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La foi aujourd’hui (mai 2020)

Tonus

De Myriam Tonus dans L’Evangile dans la chair (mai 2020)

 « Le petit enfant est juché sur la cinquième ou sixième marche de l’escalier. Les bras grands ouverts, il interpelle son père ou sa mère d’une voix rieuse – « Tu me rattrapes ! » – puis il se jette d’une hauteur correspondant plus ou moins à deux fois et demie sa taille … Le parent n’a même pas le temps de dire quoi que ce soit, juste celui de réceptionner contre lui le poids du petit corps. « Tu me rattrapes », ce n’est pas une question, mais une profession de foi. Faut-il qu’il soit sûr, absolument sûr de son père, de sa mère, cet enfant qui se jette ainsi dans le vide ! Sa confiance est totale, sans justification, sans ombre ni question. Cette expérience est aujourd’hui encore la plus belle incarnation de ce qu’on appelle la foi. La foi est un saut dans le vide.

La foi est sans appui ni certitudes rationnelles. Elle repose sur ce qu’il y a de plus fragile : une parole humaine, témoignage d’hommes et de femmes bouleversés par une Parole porteuse d’un souffle si grand qu’il a mis leur vie sens dessus dessous. De génération en génération, la Parole s’est transmise à travers des visages et des mots – elle commence toujours par une rencontre. Elle annonçait le tout à fait inouï : la rencontre du divin et de l’humain, du Ciel et de la Terre, dans une alliance de toujours à toujours où le Tout-Autre se donne à voir en un visage et une vie d’homme. Et voici l’humain recréé, inscrit dans une filiation qu’il ne pouvait imaginer, devenu porteur de ce Souffle qu’il est appelé à partager, invité, à la suite de Jésus Christ, à renouveler la face de la terre…

Comment croire aujourd’hui ?

La crise que nous traversons aujourd’hui est plus radicale que la question de la survie d’une institution multiséculaire. Elle touche à ce qui, en amont, fonde tout le reste : la possibilité d’entendre la Parole, d’en vivre, d’en faire son chemin de vie. Si cela s’efface – et c’est bien ce qui est en train de se passer, depuis plus de 25 ans, avec les jeunes en Occident – c’est la survie même de la foi qui est interrogée… La question ouvre un abîme au bord duquel l’on a du mal à se tenir …

La foi est confiance.

Elle est ce saut dans le vide que fait un enfant parce qu’il est absolument certain que son parent ne le laissera pas  s’écraser sur le sol. Et s’il peut vivre cette confiance absolue, c’est qu’il a déjà fait l’expérience que ses parents, de fait, l’ont toujours préservé du pire - un enfant battu ou psychologiquement malmené par son parent ne se jettera jamais dans ses bras du haut d’un escalier !

Que la Parole ait traversé les siècles est en soi un miracle. Qu’elle les ait traversés en conservant sa puissance de vie et son souffle créateur est encore un miracle. Qu’elle nous ait rejoints intacte malgré les maux commis en son nom et malgré l’oubli qu’en ont eu certains de ses serviteurs officiels, c’est peut-être le miracle le plus grand.

Dans la Bible, rappelons-nous, un « miracle » est en réalité un signe. S’il nous est demandé aujourd’hui de croire, et de croire que la Parole ne disparaîtra pas alors même que nous la voyons s’effacer, il est bon de se rappeler quelquefois qu’« elle en a vu d’autres» et qu’il se pourrait que nous soyons aujourd’hui dans l’une de ces périodes de l’histoire où, mutation aidant, les piliers d’un monde – le nôtre – semblent trembler sur leurs bases. Oui, il est possible que disparaisse une forme de transmission. Mais après tout, que savons-nous vraiment de la manière dont a circulé la Parole avant qu’elle ne soit déposée dans un livre imprimé (la première Bible de Gutenberg date de 1455)?

Faut-il que nous ayons une représentation aussi étriquée, aussi ethnocentrée de la Parole pour que nous imaginions que son effacement dans notre culture signifie rien de moins que sa disparition définitive ! Comme si l’on pouvait avoir prise sur le Souffle. Comme si l’on pouvait prétendre le posséder. Comme s’il était en notre pouvoir. Comme s’il était tout entier contenu dans un catéchisme, une collection de dogmes ou les paroles d’une célébration eucharistique. « Mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos voies ne sont pas mes voies » (Es 5 5, 8) : cette parole prophétique ne fait pas de Dieu un despote écrasant ; elle est salutaire rappel à ne pas l’annexer, le réduire à ce que nous voudrions qu’il soit, recouvrant sa Parole par un flot de mots censés mieux l’expliquer … Aujourd’hui, « la sécularisation oblige à l’humilité » (A. Rouet)…

Espérer n’est pas nourrir des vœux pieux. Espérer n’est pas s’en remettre béatement à une providence. Espérer, c’est avoir le courage de faire advenir, en en montrant les prémices, ce qui n’est pas encore, mais que l’on sait advenant. Espérer n’est pas une question de mots. L’espérance n’a de sens que si, déjà, elle habite la chair de celles et ceux qui s’appuient sur elle. Cela suppose une véritable conversion.

La Bible est mouvement, déplacement. « Va, quitte ton pays et la maison de ton père et va vers le pays que je te montrerai» (Gn 1 2, 1) : il va sans doute nous falloir, pour servir la Parole, quitter nos terres de croyances familières, quitter le passé de nos parents et grands-parents, pour aller vers – vers quoi ? Vers une promesse inconnue. L’exode et ses déserts à traverser, avec la faim et la soif et les regrets d’un temps qui n’est plus, il va nous falloir peut-être le vivre désormais. Il va nous falloir oser, comme Abraham, comme Jésus, la rencontre avec l’étranger, avec le païen, avec l’ennemi quelquefois. Avec, de toute façon, la douleur humaine. Avec tout ce qui est boiteux, aveugle, lépreux, exclu, rejeté, humilié, condamné – parce que c’est bien en ces enfers que la Parole rejoint l’humain. Ils et elles n’ont pas la foi ? Quelle foi ? Celle que nous avons enclose dans la sphère religieuse, ou cette primitive assurance qu’il est bon que nous soyons?

«  Dans un monde sécularisé, les personnes manquent de confiance. Elles la recherchent dans des groupes choisis, à leur taille. Or, qu’est-ce que l’Église aurait de plus beau à donner, sinon la confiance qu’elle reçoit de son Seigneur et qui la fait être ce qu’elle est ? Au lieu de susciter la méfiance parce qu’elle est « ailleurs », la sécularisation espère une confiance, mais ne sait où la trouver. Allant d’un amour à un autre, déçus à la longue, les hommes continuent à rêver d’un grand amour. On peut toujours prétendre qu’ils s’y prennent mal et ont tort de butiner dans l’errance, où trouveraient-ils un visage aimant et fidèle si on ne le leur donne pas ? Mais ce don ne peut s’effectuer que de près, de visage à visage, dans l’acte de se livrer à l’autre. Les évangiles rappellent que Jésus est l’Envoyé du Père: il est donné, livré aux hommes. La sécularisation actuelle attend que l’Église suive ce même chemin. Il est celui même de Dieu. Un monde sécularisé la conduit donc à se donner à son tour, non pas d’abord comme elle le souhaiterait ni comme elle a l’habitude de le faire, mais à partir de ces humains qui guettent un signe de reconnaissance de la dignité de leur histoire. C’est toujours celui qu’on veut rejoindre qui fournit les chemins pour l’atteindre. Ce mouvement représente une rude conversion » (A Rouet)

La conversion est travail de naissance.

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