Recueil 24

bleu-violet

L’engrenage.

Le doigt. Par un doigt, cela commence.

De l’index ou du médium tu pousses le bouquin de ton voisn de classe.

Par représailles, il fait glisser le tien.

La main. D’une main agressive, tu chasses le matériel étalé sur son petit bureau.

D’un revers hargneux, il te rend la pareille.

Le coude. Du pointu du radius, tu lui laboures les côtes.

Il réplique avec le même argument renforcé.

Sous la table, le pied. Tu lui balances le talon de ta godasse dans les chevilles.

Il t’écrase le petit orteil.

Sur la cour, la mêlée. En classe, impossible de corser le débat. Mais sur la cour de récré,

poings, tête, genoux, épaules, semelles, tout se pervertit en arme vindicative.

Le moindre caillou se travestit en projectile.

Jusqu’au moment où, par voix d’autorité,

le maître ou la maîtresse d’école mettent fin à l’escalade de la bagarre.

Sur la cour de l’école du monde, plus question d’escarmouche entre gamins irascibles qui se roulent dans la poussière. L’enjeu est un conflit international susceptible de dégénérer en massacre. Ceux qui mettent le doigt dans l’engrenage, quel maître d’école, céleste ou terrestre, pourra les retenir d’y glisser le bras, voire de laisser happer le corps tout entier ?

L’engrenage, ça entraîne… et ça écrase !

En la matière, l’amnésie est une maladie mortelle.

                                   Eugène Royer.

  

Mimouna la Noire.

Un jour, un mystique que l’humilité n’étouffait pas vraiment, rend visite à un confrère pour lui poser cette curieuse question : « Quel sera mon voisin au paradis ? » Le collègue n’hésite pas une seconde : « Ce sera Mimouna la Noire. » « Et qui donc est-elle ? », demande le premier. « Une folle qui fait paître ses moutons du côté du cimetière », lui est-il répondu. Le premier mystique va tout de suite la voir, et s’étonne de découvrir qu’à ses moutons se sont mêlés des loups et que tous vivent en parfaite entente. « Dis-moi, Mimouna, interroge le mystique, comment tes moutons font-ils si bon ménage avec les loups ? » « C’est simple, répond-elle. J’ai amélioré mes rapports avec mon Seigneur, et mon Seigneur a amélioré les rapports entre mes moutons et mes loups. »

« Quand deux ou trois sont réunis en mon nom », les rapports changent entre les moutons et les loups…

 

C’est fatigant de fréquenter les enfants.

Vous dites : “C’est fatigant de fréquenter les enfants.”

Vous avez raison.

Vous ajoutez : “Parce qu’il faut se mettre à leur niveau, se baisser, s’incliner, se courber, se faire petit.”

Là vous avez tort.

Ce n’est pas cela qui fatigue le plus. C’est plutôt le fait d’être obligé de s’élever jusqu’à la hauteur de leurs sentiments, de se hisser sur la pointe des pieds, pour ne pas les blesser.

Janusz Korczak

Serviteur… jusque là !…

Je revenais du travail, quand, sur le trottoir, mon voisin m’a interpellé :

- Lorsque vous aurez un moment, vous pourriez jeter un coup d’œil à ma mobylette ? Pas moyen de la faire démarrer.

- Tout de suite si vous voulez ; je monte embrasser ma femme et je redescends.

Il m’a regardé faire et m’a dit :

- On voit que vous vous y connaissez !

J’étais heureux de le voir admiratif et reconnaissant.

En rangeant les outils, je lui ai dit :

- Une autre fois, si vous avez besoin, n’hésitez pas, faites-moi signe !

Je suis rentré de très bonne humeur, satisfait car je m’étais dévoué. Mais une réflexion de ma femme, d’un seul coup, a terni ma joie :

- Lui as-tu expliqué la panne pour qu’il sache la reconnaître et puisse la réparer lui-même la prochaine fois ?

- Non, je n’y avais pas songé. Trop content peut-être d’avoir plus tard une nouvelle occasion de lui montrer mon savoir-faire et ma disponibilité ? De me montrer indispensable… De le sentir redevable ?

D’après Michel Quoist 

Une croix, c’est une fenêtre.

Ce soir-là, mon cœur est lourd, mon corps pesant. J’entre dans la chambre d’Avelig à l’heure où elle s’endort, pour l’embrasser.

- Tu sais, maman, une croix… (Aurait-elle perçu ce que je vis ? Mes pensées défilent plus vite que ses mots.)

- Une croix, oui, je sais…

- Une croix, c’est une fenêtre.

- ?…

- Tu ne comprends pas ? Regarde, maman.

Ma petite fille – quatre ans – qui ne sait pas écrire mais seulement dessiner, s’assied sur son lit, prend un stylo-feutre et un papier pour m’aider à voir. Elle trace une croix et l’entoure d’un rectangle.

- Tu vois, maman, une croix, c’est une fenêtre.

Mon corps s’allège d’un coup, mon cœur à nouveau bat à l’endroit.

- Ce que tu me dis est merveilleux. Je l’écrirai dans mon cahier pour te le redire quand tu seras grande.

Et ma petite fille, déjà si grande, qui ne s’embarrasse pas des subtilités des verbes irréguliers, me répond, l’air très assuré :

- Ce n’est pas la peine, maman, je le « saverai » toujours.

  

Les pilules contre la soif.

- Bonjour, dit le Petit Prince.

- Bonjour, dit le marchand.

C’était un marchand de pilules perfectionnées qui apaisent la soif. On en avale une par semaine et l’on n’éprouve plus le besoin de boire.

- Pourquoi vends-tu ça ? demanda le Petit Prince.

- C’est une grosse économie de temps, dit le marchand. Les experts ont fait des calculs. On épargne 53 minutes par semaine !

- Et que fait-on de ces 53 minutes ?

- On en fait ce que l’on veut…

- Moi, se dit le Petit Prince, si j’avais 53 minutes à dépenser, je marcherais tout doucement vers une fontaine.

Le Petit Prince, A. de Saint-Exupéry. 

Il est bon que je m’en aille

Il faut parfois que l’autre s’en aille,

Pour pouvoir prendre sa vraie place

Et donner le meilleur de soi.

C’est souvent quand il est parti,

Qu’on joue le risque d’oser sa vie.

 

Il faut parfois que l’autre s’en aille,

Pour qu’au cœur de nos arrachements,

On ait la patience d’attendre,

D’autres surgissements,

D’autres paroles, d’autres refrains.

 

Il faut parfois que l’autre s’en aille,

Pour donner tout ce que l’on a,

Dans les tripes et dans le cœur.

Et vivre enfin son propre destin,

« A fond la caisse », à fond la vie.

 

Il a bien fallu, Seigneur, que tu t’en ailles,

Pour que naissent les audaces de Pierre,

Pour que Surgisse la foi de Thomas,

Et peut-être qu’à notre tour aussi,

Nous puissions continuer la mission.

Robert Riber

 

Jardinier passionné.

Un jour, dans un monastère, le jardinier invite un des moines à venir contempler la beauté de son jardin.

- Regarde mes tomates, comme elles sont magnifiques ! Et mes fleurs ? Ne les trouves-tu pas de toute beauté ?

- Oui, répond le moine, mais n’oublie pas que tout cela est un don du Créateur !

- C’est certain, dit le jardinier, mais viens avec moi…

Il emmena le moine un peu plus loin, dans une parcelle laissée en friche :

- Regarde : voilà ce qui se passe quand on laisse le bon Dieu cultiver tout seul !

 

Le risque

Rire, c’est risquer de paraître idiot.

Pleurer, c’est risquer de paraître sentimental.

Aller vers quelqu’un, c’est risquer de s’engager.

Présenter ses idées, ses rêves, c’est risquer de les perdre.

Aimer, c’est risquer de ne pas être aimé en retour.

Vivre, c’est risquer de mourir.

Espérer, c’est risquer de désespérer.

Essayer, c’est risquer d’échouer.

Mais il faut prendre des risques. Car le plus grand danger dans la vie c’est de ne rien risquer du tout. Celui qui ne risque rien ne fait rien, n’a rien, n’est rien.

Il peut éviter la souffrance et la tristesse, mais il n’apprend rien, ne ressent rien, ne peut ni aimer ni vivre. Enchaîné par sa certitude, il devient esclave, il abandonne sa liberté.
Seuls ceux qui risquent sont libres.

  

Une histoire de trou 

Un avare avait caché son or au pied d’un arbre, dans son jardin. Chaque semaine il le déterrait et le regardait pendant des heures. Un jour, un voleur déterra l’or et s’enfuit avec. Lorsque, la fois suivante, l’avare vint contempler son trésor, tout ce qu’il vit, ce fut un trou. L’homme se mit à hurler de désolation et les voisins accoururent pour découvrir  de quel malheur il s’agissait.

Quand ils furent mis au courant, l’un deux demanda :

- Avez-vous utilisé une partie de l’or ? 

- Non, dit l’avare : je ne faisais que le regarder chaque semaine. 

- Hé bien alors, dit le voisin, pour tout le profit que vous apportait cet or, vous pourriez tout aussi bien venir chaque semaine contempler le trou.

Laisser un commentaire

 

boutiqueesoterique |
Entre Dieu et moi paroles d... |
Eglise de Maison |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Vous connaîtrez la vérité e...
| CHORALE "VOIX DES ANGES" D'...
| Le son de la trompette