RECUEIL 28

rouge

Pas de porte

Je ne sais pas ce qu’il en est en province, mais dans la région parisienne, si vous voulez changer une fenêtre, il n’y aura pas de problème. Par contre, s’il s’agit de changer une porte, ce sera difficile.Car apparemment on manque de portes. Quand on se promène dans les rues, on voit souvent une ou l’autre boutique fermée, aux rideaux tirés, avec une grosse pancarte dans la vitrine :« Pas de porte à vendre ».

Comme toujours en temps de pénurie, il y en a qui en profitent. Dernièrement, un de mes amis est allé à Versailles.Or le guide leur a dit que, dans le célèbre Château, il y avait beaucoup de portes dérobées.Après ça, on dira qu’on n’est pas assezaimables, en France, avec les étrangers et les touristes.Mais s’il y a trop de portes dérobées, on finira par leur fermer les portes…

Il arrive qu’on dise à quelqu’un de prendre la porte… en espérant bien qu’il n’en fera rien !

Il y a quelque mois, il y avait une grande épreuve de ski. Et dans le grand slalom, une championne a manqué une porte. Elle a perdu. Jene la plains pas : alors que les portes se font rares, en laisser une qui est devant vous, ce n’est pas permis. Le commentateur disait que si elle n’avait pas manqué la porte, elle s’en serait sortie. Mais comme elle l’a ratée, elle s’est fait sortir. Je ne comprendrai jamais rien au sport.

Bien souvent, dans nos discussions, on croit que l’on parle simplement.Et on est déçu de n’être pas compris. En fait on attrape au vol un mot, une phrase, une expression, et on s’embarque tout de suite dans un dialogue sans espoir. Toutsimplement parce qu’en réalité on emploie les mêmes mots, mais, même si on a une voix qui porte, on ne parle pas le même langage.

Perjean

 

Le langage des signes.

Il y a quelques semaines, au journal télévisé, on nous a montré une petite fille (de 4 ou 5 ans) sourde de naissance. Ses parents, bien sûr, ont appris le langage des signes pour communiquer avec elle.

Mais la maman a eu une idée sensationnelle.Une idée que personne n’aurait osé proposer à sa place.Ce fut de demander a tous les habitants de la commune d’apprendre eux aussice langage des sourds, afinque sa petite fille ne soit pas isolée, enfermée dans son milieu familial, mais qu’elle puisse comnuniquer avec le monde environnant.

Sa proposition a été accueillie avec joie. On a pu voir de jeunes enfants, comme des personnes âgées, apprendreavec beaucoup de sérieux à tenir une conversation avec leurs mains. Et la petite fille, au lieu d’être enfermée par son handicap, est une petite fille rieuse, enjouée, heureuse, parce qu’elle est entourée d’une atmosphèred’attention et d’amitié comme aucune autre petite fille.

C’est pour elle, pour elle seulement, que tous ces gens, jeunes et vieux, se sont donné tant de peine pour apprendre à« parler» avec elle. Pour elle seulement… Et la petite fille a apporté, sans le savoir, bien de la joie à tous. La joie d’un don inhabituel. Pas une aumône, un don en nature ou en espèces, comme on est souvent sollicité de le faire, mais un geste du cœur, un don de soi-même…

Perjean

Félicitations ! 

Résultat d’un Loto à la radio… Le speaker concluait : « Toutes nos félicitations à l’heureux gagnant…! » Félicitations ? Bien sûr, ce sont des choses qui se disent. Mais tout de même… Je comprends qu’on félicite unjeune qui a réussi son bac, un athlète qui a battu un record, un pompier qui a sauvé un enfant au péril de sa vie… Mais l’heureux gagnant, où donc est son mérite ?

Quelques jours après, j’entrais dans une église où s’achevait la célébration d’un mariage. On en était au long défilé des amis venant serrer les mains des nouveaux époux, en répétant : « Félicitations… » Bien sûr c’est autre chose que le Loto, mais ce n’est quand même pas un exploit non plus de se marier !

A la télé, quelques jours après, un restaurateur « se félicitait » (décidément !…) du beau temps qui avait permis une bonne saison. Il n’y était pourtant pour rien !…

Alors j’ai pris mon vieux Larousse. Et j’ai lu : « Féliciter :assurer quelqu’un de la part qu’on prend à sa joie, à son succès, à ce qui lui arrive d’heureux. -  Se féliciter : s’estimer heureux, se réjouir… »

Au gagnant du Loto, on peut donc dire : « Je suis heureux pour vous… »  Aux jeunes mariés : « Je suis heureux avec vous… »Mais ça ne veut pas dire que tout ce qui est bien commencé finit bien. Le gagnant du Loto saura-t-il gérer ce qui lui arrive ? Les nouveaux mariés, qui viennent de poser la première pierre, sauront ils achever l’édifice ?… On félicite ainsi celui qui se lance dans une longue transatautour du monde. II n’a encore rien fait, mais il ose la belle aventure. « Félicitations! Bonne route !… Mais ça ne sera pas toujours facile ! »

Jésus, lui, a eu l’audace de dire ce que personne n’avait jamais osé dire : « Félicitations les pauvres !… Félicitations ceux qui pleurent !… »

Le bonheur ne vous tombe pas dessus. Il se forge. Et, au fond, il faut s’en féliciter.

Perjean

 

Prière pour un humour décapant

Dieu notre Père, toi qui es grand parmi les Grands,

tu n ‘as rien trouvé de mieux à faire 

que de te faire petit pour confondre les Grands !

En Jésus petit enfant, personne ne t’a reconnu,

à part quelques « petits » justement.

Et par Jésus devenu plus grand,

tu n’as pas cessé de nous faire comprendre 

que,pour devenir grands,

il fallait nous faire « petits » serviteurs, derniers du rang.

Le monde en rit.

Il faut avouer que tu ne manques pas d’humour !

Et Jésus ton Fils a joint l’action à la parole :

il s’est agenouillé devant ses disciples

pour leur laver les pieds !

C ‘est proprement renversant,

comme un humour décapant !

En vérité, il n’a pas cessé de te révéler

comme un Père qui met le monde à l’envers

pour faire ton Royaume d’amour à l’endroit !

Alors, Dieu notre Père,

toi qui es grand parmi les Grands.

toi qui t’es fait petit pour confondre les Grands,

mets en nous ton amour avec un petit zeste d’humour :

juste de quoi faire de petits gestes renversants

pour un monde un peu plus à l’endroit qu’avant.

Pierre Pythoud

 

Vieillir en beauté

Vieillir en beauté, c’est vieillir avec son cœur ;
Sans remord, sans regret, sans regarder l’heure ;
Aller de l’avant, arrêter d’avoir peur ;
Car, à chaque âge, se rattache un bonheur.

Vieillir en beauté, c’est vieillir avec son corps ;
Le garder sain en dedans, beau en dehors.
Ne jamais abdiquer devant un effort.
L’âge n’a rien à voir avec la mort.

Vieillir en beauté, c’est donner un coup de pouce
À ceux qui se sentent perdus dans la brousse,
Qui ne croient plus que la vie peut être douce
Et qu’il y a toujours quelqu’un à la rescousse.

Vieillir en beauté, c’est vieillir positivement.
Ne pas pleurer sur ses souvenirs d’antan.
Être fier d’avoir les cheveux blancs,
Car, pour être heureux, on a encore le temps.

Vieillir en beauté, c’est vieillir avec amour,
Savoir donner sans rien attendre en retour ;
Car, où que l’on soit, à l’aube du jour,
Il y a quelqu’un à qui dire bonjour.

Vieillir en beauté, c’est vieillir avec espoir ;
Être content de soi en se couchant le soir.
Et lorsque viendra le point de non-recevoir,
Se dire qu’au fond, ce n’est qu’un au revoir.

Ghyslaine Delisle, québécoise née en 1932

 

Le banc public

La première impression lorsque je l’aperçus fut celle de solitude. Au cœur de la rue bruyante, ce banc public était seul, étrangement chargé d’absence. Bientôt midi. Je hâtai le pas. La journée était de celles qui d’un bout à l’autre, doivent tenir la cadence. Pourtant, ce cri de solitude au cœur d’une telle agitation… Cet appel imprévu dans ma direction… Voilà pourquoi, en ce jour pressé du mois de juin, contre toute raison, je passai une heure, sur un banc public.

Une visiteuse vint m’y rejoindre. Une voix d’abord, suivie d’une jeune fille qui, près de l’oreille, tenait un téléphone portable. Le bavardage zébra l’air quelques instants. Petit désordre sonore. Très vite, la voix et la jeune fille s’éclipsèrent, emportées vers la rue.

Presque aussitôt, un homme prit place. Sans âge, de ceux que l’on sent près de la marge. En errance, en exil peut-être. Il était encombré d’un sac dans lequel il se mit à fourrager. Il en exhiba des bouts de choses, débris de toutes sortes, papiers fripés, mégots, canettes vides… Que cherchait-il ? Si près de la dépossession, cet homme semblait s’animer encore du besoin de prendre. Lorsqu’il eut à nouveau rempli le sac, il le ferma avec précaution et se leva.

C’est alors que le couple est arrivé. Je n’ai pas compris tout de suite qu’ils étaient deux, tant semblait grand leur désir de n’être qu’un seul. Ça, je le perçus aussitôt : il fallait qu’en cet instant précis, leurs corps se retrouvent, se caressent, se respirent. Lequel des deux parlait ? Lequel écoutait ? Impossible à dire. Les mots, à peine échangés, leur glissaient au bord des lèvres. Ils s’éloignèrent, laissant derrière eux une pensée d’amour. Et le banc, quelques instants, en fut troublé. Ainsi sont les bancs publics, vite émus par les amoureux.

Alors survint la vieille dame. Quoi que je ne l’aie pas regardée, j’ai su qu’elle était vêtue de blanc. Sur un banc, quand on ne se connaît pas, on se regarde en oblique. Et l’oblique, souvent, voit l’essentiel : chez cette vieille dame anonyme, il y avait de la pureté. Elle parlait toute seule. Des mots à demi mangés, presque inaudibles, qui n’avaient plus personne à qui s’adresser mais continuaient à vouloir se dire. Des mots juste pour se tenir en vie. J’aurais aimé lui prêter oreille. Mais de quel droit serais-je intervenue ? Et puis, pourquoi déduire si vite une détresse ? Il y a de la joie à parler avec soi-même.

Était-elle partie quand le pigeon vint se poser ? C’était un gros spécimen gris, rompu à l’humeur des villes. Il roucoulait indûment, pour impressionner, car de toute évidence, il n’avait rien à dire. Il avait seulement appris, au contact des humains, à se rendre bruyant.

S’il vous arrive, au cours d’une marche en ville, d’entendre l’appel d’un banc public, laisser vous inviter. Oubliez le rendez-vous important, l’urgence, le temps manquant. Consentez à vous asseoir un moment. Et là, déposez un peu de vous-mêmes. Car il y a des solitudes trop lourdes à porter. Elles vous habitent sans que vous le sachiez, finissent par peser. Il est bon parfois de s’en défaire et de les confier à qui est prêt à s’en charger.

TERNYNCK Catherine

 

Et l’amour a fait tache d’huile.

Elle semblait faible. Mais sa faiblesse était sa force, car à côté d’elle on pouvait exister.

Ni perfection, ni réussite ne la définissent, ni sécurité, ni conviction ne l’enferment. La femme forte, le roc. Plutôt la terre qui nourrit, l’eau qui rafraîchit, le sel qui donne du goût, le feu chaud et lumineux.

Auprès d’elle on apprenait la vie, la mort, une autre dimension de chaque événement, parce qu’elle était là, tout simplement. Et l’amour a fait tache d’huile, indélébile comme Abraham elle est partie, semant beaucoup, récoltant peu à nos yeux.

Et sa mort a pris goût de résurrection.

 

 Une rencontre

Une rencontre, 

c’est une chose rare et merveilleuse : 

présence d’une personne à une autre, 

présentes l’une à l’autre 

la vie s’écoulant de l’une vers l’autre.

 Mais nous pouvons être ensemble sans nous rencontrer. 

Nous pouvons vivre dans la même maison jour après jour, 

nous asseoir à la même table, 

nous agenouiller au même banc, 

lire les mêmes livres, 

sans jamais nous rencontrer.

 Une rencontre est une chose rare et merveilleuse, 

présence d’une personne à une autre, 

présentes l’une à l’autre, 

la vie s’écoulant de l’une vers l’autre.

   Jean Vanier

 

L’amour change tout

Le devoir sans amour nous rend acharné.

La responsabilité sans amour nous rend impitoyable.

La justice sans amour nous rend dur.

La vérité sans amour nous rend critique.

L’intelligence sans amour nous rend rusé.

La gentillesse sans amour nous rend hypocrite.

L’ordre sans amour donne un esprit étroit.

L’honneur sans amour nous rend orgueilleux.

La possession sans amour nous rend avare.

La foi sans amour nous rend fanatique.

La vie sans amour est sans valeur.

Aime et fais ce que tu veux.
Si tu te tais, tais-toi par amour,
Si tu parles, parle par Amour,
Si tu corriges, corrige par amour,
Si tu pardonnes, pardonne par amour.
Aie au fond du cœur la racine de l’amour :
De cette racine, rien ne peut sortir de mauvais.

Saint Augustin

  

L’Esprit pousse Jésus au désert.

Cette poussée de l’Esprit est comme une poussée de la sève au printemps,

cette poussée du vent qui nettoie le ciel ou cette poussée de l’épaule qui ouvre la porte.

D’un nouveau-né aussi, pour dire qu’il grandit, on dit qu’il a poussé.

C’est que le désert est justement un lieu pour naître.

La conversion, ce n’est pas un retour en arrière mais une poussée en avant.

Il s’agit moins de partir pour arriver que d’arriver à partir.

Jean Debruynne

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