Recueil 8

vert

 

Le bénévole et le Yaqua

Le bénévole (activus benevolus) est un mammifère bipède qu’on rencontre surtout dans les associations, où il peut se réunir avec ses congénères. Les bénévoles se rassemblent à un signal mystérieux appelé “convocation”. On les rencontre aussi en petits groupes dans divers endroits, quelquefois tard le soir, l’œil hagard, le cheveu en bataille et le teint blafard, discutant ferme la meilleure façon d’animer une manifestation ou de faire des recettes supplémentaires pour boucler son budget. Le téléphone est un appareil qui est beaucoup utilisé par le bénévole et qui lui prend beaucoup de temps. Mais cet instrument lui permet de régler les petits problèmes qui se posent au jour le jour.

L’ennemi héréditaire du bénévole est le “Yaqua” (nom populaire dont les origines n’ont pu être à ce jour déterminées). Le yaqua est aussi un mammifère bipède, mais il se caractérise surtout par un cerveau très petit qui ne lui permet de connaître que deux mots : “Il n’y a qu’à”, ce qui explique son nom.

Le yaqua, bien abrité dans la cité anonyme, attend. Il attend le moment où le bénévole fera une erreur, un oubli, pour bondir et lancer son venin qui atteindra son adversaire et provoquera chez celui-ci une maladie très grave : le “découragement”. Les premiers symptômes de cette implacable maladie sont visibles rapidement : absence de plus en plus fréquentes aux réunions, intérêt croissant pour son jardin, sourire attendri devant une canne à pêche, et attrait de plus en plus vif qu’exercent un bon fauteuil et la télévision sur le sujet atteint.

Les bénévoles décimés par le découragement risquent de disparaître et il n’est pas impossible que dans quelques années on rencontre cette espèce uniquement dans les zoos où, comme tous ces malheureux animaux enfermés, ils n’arrivent plus à se reproduire. Les yaquas, avec leur petit cerveau et leur grande langue, viendront leur lancer des cacahuètes pour tromper l’ennui. Ils se rappelleront avec nostalgie le passé pas si lointain où le bénévole abondait et où on pouvait le traquer sans contrainte.

 

Le billet de vingt euros

Un conférencier commence son discours en brandissant un billet de vingt euros. Il demande à la cantonade :

- Qui voudrait ce billet ?

Dans l’assistance, une forêt de mains se lève. Le conférencier sourit :

- je vais donner ce billet à l’un d’entre vous. Mais laissez-moi d’abord lui prodiguer des soins un peu spéciaux.

Chiffonnant le billet, il en fait une boulette et reprend :

- Vous voulez toujours ce billet ? Que direz-vous si je le maltraite un peu plus ?

Jetant par terre le billet froissé, il l’écrase en sautant dessus à pieds joints.

- Y a-t-il encore un preneur ?

Évidemment, la foule des volontaires n’a pas baissé les bras.

- Mes amis, vous venez d’apprendre une leçon importante. Peu importe les traitements que j’inflige à ce billet : vous le voulez toujours parce que sa valeur n’a pas diminué. Il vaut toujours vingt euros ! Dans votre vie, il vous arrivera d’être froissés, rejetés, malmenés par les gens ou par les événements. Vous aurez l’impression que vous ne valez plus rien. Eh bien ! je vous le dis : vous aurez toujours le même prix ! Votre dignité ne tient pas à vos actes ni à ce qui vous arrive. Vous pourrez toujours vous relever d’une chute et poursuivre vos objectifs, parce que votre valeur sera intacte.

 

Le bol en bois

Un vieil homme fragile s’en alla demeurer avec son fils, sa belle-fille, et son petit-fils de quatre ans. Les mains du vieil homme tremblaient, sa vue était embrouillée et sa démarche chancelante. La famille était attablée ensemble pour le repas. Mais la main tremblante de grand-père et sa mauvaise vue rendait le repas peu agréable. Les pois roulaient par terre. Lorsqu’il prenait son verre, le lait se renversait sur la nappe. Ce qui vint à tomber sur les nerfs du fils et de la belle-fille.

« On doit faire quelque chose avec grand-père, » dit le fils, nous en avons assez du lait renversé, des bruits lorsqu’il mange et de ramasser la nourriture sur le plancher »

Alors, le fils et sa femme montèrent une petite table dans le coin. C’est là que grand-père ira manger pendant que le reste de la famille sera à la grande table. De plus, puisque que grand-père a cassé quelques assiettes, dorénavant il mangera dans un bol en bois.

Lorsque la famille regardait dans le coin, quelquefois ils pouvaient voir une larme sur les joues de grand-père qui était assis tout seul. En dépit de cela, les seuls mots que le couple avaient pour grand-père exprimaient la colère et les reproches lorsqu’il échappait une fourchette ou renversait sa nourriture par terre. Le jeune de quatre ans regardait tout cela en silence.

Un soir avant le souper, le père remarqua son fils qui jouait dans son atelier et il nota des copeaux de bois sur le plancher. Il demanda gentiment: « Qu’est tu en train de fabriquer ? »

Aussi gentiment le fils répondit : « Ah! Je fais un bol en bois pour toi et maman pour manger, lorsque je serai grand ! »

Les parents furent tellement surpris par ces paroles qu’ils étaient incapables de parler. Et puis quelques larmes coulèrent sur leurs joues. Ils ne disaient rien mais ils savaient quoi faire. Ce soir là, le fils prit grand-père par la main et l’amena gentiment à la table familiale. Pour le reste de ses jours, il prit ses repas avec la famille. Et le fils et sa femme ne se troublaient plus lorsque grand-père laissait échapper une fourchette, renversait son lait, ou salissait la nappe.

 

Le camion de vidanges

Un jour, un taxi m’amène à l’aéroport. Nous roulons à bonne allure lorsque soudainement une auto sortant de je-ne-sais-où vient nous couper, risquant de nous projeter dans le fossé. Comble de tout, ce type se met à engueuler mon conducteur de taxi et non l’inverse. Ce dernier se met à sourire à l’étranger et le salue de la main. Je n’en reviens pas.

Surpris de cette réaction, je lui dis : « Cet imbécile a failli ruiner votre auto et a même failli nous tuer, et tout ce que vous trouver à faire, c’est de le saluer ; je ne comprends pas. »

Alors, mon chauffeur se met à m’expliquer ce que j’appelle : La loi du camion de vidanges.

“Voyez-vous, me répondit-il, plusieurs personnes sont comme des camions de vidanges, elles sont pleines de vidanges, de frustrations, de désappointements et de rancœur accumulés.

Lorsque le camion est plein, elles le vident sur leur voisin ou sur le premier venu… dont vous et moi. Il ne faut pas le prendre personnellement. Souriez, saluez … et passez à autre chose. Ne remplissez pas votre propre camion pour ensuite le vider sur vos amis, parents et collègues de travail. La vie est trop courte pour se laisser atteindre par toutes sortes de distractions et de regrets inutiles. C’est la façon de penser des gagnants.”

Aimez les gens qui vous traitent bien et priez pour les autres.

 

Le chamois porte-musc

Un chamois bondissait de forêts en rochers, à la recherche d’un parfum entêtant qu’il ressentait comme un appel. Comme un enfant cherche l’écho, l’appelant ici, tandis que l’écho répond de l’autre côté du ravin, puis traverse le ravin et entend de ce côté le cri qui lui répond, ainsi fait le chamois porte-musc. Epuisé par sa longue course, il s’effondre et la poche de parfum, dont il ignorait la présence sur son propre corps, s’ouvrit et se répandit.

Ainsi en est-il pour nous, qui cherchons Dieu sur tant de chemins et oublions de Le reconnaître là où il n’a jamais cessé de nous donner rendez-vous, au cœur même de note cœur. “Ne cherche pas au-dehors le parfum de Dieu, pour périr dans la jungle de la vie, mais cherche ton âme, et, vois, Il sera là. Ne manque pas de Le sentir en toi.”

                                                                      poème hindou.

 

Le chat du guru

Lorsque, chaque soir, le guru s’assoyait pour la prière, le chat de l’ashram distrayait les priants. Aussi ordonna-t-il qu’on attache le chat durant la prière du soir.

Longtemps après la mort du guru, on continua d’attacher le chat durant la prière du soir. Puis, quand le chat finit par mourir, on amena un autre chat dans l’ashram, pour qu’il puisse être dûment attaché durant la prière du soir.

Des siècles plus tard, les disciples du guru écrivirent de savants traités sur le rôle essentiel d’un chat dans le bon déroulement de toute prière.

 

Le Château de sable

Au moment où la marée remontait, les animateurs proposèrent aux enfants de se diviser en quatre groupes. Chaque équipe devrait construire le plus rapidement possible un château et, lorsque les vagues arriveraient, on verrait celui qui résisterait le plus longtemps.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Avec un zèle impressionnant, ils firent équipe et se mirent à la tâche. Ils gardaient toujours un œil sur la marée montante, s’écriant régulièrement : “Vite ! elle arrive !”. Et elle arriva…  Les travaux durent cesser et, tout excités, les enfants regardèrent, à distance, les châteaux de sable s’effondrer les uns après les autres…

Serait-ce une parabole de la vie ? Il est vrai, les hommes et les femmes, avec bien du courage parfois, travaillent à faire de leur existence une œuvre qui défie le temps. Que ce soit par des relations vraies, des monuments de pierres ou des œuvres d’art. Certains étendent leurs terres et leur empire. D’autres rêvent d’édifier une fortune et ne sont pas avares de leurs peines.

Aux moments de lucidité, chacun voit la mort approcher, mais sans doute pas avec les mêmes cris de joie que ceux des enfants. Que restera-t-il en effet de tout cela ? L’homme ne serait-il qu’un château de sable qui s’écroule à la marée montante ?

Le soir, rentrés au camp, les enfants savaient bien qu’il ne restait rien de leurs châteaux. Mais cette construction, dans l’entraide et l’amitié, avait renforcé entre eux les liens qui déjà les unissaient. Et, dans cette œuvre, le visage de chacun était devenu davantage unique. Contre cela, la mer ne pouvait rien.

                                                                                  Charles Delhez

 

Le clown et la chenille

Les clameurs du cirque se sont tues. Les projecteurs s’éteignent un à un. Les spectateurs sont rentrés chez eux. Ils sourient ou éclatent encore de rire en pensant aux mimiques du clown et s’endorment tout contents : ils en ont eu pour leur argent.

Le clown, lui, encore tout maquillé, traîne ses immenses savates sur l’asphalte d’une ruelle blafarde. Triste, il médite sur son sort : “Quel drôle de métier que le mien ! Ils se sont amusés comme des fous. Pourtant ce sont eux qui les font, ces grimaces. Il suffit qu’ils se regardent dans une glace. Faut les voir dans le bus ou au boulot, les têtes bizarres qu’ils tirent. C’est à en pleurer de rire. Au fond, ils s’amusent d’eux-mêmes et n’ont guère besoin de moi. D’ailleurs, ils ne me connaissent même pas. Ils me croient en couleurs alors qu’au fond de moi tout est noir avec un tout petit peu de blanc.” Emmitouflé dans ses tristes pensées, le clown s’appuie contre un lampadaire.

Une chenille justement en descend après avoir pris un bol de lumière. Sur le veston du clown elle a grimpé et bientôt, avec lui, se trouve nez à nez. ”Mon Dieu, quelle affreuse bestiole, s’exclame-t-il lorsqu’il l’a remarquée. Comment a-t-on pu inventer pareil épouvantail ?” -  “Dis-donc, lui dit la chenille offusquée, tu vas faire enfler tes chevilles boursouflées, tu me méprises sans savoir qui je suis. Je ne suis chenille que pour un temps, mais je serai papillon pour longtemps. Je suis noire peut-être, mais au dedans de moi tout est couleur et dentelle, mais pas toi. Bientôt une merveille de la nature jaillira de ma chrysalide obscure. Mes couleurs valent bien les tiennes. Une fois démaquillé, toi, tu n’existes plus !”

Le clown en reste tout penaud et, dans sa tête, se met à philosopher.

“Finalement, que l’on soit clown ou chenille, il faut aller au-delà des grimes ou de la coquille pour regarder l’intérieur et découvrir ce que l’autre est en train de devenir. Si l’on veut aimer les papillons, il faut aimer les chenilles. En chacun de nous, clown ou non – d’ailleurs, chacun l’est à sa manière – il y a une personne en gestation et il faut aimer aussi la carapace si l’on veut toucher le fond du cœur. Dieu, en tous cas, nous aime chenille pour nous faire devenir papillon.”

Bernard Hubler.

 

Le cocon

Entre deux branches d’arbre, dans un creux, un cocon. Un homme l’observe. Il devine dans cet œuf une ouverture minuscule qui ressemble à un ongle d’écorce. Un papillon, bientôt, va naître. L’homme le voit qui s’insinue par ce trou trop menu pour lui, et qui s’efforce, et qui s’échine, un millimètre après un autre, et qui semble tant s’épuiser qu’il s’arrête, à demi sorti.

« La pauvre bête n’en peut plus, se dit l’homme. Je vais l’aider. » De la pointe de son canif il élargit la porte étroite. Le papillon, d’une poussée, vient au monde enfin, se délivre, mais son corps est gonflé, pesant, et ses ailes sont trop petites, elles paraissent ratatinées. L’homme pense qu’elles vont bientôt se déployer, et que ce ventre qui se traîne, obèse, disgracieux, va perdre ce poids qui l’encombre, mais non, le papillon est informe à jamais.

L’homme ne savait pas que l’insecte, pour vivre, avait besoin de son combat, que son effort exténuant contre l’exiguïté du seuil poussait le liquide du corps vers les ailes encore chétives pour leur donner leur force, leur exacte beauté, leur juste dimension. Il avait cru bien faire, comme nous qui voulons aplanir les obstacles devant les pas de nos enfants. Ils n’en seront pas plus heureux et risquent d’en rester infirmes. La loi de nature le dit.

 

Le destin à pile ou face

Le général japonais Nabunaga décida de passer à l’attaque, même s’il n’avait qu’un soldat contre dix chez l’ennemi. Il était sûr de gagner, mais ses soldats en doutaient fort.

Sur la route du combat, on s’arrêta à un sanctuaire Shinto. Après avoir prié dans le sanctuaire, Nabunaga sortit et dit : “Maintenant, je vais lancer une pièce de monnaie : face, nous vainquons ; pile, nous perdons. Le destin va maintenant révéler son jeu.”

Il lança la pièce : ce fut face. Les soldats eurent tellement envie de gagner qu’ils remportèrent facilement la victoire.

Le lendemain, un officier dit à Nabunaga : “Personne ne peut influencer le jeu du destin.”

- “Oui, c’est vrai”, dit Nabunaga, pendant qu’il lui montrait une pièce de monnaie avec une face de chaque côté. Qui fait le destin ?

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