Recueil 13

vert

Offrande lyrique de Tagore

J’étais allé, mendiant de porte en porte, sur le chemin du village lorsque ton chariot d’or apparut au loin pareil à un rêve splendide et j’admirais quel était ce Roi de tous les rois ! Mes espoirs s’exaltèrent et je pensais : c’en est fini des mauvais jours, et déjà je me tenais prêt

dans l’attente d’aumônes spontanées et de richesses éparpillées partout dans la poussière.

Le chariot s’arrêta là où je me tenais. Ton regard tomba sur moi et tu descendis avec un sourire. Je sentis que la chance de ma vie était enfin venue. Soudain, alors, tu tendis ta main droite et dis : “Qu’as-tu à me donner ?”Ah ! Quel jeu royal était-ce là de tendre la main au mendiant pour mendier ! J’étais confus et demeurai perplexe ;  enfin, de ma besace, je tirai lentement un tout petit grain de blé et te le donnai.

Mais combien fut grande ma surprise lorsque, à la fin du jour, vidant à terre mon sac, je trouvai un tout petit grain d’or parmi le tas de pauvres grains. Je pleurai amèrement alors et pensai : “Que n’ai-je eu le cœur de te donner mon tout !”                     

 

On dit

On dit que tu nous parles. Mais je n’ai jamais entendu ta voix de mes propres oreilles. Les seules voix que j’entends, ce sont des voix fraternelles qui me disent les paroles essentielles.

On dit que tu fais route avec nous. Mais je ne t’ai jamais surpris à mêler tes pas à ma propre marche. Les seuls compagnons que je connaisse, ce sont des êtres fraternels qui partagent la pluie, le vent, le soleil.

On dit que tu nous aimes. Mais je n’ai jamais senti ta main se poser sur mes propres épaules. Les seules mains que j’éprouve, ce sont des mains fraternelles qui étreignent, consolent et accompagnent.

Mais, si c’est toi, mon Dieu, qui m’offres ces voix, ces compagnons, ces mains, alors, au cœur du silence et de l’absence, tu deviens, par tous ces frères, parole et présence.

Béni sois-tu, mon Dieu !

            Paroisse de Clamart

 

On ne trouve que ce que l’on attend

Il était une fois un homme assis près d’une oasis, à l’entrée d’une ville du Moyen-Orient.

Un jeune homme s’approcha et lui demanda :

- « Je ne suis jamais venu ici. Comment sont les gens qui vivent dans cette ville ?”

Le vieil homme lui répondit par une question :

- « Comment étaient les gens dans la ville d’où tu viens ? »

- « Égoïstes et méchants. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’étais bien content de partir.”

- « Tu trouveras les mêmes ici »

Un peu plus tard, un autre jeune homme s’approcha et lui pose la même question :

- « Je viens d’arriver dans la région. Comment sont les gens qui vivent dans cette ville ?”

Le vieil homme répondit de même :

- « Dis-moi mon garçon, comment étaient les gens dans la ville d’où tu viens ?”

- « Ils étaient bons, bienveillants, accueillants, honnêtes. J’y avais de nombreux amis et j’ai eu beaucoup de mal à les quitter.”

- « Tu trouveras les mêmes ici,” répondit le vieil homme.

Un marchand qui faisait boire ses chameaux, avait entendu les deux conversations. Dès que le second jeune homme s’éloigna, il s’adressa au vieillard sur un ton de reproche :

- « Comment peux-tu donner deux réponses complètement  différentes à la question posée par deux personnes ?”

- « Mon fils, dit le vieil homme, chacun porte son univers dans son cœur. D’où qu’il vienne, celui qui n’a rien trouvé de bon par le passé ne trouve rien ici non plus. Par contre, celui qui avait des amis dans l’autre ville trouvera ici aussi des amis loyaux et fidèles. Car, vois-tu, les gens sont vis-à-vis de nous ce que nous trouvons en eux.”

 

Où demeure Dieu ?

Un vieux rabbin, à la dernière de ses leçons – car il va prendre sa retraite – demande ce jour-là directement à ses jeunes disciples : “Où demeure Dieu ?” Devant une pareille question, les jeunes gens se regardent étonnés, en se demandant si leur maître ne devenait pas fort vieux. Puis ils se mettent en devoir de proposer quelques unes de leurs réponses.

Un premier étudiant se lève pour dire : “Le Seigneur demeure au ciel maintenant !” Mais le vieux rabbin secoue sa longue barbe en signe négatif.

Un deuxième se risque à dire : “Au temple de Jérusalem résidait la Sainte Présence, mais les païens ont détruits notre Temple” (armée de Titus en 70) !

Et le vieux maître secoue à nouveau la barbe.

Un troisième prend alors la parole : “Le Seigneur est présent en tous lieux, car il est écrit : « Tout l’univers soit rempli de sa Gloire ! Amen ! »”.

Une nouvelle fois, le rabbin secoue négativement sa barbe.

Et voici enfin la réponse que le rabbin leur apporta lui-même : “Dieu demeure partout… où on le laisse entrer ! Le laisses-tu entrer ?”.

 

Où est Dieu ?

Latchou était un homme très pieux. Tous les jours, à son réveil matinal, il prenait son bain de tête rituel et partait aussitôt vers le Temple, son panier d’offrandes à la main. Il allait assister au culte du matin. Avec ferveur il priait : “Seigneur, je viens te rendre visite chez toi, sans que j’ai manqué un seul jour. Matin et soir, je te fais des offrandes, ne peux-tu pas venir chez moi ?”

Attentif à cette prière quotidienne, Dieu lui répondit enfin : “ Demain, je viendrai.”

Quelle joie pour Latchou ; il se met à laver à grande eau toute la maison. Il fait tracer devant le seuil des dessins en farine et en pâte de riz. A l’aube, il attache une guirlande de feuilles à l’entrée de sa maison. Les lampes à huile, à plusieurs mèches, sont allumées sur le banc que possède toute demeure indienne. Au centre de chaque dessin s’épanouit une belle fleur jaune de potiron. Et dans la salle de réception, des plateaux de fruits, de galettes sucrées et de fleurs s’étalent à profusion. Tout est prêt pour recevoir Dieu. Latchou se tient debout pour l’accueillir. L’heure du culte matinal approche.

Un petit garçon qui passe par là aperçoit, par la fenêtre ouverte, les plateaux de galettes. Il s’approche : “Grand-père, tu as beaucoup de galettes là-dedans, ne peux-tu m’en donner une ?” Latchou, furieux de l’audace du gamin, réplique : “Veux-tu filer, moucheron ; comment oses-tu demander ce qui est préparé pour Dieu ?” Et le petit garçon, effrayé, s’enfuit.

La cloche du temple a sonné. Le culte du matin est terminé. Latchou pense : “Dieu viendra après le culte de midi. Attendons-le…” Fatigué, il s’assoit sur le banc.

Un mendiant arrive et lui demande l’aumône. Latchou le chasse vertement. Puis il lave soigneusement la place souillée par les pieds du mendiant. Et midi passe. Dieu n’est toujours pas au rendez-vous. Le soir vient, Latchou tout triste attend toujours la visite promise.

Un pèlerin se présente à l’heure du culte du soir :

- “Permets-moi de me reposer sur le banc et d’y dormir cette nuit.”

- “Jamais de la vie, c’est le siège réservé à Dieu.”

La nuit est tombée. Dieu n’a pas tenu sa promesse, pense Latchou. Quel chagrin !

Le lendemain, revenu au Temple pour la prière du matin, le dévot renouvelle ses offrandes et fond en larmes : “Seigneur, tu n’es pas venu chez moi comme tu me l’avais promis. Pourquoi ?” Une voix lui dit alors : “Je suis venu trois fois et chaque fois, tu m’as chassé.”

 

Pas un fardeau, mon frère

Sur un sentier raide et pierreux, j’ai rencontré une petite fille qui portait sur le dos son jeune frère. “Mon enfant, lui dis-je, tu portes un lourd fardeau.” Elle me regarda et dit : “Ce n’est pas un fardeau, monsieur, c’est mon frère.”

Je restais interdit. Le mot de l’enfant s’est gravé dans mon cœur. Et quand la peine des hommes m’accable, que tout courage me quitte,le mot de l’enfant me rappelle : “Ce n’est pas un fardeau que tu portes, c’est ton frère.”                          

 

Performance

Comment se fait-il que votre regard soit tombé sur ce texte ? Par quel hasard, quelle prétention de ma part, quelle imprudence de la vôtre, sommes-nous mis en présence ? Dans le flot des informations qui nous parviennent, pourquoi celle-là plutôt qu’une autre ? Tous nous sommes des encombrés. Nos voitures se touchent, nos pare-chocs se frôlent et font du mieux qu’ils peuvent pour ne pas se choquer. Nos journaux foisonnent, nos lignes sont entrelacées, nos dialogues se superposent. Aussi, faut-il continuer, ne pas se taire, parler encore, fabriquer un message, un discours, un véhicule, une fusée, tirer, viser, aller plus haut, plus vite, plus loin, établir un nouveau score, une performance jamais atteinte : par exemple dire un mot à son voisin, un mot qui serait compris.

                                                            Pierre Schaeffer

 

Petit bonheur de grain de blé

Le grain de blé est parfaitement heureux dans son grenier. Pas de gouttière, pas d’humidité, et les autres grains de blé sont très gentils… Petit bonheur de grain de blé dans un grenier.

Comme le grain de blé est très pieux, il remercie Dieu du bonheur qu’il lui accorde. Il a raison de remercier Dieu. Seulement, attention ! Un dieu qui ne serait que l’auteur et le garant du petit bonheur de grain de blé dans un grenier, même si ce bonheur est tout à fait légitime, un tel Dieu n’existe pas, il est une idole.

Un jour, on charge le tas de blé sur une charrette et l’on sort dans la campagne. Il y a le soleil, le ciel bleu, les arbres, les oiseaux, les fleurs. La campagne est encore plus belle et plus agréable que le grenier et le grain de blé remercie Dieu de plus belle. Mais il s’adresse toujours à un dieu qui n’existe pas.

Et voilà qu’on arrive sur la terre fraichement labourée. On verse le tas de blé sur le sol et voici qu’on enfonce le grain de blé dans la terre. Il ne voit plus rien, n’entend plus rien. Il sent l’humidité qui le pénètre. Il se décompose, il va mourir. Alors à ce moment-là il s’écrie : “Si Dieu existait, de telles choses n’arriveraient pas.” C’est dommage, car c’est à moment-là qu’il s’agit du vrai Dieu : celui qui existe vraiment, celui qui le transforme pour le faire passer de l’état de grain à l’état d’épi.

Le seul Dieu qui existe est celui qui nous fait croître, passer d’une condition simplement humaine à une condition d’homme divinisé. Il n’y a pas de croissance sans transformation; il n’y a pas de transformation sans mort et nouvelle naissance.

                                                Père Varillon

 

Petites béatitudes

Bienheureux ceux qui savent rire d’eux-mêmes : ils n’ont pas fini de s’amuser.

Bienheureux ceux qui savent distinguer une montagne d’une taupinière : il leur sera épargné bien des tracas.

Bienheureux ceux qui sont capables de se reposer, et de dormir sans chercher d’excuses : ils deviendront sages.

Bienheureux ceux qui savent se taire et écouter : ils en apprendront des choses nouvelles !

Bienheureux ceux qui sont assez intelligents pour ne pas se prendre au sérieux : ils seront appréciés de leur entourage.

Heureux êtes-vous si vous savez regarder sérieusement les petites choses et paisiblement les choses sérieuses : vous irez loin dans la vie.

Heureux êtes-vous si vous savez admirer un sourire et oublier une grimace : votre route sera ensoleillée.

Heureux êtes-vous si vous savez vous taire et sourire même lorsqu’on vous coupe la parole, lorsqu’on vous contredit ou qu’on vous marche sur les pieds : l’Evangile commence à pénétrer votre cœur.

Bienheureux  surtout vous qui savez reconnaître le Seigneur en tous ceux que vous rencontrerez : vous avez trouvé la vraie lumière, vous avez trouvé la véritable sagesse.

Joseph Folliet

 

Plus loin…

Le soleil est levé, il est même sur la plage, sur le sable et dans l’eau… Une famille avance sur le sable fin. Les enfants choisissent un territoire pour le château de sable. Le papa redevient le plus grand des enfants. Et montent les créneaux, les tours, la citadelle. « On finira demain. Les enfants, venez, venez dans l’eau ! »

Le père s’avance, tenant la main du petit dernier. L’eau surprend. Elle est froide encore. Le vent pousse les vagues qui claquent sur la peau. L’enfant a peur, veut s’arrêter, revenir au château dans la tiédeur du sable. Il crie, il pleure, se révolte, refuse de laisser sa main dans celle de son père, qui le tire en avant, doucement, dans les vagues et le vent. « Non. Non, je ne veux pas y aller. » Il s’affole, hurle et cogne.

Le père avance encore et, lentement, apprend à son enfant à sauter dans les vagues, à brasser franchement cette eau qui le bouscule, à se rire des flots qui ne font que passer, à danser dans la mousse où l’eau se mêle au vent. Les pleurs se changent en rire, en cris de joie et de victoire. L’effort devient un jeu.

Maintenant, c’est l’enfant qui tire son papa pour s’en aller plus loin.

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