La faiblesse et la force

Baziou-2

La faiblesse et la force (d’après Marc 9, 30-37)

Par Jean-Yves Baziou (dans TC 20 sept 2012)

Nous le savons bien : ce qui est crucifiant, humble, fragile, ce n’est pas de cela que nous parlons en premier. Nous avons même appris à masquer les côtés grotesques et faillibles de notre être. Il faut dire que ce n’est pas à la mode. Être le plus grand, le plus en vue, attirer les regards, vivre sur le modèle du batailleur : voilà ce qui accapare tant de conversations, d’ambitions, d’énergies, d’intrigues. Partout l’impératif de la performance ! Parfois à n’importe quel prix. Et pourtant, bien souvent l’excellence se manifeste aussi sous les signes de son contraire : est premier qui se fait dernier. Tel est Jésus. Il appelle au grand détachement, celui qui consiste à se décentrer du seul souci de soi. Il renverse les références : le plus grand est celui qui est capable de se porter au plus bas. Le premier est celui qui a la force de se placer en position de service. Jésus s’écarte de l’impératif de la puissance dominatrice. Non pas qu’il fasse l’apologie de l’impuissance : est vraiment puissant celui ou celle qui parvient à surmonter la tentation de dominer les autres. Voilà ce qui questionne nos imaginaires des finalités triomphales : la voie bonne, salutaire, dont parle le Christ est aux antipodes des victoires que promettent tant de nos chemins terrestres. Elle est à l’opposé des imaginaires communs de réussite : le bonheur n’est pas au bout du déploiement d’une ultrapuissance humaine. Ainsi Jésus s’écarte quand la foule veut le faire roi. Il fait preuve de non-violence lors de son arrestation : il écarte le glaive. À l’inverse du Messie nationaliste guerrier et vainqueur, Jésus connaît la défaite : il est livré à une mort déshonorante. Il n’a pas de peuple mobilisé derrière lui, mais il meurt seul, et plutôt méconnu, pour sauver tous les autres. Il se retrouve abandonné : « Les disciples l’abandonnèrent tous et s’enfuirent » (Mt 26, 56; Me 14,50). Jésus aurait-il été un naïf de plus dans l’Histoire, tant il est vrai que ce n’est pas cette logique qui meut les peuples ? Pourtant, qui est lucide en face de la violence que provoquent les rêves de domination ? Celui qui cherche la toute-puissance au point de masquer sa finitude, ou celui qui assume l’humilité inhérente à sa condition humaine ? Pour les évangiles, c’est celui qui se démarque de la volonté de toute-puissance qui voit clair dans le rapport des hommes à la violence. L’interrogation à laquelle ils se heurtent est en effet la suivante : pourquoi la mort de Jésus a-t-elle été provoquée ? Une réponse est mise dans sa bouche, au moment où il atteint le seuil maximum de faiblesse. Ses meurtriers ne se connaissent pas, ou ne s’avouent pas leur réalité : «Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font. » Le paradoxe est que Jésus, en assumant jusqu’au bout le tragique de l’existence, a été ressuscité à une vie nouvelle. De même que durant l’Exode, c’est le peuple désarmé qui a traversé la mer, c’est un Jésus sans armure qui a traversé la mort avec la force de Dieu. Il est entré dans une nouvelle manière d’être à notre monde et il continue d’irriguer des itinéraires individuels et collectifs qui inscrivent un peu de bonté dans une humanité pleine de bruit et de fureur. ■

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