sa propre vie. Une vie qui n’est qu’amour, mais un amour crucifié. De sa croix jaillit une lumière qui fait la vérité sur l’homme et ne laisse aucun coin d’ombre où il puisse cacher son jeu. 

La méditation de saint Jean devant la croix est sévère : croire est une décision qui engage toute l’existence, une option pour ou contre la vie. Nous chrétiens sommes optimistes : Dieu a ressuscité Jésus qui a donné sa vie par amour et depuis nous croyons que tout  ce qui est donné par amour dans une vie ne meurt pas. Ou comme l’écrit Véronique Margron « Nous croyons que la mort recule devant le don. »

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