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A quel christianisme se réfère-t-on ?

Ne pas enrôler le christianisme dans des combats politiques ou identitaires

Bouthors

 

 

Point de vue.

Par Jean-François Bouthors. Éditeur et écrivain (1)

Ouest-France du 5 octobre 2015

On s’est, à juste titre, indigné contre les propos de Nadine Morano définissant la France comme « un pays de race blanche ». Son propos présentait aussi le judéo-christianisme comme une caractéristique française. Il est désormais récurrent d’invoquer les racines chrétiennes ou judéo-chrétiennes de la France pour en faire un argument politique.

C’est pour le moins surprenant dans un pays qui est sans nul doute le plus sécularisé d’Europe, où la pratique religieuse est le fait d’une infime minorité – moins de 4 % des Français vont à la messe régulièrement – et où la culture religieuse est chez la plupart des citoyens quasi nulle.

Quant à invoquer la mémoire, le patrimoine chrétien, c’est une affaire tout aussi problématique : à quel christianisme se réfère-t-on ? Au cours de l’histoire, il a présenté des visages différents et contradictoires.

Pense-t-on au christianisme des Croisés qui massacrent les musulmans à Jérusalem, à celui qui conduit au sac de Béziers – « Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! », ou à la liberté débridée de Rabelais, à l’humanisme d’Érasme, à la charité de Vincent de Paul, à la finesse de Pascal ? Se réfère-t-on à la religion des antidreyfusards ou à celle de Péguy ? S’inspire-t-on de la colère de Bernanos contre les évêques franquistes pendant la guerre d’Espagne, ou du « Gott mit uns » inscrit sur le ceinturon des gardes de camps nazis ?

Le christianisme n’existe pas comme un monolithe. Il est un débat permanent et houleux. Il n’appartient à personne, et comme un fleuve, il déborde constamment de son lit. Il lui arrive d’emprunter des voies nouvelles, de se frayer des chemins inattendus, et même de se fourvoyer.

Un peu de théologie suffit à renverser l’utilisation du christianisme comme un argument politique identitaire. Personne ne naît chrétien. La foi ne se transmet ni par le sang, ni par le sol. Être chrétien, c’est un choix personnel. Quoi qu’en dise la légende, le baptême de Clovis n’est pas le baptême de tous les Français.

Si Jean Paul II s’est opposé, avec raison, à l’annexion du christianisme par le marxisme dans certaines formes de la théologie de la Libération, c’est avec tout autant de vigueur qu’il faut dénoncer, aujourd’hui, la tentative d’enrôler le christianisme dans des combats politiques identitaires et nationalistes.

On aimerait que les évêques français dénoncent ceux qui jouent avec ce genre d’allumettes, qui mettent le feu aux passions collectives.

C’est avec stupeur et horreur qu’on a entendu ces dernières semaines des maires annoncer qu’ils n’accueilleraient que des réfugiés « chrétiens ». Depuis quand demande-t-on un certificat de baptême à celui dont on se fait le prochain ? À tous ceux qui manient ce genre d’argument, on recommande qu’ils se mettent d’urgence à lire les évangiles. Ils y apprendront que les chrétiens ne mangent pas de ce pain-là.

Qu’on se le dise : le christianisme n’appartient à personne, et surtout pas aux hommes politiques qui pensent draguer les électeurs en invoquant une religion dont ils piétinent l’enseignement.

(1) publie, ces jours-ci, un Petit Éloge du catholicisme français, aux Éditions François Bourin.

Reflux des croyances : apprivoiser le vide

Posté par rtireau le 10 octobre 2015

Jean Lavoué 033

Par Jean Lavoué, écrivain.

Ouest-France du 10 octobre 2015

 

Mercredi prochain, le réalisateur québécois Guillaume Tremblay présentera à Lorient son documentaire L’heureux naufrage : une réflexion sur l’effondrement brutal du système religieux catholique qui avait façonné son pays au fil des siècles.

De nombreux témoins y donnent leur point de vue. Des intellectuels français (André Comte-Sponville, Eric-Emmanuel Schmitt, Jean-Claude Guillebaud, Frédéric Lenoir) apportent leur éclairage en considérant également l’impact de cet affaissement en France.

C’est avec ce vide laissé par le reflux des croyances que doit aujourd’hui composer la population des pays de tradition catholique. Selon Guillaume Tremblay, ce vide, beaucoup l’apprivoisent. Ils en font du neuf ! Souvent, ils se réapproprient même des valeurs qui avaient été brouillées du fait de leur annexion par un système institutionnel et dogmatique dont ils ne veulent plus.

Il semble qu’en portant à sa tête le pape François, l’Église catholique ait pris la mesure de ce rejet farouche dont elle était l’objet. Après l’élan donné par Vatican II, une longue période de fermeture à la modernité a entraîné un exode sans précédent de fidèles. Ceux-ci n’ont plus reconnu dans les options de l’Église le souffle d’ouverture au monde qu’avait été pour eux le Concile. Dès lors, ils ne se sont plus guère intéressés à elle. Ils ont, avant tout, cherché à mettre leur énergie et leurs convictions personnelles au service d’une humanité en chemin.

En se portant aux périphéries, en invitant les chrétiens à ouvrir les églises dans lesquelles Jésus lui-même, affirme-t-il, se trouve enfermé, frappant de l’intérieur pour qu’on lui ouvre la

porte, François ne fait rien d’autre que rejoindre l’intuition de beaucoup : l’Évangile se joue et se jouera désormais à hauteur d’homme, sans le recours aux murs et aux rigidités qui ont figé le souffle de son message.

Beaucoup de ceux qui, en la quittant, ont assumé ce naufrage se reconnaissent dans la liberté de ton et l’audace de ce pape. Cependant, même s’ils se sentent réconfortés d’être ainsi accompagnés par cette parole prophétique et courageuse, ce n’est pas pour autant qu’ils ont le désir de revenir vers l’Église.

Le message énoncé par François résonne trop avec leur propre itinéraire d’exode. Aux périphéries du monde, solidaires d’une humanité en marche, ils veulent être porteurs des valeurs de liberté et d’Évangile que l’heureux naufrage de l’institution leur a permis de retrouver comme un trésor caché.

Au lendemain de la Révolution française, un prêtre breton, Félicité de Lamennais, avait déjà assumé seul un tel itinéraire qui le conduisit des convictions les plus romaines jusqu’à cet humanisme évangélique libéré des dogmes. Abandonné par ses anciens coreligionnaires, il devint l’ami des pauvres, des exclus, des abandonnés, des sans-voix…

Apprivoiser son vide, n’est-ce pas ainsi aujourd’hui, pour beaucoup, non pas d’abord rêver d’une Église enfin plus ouverte, même s’ils ne boudent pas leur plaisir de la voir évoluer ainsi… mais plutôt vivre, au plus près de leur inspiration humaine, certaines valeurs évangéliques dont ils retrouvent ainsi la saveur, délivrée de la gangue d’amertume qui l’altérait.

 

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