Recueil N° 35

bleu

Grand Tom 

Dans un petit village de la forêt équatoriale vivait un Pygmée dont la taille et la force dépassait de beaucoup celle des autres membres de la tribu. On l’avait surnommé Grand Tom. Il pouvait faire beaucoup plus de tâches que tous les autres réunis. Il n’était jamais fatigué, tant et si bien qu’il en vint à penser qu’il était le seul capable de les exécuter. Les autres commençaient à se sentir inférieurs, Peu à peu, les sourires et les éclats de joie disparurent du village sans qu’on sache pourquoi. 

Grand Tom, ne s’apercevant de rien, continua ainsi jusqu’au jour où, épuisé, il s’effondra au centre du village. Tous s’empressèrent pour le soigner. Grand Tom demeura dans un état léthargique durant plusieurs semaines. Pendant ce temps, les habitants du village avaient décidé de se reprendre en main. La redistribution des tâches s’était bien déroulée et les travaux allaient bon train. 

Un matin, Grand Tom se réveilla. Tous accoururent pour constater le miracle auquel ils ne croyaient plus. Affaibli par la longue maladie, Grand Tom ne pouvait toutefois reprendre le travail sans une longue convalescence. Il demeura donc chez lui, assis devant sa hutte, à regarder les gens s’animer et accomplir les tâches journalières. Quelque chose se mit à le tracasser. Depuis son réveil, il trouvait que les membres de sa tribu avaient bien changé… 

Un jour, il vit apparaître Gonaba, ami et protecteur de toujours des Pygmées. Il eut avec lui un entretien éclairant. Grand Tom comprit alors pourquoi il ne reconnaissait plus son village et ses amis : chacun avait maintenant sa tâche et l’accomplissait à merveille. Et tous avaient retrouvé ce sentiment de fierté qu’ils avaient peu à peu perdu sans s’en rendre compte. 

Quelques jours plus tard, Grand Tom, bien rétabli, se dirigea vers l’un des aînés du village et lui demanda de lui attribuer une tâche. Il avait hâte de s’y mettre avec les autres. À compter de ce jour, les éclats de rire et de joie fusèrent de toutes parts au village de Grand Tom. 

 

L’Évangile du Cantonnier.

Le Seigneur désigna alors douze balayeurs et les envoya un par un en ambassade dans toute la ville, en tout endroit où Lui-même aussi aurait aimé balayer. Et Il leur disait : « La moisson de détritus est abondante, mais les balayeurs peu nombreux. Priez donc le maître de l’Édilité d’envoyer plus de balayeurs à cette moisson. Allez ! Voici que je vous envoie au milieu de la jungle urbaine.

N’emportez pas de bière et autres alcools, pas de sandales, mais des souliers et des vêtements de sécurité, et saluez tout de même, mais pas trop longtemps, les gens lorsque vous travaillez dans la rue.

« En quelque bistrot que vous entriez, dites seulement : « Un café ou un Coca ! » Et s’il y a un patron à l’ancienne, il vous l’offrira. Sinon, sortez joyeusement le porte-monnaie. Demeurez dans ce bistrot, car le balayeur mérite sa pause en plus de son salaire. N’en faites pas trop la tournée quand même, mais en chaque boulangerie ou épicerie où vous entrerez, mangez ce qu’on vous offrira. Guérissez les rues malades de saleté, donnez de l’espoir et de la bonne humeur aux passants, et dites-leur que le royaume de la propreté n’est pas si proche que cela.

« En quelque endroit que vous entriez où l’on n’est pas sympathique envers vous, balayez tout de même la poussière qui est devant la porte et dites : « On n’est pas rancuniers, et de toute façon on est payés pour. Mais sachez-le, le royaume de la propreté dépend aussi de vous. » Je vous dis qu’au jour de ce royaume, il y aura moins de rigueur pour Sodome que pour tous les fast-foods. »

Michel Simonnet dans Une rose et un balai.

Le tir à la corde

La situation ressemble à une partie de tir à la corde avec un horrible monstre.
Il est énorme, très vilain et d’une force peu commune.
Entre vous et le monstre il y a un ravin qu’on dirait bien sans fond.
Si vous perdez cette partie de tir-à-la-corde, vous allez tomber dans ce ravin et y disparaître.
Alors vous tirez tant et plus ; mais plus vous tirez fort, plus il vous semble que, de son côté, l’horrible monstre tire plus fort lui aussi.
En fait, il vous semble bien que vous vous rapprochez de plus en plus dangereusement du bord du précipice.
La chose la plus difficile à réaliser c’est que votre tâche n’est pas de gagner au tir-à-la corde avec ce monstre.
Votre tâche, c’est de lâcher la corde.
Lâchez prise…

 

Tante Irma 

Vous venez d’acheter une nouvelle maison et vous avez décidé de pendre la crémaillère en famille. Dans votre famille, tout le monde est sympa et bien élevé, sauf tante Irma. Irma, c’est le mouton noir, le cauchemar de toute la famille. Donc vous avez invité toute la famille sauf elle. 

Vos invités arrivent. Tout se passe bien et bientôt la fête bat son plein. Soudain, on sonne à la porte. Vous regardez par la fenêtre et qui voyez-vous ? Tante Irma qui s’impatiente. 

Quelles sont vos options ? Ne pas ouvrir et alors elle va s’entêter et faire un scandale dans la rue. Ouvrir et essayer de l’empêcher d’entrer ? Même résultat. Essayer de la raisonner ? Même pas la peine. 

C’est ainsi que vous lui ouvrez grand la porte, lui souhaitez la bienvenue et lui indiquez où se trouve le buffet. Irma a-t-elle apprécié ? Après avoir fait votre part, vous avez choisi de ne pas lui demander et de ne pas y accorder d’importance. Vos invités ? Plusieurs sont déjà habitués à la présence d’Irma et ont leurs façons d’y faire face. Vous avez fait confiance à leurs capacités d’affronter cette réalité. Et surtout, vous avez passé une belle fête. 

 

Le verre d’eau 

Un conférencier expliquait ce qu’est la gestion du stress à son auditoire. Il leeva un verre d’eau et demanda : « Jusqu’à quel poids ce verre d’eau est-il pesant ? » Les réponses fournies par l’auditoire varièrent de 8 à 20 onces. Le conférencier répondit : « Le poids absolu n’a pas d’importance. Cela dépend de combien de temps vous essayez de le tenir. 

Si je le tiens pour une minute, ce n’est pas un problème.
Si je le tiens pour une heure, je vais avoir mal au bras.
Si je le tiens pour une journée, je devrai appeler une ambulance. 

Dans chaque cas, c’est le même poids, mais plus je le tiens longtemps, plus il devient pesant. » Il ajouta : « C’est ce qui se passe avec la gestion du stress. Si nous portons nos fardeaux tout le temps, un jour ou l’autre, alors qu’ils deviennent de plus en plus pesants, nous ne serons plus capable de les porter. 

Comme pour le verre d’eau, vous devez le déposer pendant un certain temps et vous reposer avant de le reprendre encore une fois. Lorsque nous sommes frais et dispos, nous pouvons continuer notre chemin avec ce fardeau. 

Avant de retourner à la maison ce soir, déposez le fardeau du travail. Ne l’apportez pas à la maison. Vous pourrez le reprendre demain. 

 

La hutte en feu 

Le seul survivant d’un naufrage a été emporté par les vagues sur une petite île déserte. Tous les jours, il priait pour que quelqu’un vienne le sauver et, tous les jours, il scrutait l’horizon, mais personne ne venait jamais. 

Il a donc décidé de se bâtir une petite hutte avec des arbres morts et des feuilles de palmier afin de se protéger et de mettre à l’abri les quelques affaires qu’il avait sauvées du naufrage. 

Après une semaine de travail, sa hutte était terminée et il en était très fier. 

 Quelques jours plus tard, alors qu’il revenait de chasser, il a trouvé sa petite hutte en feu. Déjà malchanceux de se retrouver seul, fallait-il que le pire lui arrive ? Il avait tout perdu dans cet incendie. Après le choc initial, le chagrin et bientôt la colère l’ont habité. Il s’est mis à genoux sur la plage et a crié : « Mon Dieu, comment peux-tu me faire ça ? » Et il s’est mis à pleurer à chaudes larmes. Puis il s’est endormi ainsi sur la plage. Très tôt, le lendemain matin, il a été réveillé par le bruit d’un bateau qui approchait de son île. Il était sauvé. 

Arrivé sur le bateau, il a demandé au capitaine : « Comment saviez-vous que je me trouvais ici ? » 

Le capitaine lui répondit : « Nous avons vu votre signal de fumée. » 

 

 L’ours

À une autre époque, alors que nous étions moins conscient de l’importance de l’environnement et que nous enfermions les animaux dans des cages trop petites, un ours vécu dans une cage de trente pieds de long. Toute sa vie, il allait de long en large, arpentant les trente pieds de sa cage en un allez retour incessant. 

Un mécène, sensible à la souffrance des animaux, finança le zoo pour qu’il puisse acheter de grands espaces. Lorsque le grand jour arriva, quelle ne fut pas sa surprise de constater que l’ours, libéré de sa cage, continuait de marcher de long en large sur une distance de 30 pieds. 

On peut sortir un ours de sa cage mais c’est plus long de sortir la cage de la tête de l’ours. 

 

La surdité 

Après son examen physique, un homme exprima à son médecin de famille son inquiétude au sujet des problèmes d’audition de sa femme. Le médecin lui suggéra qu’elle prenne rendez-vous et qu’il vérifierait cela. 

En arrivant à la maison, l’homme cria : « Chérie, je suis de retour. Qu’est-ce qu’on mange pour souper ? » Pas de réponse ! Il cria encore plus fort. Pas de réponse ! Il cria pour la troisième fois : Chérie, je suis de retour. Qu’est-ce qu’on mange pour souper ? 

C’est alors que la porte de la cuisine s’ouvrit brutalement et que la femme, qui semblait irritée, le regarda directement dans les yeux et lui cria : « POUR LA TROISIÈME FOIS, JE TE LE DIS : DU POTAGE ET DES MOULES FRITES ! » 

 

Libérer l’ange 

Un jour, le Pape Jules II regardait Michel-Ange, un des plus grands sculpteurs de tous les temps, s’acharner à frapper un bloc de marbre.
Il lui demanda : « Mais pourquoi frappes-tu si fort ? »
Michel-Ange lui répondit : « Ne voyez-vous pas qu’il y a un ange prisonnier dans le bloc de marbre ? Je travaille à le libérer… » 

 

Le deuil 

Une veuve perdit son fils suite à une sérieuse maladie. Submergée dans son chagrin, elle alla consulter le Saint-Homme du village et lui dit : « S’il vous plait, utilisez votre pouvoir exceptionnel pour me ramener mon fils ou soulagez moi du lourd fardeau de mon chagrin. » 

Le Saint-Homme la regarda avec compassion et répondit : « Amenez-moi de la graine de moutarde d’un domicile où jamais personne n’a connu de chagrin et j’utiliserai cette graine pour vous libérer de votre douleur. » 

La femme commença à visiter des maisons village après village. Elle allait de manoirs à maisons modestes, explicant sa démarche et demandant de la graine de moutarde. Dans chaque maison et à chaque domicile, le propriétaire s’effondrait et pleurait en exprimant leur chagrin. Chaque fois la veuve écoutait avec compassion. 

Après des mois de voyage, elle devint si impliquée dans le chagrin et la douleur des autres qu’elle oublia de demander de la graine de moutarde. Sans s’en rendre compte, elle avait fait s’éloigner la peine de sa vie. 

 

Une histoire…

Ce n’est pas une histoire cruelle. C’est une histoire allemande, une histoire sentimentale. [...] À un certain moment, l’officier s’arrête devant l’enfant, le fixe longtemps en silence, puis lui dit d’une voix lente, lasse, remplie de contrariété :

- Écoute, je ne veux pas te faire de mal. Tu n’es qu’un mioche ; je ne fais pas la guerre aux mioches. Tu as tiré sur mes soldats. Mais je ne fais pas la guerre aux enfants. Lieber Gott ! ce n’est pas moi qui l’ai inventée, la guerre ! 

L’officier s’arrête, puis dit au garçon avec une douceur étrange : 

- Écoute, j’ai un œil de verre. Il est difficile de le reconnaître du bon. Si tu peux me dire tout de suite, sans réfléchir, lequel des deux est l’œil de verre, je te laisse partir, je te laisse la liberté.

- L’œil gauche, répond aussitôt le garçon.

- Comment as-tu fait pour t’en apercevoir ?

- Parce que des deux, c’est le seul qui ait une expression humaine.

                                                                                                             MALAPARTE, Kaputt

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