Recueil 31

bleu-violet

 

La parabole des deux sentinelles. 

Il était une fois un prince qui décida de chercher la seule chose qui lui manquât : le bonheur. Il commença par clouer l’aiguille de son baromètre sur beau fixe et immobilisa la girouette qui le mettait de méchante humeurquand elle était mal tournée. Il avait remarqué que l’homme est sensible aux états d’âmequi décident de notre bonheur ou de notre malheur.Il recruta deux augures.

- On m’appelle l’Espérance,dit gaiement la première créature, et à son air enjoué sans raison, le prince craignit d’avoir affaire à une illuminée.

- On m’appelle la Crainte, dit l’autre. Ses yeux hagards évoquaient l’anxiété.

Le prince fut surpris de constater à quel point les deux augures étaient différents. 

- Pourquoi es-tu verte, toi ?

- Parce que je suis l’Espérance ! pouffa la première, c’est évident.

- Et toi, pourquoi es-tu bleue ?

-Je tiens ça de ma mère : on l’appelle la peur.

Le prince en fit ses deux sentinelles dévouées, chargées de veiller sur ses sentiments. Elles faisaient la pluie et le beau temps dans le cœur de leur maître qui était au supplice chaque jour à cause de leursinformations contradictoires. 

Ainsi l’Espérance lui lançait avec fougue : 

- Vois comme il fait beau ! Qu’attends-tu pour être heureux ? 

Et la Crainte  attirait sa vigilance :

- Quand tout semble au beau fixe, méfie-toi : ça cache toujours quelque chose. 

Le jour où un orage éclata dans le cœur du prince, la Crainte lui annonça victorieuse :

- Je te l’avais bien dit. Vois : j’ai toujours raison !

Le prince convoqua l’Espérance :

- Pourquoi m’as-tu menti ?

L’espérance sourit :

- Homme de peu de foi ! Certes, après le coup de foudre vient l’orage. Mais ensuite,le ciel devient pur et lumineux, et le paysage très beau. Simplement, il faut savoir attendre la fin de l’orage. 

- Ne l’écoute pas, dit la Crainte,la vie est une fontaine : elle pleure toujours.

L’Espérance rectifia :

- La vie est une fontaine : elle chante toujours. Il suffit de savoir l’écouter.

Crainte, remarqua le prince, ça rime avec complainte. Et Espérance avec enfance. Et il décida d’accorder un peu moins de crédit à la Crainte.

- À quoi sert la sagesse, se dit-il, sice n’est qu’appréhension du lendemain ? Les meilleures choses ont une fin. Mais elles ont aussi un commencement. Alors, commençons d’être heureux. Où puiserait-on la joie des retrouvailles s’il n’y avait pas de séparation ?

Le prince rendit sa liberté à l’aiguille du baromètre, et à la girouette. Le soir même, elle avait épousé le sud est, et le prince tira ses volets avec satisfaction. Quelques heures plus tard, il crut entendre le grincement de l’ouest. Mais, il s’en remit à la Providence et s’empressa de s’endormir surl’image de la girouette qui flirtait avec le vent du sud.

Le lendemain, le prince connut sa première journée de bonheur : tout était maussade et sombre autour de lui, mais son cœur était resté au beau fixe. Il avait décidé d’employer l’Espérance à temps complet et d’en faire la sentinelle exclusive de son Etat d’âme.

 

Bon mots et facéties des Pères du désert

Un ancien fit remarquer : « Ainsi va la vie ; lorsque nous sommes devenus assez grands pour attraper le pot de miel, nous n’en avons plus envie. » 

 

Bon mots et facéties des Pères du désert

Le diable, déguisé en pauvre, était venu frapper à la porte d’un monastère pour tenter les frères. Il frappe, pas de réponse. Il frappe, il appelle ; derrière la porte, on lui répond enfin : « Que veux-tu ? » « Je suis une pauvre (un pauvre diable ?) dit le diable. J’ai besoin de votre aide. » On lui répond : « Laisse-nous, nous sommes en train de prier. » Alors le diable se réjouit : « Inutile d’entrer, remarque-t-il. Je suis déjà à l’intérieur. » Comme il se cache à l’intérieur de toute enceinte dont la porte est solidement close.

 

Poteau indicateur

Le jour du marché, comme tous les samedis matins, un homme si tient derrière sont stand biblique, entre un apiculteur et un marchand de fruits et légumes. Un tout petit stand : une table avec quelques Bibles, et des Nouveaux Testaments. Les gens passent ; les uns saluent discrètement et sourient, les autres hâtent le pas devant le stand, ou même tournent le dos.
Quelqu’un s’approche :

- Monsieur, vous êtes là depuis huit ans par tous les temps, je ne vous vois pas souvent vendre vos livres. Est-ce que ça marche ?

- Monsieur, est-ce que vous demandez à un poteau indicateur s’il marche bien ? Quel est son rôle ? C’est de vous indiquer une direction, non ? Eh bien c’est mon rôle ici : je montre une direction au monde qui court toujours plus vite et qui se perd…

 

Cracher vers le ciel.

A un homme qui blasphémait contre Dieu, abba Sisoès dit un jour : “Quand la colère te fait cracher contre le ciel, tu finis toujours par te cracher sur la tête.”

 

Il ne parle que de lui.

Abba Macaire et abba Bessarion s’entretenaient au sujet d’un frère.

- Je ne l’ai jamais entendu parler mal de qui que ce soit, dit le premier.

Et l’autre d’ajouter :

- Ce sera sans doute parce qu’il ne parle que de lui…

 

Une bonne homélie.

Un higoumène alla trouver un ancien :

- Abba, comment doit-être une homélie ?

- Une homélie, lui répondit-il, doit avoir un bon commencement et une bonne fin. Puis tu fais en sorte que le commencement et la fin soient le plus rapproché possible.

 

Le petit chien

Iln’y avait pas tellement longtemps qu’ils avaient pris leur retraite. Ils en avaient tellement rêvé ! Ilsavaient alors déménagé à la périphérie de la commune.

Mais voilà… Au bout déjà de deux ou trois ans, ils commençaient à s’ennuyer. Les amis, les voisins de toujours, la bouchère si sympathique et l’épicière si serviable leur manquaient un peu. Les copains de travail aussi. Lesenfants habitaient loin et ne pouvaient pas venir souvent. 

Alors, un jour, pour rompre la monotonie de l’existence, Madame eut envie d’acheter un petit chien. Quand je dis un petit chien, je ne veux pas dire un jeune chien, mais un chien de très petite race, un de ces petits chiens nains qu’on pourrait mettre, semble-t-il, dans la poche de son pardessus.

Quand Monsieur vit le petit chien, il ne dit rien, ne fit aucune réflexion… IIdescendit seulement dans son atelier et en remonta une heure plus tard avec un joli panneau destiné à être accroché à la barrière : Attention au chien ! 

Madame prit une mine contrariée : « Tu te moques de moi, tu ne veux pas dire que tu es contrarié parce que j’ai acheté ce petit chien. Alors tout ce que tu as trouvé, c’est de faire ce panneau ridicule et parfaitement inutile !… »

Monsieur se récria : « Pas du tout !...Pas du tout !... »Et il redescendit dans son atelier avec le panneau. Il remonta deuxheures plus tard avec un panneau plus grand et flambant neuf, où il s’était appliqué à écrire : Faites attention an chien : ne marchez pas dessus !

Perjean

Le paradis.

Un samouraï se présenta devant le maître Zen Hakuin et lui demanda :
- Y a t-il réellement un paradis et un enfer ?
- Qui es tu ? demanda le maître
- Je suis le samouraï … »
- Toi, un guerrier s’exclama Hakuin. Mais regarde-toi. Quel seigneur voudrait t’avoir à son service ? Tu as l’air d’un mendiant.
La colère s’empara du samouraï. Il saisit son sabre et le dégaina. Hakuin poursuivit :
- Ah bon, tu as même un sabre !? Mais tu es sûrement trop maladroit pour me couper la tête.
Hors de lui, le samouraï leva son sabre, prêt à frapper le maître. A ce moment celui-ci dit:
- Ici s’ouvrent les portes de l’enfer.
Surpris par la tranquille assurance du moine, le samouraï rengaina et s’inclina.
- Ici s’ouvrent les portes du paradis, lui dit alors le maître.

 

La patience.

Un jeune lettré venait d’être reçu au concours de mandarin. Avant de rejoindre sa première affectation officielle, il organisa une fête avec ses condisciples pour célébrer l’évènement. Au cours de la soirée, l’un de ses amis, qui était déjà en poste depuis quelque temps, lui donna ce conseil :
– Surtout n’oublie pas : la plus grande vertu du mandarin est la patience.
Le fonctionnaire novice salua respectueusement son aîné et le remercia chaleureusement pour cette précieuse recommandation.
Un mois plus tard, au cours d’un banquet, le même ami lui préconisa encore de bien s’appliquer à la patience. Notre jeune lettré le remercia avec un sourire amusé.
Le mois suivant, ils se croisèrent dans les couloirs feutrés d’un ministère. L’aîné attrapa la manche du cadet, le tira vers lui et lui souffla dans l’oreille son sempiternel conseil. L’autre, contrairement à l’étiquette ouaté qui était de rigueur dans les bâtiments officiels, retira brusquement sa manche de soie et s’écria :
– Tu me prends pour un imbécile ou quoi ? Voilà trois fois que tu me répètes la même chose !
Pendant qu’un cortège de dignitaires outrés se retournait, le mentor déclara :
– Tu vois, j’ai bien raison de le répéter. Mon conseil n’est pas si facile à mettre en pratique !

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