Recueil 10

vert

Le paysan dans le ciel

Il mourut une fois un pauvre bon paysan qui vint à la porte du paradis. En même temps mourait un riche seigneur qui monta aussi au ciel. Saint Pierre arriva avec ses clefs, ouvrit la porte et fit entrer le seigneur. Mais sans doute il n’avait pas vu le paysan, car il le laissa dehors et ferma la porte. Le paysan entendit la joyeuse réception que le ciel faisait au riche avec le chant et la musique. Quand le bruit se fut apaisé, Saint Pierre revint et fit entrer enfin le pauvre homme. Celui-ci s’attendait qu’à son entrée le chant et la musique allaient recommencer. Mais tout resta tranquille. On le reçut de bon cœur, les anges allèrent au-devant de lui ; mais personne ne chanta. Il demanda à Saint Pierre pourquoi la musique n’allait pas pour lui comme pour le riche, et si la partialité régnait au ciel comme sur la terre. “Non, lui répondit le saint, tu es aussi cher qu’aucun autre, et tu goûteras, tout comme celui qui vient d’entrer, les joies du paradis ; mais vois-tu, des pauvres paysans comme toi, il en entre tous les jours ici, tandis que des riches, il n’en vient pas un tous les cent ans.”

Grim

 

Le pêcheur satisfait

L’opulent industriel était horrifié de voir le pêcheur étendu paresseusement à côté de son bateau.

- “Pourquoi n’êtes-vous pas à la pêche ?” demanda l’industriel ?

- “Parce que j’ai attrapé assez de poissons pour la journée,” répondit le pêcheur.

- “Pourquoi n’en pêchez-vous pas plus que vous n’en avez besoin ?”

- “Qu’est-ce que j’en ferais ?”

- “Vous pourriez gagner plus d’argent. Avec cet argent, vous pourriez ajouter un moteur à votre bateau, et pêcher plus de poissons. Cela vous permettrait d’acheter des filets de nylon. Et ces filets vous apporteraient plus de poissons et plus d’argent pour posséder deux bateaux… peut-être même une flotte de bateaux. Et alors, vous seriez un homme riche, comme moi.”

- “Qu’est-ce que je ferais, alors ?

- “Alors, vous vous assoiriez et jouiriez de la vie.”

- “Qu’est-ce que vous pensez que je fais actuellement ?”

                                                Anthony de Melle   s.j.

Le portrait

Dans le rond de lumière, sous la lampe, un enfant gribouille, et son père amusé quitte un peu son journal pour voir ce que fait son fils.

- Qu’est ce que tu nous dessine mon chéri ?

- Je dessine Dieu.

- Mais personne ne connait Dieu. Personne n’a jamais vu Dieu.

- Et bien ! Vous le verrez quand j’aurai fini…

tiré de « Contes des sages qui s’ignorent » de Marie Faucher.

Le quatrième mage

Dans la région de Bethléem, on raconte que les mages étaient au nombre de quatre. Ils s’étaient mis en route pour aller rendre hommage à Jésus. Mais le quatrième mage se laissa distancer par les autres qui arrivèrent sans lui à Jérusalem, où Hérode leur indiqua la route de Bethléem. Lorsqu’il quittèrent Jésus, ils prirent un autre chemin et ne rencontrèrent plus jamais le quatrième mage. Celui-ci n’avançait pas vite, car il avait un cœur d’or, et distribuait tous les cadeaux qu’il avait apportés pour Jésus aux pauvres qu’il croisait sur sa route !

Il finit tout de même par arriver à Jérusalem et interrogea ses habitants :

- Auriez-vous vu des mages à la recherche d’un enfant roi ?

- Bien sûr! Il y a longtemps qu’ils sont passés. Ils ont pris la route de Bethléem. À l’heure qu’il est, ils sont sûrement déjà sur le chemin du retour !

Le quatrième mage décida qu’il ne pouvait pas aller honorer Jésus les mains vides, puisqu’il avait donné tous ses présents. Il rentra donc dans son pays.

Les habitants de Jérusalem allèrent aussi à Bethléem pour admirer Jésus et firent une devinette à Marie :

- Savez-vous combien il y avait de mages ?

- Quatre, répondit Marie.

Les habitants de Jérusalem étaient stupéfaits.

- Comment l’avez-vous deviné ? Le quatrième n’est pas venu jusqu’à vous !

Marie sourit.

- C’est pourtant lui qui a offert à Jésus le plus beau cadeau en donnant tous ses présents aux malheureux.

Et sans doute Marie a-t-elle ajouté :

- Allez, et faites de même !

 

Le sculpteur et le dauphin

Dans la cour de l’école, un camion apporte un gros bloc de glace. Les enfants s’attroupent autour pour regarder un monsieur sortir ses outils et commencer à tailler la glace. Au fur et à mesure et après un long moment, les enfants voient apparaître un dauphin. Un petit garçon s’approche et demande :

“Monsieur, comment tu savais, toi, que le dauphin était enfermé dans le glaçon ?”

Jade page 84

Le secret du vieux sage

La scène se passe dans un petit monastère. Il fut autrefois célèbre et peuplé de nombreux moines. Mais, depuis quelque temps, c’est l’hiver. L’église ne résonne plus des chants de la communauté, les cellules sont vides. Seuls demeurent trois moines, le cœur triste… En contrebas du monastère, un vieux sage s’est construit un petit ermitage. Et chaque fois qu’il s’installe pour quelques jours dans sa cabane, les moines ont le cœur moins lourd.

Un matin, le père abbé décide de rendre visite au vieil ermite. Après avoir partagé un verre de vin et un morceau de pain, l’abbé s’enhardit et confie à son hôte son infinie tristesse : “C’est comme si le sang ne coulait plus dans les veines de notre monastère, comme si, soudain, nous étions devenus du bois mort… ”

Le vieux sage l’écoute en silence et ils restent ainsi tous les deux, un long moment. Puis l’ermite prend doucement les mains de l’abbé dans les siennes et lui dit : “Toi et tes frères, vous avez le cœur gros. Vous espérez entendre les mots qui vous redonneront l’espérance. Je vais donc te confier un secret mais tu ne pourras le répéter qu’une seule fois. Ensuite, nul ne devra plus l’évoquer à voix haute.” Le vieux sage regarde alors l’abbé intensément et lui dit : “Le Christ est parmi vous.” Puis il se retire…

Rentré au monastère, l’abbé passe la nuit à tenter de comprendre, en vain, ce secret. Au matin, il dit à ses deux frères : “Le vieux sage m’a confié un secret qui, une fois que vous l’aurez entendu, ne devra plus jamais être proféré à voix haute : il m’a dit : « Le Christ est parmi nous ! »”

Les moines sont à leur tour très surpris. Chacun se demande intérieurement : “L’un de mes frères est-il réellement le Messie ?” Le temps passe : personne n’ose plus évoquer le secret du vieil ermite.

Mais la vie commence à changer au monastère : les frères se regardent avec davantage d’amitié, de respect ; chaque fois que l’occasion se présente, ils se rendent service, prennent le temps de s’écouter, ont mille et une attentions les uns pour les autres. Leurs chants résonnent à nouveau dans l’église. La nouvelle se répand aux alentours : les moines ont retrouvé la joie ; une joie contagieuse qui donne à d’autres le désir de les rejoindre et de partager leur vie et leur prière. Le dimanche, à la messe, la foule se presse à nouveau sous les voûtes. Comme si, en plein hiver, le bois mort s’était soudain mis à refleurir…

Bertrand Révillon

Le Silence

L’enfant était né muet. Non pas chétif, non pas absent, mais il ne parlait pas, n’avait jamais parlé. Pas un mot. Jamais.

II courait dans les champs et jouait, gambadait, faisait ses farces et ses petites bêtises blondes tachées de rousseurs, grattait le ventre du chat, lançait un bâton au chien, ramassait du pissenlit, mais jamais un mot plus haut que l’autre, parce que pas de mot du tout. Un jour, comme il allait sur dix ans de bouche cousue, il vit sortir soudain, de la grange de ses parents, de la fumée et puis des flammes.

- Au feu ! Au feu ! Vite, venez vite, il y a le feu ! lance-t-il.

Quand tout fut éteint et calme, la surprise soudain trouva une place.

- Mais, tu parles ? Tu as parlé ? Tu n’es pas muet ?

- Non !

- Et pourquoi tu n’as jamais parlé, jamais rien dit ?

- Parce qu’il n y avait rien à dire.

 

Le soleil et mes volets

Le soleil est déjà levé. Ouvrir mes volets ne fait pas lever le soleil, cela permet seulement au soleil d’entrer dans ma maison, de la réchauffer et de l’illuminer. Telle est la première fonction de la prière : Dieu est déjà levé sur ma vie, je le laisse entrer.

François Varone (Ce Dieu absent qui fait problème p. 166)

Le sourire au lépreux

Une léproserie. Au sens le plus navrant, le plus odieux du terme… Des hommes qui ne font rien, auxquels on ne fait rien et qui tournent en rond dans leur cour, dans leur cage… Des hommes seuls. Pis : abandonnés. Pour qui tout est déjà silence et nuit.

L’un d’eux pourtant, un seul, a gardé les yeux clairs. Il sait sourire, et lorsqu’on lui offre quelque chose, dire merci. L’un d’eux, un seul, est demeuré un homme.

La religieuse voulut connaître la cause de ce miracle, ce qui le retenait à la vie… Elle le surveilla. Et elle vit que chaque jour, par dessus le mur si haut, si dur, un visage apparaissait. Un petit bout de visage de femme, gros comme le poing, et qui souriait. L’homme était là, attendant de recevoir ce sourire, le pain de sa force et de son espoir… Il souriait à son tour et le visage disparaissait. Alors il recommençait son attente jusqu’au lendemain.

Lorsque la missionnaire l’interrogea : “C’est ma femme, dit-il simplement. Avant que je vienne ici, elle m’a soigné en cachette. Avec tout ce qu’elle a pu trouver. Un féticheur lui avait fourni une pommade. Elle m’en enduisait chaque jour la figure… sauf un petit point. Juste assez pour y poser ses lèvres. Mais ce fut en vain. Alors, on m’a ramassé. Mais elle m’a suivi. Et lorsque chaque jour je la vois, je sais par elle que je suis vivant et je dis : Merci”.

                                                Raoul Follereau

Le toboggan

Tout près de chez nous, il y a un petit jardin public et un coin de ce jardin est réservé aux bambins de deux à six ans. Chaque fois que je passe par là, j’aime m’arrêter pour admirer l’agitation de cette petite fourmilière. Il y a là plusieurs accessoires : un gros poussin coloré monté sur un ressort, un cheval de bois, une sorte de voiture aux couleurs vives qui s’incline quand on imite le passage d’un virage, mais qui ne se déplace pas, etc… Et surtout, il y a un toboggan…

Ah! Le toboggan!… Sans nul doute, c’est lui qui a les faveurs des enfants. Il y a des heures où l’on se bouscule pour y avoir accès. Et ce n’est pas si facile d’escalader, dans un premier temps, ses deux mètres de hauteur. Les marches sont hautes pour les petites jambes. Il faut se hisser, ramper, s’agripper, se tortiller, passer par-dessus un petit camarade qui traîne trop… Mais enfin, on arrive au sommet. Là, on prend un instant des airs d’alpiniste ayant vaincu l’Annapurna. Mais déjà il faut songer à la descente. On s’assoit sur le bord de la glissière, on hésite un moment, puis on se lâche… Trois secondes de pur bonheur !…

Mais vite, vite, on saute sur ses petites jambes et on contourne l’édifice pour retrouver la montée. On se tortille, on s’agrippe, on se hisse sans perdre de temps… Et on redescend en un éclair. Et puis on repart en courant… Dix fois, vingt fois…

Mais qu’est-ce donc qui plaît tellement aux enfants dans le toboggan ?… Tant de peine pour l’éclair de bonheur que procure la descente !… Ça paraît si disproportionné !…

Et si ce n’était pas la descente qui passionne les enfants, mais la montée ?… Le petit qui a escaladé l’espèce d’échafaudage 10 fois, 20 fois, a en réalité escaladé en tout 20 mètres, 40 mètres. On ne l’aurait certainement pas autorisé à grimper si haut. Jamais de la vie Le seul moyen d’accomplir cet exploit, c’est de s’y reprendre à maintes reprises. Et de toujours repartir pour grimper, grimper encore. La descente c’est seulement un instant de pause. La pause et le recul que s’accorde le peintre pour admirer le développement de son œuvre mais qui, sans s’attarder, reprend aussitôt ses pinceaux… Le toboggan ça permet de ne pas perdre de temps à faire à l’envers tout ce qu’on a fait à l’endroit. Le toboggan c’est, avant tout, ce qui permet de repartir sans perdre de temps.

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