Recueil 25

vert

La chapelle aux murs moussus.

Un jour, un jeune homme vint chez un ermite et lui dit :

- Je suis déçu de ma paroisse et je cherche une communauté parfaite…

Le vieillard le conduisit vers les murailles de sa vieille chapelle et l’interrogea :

- Que vois-tu, jeune homme sur les vieux murs ?

- De la mousse et surtout des mauvaises herbes, répondit le jeune garçon surpris.

- Tu vois, continua l’ermite, Dieu habite pourtant cet édifice ! Il en est ainsi de ta paroisse. Elle ne peut être ni pure ni parfaite car elle est faite d’hommes. Toi-aussi, tu es un homme, et même si un jour tu découvres la paroisse parfaite, elle ne le sera plus dès l’instant où tu y entreras…

 

Square des innocents.

Quand le voisin battait sa femme, je n’ai pas voulu me mêler de leurs histoires.

Quand on a contrôlé l’étudiant noir dans le métro, j’ai pressé le pas.

Quand ils ont tabassé Mohammed, j’ai pensé : “Il y a sûrement une raison.”

Quand elle a crié : “au viol” sous ma fenêtre, j’ai monté le son de la radio.

Quand ils ont raconté la dernière histoire belge, j’ai ri avec eux.

Quand ils ont licencié mon collègue homosexuel, je n’ai toujours pas compris.

Quand ils on peint une croix gammée sur la boutique en bas, j’ai détourné les yeux.

Quand le parti a fait la chasse aux drogués, je n’ai pas rendu ma carte.

Quand ils ont expulsé l’avocat, je me suis dit : “Il était donc coupable.”

Quand ils ont corrigé la prostituée dans le café du coin, j’ai pensé : “Elle l’avait cherché.”

Aujourd’hui, ils viennent me chercher et il n’y a plus personne pour me défendre.

Moi, pourtant, j’étais innocent.

                        Des femmes des mouvements de libération.

 

Deux moines Zen traversaient une rivière.

Deux moines Zen s’apprêtaient à traverser une rivière à gué. Une belle jeune femme les rejoignit. Elle aussi devait passer sur l’autre rive, mais la violence du courant l’effrayait. Un des moines la chargea sur ses épaules et la déposa de l’autre côté. Son compagnon n’avait pas desserré les dents. Il fulminait : un moine bouddhiste n’était pas autorisé à toucher une femme, et voici que celui-ci en portait une sur ses épaules !

Des heures plus tard, en arrivant en vue du monastère, le moine puritain annonça :

- Je vais informer le maître de ce qui s’est passé. Ce que tu as fait est interdit.

Le moine secourable s’étonna :

- De quoi parles-tu ? Qu’est-ce qui est interdit ?

- As-tu oublié ce que tu as fait ? s’indigna l’autre ! Tu as porté une belle jeune femme sur tes épaules !

- Ah oui, bien sûr, se souvint le premier en riant. Il y a belle lurette que je l’ai laissée au bord de la rivière. Mais toi, la portes-tu toujours ?

Apologue bouddhiste

 

 Le sable et les deux mains.

Georges, un garçon de treize ans, se promenait sur la plage en compagnie de sa maman.

Et subitement, il demanda : « Maman, comment fait-on pour garder un ami quand finalement on en a trouvé un ? »

La maman réfléchit quelques instants, puis se baissa et pris deux poignées de sable. Tenant les paumes vers le haut, elle ferma une main et pressa fortement : le sable s’échappa entre les doigts et plus elle serrait le poing, plus le sable s’enfuyait.

Par contre, l’autre main, elle la tenait bien ouverte : le sable resta intégralement.

Georges observa la démonstration avec étonnement, puis s’écria : « je comprends ! »

 

 Le voleur de hache.

Un homme ne retrouvait pas sa hache. Il soupçonna le fils de son voisin de la lui avoir prise et se mit à l’observer. Son allure était, typiquement, celle d’un voleur de hache. Son visage était celui d’un voleur de hache ! Les paroles qu’il prononçait ne pouvaient être que des paroles de voleur de hache. Toutes ses attitudes et tous ses comportements trahissaient l’homme qui a volé une hache.

Mais, très inopinément, en remuant la terre, l’homme retrouva soudain sa hache ?

Lorsque, le lendemain, il regarda de nouveau le fils de son voisin, celui-ci ne présentait rien, ni dans l’allure, ni dans l’attitude, ni dans le comportement, qui évoquât un voleur de hache.

            Parabole du Maître de Lie-Tseu (3ème siècle.)

 

Le Miroir de Pâques

C’est l’histoire d’un homme qui cherchait le sens de l’existence. Il avait beaucoup lu et voyagé, rencontré quantité de sages et de gourous… Mais les années passaient et, dans son cœur, continuait de résonner cette question sans réponse : « Pourquoi ? »
« Pourquoi la vie ? Pourquoi la terre, l’univers et ses étoiles ? Pourquoi la mort et la souffrance ? » Il restait de plus en plus souvent seul, triste, debout dans son bureau envahi de livres, les yeux fixés sur un vieux miroir. Son regard cherchait dans le reflet de son visage – où pointait déjà la marque du temps – une réponse, un signe, une piste… Il espérait qu’en contemplant ainsi, au travers de sa propre image, le reflet de l’humanité, il trouverait le début d’une réponse. « Pourquoi ? Pourquoi ? « 
Un soir qu’il allait dîner dans le bistrot en bas de chez lui où il avait ses habitudes, il croisa le regard d’un vieil homme, accoudé au bar. Il ne l’avait jamais vu dans le quartier. Pour sortir un instant de son trop-plein de solitude, il offrit un verre à l’inconnu. Celui-ci accepta et le remercia avec une infinie douceur. Les verres vides, l’inconnu enfila son manteau et s’apprêtait à sortir lorsque notre homme lui demanda : « Avez-vous dîné ? » L’autre répondit que non. « Alors restez avec moi, car déjà le soir tombe, venez partager mon modeste repas… « .
Ils s’assirent l’un en face de l’autre, les mains posées sur la toile cirée. Le doux regard de l’inconnu invitait à la confidence. Notre homme se mit à parler de sa vie, de ses voyages, de ses lectures, de ses rencontres, de sa quête, de ce lancinant « pourquoi ? » qui ne cessait de retentir dans son cœur.
Et puis, il évoqua le vieux miroir où il passait des heures à regarder filer le temps sur son propre visage. Alors, l’inconnu lui dit soudain : « Emmène-moi chez toi ! « 
Arrivé dans le modeste appartement, l’inconnu demanda à son hôte de se placer face au miroir comme il en avait l’habitude. Intrigué, notre homme s’exécuta et se mit à contempler, une fois encore, sa propre image.
Alors, l’inconnu prit un chiffon, décolla légèrement le miroir du mur, glissa la main derrière et se mit à gratter méthodiquement le tain du vieux miroir. Bientôt, tout reflet disparut, il ne resta plus, enchâssé dan le cadre doré, qu’un simple carré de verre, désormais totalement transparent.
L’inconnu prit le cadre, le décrocha du mur, invita son hôte à le suivre et posa l’objet devant une fenêtre de l’appartement, celle qui donnait sur le boulevard le plus bruyant, où grouillait une foule anonyme et pressée, où l’on apercevait, prés d’une bouche de métro, le frêle amas de cartons d’un « sans-domicile ». Puis, sans un mot, l’inconnu sortit.
Alors, notre chercheur de sens, tombant à genoux, se mit à pleurer à chaudes larmes. Non pas de pleurs de tristesse, mais de joie ; une joie mystérieuse, « imprenable », irrépressible ; une joie qui ne ressemble à aucune autre joie ; une joie comme une pierre qu’on roule pour ouvrir enfin, au matin d’une interminable nuit, le tombeau des blessures humaines…

L’homme voulut sortir. Dans sa précipitation, il se prit le pied dans un tapis. Ce qui restait du miroir se brisa. Alors, notre homme éclata d’un rire sonore, dévala les escaliers et alla joyeusement se perdre dans la foule, en direction de la bouche du métro.

Bertrand Révillon (« Panorama » mars 2008)

Psychiatre et rabbin

Dans une grande ville des États Unis, Monsieur Cohen s’en va consulter son psychiatre, juif comme lui, pour lui parler de ses appréhensions :

- “J’ai un vrai problème, car il y a toujours quelqu’un sous mon lit !”

- “Vous avez bien regardé ?” lui demande alors le psychiatre.

- “Oui bien sûr, mais chaque fois que je regarde, il s’en va, si bien que je n’arrive pas à le voir. Et dès que je ne regarde plus, il revient. Ça m’empêche de dormir : je suis si fatigué que mon travail s’en ressent.”

- “Je pense que vous avez besoin d’une thérapie ; je vous propose de venir me voir deux fois par semaine. Qu’en dites-vous ?”

- “Oui oui, mais combien de temps ça va durer ?”

- “Je ne sais pas pour le moment, Monsieur Cohen : trois ou quatre semaines, ou peut-être trois ou quatre mois, ou même un an ou deux …”

- “C’est bien long ! Et combien d’argent ça va me coûter ?”

- “Le tarif est de vingt-cinq dollars par séance” (environ mille francs belges).

- “Mais je vais me ruiner ! Enfin, pour l’instant, je n’ai pas d’autre choix ; fixons quelques rendez-vous”.

Et l’homme vint régulièrement rencontrer son psychiatre pendant les deux premières semaines, puis il cessa brutalement ses visites, sans prévenir ! Quelques mois plus tard, le psychiatre rencontre par hasard son ex-patient dans la rue, et la conversation s’engage :

- “Alors, Monsieur Cohen, comment allez-vous maintenant ? Ça fait longtemps que je ne vous ai plus vu chez moi !”

- “Je vais fort bien merci”.

- “Est-ce-que vous dormez  bien ? Y a-t-il toujours quelqu’un sous votre lit ?”

- “Non, il n’y a plus personne.”

- “Ah ! Et comment avez-vous réussi à vous y prendre ?”

- “Et bien, je suis allé voir mon rabbin, et il m’a conseillé de scier les pieds du lits – ce que j’ai fait aussitôt !”.

 

Une belle rencontre

Il était toujours assis devant sa porte quand je passais pour aller travailler et, pour être franc, il me mettait plutôt mal à l’aise. Tous les jours cet homme me saluait. Et comme un rituel entre nous, qu’il fasse beau, qu’il pleuve ou qu’il vente, il faisait un commentaire sur le temps :

- Ah, aujourd’hui il va faire beau !


ou – Il va encore pleuvoir !

Je l’oubliais vite, happé par le quotidien. A vrai dire, si je m’arrêtais, j’avais peur qu’il me demande quelque chose.
Mais un jour, alors que je m’attendais à un mot sur les flocons qui tardaient à venir, il m’a interpellé :

- Vous n’auriez pas un peu d’argent s’il vous plaît ?

C’est vrai qu’il avait l’air affamé. Gêné, je lui ai glissé un billet sans écouter ses remerciements. Je me suis senti dédouané pour quelques jours. Et puis je pourrais toujours changer d’itinéraire. Mais je ne l’ai pas fait, et un matin il m’a interpellé à nouveau :

- Vous avez une minute pour entrer ?

J’ai hésité, étonné… oui, après tout, pourquoi pas ? C’était la première fois qu’il me le proposait.
Je suis entré et j’ai vu : la chaise cassée, la toile cirée pleine de trous.
Mais surtout j’ai entendu : juste au­dessus de l’évier, dans une cage : deux petits oiseaux chantaient. Il a dû lire la surprise sur mon visage.

- Je voulais vous présenter mes oiseaux. Grâce à vous, enfin, je me suis offert un peu de compagnie.

Ce que j’ai compris ce jour-là m’a mis en route…

 

Sans cligner des yeux 

Au Moyen Âge, une guerre ravagea l’ancien Japon. Durant ces affrontements meurtriers, une armée envahit une ville qui était restée fidèle à son seigneur. Tous les habitants avaient fui, y compris les moines du temple zen. Seul le vieux maître était resté. Quand le général rebelle pénétra dans le temple, il fut reçu d’un ton glacial. Furieux, il porta la main à son sabre et lança au vieux maître : 

 Savez-vous que vous avez face à vous un homme capable de vous trancher la gorge sans même cligner des yeux ? 

- Et vous, répliqua le maître avec calme, savez-vous que vous avez face à vous un homme prêt à avoir la gorge tranchée sans même cligner des yeux ? 

Le général prit le temps de la réflexion, puis il s’inclina et se retira. 

(D’après un apologue zen) 

 

Les brindilles

Il était une fois un vieil homme et ses enfants.

Cet homme avait douze fils tous beaux et bien bâtis.

Il leur demanda de lui apporter chacun une brindille de bois.

Il prit les douze brindilles et les lia ensemble avec un fil.

Il donna le minuscule fagot à son fils ainé et lui demanda de le briser.

Le fils ne put le faire.

Alors le vieillard sépara les brindilles,

en donna une à chacun des ses douze garçons et leur demanda des les briser.

Chacun put le faire aisément.

Le père dit alors :

“Si vous n’êtes pas unis, n’importe qui pourra vous briser,

mais si vous demeurez ensemble personne ne pourra rien contre vous.

Jean Humenry

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