Contes et paraboles

bleu-violet

 

Cinq miches de pain

A quelqu’un qui lui demandait pourquoi, chaque matin, il achetait cinq miches de pain, un habitant de Bagdad répondit :

- Il y en a une pour moi, deux que je dois rendre et deux que je prête.

- A qui rendez-vous et à qui prêtez-vous ?

- Je rends à mes parents ce qu’ils m’ont donné quand j’étais jeune, et, à mes enfants, je prête ce qu’ils me rendront quand je serai vieux.

 

Comme un grain de sénevé

Un jeune homme eut un jour un songe. Il entre dans le magasin du bonheur. Derrière le comptoir, il voit un ange. Vite, le jeune homme demande : “Que vendez-vous ?” – L’ange lui répond aimablement : “Tout ce que vous voulez, absolument tout.” – Alors le jeune homme s’écrie : “J’aimerais la fin des guerres partout dans le monde ; j’aimerais de meilleures conditions de vie pour les marginaux de notre société ; la fin de la misère dans le Quart-Monde ; j’aimerais du travail pour tous les chômeurs ; j’aimerais que les jeunes puissent s’insérer rapidement…” Mais l’ange l’interrompt et lui dit : “Excusez-moi, jeune homme, vous ne m’avez pas bien compris. Nous ne vendons pas des fruits, nous ne vendons que des semences.”

 

Communication

Le petit écran n’est-il pas devenu une fenêtre ouverte sur le monde ?

Par la télé, le globe devient un village planétaire,

où l’on se voit vivre,

où l’on se donne des nouvelles,

où l’entraide devient nécessaire et possible.

Un couple très isolé par l’âge et la distance, avouait:

« C’est quand même une belle invention, la télé…

Il n’y a plus que cela qui nous relie au reste du monde. »

Mais cette fenêtre de la communication

ne peut pas remplacer la vie de village connue jadis

les veillées qui ont inventé le folklore

avec les histoires et les chansons,

les danses et les coutumes.

Elle ne peut pas remplacer la main du voisin

qui frappait à la porte ou à la fenêtre

pour s’inviter ou demander un service,

à toute heure du jour ou de la nuit.

On demandait à un vieux paysan savoyard

ce qu’il pensait de sa télé ?

Il répondait, le regard vif, brillant encore des souvenirs d’autrefois :

« La télé un carreau de plus dans la maison ;

mais à ce carreau-là,

il n’y a jamais personne qui frappe pour entrer. »

Le véritable écran qui permet la rencontre, la présence,

c’est encore et pour longtemps,

le visage, le regard et les yeux des voisins.

Devant la télé… nous sommes côte à côte.

Reste-t-il des moments pour être face à face ?

 

Confiance

Au supermarché, une fille d’attente. Bonne occasion de voir qui est mon prochain. Devant moi, une femme âgée. Visage grave, tourné vers l’ailleurs. Dans son panier, peu de choses achetées. ¨Peut-être vit-elle seule ? Quand arrive son tour, la jeune caissière lui demande : “Avez-vous de la monnaie ?” D’un geste, la femme lui tend son porte-monnaie : “Tenez, choisissez vous-mêmes.” Je ne peux m’empêcher de dire : “Quelle confiance… C’est magnifique !” Un beau sourire illumine le visage de la vieille dame. Elle se tourne vers moi : “La confiance… j’y suis bien obligée : je ne vois pas.” Après quelques instants de silence, elle ajoute : la confiance, c’est sans doute magnifique, mais je ne peux pas faire autrement. Ainsi, cette femme âgée avait besoin des autres. Elle s’en remettait à eux. Elle ne pouvait plus s’en passer. C’était devenu sa manière de vivre.

Sur la place du village, trois hommes ont pris position devant une bouteille de rosé. L’un d’eux, torse nu, larges tatouages au bras fait la manche avec beaucoup d’entrain. Mais il confie : “Les gendarmes nous ont demandé de déguerpir. On ne peut pas rester là, sinon on aura des ennuis.”

Ainsi, dans ce village, la mendicité est interdite. Les errants, les mendiants, les clochards n’ont rien à faire sur les places publiques. En ces lieux aménagés, où passe du monde qui ne peut être que du beau monde. Entendez des gens normaux. Des gens qui ne font pas désordre. Des gens qui ne sont pas obligés de faire confiance aux autres pour s’en sortir et survivre.

 

Conte philosophique

Il était une fois, une île où vivaient tous les sentiments : la Joie, le Bonheur, la Tristesse, le Pouvoir, l’Amour, l’Orgueil… ainsi que tous les autres.

Un jour on annonça aux sentiments que l’île allait couler. Ils préparèrent donc tous leurs bateaux et partirent. Seul l’Amour resta. L’Amour voulait rester jusqu’au dernier moment.

Quand l’île fut sur le point de sombrer, l’Amour décida d’appeler à l’aide.

Comme la Richesse passait par là dans un luxueux bateau, l’Amour lui dit : « Richesse, peux-tu m’emmener ? » – « Non car il y a beaucoup trop d’argent et d’or sur mon bateau, que je ne puisse risquer de les perdre. Je n’ai pas de place pour toi. »

L’Amour décida alors de demander à l’Orgueil, qui passait aussi dans un magnifique vaisseau : « Orgueil, aide moi je t’en prie ! » – « Je ne puis t’aider, Amour. Tu es tout mouillé : de quoi aurais-je l’air près de toi, désespéré ? Tu pourrais ternir l’image de mon bateau. »

La Tristesse étant à côté, l’Amour lui demanda : « Tristesse, laisse moi venir avec toi. ». – « Oh… Amour, je suis tellement triste que j’ai besoin d’être seule ! »

Le Bonheur passa aussi à côté de l’Amour, mais il était si heureux qu’il n’entendit même pas l’Amour l’appeler !

Soudain, une voix dit : « Viens Amour, je te prends avec moi. » C’était un vieillard qui avait parlé. L’Amour se sentit si reconnaissant et plein de joie qu’il en oublia de demander son nom au vieillard. Lorsqu’ils arrivèrent sur la terre ferme, le vieillard s’en alla.

L’Amour réalisa tout ce qu’il lui devait et demanda au Savoir : « Qui m’a aidé ? »

« C’était le Temps » répondit le Savoir. – « Le Temps ? » s’interrogea l’Amour.

« Mais pourquoi le Temps m’a-t-il aidé ? »

Le Savoir sourit plein de sagesse et répondit : « C’est parce que seul le Temps est capable de comprendre combien l’Amour est important dans la Vie. »

 

Y a-t-il une vie après la naissance ?

Deux jumeaux sont dans le ventre de leur mère. Ils discutent philosophie.

- Tu crois qu’il y a une vie après la naissance ?

- Évidemment. Il doit forcément exister quelque chose au-dehors, car il me semble que nous sommes ici précisément pour nous préparer à ce plus tard.

- Mais non! Ce n’est pas possible. Il n’y a pas de vie après la naissance. Si c’était le cas, quelqu’un nous en aurait parlé. Donc, cela n’existe pas. Mais imaginons, comment serait ce monde futur ?

- Je ne sais pas, mais il y aurait certainement plus de lumière. Peut- être pourrions-nous même courir ? Manger avec nos mains et notre bouche ?

- Mais non ! On ne peut pas courir ! Et qui a vu une personne manger en utilisant sa bouche ! C’est le cordon ombilical qui nourrit l’homme, c’est prouvé scientifiquement.

- Écoute, je ne sais pas, mais ce que j’imagine, c’est que nous verrons nos parents et ils prendront soin de nous. Maman nous donnera le sein…

- Maman ??? Tu crois en Maman ? C’est juste un concept abstrait sans fondement objectif, scientifique. Qui est Maman pour toi ?

- C’est grâce à elle que nous vivons. Nous tirons notre vie d’elle, nous n’existerions pas sans elle.

- Je ne crois pas ! Je n’ai jamais vu Maman, donc, elle n’existe pas.

- Comment peux-tu dire cela ? Lorsque nous sommes en silence et que nous ne nous bagarrons pas, nous pouvons entendre comme une sorte de chant qu’elle fredonne et nous percevons la manière dont elle ressent le monde extérieur. Lorsque tu es triste, tu aimes bien te coller à l’ombre de ce que nous avons appelé sa main, faute d’autre définition. Tu aimes lorsque tu as l’impression que cette main te caresse… Tu sais, je pense que la vraie vie commence plus tard.

 

Des pas sur le sable

Une nuit, j’ai eu un songe.

J’ai rêvé que je marchais le long d’une plage, en compagnie du Seigneur.

Dans le ciel apparaissaient, les unes après les autres, toutes les scènes de ma vie.

J’ai regardé en arrière et j’ai vu qu’à chaque scène de ma vie, il y avait deux paires de traces sur le sable : l’une était la mienne, l’autre celle du Seigneur.

Nous continuions à marcher ainsi, jusqu’à ce que tous les jours de ma vie aient défilé devant moi.

Alors, je me suis arrêté et j’ai regardé en arrière. J’ai remarqué qu’en certains endroits, il n’y avait qu’une seule paire d’empreintes, et cela correspondait exactement avec les jours les plus difficiles de ma vie, les jours de plus grande angoisse, de plus grande peur et aussi de plus grande douleur.

J’ai donc interrogé : « Seigneur, tu m’as dit que tu étais avec moi tous les jours de ma vie et j’ai accepté de vivre avec toi. Mais j’ai remarqué que dans les pires moments de ma vie, il n’y avait qu’une seule trace de pas. Je ne peux pas comprendre que tu m’aies laissé seul aux moments où j’avais le plus besoin de toi.”

Et le Seigneur répondit : “Mon fils, tu m’es tellement précieux ! Je t’aime ! Je ne t’aurais jamais abandonné, pas même une minute ; les jours où tu n’as vu qu’une seule trace de pas sur le sable, ces jours d’épreuve et de souffrance, eh bien : c’était moi qui te portais.”

d’après Adémar de Barros (poète brésilien)

Dieu avait besoin

Dieu avait besoin d’un père pour son peuple,

il choisit un vieillard ! Alors Abraham se leva…

Il avait besoin d’un porte-parole,

il choisit un timide qui bégayait ! Alors Moïse se leva…

Il avait besoin d’un chef pour conduire son peuple,

il choisit le plus petit, le plus faible ! Alors David se leva…

Il avait besoin d’un roc pour poser l’édifice,

il choisit un renégat ! Alors Pierre se leva…

Il avait besoin d’un visage pour dire aux hommes son amour,

il choisit une prostituée ! Ce fut Marie de Magdala…

Il avait besoin d’un témoin pour crier son message,

il choisit un persécuteur ! Ce fut Paul de Tarse…

Il avait besoin de quelqu’un pour que son peuple se rassemble, et qu’il aille vers les autres !

Alors il t’a choisi…

Et même si tu trembles, pourrais-tu ne pas te lever ?

Jean-Baptiste Pham Minh Man

Dieu dans la tendresse

Dieu, je ne sais pas où il est.

On m’a dit qu’il était partout, mais je ne l’ai vu nulle part.

Dieu, à force de la chercher, j’ai rencontré des gens qui le cherchaient aussi.

Ils n’ont pas su me dire où Dieu était caché, mais ils ont eu pour moi une grande tendresse.

Je me suis demandé alors : Ne serait-ce pas dans cette tendresse que Dieu vit ?

Depuis, comme eux, j’essaye de donner cette tendresse à ceux que je rencontre.

 

Dieu est ailleurs

Le Dieu trousseau de clés est le Dieu qui explique tout, qui ouvre les portes du savoir. Un maillon manquait pour l’irrésistible logique de nos raisonnements, la solution est trouvée. Nous n’aurons plus de problèmes de compréhension de l’homme et du monde. Dieu est le passe-partout.

Le Dieu mouchoir ne prend pas en charge l’explication, mais la consolation. Il apparaît quand tout va mal et il disparaît quand tout va bien. Sa présence est liée à la météorologie de nos sentiments : sensible par temps d’orage, de maladie ou de deuil, superflue à l’heure de la réussite et de l’abondance. Un Dieu de ténèbres, jamais de plein jour.

Le Dieu porte-monnaie mise sur les valeurs bien cotées en Bourse, à l’abri de toute érosion. Il sécurise l’individu, hiérarchise la vie sociale, fortifie la famille, glorifie la nation. A tous les niveaux, il garantit l’ordre social. Avec lui, on est sûrs de toucher une rente éternelle.

Au total, trois façons de mettre Dieu dans sa poche. Mais si Dieu n’est pas dans la poche, où donc est-il ? Quels rendez-vous nous fixe-t-il, lui qui nous a faits pour lui, tellement désirant de sa présence et de son salut.

Bruno Chenu

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