Recueil 17

rouge

Une prière

Dans la mosquée, un guenilleux lance sa prière :

- Mon Dieu, je voudrais que tu m’offres une bouteille de raki.

Près de lui, un dévot qui l’entend s’indigne :

- Tu n’as vraiment rien d’autre à demander ? D’abord, le raki est interdit !

- Mais, qu’est-ce que je pourrais bien demander à Dieu ?

- Eh bien, sa miséricorde, sa clémence.

- Ah ! Alors, c’est que les gens demandent ce qu’ils n’ont pas. Moi, j’ai la miséricorde de Dieu, sa clémence, sa bénédiction. Il me manque juste une bouteille de raki.

 

Vivre sa vie

Un brave paysan occupé de sa terre, de sa charrue, de ses champs, de ses vignes, et puis aussi de sa famille, de sa maison, enfin, de tout ce qui faisait sa vie, priant Dieu quand il le pouvait, avait, la nuit, des visions et des rêves où l’Eternel aux cheveux blancs venait le visiter. Il en était tout remué, et décida au bout de quelque temps qu’il lui tallait consacrer sa vie à la prière.

Et les rêves, les visions, la lumière disparurent. Il en fut triste, bouleversé, jusqu’au au jour où il entendit une voix qui traversait ses pleurs : « Si j’avais voulu que tu changes d’état pour avoir ces visions, je ne te les aurais pas données. »

Alors l’homme reprit sa charrue.

 

L’arbre qui voulait rester nu.

Il était une fois un arbre. Au beau milieu d’un verger, il était sorti de terre, petite pousse verte et fragile se confondant avec les herbes. Curieux de tout, il regarda le monde qui l’entourait, les fleurs qui s’ouvraient le matin et se refermaient le soir, et les oiseaux qui sifflaient en sautant de branche en branche. Il le trouvait beau ce monde autour de lui, il avait envie d’y trouver sa place.

Une année s’écoula et il se rendit compte qu’il n’était pas un brin d’herbe comme il l’avait cru tout d’abord, mais un arbre.

Alors il se mit à observer plus attentivement ses aînés. Il les trouvait si grands, si beaux recouverts de leurs feuilles et de leurs fleurs ; il fut si émerveillé de voir toutes ces fleurs se transformer en fruits et si attendri des soins que leur apportait le paysan. Mais se regardant, il eut peur de n’être pas assez grand, pas assez beau, de ne pas porter assez de fruits. Alors il décida de ne produire ni feuille, ni fleur, ni fruit. A chaque printemps, son tronc s’épaississait, s’allongeait ; de nouvelles branches poussaient, mais ni feuille, ni fleur, ni fruit. Pour ne pas être nu face aux autres, il s’était laissé recouvrir par un lierre grimpant, par des liserons et des bouquets de gui : il se couvrait d’une beauté qui n’était pas la sienne.

Le jardinier projeta de le couper pour en faire du bois de chauffage. Mais trop occupé, il remit chaque fois à plus tard. Un matin pourtant il vint, armé d’une grande hache. Et il commença par couper le lierre qui enserrait l’arbre. Il y en avait tellement qu’il dut encore remettre l’abattage à plus tard.

Cette nuit là, un petit ver parasite piqua le liseron qui mourut aussitôt et, le lendemain, les oiseaux du ciel vinrent picorer le gui. Il ne restait plus de l’arbre qu’un tronc et des branches. S’apercevant de sa nudité, il se décida enfin à laisser pousser de belles petites feuilles d’un vert tendre, à laisser éclore de mignonnes petites fleurs blanches contrastant joliment avec le brun de la ramure et le vert du feuillage.

Le paysan revint avec sa hache. Mais, découvrant à la place du tronc inutile un magnifique cerisier, il ne trouva plus aucune raison de le couper.

Depuis, l’arbre vit heureux au milieu du verger. Il n’est ni plus beau, ni plus grand que les autres, mais tout aussi utile. Il a compris que ni la texture de l’écorce, ni le tracé des branches, ni la forme des feuilles, ni la couleur des fleurs n’ont d’importance : seuls importent les fruits qu’il porte et que nul autre que lui ne peut porter.

 Antoine LANG

 

Le pouvoir des mots

Un orateur parlait du pouvoir de la pensée positive et de l’importance des mots. Un participant lève la main et dit : « Ce n’est pas parce que je vais dire bonheur, bonheur que je vais me sentir mieux, ni parce que je dis malheur, malheur que je me sentirai moins bien. Ce ne sont que des MOTS. Les mots sont en eux-mêmes sans pouvoir. »

L’orateur répond : « Taisez-vous espèce d’idiot, vous êtes incapable de comprendre quoi que ce soit ! »

Le participant est comme paralysé, il change de couleur et s’apprête à faire une répartie cinglante : « Vous, espèce de … »

L’orateur lève la main : « Je vous prie de m’excuser. Je ne voulais pas vous blesser. Je vous prie d’accepter mes excuses les plus humbles. »

Le participant se calme. L’assemblée est stupéfaite et murmure. Il y a même des mouvements dans la salle.

L’orateur reprend : « Vous avez la réponse à la question que vous vous posiez : quelques mots ont déclenché chez vous une grande colère. D’autres mots vous ont calmé. Comprenez-vous maintenant le pouvoir des mots ? »

 

Une histoire de Folie

La Folie décida d’inviter ses amis pour prendre un café chez elle. Après le café la Folie proposa :
– On joue à cache-cache ?
– Cache-cache ? C’est quoi, ça ? demanda la Curiosité.
– Cache-cache est un jeu. Je compte jusqu’à cent et vous vous cachez. Quand j’ai fini de compter je cherche, et le premier que je trouve sera le prochain à compter. Tous acceptèrent, sauf la Peur et la Paresse.
– 1, 2, 3,… la Folie commença à compter.
L’Empressement se cacha le premier, n’importe où. La Timidité, craintive comme toujours, se cacha dans une touffe d’arbre. La Joie courut au milieu du jardin. La Tristesse commença à pleurer, car elle ne trouvait pas d’endroit pour se cacher. L’Envie accompagna le Triomphe et se cacha près de lui derrière un rocher. La Folie continuait de compter tandis que ses amis se cachaient. Le Désespoir était catastrophé en voyant que la Folie était déjà à 99.
– CENT ! Cria la Folie, je vais commencer à chercher…
La première à être trouvée fut la Curiosité, car elle n’avait pu s’empêcher de sortir de sa cachette pour voir qui serait le premier découvert. En regardant sur le côté, la Folie vit le Doute au-dessus d’une clôture, ne sachant pas de quel côté il serait mieux caché. Et ainsi de suite, elle découvrit la Joie, la Tristesse, la Timidité… Quand ils furent tous réunis, la Curiosité demanda
– Où est l’Amour ?
Personne ne l’avait vu. La Folie recommença à chercher, au-dessus d’une montagne, dans les rivières au pied des rochers. Mais elle ne trouvait pas l’Amour. Cherchant de tous côtés, elle vit un rosier, pris un bout de bois et commença à chercher parmi les branches, lorsque soudain elle entendit un cri. C’était l’Amour : une épine lui avait crevé un œil. La Folie ne savait pas quoi faire. Elle implora l’Amour pour avoir son pardon et alla jusqu’à lui promettre de le suivre pour toujours.
L’Amour accepta les excuses. Aujourd’hui, l’Amour est aveugle et la Folie l’accompagne toujours.

 

Auto-stop

Il pleuvait à verse, raconte un automobiliste, mais j’étais bien au sec dans ma voiture. Avant de partir, j’avais lu une page d’évangile pour la route : la parabole du bon Samaritain.

Et maintenant, le moteur tournait rond. J’étais heureux, et je priais. Soudain, deux auto-stoppeurs, un garçon et une fille, sous la pluie. Personne ne s’arrêtait, bien entendu, puisqu’ils étaient trempés ! Et j’ai fait comme tout le monde. C’est alors que s’est produit un phénomène étonnant : je n’arrivais plus à prier. Impossible ! Le contact était rompu ! Et j’ai fini par faire demi-tour.

Les tourtereaux mouillés étaient toujours là. Je les ai embarqués, emmitouflés dans une vieille couverture que j’avais dénichée au fond de mon coffre. Ils n’en revenaient pas : “N’est-ce pas vous, monsieur, qui êtes passé il y a quelques minutes ? Et vous êtes revenu exprès ? Pourquoi ?”

Je leur ai dit la vérité : la parabole du Bon Samaritain, la prière, et puis mon malaise insupportable. Au lieu de sourire, ils ouvraient de grands yeux. Et le garçon conclut : “Eh bien ! Je ne savais pas que la religion, c’était ça…”

 

 Le lait de Dieu

Moïse rencontre un berger au désert. Il passe la journée avec lui et l’aide à traire ses brebis. Le soir, il voit le berger verser son lait le meilleur dans une écuelle qu’il dépose sur une pierre, à quelque distance de l’endroit où ils se trouvent.

Moïse lui demande à qui ce lait est destiné et le berger lui répond : « C’est le lait de Dieu ».

Intrigué, Moïse le presse de s’expliquer. Le berger lui dit alors : « Je mets toujours de côté le lait le meilleur et je l’offre à Dieu. ». Moïse plus averti que le berger en sa foi naïve, interroge : « Et Dieu le boit ? » « Oui », répond le berger.

Moïse estimant qu’il est de son devoir d’éclairer le pauvre homme, lui explique alors que Dieu, pur esprit, ne saurait boire du lait. Comme le berger se refuse à le croire, après une brève discussion, Moïse lui suggère de se cacher derrière les buissons pour voir si Dieu viendra vraiment boire son lait.

Le berger se cache, la nuit tombe. Au clair de lune, il voit un renardeau venir du désert en trottinant ; après avoir regardé à droite et à gauche, l’animal fonce sur le lait qu’il lape goulûment puis s’enfonce à nouveau dans le désert.

Le lendemain, Moïse retrouve le berger tout déprimé : « Qu’est-ce qui ne va pas ? » lui demande-t-il. « Tu avais raison, gémit le berger, Dieu est un pur esprit et il ne veut pas de mon lait ! » Etonné, Moïse s’écrie : « Tu devrais être content ! Tu en sais davantage sur Dieu qu’il y a quelques jours ! » « Oui, répond le berger, mais la seule chose qui me permettait de lui montrer mon amour m’a été enlevée ! ».

Moïse comprend alors et, se retirant dans la solitude, il prie de toutes ses forces. Au cours de la nuit Dieu apparaît et lui dit : « Moïse, tu t’es trompé. C’est vrai que je suis un pur esprit mais je n’en acceptais pas moins avec plaisir le lait offert par le berger en gage de son amour ; toutefois, comme je n’avais pas besoin de son lait, je le partageais avec ce renardeau qui en est friand. »

Antoine Bloom

J’ai rencontré un berger

A une époque de ma vie particulièrement douloureuse, où la souffrance était trop violente, je me suis confié à la nature. J’aime cette nature, son invitation, les rencontres qu’elle permet.

Que de routes et de chemins n’ai-je pas parcourus ! Revêtu de ma combinaison de cuir rouge et blanche, visière de mon casque ouverte, je pilotais ma moto, je respirais la liberté, je fuyais la tristesse, je flirtais avec la nature.

Un matin de mai, à la sortie d’un village, alors que je me rafraîchissais le visage avec l’eau d’un petit ruisseau, j’ai rencontré un berger. Il faisait boire ses chèvres ; il m’a fait un signe. C’était une invitation à partager son petit-déjeuner. Je me suis approché, je me suis assis, il m’a accueilli avec une exquise humanité. Nous n’avons échangé aucune parole ; ses yeux étaient rieurs, ses chèvres affectueuses. Ma tasse de café terminée, ma tranche de pain brun avalée, j’ai pensé que je l’avais suffisamment dérangé. Je me suis levé et me suis dirigé vers ma moto. En partant, j’ai salué d’un geste amical de la main. Toute la journée, je me suis interrogé sur cette curieuse et émouvante rencontre.

Le lendemain, je me suis levé tôt pour être, à la même heure, au même endroit, près du ruisseau. Mon berger était là, ses chèvres aussi. Sur le rocher qui, la veille, m’avait servi de siège, la même tranche de pain brun m’attendait. J’ai accepté la tasse de café avec un tendre sourire, j’ai mangé le pain avec gourmandise, les chèvres sont revenues me faire des câlins, probablement intéressées par mon pain. Je n’osais rompre ce silence, qui était d’une communication si intense qu’il effaçait ma tristesse.

J’y suis retourné presque tous les matins. Je partais de Marseille à 6h, j’étais de retour vers 9h et j’allais au bureau.

Lors de notre 25 ou 30ème rencontre, le berger m’avait dit : « Ne viens pas les jours où il pleut. » Pourtant, un matin du mois d’août, malgré un temps couvert et la pluie prévisible, je suis parti à notre rendez-vous habituel. Mais en arrivant en haut du chemin, je n’ai pas aperçu les chèvres. Tandis que mes yeux fouillaient la campagne, un homme surgi je ne sais d’où, me dit d’une vois grave et rocailleuse : « Il ne viendra plus : il est mort hier soir… ».

L’homme s’en est retourné ; je suis allé me rincer les yeux au ruisseau et j’ai repris la route de Marseille. J’ai roulé sous la pluie sans même m’en rendre compte : la pluie était mes larmes. J’ai aimé que le ciel pleure aussi.

Ma rencontre avec ce berger est devenue un instant d’éternité, un instant plus vaste que la mer, plus ensoleillé que le soleil. Nous avions, ensemble, osé des gestes d’une telle simplicité qu’ils enjambent toute l’ombre du monde, dans le pressentiment d’une victoire qui traverse la mort même.

Raymond Cance

Les deux loups

Un homme âgé dit à son petit fils venu le voir, très en colère contre un ami qui s’était montré injuste envers lui : « Laisse-moi te raconter une histoire. Un combat a lieu à l’intérieur de moi, un combat terrible entre deux loups. L’un est mauvais : Il est colère, envie, chagrin, regret, avidité, arrogance, apitoiement sur soi-même, culpabilité, ressentiment, infériorité, mensonge, vanité, supériorité, et ego. L’autre est bon : il est joie, paix, amour, espoir, sérénité, humilité, bonté, bienveillance, empathie, générosité, vérité, et compassion. Le même combat a lieu en toi, et à l’intérieur de tout le monde sur terre. »

Le garçon regarde attentivement son grand-père, et lui demande : « Et lequel des deux l’emporte, grand-père ?”

Le grand-père sourit et répond doucement : « Celui que tu nourris ».

 

Un travail : le doigt pointé

Souvent, nous mettons en péril l’unité à cause de nos jugements téméraires et de nos

critiques. Cela vient de ce que nous souffrons tous d’un mal secret. Pour nous en débarrasser, il faut que Dieu nous le montre, ce mal secret.

Il le fait d’une manière très simple quand nous disons :

« As-tu vu comment il est, celui-là ? C’est un égoïste, il est coléreux. As-tu vu comment il se comporte avec sa femme, avec ses enfants ? Il est possessif. As-tu vu ? »

Et puis : « Et cet autre, mais ce n’est pas possible, c’est un orgueilleux. »

Observez : quand on montre quelqu’un du doigt, il y a un doigt qui montre la personne et trois doigts qui nous montrent nous.

Quand je vois un défaut chez un autre, je dois me dire : « C’est peut-être trois fois pire chez moi, mais je ne m’en rends pas compte. Si Dieu m’a permis de voir chez l’autre un travers, une petite faiblesse, peut-être est-il chez moi à la puissance trois. Il me l’a montré chez mon frère pour que je le découvre chez moi. »

C’est ainsi qu’avec beaucoup de délicatesse Dieu me permet de faire la vérité en moi. Ainsi je progresse dans l’amour et donc dans l’unité.

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