Recueil 7

rouge

 

La Nonne et la CGT

Voici deux lettres, toutes deux authentiques (novembre 2004) :

L’une a été écrite par Soeur M., moniale visitandine à Nantes.

La réponse est signée Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT.

 

Lettre adressée par Sœur M. à la C.G.T.

Madame, Monsieur,

Religieuse cloîtrée au monastère de la Visitation de Nantes, je suis sortie, cependant, le 19 juin, pour un examen médical. Vous organisiez une manifestation. Je tiens à vous féliciter pour l’esprit bon enfant qui y régnait. D’autant qu’un jeune membre de votre syndicat m’y a fait participer ! En effet, à mon insu, il a collé par derrière sur mon voile l’autocollant CGT après m’avoir fait signe par une légère tape dans le dos pour m’indiquer le chemin. C’est donc en faisant de la publicité pour votre manifestation que j’ai effectué mon trajet.

La plaisanterie ne me fut révélée qu’à mon retour au monastère. En communauté, le soir, nous avons ri de bon cœur pour cette anecdote inédite dans les annales de la Visitation de Nantes.

Je me suis permis de retraduire les initiales de votre syndicat (CGT = Christ, Gloire à Toi). Que voulez-vous, on ne se refait pas. Merci encore pour la joie partagée.

Je prie pour vous. Au revoir, peut-être, à l’occasion d’une autre manifestation.

Sœur M.

Réponse du secrétaire général de la C.G.T.

Ma sœur,

Je suis persuadé que notre jeune camarade, celui qui vous a indiqué le chemin, avait lu dans vos yeux l’humanité pure et joyeuse que nous avons retrouvée dans chacune des lignes de votre lettre. Sans nul doute il s’est agi d’un geste inspiré, avec la conviction que cette pointe d’humour « bon enfant » serait vécue comme l’expression d’une complicité éphémère et pourtant profonde. Je vous pardonne volontiers votre interprétation originale du sigle de notre confédération, car nous ne pouvons avoir que de la considération pour un charpentier qui a révolutionné le monde.

Avec tous mes sentiments fraternels et chaleureux,

Bernard Thibault, Secrétaire général de la CGT

 

 

La paroisse et morte

Monsieur le curé vient de s’approcher du micro, l’air sombre : “Mes frères, je dois vous annoncer une nouvelle bien triste : notre paroisse est morte. Vous vous êtes souvent plaints de ce qu’elle ne soit pas très vivante. Eh bien, maintenant, elle est décédée. Je vous invite tout de même à faire une dernière visite à la chère défunte à l’issue de l’office.” (Brouhaha dans les chaises.)

Une fois le dernier cantique chanté, les paroissiens se rangent respectueusement à la file pour l’ultime hommage à la défunte qui repose dans son cercueil au bas de la nef. Pour découvrir aussi ce visage dont les traits n’ont pas tellement marqué la plupart des paroissiens : “Dites, chuchote-t-on, comment était-elle faite ?”

Mais voici que chacun de ceux qui se penchent à leur tour sur la bière pour contempler le visage de la chère disparue, a un brusque haut-le-corps et se retire bouleversé ! Qu’y a-t-il donc de si étrange ?

Lorsqu’arrive mon tour, je me penche sur le cercueil, et, ô surprise, un visage me saute aux yeux : le mien, un visage aux yeux écarquillés. Le fond de la bière était un miroir !

La paroisse ?  C’est moi, et personne d’autre.

 

La petite étoile

Il était une fois une petite étoile… particulière, étrange même, une étoile qui avait peur du noir. C’est fâcheux d’avoir peur de la nuit, quand on est une étoile. Elle passait le plus clair de son temps à errer tout le jour. Elle déambulait dans le ciel embrasé par le soleil, mais jamais, non, jamais elle n’osait franchir la limite du crépuscule. Un soir pourtant, lassée d’être si seule dans l’immensité du jour, elle décida de franchir ce seuil qui lui faisait si peur. Elle passa un bras, puis un second, un troisième et ainsi jusqu’au cinquième. Ca y est. Elle y était, entièrement plongée dans l’obscurité ! Et là, subrepticement, elle fut saisie par une terrible peur qui envahit tout son corps. Paniquée, elle se mit en boule tout en hurlant sa terreur.

Non loin de là passait une très vieille étoile. Attirée par le cri strident, elle s’approcha de cette étrange boule qui ressemblait davantage à un pissenlit tout fané qu’à une étoile.

- Que t’arrive-t-il ? Pourquoi cries-tu ainsi petite étoile ?

- J’ai peur, trop peur du noir !

- Mais peut être as-tu voulu aller trop vite ! Je te propose une chose : ne bouge pas, et ferme les yeux. Tu verras au fond de toi une petite luciole qui crépite.

La petite étoile ferma les yeux et plongea à l’intérieur d’elle même. Elle mit un peu de temps à percevoir la petite luciole scintillante. Elle fut même surprise, elle ne se savait pas riche d’une telle lumière. Elle prit le temps de la contempler. Plus elle la regardait, plus elle crépitait ; plus elle crépitait, plus elle se réchauffait et avait envie de danser. Alors elle sentit son corps s’ouvrir : un bras, puis un second, et ainsi jusqu’au cinquième. C’est alors qu’elle fut surprise d’entendre la vieille étoile lui dire :

- Il me semble que tu l’as trouvée, cette petite luciole au fond de toi.

Etonnée, la petite étoile s’arrêta de danser. Doucement elle commença à ouvrir les yeux. Et ce qu’elle vit était inouï, inimaginable. Elle n’avait plus peur. Et alors elle put voir un spectacle merveilleux : tout autour d’elle au plus sombre de la voûte céleste, il y avait un champ de lumières, des milliers d’étoiles, qui dansaient, virevoltaient : elles étaient juste comme elle, et tellement différentes en même temps. Cette découverte fit monter en elle une joie si grande qu’elle éclata de rire ! Oui ! De rire. C’est ce jour là qu’on vit naître dans le ciel la première étoile filante…

Geneviève Maguet-Pichevin

 

La petite fille espérance

La foi que j’aime le mieux, dit Dieu, c’est l’espérance.

La fois, ça ne m’étonne pas.

La charité, dit Dieu, ça ne m’étonne pas.

Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’espérance.

Et je n’en reviens pas.

Cette petite espérance qui n’a l’air de rien du tout.

Cette petite fille espérance.

Immortelle.

Qui est venue au monde le jour de Noël de l’année dernière.

Qui joue encore avec le bonhomme Janvier.

Avec ses petits sapins en bois d’Allemagne. Peints.

Et avec sa crèche pleine de paille que les bêtes ne mangent pas.

Puisqu’elles sont en bois

C’est cette petite fille pourtant qui traversa les mondes.

C’est cette petite fille de rien du tout.

Elle seule, portant les autres, qui traversera les mondes révolus.

La petite espérance s’avance entre ses deux grandes sœurs

et on ne prend seulement pas garde à elle.

Sur le chemin du salut, sur le chemin charnel, sur le chemin raboteux du salut, sur la route interminable, sur la route entre ses deux sœurs, la petite espérance…

S’avance.

 

Ch. Péguy – Le Porche du Mystère de la deuxième vertu

                                               

La petite poule rouge 

La petite poule rouge grattait dans la cour, quand elle trouva un grain de  blé !  – Qui est-ce qui va semer ce blé ? dit-elle.  – Pas moi, dit le dindon.  – Ni moi, dit le canard.  – Ce sera donc moi, dit la petite poule rouge, et elle sema le grain de  blé.  Quand le blé fut mûr, elle dit : – Qui est-ce qui va porter ce grain au moulin ?  – Pas moi, dit le dindon.  – Ni moi, dit le canard.  – Alors, je le porterai, dit la petite poule rouge ; et elle porta le grain au  moulin.  Quand le blé fut moulu, elle dit : – Qui est-ce qui va faire du pain avec cette farine ?  – Pas moi, dit le dindon.  – Ni moi, dit le canard.  – Je le ferai, alors, dit la petite poule rouge ; et elle fit du pain avec de la farine.  Quand le pain fut cuit, elle dit : – Qui est-ce qui va manger ce pain ?  – Moi ! cria le dindon.  – Moi ! cria le canard.  – Non, pas vous, dit la petite poule rouge. Moi et mes poussins, nous le mangerons. Clack ! clack ! Venez, mes chéris !

 

La porte étroite

C’était dans les temps très anciens. Les gens parlaient beaucoup d’un palais immense que personne n’avait jamais vu. Il y régnait un jeune roi très bon. Un jour, il fit savoir qu’il invitait tous les hommes de toutes races, de toutes langues et même de toutes religions à partager ses biens et son bonheur. Une seule condition pour entrer : il fallait franchir une porte étroite. Impossible donc de pouvoir s’y installer avec ses meubles et ses bagages.

C’était ainsi que le père l’avait décrété dès les origines. Il leur avait donné cette liberté de choix. Et le fils ne pouvait la leur reprendre sans risquer la rébellion. Fils du roi, il avait lui-même passé par cette porte étroite pour leur montrer comment il fallait faire. Il ne pouvait plus que leur redire comment il avait fait et les remettre devant le choix à faire. Il avait même composé une hymne pour qu’ils n’oublient pas la porte étroite. “Heureux les pauvres de coeur… heureux les doux… Heureux les pacifiques… Heureux… ceux-là passeront par la porte étroite !”

Comment, décemment, pourraient-ils entrer dans le palais avec tous leurs biens, alors que lui, le roi, leur offre tout à l’intérieur, absolument tout ? Malgré ses pouvoirs illimités et sa bonté sans faille, il n’y pouvait rien. C’est ainsi ! Lui, roi tout-puissant, ne pouvait apporter de solution à cette quadrature de cercle : comment celui qui veut tout garder pourrait-il tout recevoir ?

                                                            Hyacinthe Vulliez

                                                             

La porte sans clenche

En Angleterre, il y a un certain nombre d’années, une peinture fit parler d’elle. Elle représentait Jésus qui se tenait devant une maison et frappait à la porte. Les gens qui virent la peinture la trouvèrent très belle. Jusqu’à ce qu’un observateur attentif remarque quelque chose d’étrange. Il alla trouver l’artiste qui avait peint le tableau et lui dit :

- C’est une très belle peinture, mais vous avez oublié un détail : la porte à laquelle Jésus frappe n’a pas de clenche. Comment pourrait-il entrer ?

L’artiste répondit :

- Cette porte, c’est la porte de notre cœur. On ne peut l’ouvrir que de l’intérieur.

 

 

La vielle dame indigne

Dieu ! Es-tu sûr que ton Eglise soit encore capable d’être une fête ? Ce matin, je lui ai trouvé les traits tirés, le teint gris, et toujours ces longs discours ennuyeux.

Vieille Dame, tous les dimanches, elle se poudre de riz, maquillée d’un air de fête,

mais son rouge à lèvres fait la grimace et elle est encore plus triste sous son chapeau fané.

Dieu ! Dis-moi… Comptes-tu vraiment sur cette vieille dame pour inviter la jeunesse à danser ?

Dieu ! il est temps de réveiller la fête morte, non pas les fêtes d’autrefois, celles qui vous sortent les souvenirs de nos armoires à mémoire, mais la fête de l’avenir.

Ressuscite ! Dieu ! Ressuscite ! Ressuscite le cri et le vin, la chanson et le rire, la danse et le pain, et le cœur à nous dire. Sans toi, Dieu, qui nous garantira que la fête ne va pas tourner court à force de tourner en rond ?

La fête aussi peut être un piège. On ne fait pas la fête comme on fait du bruit. Plus on cause de la fête, moins elle a de chances de naître.

Car la fête doit naître.

                                                Jean Debruynne

 

La voix du chanteur remplit la salle

“Quel chanteur ! Sa voix remplissait la salle !”

“Oui, plusieurs d’entre nous durent sortir pour lui faire de la place !”

 

 

Laver le miroir

Ce matin, j’ai embrassé la première personne que j’ai vue en lui disant : « je t’aime avec tes défauts et tes qualités. » J’ai tellement passé une belle journée que je le ferai tous les jours. Mais maintenant … Je dois aller laver le miroir…

Bonne journée ! Et n’oublie pas : la personne la plus importante, c’est toi.

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