Le courage de la nuance

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Le courage de la nuance

par Veronique Margron

En cette rentrée, je voudrais tenter de me mettre sous le patronage du  « courage de la nuance » très beau titre que j’emprunte au journaliste du Monde Jean Birnbaum. Il a publié fin août une série de magnifiques portraits qui ont incarné « l’antique vertu de modération », Albert Camus, Hannah Arendt, Raymond Aron, Georges Bernanos, Germaine Tillion, Roland Barthes.

Le courage de la nuance, la modération comme vertu, l’audace de l’incertitude, voilà bien plus qu’un programme, une ambition pour une vie.

 Alors que la Covid-19 déchaîne de l’irrationnel, des « contre-le-masque » qui estiment que protéger autrui autant qu’eux-mêmes face à un ennemi invisible est une atteinte insupportable à la liberté, aux experts médiatiques qui parlent doctement de la soi-disant incompétence de tous ceux qui tentent un peu de pondération, la partie n’est pas gagnée !    

Pas plus qu’elle ne l’est devant l’invective de nombre de politiques entre eux. Mais surtout  la modération n’est pas pour demain devant la radicalisation de nombre d’entre nous. Radicalisation  politique, religieuse, idéologique. Dans tous les cas, partir en guerre contre toute complexité au profit du camp du pseudo-sûr : le sien.

     Pourtant oui la nuance est véritablement un courage. Bien loin de la couardise, ou d’une frilosité qui consisterait à vouloir rester mi-chèvre mi-choux et renoncerait alors à l’engagement, à l’implication, à l’inquiétude des choix et de l’action les yeux ouverts.

     La nuance est garante de la démocratie et du vivre en commun car elle empêche de dire des choses définitives, comme l’écrira Albert Camus. Elle  oblige à la conversation, à la disputatio chère à l’antique théologie. Refuser le camp de ceux qui croient tout savoir autant que ceux qui se croient tout permis.

   Face à tant d’incertitudes, quant à la Covid-19 et à ce qu’implique le combat contre les conséquences de ce virus, face à l’avenir de notre monde bouleversé, quant à nos vies à chacune et chacun, n’y aurait-il pas un « devoir d’hésiter », selon un autre mot de Camus, qui n’empêche nullement l’implication, la passion, l’insomnie du travail à accomplir, de l’œuvre ordinaire de nos vies.

    Alors oui cela coûte de tenter de penser, de voir, de comprendre. Cela peut coûter cher quand il s’agit de regarder dans sa propre maison, comme notre Église. Entendre alors le courage de Bernanos, catholique fervent, qui va exhiber les compromissions de l’Église et va choisir – lui pourfendeur de la démocratie – de Gaulle contre Vichy.

    Chercher à mieux comprendre ce n’est en aucun cas admettre, mais avancer dans le doute.
Pour cette année qui s’annonce déjà bien difficile, tentons d’être des femmes et des hommes du courage de la nuance, de la force de l’incertitude et de la complexité, qui oblige à converser et se confronter avec d’autres que ceux de son enclos, de son propre petit monde.

 

Véronique Margron op.

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