Recueil 6

rose-violet

 

La fenêtre sale

Un jeune couple venait de s’installer dans un nouveau quartier.

Le lendemain matin, la femme aperçut leur voisine qui étendait du linge sur un séchoir. Son linge est sale ! dit elle. Elle ne sait pas laver. Son mari regarda la scène  mais garda le silence.

Et le même commentaire se répéta plusieurs fois jusqu’au jour où la femme fut surprise de voir que le linge de sa voisine était bien propre. Elle dit à son mari : “Regarde! Elle a appris à laver son linge maintenant.”

Le mari répondit : “Non ! Je me suis levé tôt ce matin et j’ai lavé les carreaux de notre fenêtre !

Tout dépend de la propreté de la fenêtre à travers laquelle nous observons les faits. Avant de critiquer, il faudrait peut-être vérifier d’abord la qualité de notre regard.

Ah! J’allais oublier…. Aujourd’hui, je te vois mieux qu’hier. Et toi ?

 

La formule

Le mystique revenait du désert. “Dites-nous, lui demanda-t-on : à quoi ressemble Dieu ?”

Mais comment pourrait-il jamais enfermer dans des mots ce qu’il avait expérimenté dans les profondeurs de son cœur ? Est-il possible d’enfermer la vérité dans des mots ?

Finalement, il leur donna une formule – combien gauche, combien inadéquate -, dans l’espérance que certains de ceux qui la lui avaient demandée puissent être tentés, grâce à cette formule, d’expérimenter eux-mêmes ce qu’il avait expérimenté.

On s’empara de la formule ; on en fit un texte sacré ; on l’imposa à tout le monde comme une croyance sacrée. On fit de grands efforts pour diffuser le texte à l’étranger. Certains donnèrent même leur vie pour cette cause.

Et le mystique fut attristé. Peut-être eût-il mieux valu qu’il ne parlât pas.

 

La grand-mère idéale

Une grand-mère est une femme qui n’a plus d’enfants à elle : c’est pour ça qu’elle aime les enfants des autres.

Les grand-mères n’ont rien à faire, elles sont toujours prêtes. Quand elles nous emmènent en promenade, elles marchent lentement, sans écraser les belles feuilles et les chenilles. Elles ne disent jamais : “Avance plus vite, dépêche-toi !”

En général, elles sont grosses, mais pas trop pour pouvoir rattacher nos lacets. Elles savent aussi qu’on a toujours envie d’un second morceau de gâteau ou du plus gros. Une vraie grand-mère ne tape jamais un enfant, elle se met en colère en riant.

Les grand-mères portent des lunettes et parfois elles peuvent même enlever leurs dents. Quand il faut, elles savent être sourdes pour ne pas nous gêner quand nous sommes maladroits.

Quand elles nous lisent des histoires, elles ne sautent jamais un bout ; et elles n’ont rien contre si on réclame la même histoire plusieurs fois. Elles nous racontent aussi les merveilleuses histoires de Jésus qui sont des histoires vraies.

Les grand-mères sont les seuls adultes qui ont toujours du temps puisqu’elles ne travaillent plus. Elles ne sont pas aussi fragiles qu’elles le disent. Mais, curieusement, elles meurent plus souvent que nous.

Tout le monde devrait essayer d’avoir une grand-mère, surtout ceux qui n’ont pas la télé.

une enfant de 8 ans

 

La justice et le service

Je dormais et je rêvais que la vie n’était que joie.

Je m’éveillai, et je vis que la vie n’était que service.

Je servis, et je compris que le service était joie.

Rabindranath Tagore

 

La leçon de l’huître perlière

Comment l’huître s’y prend-elle pour fabriquer une perle ? Tout d’abord, c’est un grain de sable qui est tombé dans sa coquille et ce grain de sable est une difficulté pour l’huître : il l’irrite. “Ah, se dit-elle, comment m’en débarrasser ? Il me racle, il me démange, que faire ?” Et la voilà qui commence à réfléchir ; elle se concentre, elle médite, elle demande conseil, jusqu’au jour où elle comprend que jamais elle n’arriverait à éliminer ce grain de sable, mais qu’elle peut l’envelopper de façon à ce qu’il devienne lisse, poli, velouté. Et quand elle y a réussi, elle est heureuse, elle se dit : “Ah, j’ai vaincu une difficulté ! “

Depuis des milliers d’années, l’huître perlière instruit l’humanité, mais les humains n’ont pas compris la leçon. Et quelle est cette leçon ? Que si nous arrivions à envelopper nos difficultés et tout ce qui nous contrarie dans une matière lumineuse, douce, irisée, nous aurions des richesses inouïes. Voilà ce qu’il faut comprendre. Alors, désormais, au lieu de vous plaindre et de rester là à vous ronger sans rien faire, travaillez à sécréter cette matière spéciale qui peut envelopper vos difficultés. Quand vous vous trouvez devant un événement pénible, une personne insupportable, réjouissez-vous en vous disant : “Seigneur Dieu, quelle chance, encore un grain de sable, voilà une nouvelle perle en perspective.” Si vous comprenez cette image de l’huître perlière, vous aurez du travail pour toute la vie. 

 

La légende de l’arc-en-ciel

Un beau jour, toutes les couleurs du monde entier se mirent à se disputer. Chacune prétendait qu’elle était la plus belle, la plus importante, la plus utile, la préférée !

Elles se vantaient, à haute-voix, chacune étant bien convaincue d’être la meilleure. Le bruit de leur querelle s’enfla de plus en plus. Soudain, un éclair d’une lumière aveuglante apparut dans le ciel, accompagné de roulements de tonnerre. La pluie commença à tomber à torrents sans discontinuer. Effrayées, toutes les couleurs se tapirent et se rapprochèrent pour chercher un abri les unes près des autres.

La pluie prit la parole : “Stupides créatures qui vous battez entre vous, chacune essayant de dominer l’autre, ne savez-vous pas que c’est Dieu qui vous a faites toutes, chacune dans un but particulier, uniques et différentes ?  Il aime chacune d’entre vous, il a besoin de vous toutes. Joignez vos mains et venez à moi. Il va vous étendre à travers le ciel en un magnifique arc-en-ciel, pour vous montrer qu’il vous aime toutes, que vous pouvez vivre ensemble en paix. Comme une promesse qu’il est avec vous, et comme un signe d’espérance pour demain.”

Ainsi, chaque fois que Dieu envoie la pluie pour laver le monde, il place l’arc-en-ciel dans son ciel, et quand nous l’apercevons, nous devrions nous rappeler qu’il veut que nous sachions, nous aussi, nous apprécier les uns les autres et le louer de notre merveilleuse complémentarité.

                                                                                                   Légende indienne 

 

La légende du barbelé

Barbelé je suis. Je fais partie de la famille des ronces artificielles. Courir le long des frontières, protéger les engins de guerre, telle est ma fonction. Pour séparer, diviser, empêcher, on peut compter sur moi. Quand j’arrive sur le terrain, personne ne passe. Ou alors, je griffe, je déchire, je fixe sur place le suspect et l’étranger. Je n’aime pas la différence. Je pousse plus facilement à l’ombre des conflits. Devant moi, les amis d’hier ont plus de mal à dialoguer. Derrière moi, les ennemis d’aujourd’hui se protègent, s’épient et fourbissent leurs armes.

Les hommes ont découvert une façon efficace de m’utiliser : enchevêtrés selon une technique bien à eux, nous devenons, à plusieurs, des chevaux de frise, des chicanes. Des chicanes ! Parlons-en ! Il paraît qu’ils en mettent même dans leurs conversations.

Nous poussons bien autour des camps de concentration, de purification ethnique, de prisonniers et d’exclus. Je ne puis empêcher de croire, mais je prive de liberté bien des croyants. Nous nous développons aussi sur des terres de mépris, sur des sols de pauvreté, labourés par le soc de la violence. Il paraît que nos ancêtres à nous, les barbelés, s’appelaient « guirlandes ». Vous savez, ces rubans de lumière, ces cordelettes tressées d’étincelles que l’on sort aux temps de fête et de paix.

Mais un jour le cœur des hommes s’est tellement refroidi que les guirlandes les plus exposées à ce gel se sont transformées en glaçons. Leurs paillettes de lumière sont devenues autant de piquants redoutables. Désormais nous formons la famille des « ronces artificielles », nous sommes les barbelés de la division.

Y aura-t-il un jour assez de chaleur dans le cœur des hommes pour que nous puissions redevenir ce que nous étions ?

Charles Mérand

La légende du roi devenu fou

J’avais trente ans lorsque le roi est devenu fou. Nous avons vu arriver la troupe. Le capitaine a affiché une déclaration signée du roi, et s’est éloigné, suivi de la troupe. En fait, le roi nous demandait de changer. Il nous enlevait le curé, l’aubergiste. Quant aux impôts et à la construction des routes, il nous disait que le capitaine ne s’en occuperait plus. Nous avons lu et relu l’édit. Nous sommes allés voir le curé pour qu’il nous explique. Mais le pauvre homme avait perdu la tête et il est parti comme l’aubergiste ! Mais pourquoi donc le roi nous a-t-il laissés seuls ?

Les paysans se sont regardés alors sans dire un mot. Antoine, le plus intelligent, dit : “Le roi est devenu fou.” Pendant des mois, nous avons vécu comme des orphelins ou des pestiférés. Nous étions sans force et tristes. Jusqu’au jour où, au milieu de l’hiver, Antoine nous a tous réunis et nous a dit qu’il n’y avait aucune raison de supprimer l’auberge. Il nous a demandé d’aller chercher du vin et de remplir les tonneaux pour montrer que nous étions des hommes. C’est ainsi que sur le coup de midi, nous étions tous là. Nous nous sommes installés dans l’auberge où nous avons allumé un grand feu dans la cheminée. Avec le vin, nous avions apporté du pain et du fromage. Nous avons mangé et bu, tous ensemble. Les enfants se sont mis à jouer et les femmes à bavarder. Nous, oubliant un peu notre malheur, nous avons commencé à chanter et à rire. Mais pourquoi donc le roi nous a-t-il laissés seuls ?

Puis, le soir, réunis autour du feu, plus calmes, nous avons bavardé. A un moment, Lucie a demandé le silence. Elle nous a dit que nous étions des lâches et que cela ne pouvait continuer ainsi. Pour commencer, elles, les femmes exigeaient qu’on leur construise un lavoir. Antoine a pris la parole. Il voulait que les femmes aient un peu moins d’exigences, mais il reconnaissait volontiers qu’elles avaient besoin d’un lavoir. Il ajouta que les deux frères du moulin pourraient s’en occuper. L’aîné des frères a demandé quatre hommes pour l’aider. Victor a aussitôt organisé des équipes. Baptiste a remarqué qu’il faudrait aussi s’occuper du chemin qui était en fort mauvais état. Victor a organisé de nouvelles équipes. Mais pourquoi le Roi nous avait-il laissés seuls ?

Pour terminer cette nuit étrange, Joseph le fou, a levé la main pour demander la parole. Nous avons éclaté de rire, mais Antoine s’est fâché et a dit que Joseph avait les mêmes droits que tout le monde et qu’il parlerait. C’est ainsi que pour la première fois nous avons écouté Joseph. Il a dit doucement qu’il aimerait faire un petit jardin devant chaque maison.

Le jour se levait lorsque nous sommes allés nous coucher. Depuis ce moment, tout avait changé et rien n’avait changé… Les mêmes difficultés, les mêmes charges… mais nous, nous n’étions plus les mêmes. Aujourd’hui, il y a un joli chemin qui longe le village et un grand lavoir.

Et un jour le roi revint… Nous avons été d’abord très déçus. Il était simplement venu, sans cour, sans armure, monté sur une simple mule. Il a souri en se promenant dans le village. Il est parti l’après-midi, avec à la boutonnière une fleur que Joseph lui avait offerte. Et c’est alors, quand il a disparu au bout de notre chemin tout neuf, que nous avons compris pourquoi notre roi nous avait laissés seuls…

 

La machinz à écrirz détraquéz

“Bizn quz sa machinz à écrirz soit d’un modèlz déjà ancizn, zllz zst zncorz zn très bon état zt lui rzndrait d’zxczllznts szrviczs si, commz vous l’apzrczvzz, unz dzs touchzs n’était détraquéz.

Il zst zxact qu’il zn rzstz quarantz-six normalzs. Mais il suffit qu’unz touchz nz travaillz pas normalzmznt pour crézr czttz différzncz avzc un ouvragz bizn zxécuté.”

Elle a une seule lettre défectueuse : quand on tape le “e”, c’est le “z” qui sort. Et voilà ce que ça donne avec une seule lettre défectueuse ! De même, dans la  “Communion des Saints”. Il suffit qu’une seule personne ne fonctionne pas bien et on imagine le résultat. Ainsi en est-il souvent dans la vie des hommes. Une ville, une association, un mouvement, c’est comme une machine à écrire. Si quelqu’un dit : “Qu’est-ce que ça peut bien faire que je ne fonctionne pas ? Je ne suis pas indispensable !” Alors, quels galimatias ! Mais si chacun tient bien sa place : quel beau texte ! Un sans-faute ! Les chrétiens disent alors : cette unité qui fait que chacun tient bien sa place et toute sa place vient de plus loin que nous. Comme la sève qui fait gonfler les fruits de la vigne ne vient pas du seul sarment, mais du cep.

 

La messe des mémés

Elles sont là rassemblées dans la plus grande salle de l’hospice, maison de l’hospitalité. La messe commence tout doucement : « La paix soit avec vous ! Alléluia!… En ce temps-là. Jour de sabbat… Et cœtera.”

Elles n’entendent pas tout. Et les distractions ne manquent pas : Ecoutez-la, celle-là, et patati et patata.

Toutes ces formules anciennes et nouvelles, tous ces souhaits, ces mots de toujours

défilaient dans la tête des mémés, déclenchaient au passage dans ces mémoires pleines, mille souvenirs de l’enfance au vieil âge.

En ce temps-là… jour de sabbat… Hosanna … Et cœtera … Ecoutez-la, celle-là…

Elles suivaient la messe comme elles pouvaient. Parfois même, elles doublaient le célébrant, étonné de les voir brusquement courir si vite!

Vient le moment de la communion : « La paix soit avec vous »… Recueillement, silence.

Puis, c’est l’agitation dans un coin de la salle… Une chaise qui bouge, un regard de menace, un murmure : « Regardez-la, celle-là, et patati et patata.”

La voisine cherche et récupère sa canne, la soulève et menace celle qui se déplace, qui trop souvent bouge et qui change de place. Elle soulève sa canne et menace, menace…

Mais Dorothée, la bien nommée, toute en adoration, s’étonne, s’étonne et regarde ses deux voisines… et s’écrie sur un ton de communion : « On dirait qu’elles n’ont pas reçu

 le même Bon Dieu, ces deux-là ! »

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