Migrants

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Migrants : la clé n’est pas à Calais

Les migrants de Calais cherchent pour la plupart un pays où vivre en paix, où gagner honnêtement leur vie, où on les regarde comme des êtres humains.

Près d’un sur deux appartient aux classes sociales élevées de son pays, et un sur cinq à la classe moyenne. Deux tiers ont fui des persécutions ou ont quitté leur terre par crainte de devenir à leur tour victimes…

Qui sont-ils, les migrants calaisiens, tels que les décrivait récemment une enquête du Secours catholique ? Ceux-là même qu’on pourrait prendre pour une horde barbare quand on entend distraitement les « infos » en provenance de Calais… Ils rêvent de passer en Angleterre où, pensent-ils, tout serait plus facile pour eux. Mais la Grande-Bretagne ne veut pas d’eux. Et la France non plus.

La clé du problème, chacun le sait, n’est pas à Calais. Ce n’est pas une affaire de hauteur de murs ou de grillages, ni même d’agents de sécurité et de patrouilles de police en nombre « suffisant ». On se fait une montagne d’un nombre somme toute assez faible de migrants – quelques centaines, tout au plus deux mille selon les sources les plus alarmistes – qui auraient « pris d’assaut » le tunnel, quand il faudrait commencer par comprendre que ce comportement spectaculaire témoigne surtout de la désespérance dans laquelle se trouvent des hommes et des femmes réduits à une vie indigne et livrés à la merci des trafiquants.

L’histoire jugera sévèrement les pays où l’on feint de croire que c’est en jouant de cette désespérance que l’on abaissera la pression migratoire. Elle jugera sévèrement les nations qui piétinent leurs propres valeurs sans comprendre que ces hommes et ces femmes, si nous faisions l’effort de les accueillir dignement, constitueraient un véritable réservoir d’intelligence, d’énergie, de compétence et même un pouvoir de consommation au moment où nous avons besoin de relancer l’économie.

 

Un défi de confiance

Ils pourraient même, pour certains, nous aider à mettre en œuvre, à l’avenir, les politiques qui réduiront les flux migratoires, par la construction de situations économiques et politiques stables dans leurs pays d’origine. Il ne s’agit donc pas d’appeler chez nous toute la misère du monde pour la prendre en charge.

Cette situation demande que les pays européens se tournent ensemble vers ceux dont ils ont été les colonisateurs, pour soigner les maux hérités de cette page d’histoire mal conduite. Nouons avec eux des relations de partenaires et inventons des formes de collaboration fécondes et plus égales que par le passé.

C’est difficile, parce que nous n’avons que trop attendu. Ne perdons pas davantage de temps. C’est un défi de confiance. Confiance dans l’autre comme en nous ; confiance aussi dans l’avenir et dans les effets démultiplicateurs de la rencontre, du partage, de la solidarité. La pression, qui monte inexorablement à Calais ou en Méditerranée, est le baromètre de notre peur… de faire confiance.

Chaque jour qui passe creuse un abîme de déception, de défiance, de dépit, de ressentiment. L’universalisme de l’humanisme européen dont nous nous targuons passera bientôt pour un hideux mensonge, un piège mortel… Nous aurons nourri – c’est déjà commencé jusque chez nous et parmi nos enfants – la haine de ce que nous prétendons être. À ce rythme-là, notre défaite est certaine.

Jean-François Bouthors   Ouest-France, éditeur et écrivain.

IL A DRESSE SA TENTE PARMI NOUS

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« IL A DRESSE SA TENTE PARMI NOUS »

Du jardin d’Éden à la Jérusalem céleste, l’errance promet d’être longue pour le peuple de Dieu.

PAR DAMIEN NOËL BIBLISTE (Dans supplément à TC N°3638 du 11 juin 2015) 

La Bible commence par un parc (Gn 2,8) et s’achève sur la vision d’une ville (Ap 21,10). Dès l’origine, on nous raconte l’expulsion d’Adam et d’Eve du jardin conçu spécialement pour eux par le Créateur. Ainsi commence l’errance. À vrai dire, on ne voit pas comment un terrain de camping agrémenté d’un verger, même dilaté aux dimensions de la planète, aurait pu suffire à une humanité promise au développement cosmique et soumise à d’autres besoins que ceux de bipèdes frugivores. Bien que représentée et transmise comme une lourde sanction, cette expulsion manu militari ouvre un avenir. Cette scène tragique est plus sûrement le premier pas vers la sortie d’un monde mythique, débouchant sur un monde – réel celui-là – où l’on va devoir s’installer, assurer sa survie, maîtriser les éléments, se déplacer, se développer, se défendre. L’errance primitive donne le ton à toute la suite. Le deuxième épisode reproduit un scénario identique, présenté lui aussi, par certains interprètes, comme une sanction. Après l’échec de la construction, censée atteindre le ciel, de la tour de Babel, Dieu confond les langues et disperse les peuples. Quelques spécialistes hésitent cependant à parler ici de sanction, préférant lire l’épisode comme une intervention salutaire de Dieu pour ramener l’humanité sur terre.

Abraham se lance dans une migration qui promet de tourner à l’errance. Rupture avec un pays, une famille, un clan, et départ vers une destination que Dieu seul connaît. Cette représentation des origines d’Israël, en la personne de son ancêtre, procède de la relecture d’une longue histoire. Elle mûrit au terme d’une décantation méditée qui dessine progressivement les constantes historiques d’un peuple marqué par l’errance. D’ailleurs, la profession de foi proclamée lors de l’offrande des prémices commence ainsi : «Mon père était un Araméen errant » (Dt 26,5). Lorsque la Bible parle d’Abram l’Hébreu (Gn 14,13), elle le désigne comme un élément d’une population nomade, connue de tout le Moyen-Orient ancien, les Apiru ou Habiru. Sous le nom d’Hébreux, la Bible les rattache à Heber, descendant de Noé et de Sem, et ancêtre d’Abraham. L’appellation « hébreu » a été rapprochée d’une racine sémitique qui signifie « passer », « traverser », un excellent totem pour l’Israël biblique.

Errante condition

Le langage de la Bible porte de nombreuses traces laissées par la condition errante des Israélites. Ainsi le terme « tente » qui évoque la précarité d’une halte temporaire. Ce terme apparaît 332 fois dans le texte hébreu de l’Ancien Testament dont 203 fois dans la Loi (le Pentateuque, ou « cinq livres » de Moïse : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres et Deutéronome), soit 61 %, presque les deux tiers. Certes, la Loi raconte les patriarches, la sortie d’Egypte et le séjour au désert, périodes où s’imposait le campement. On remarque toutefois que le texte ne parle que de quatre générations de patriarches (Abraham, Isaac, Jacob et ses fils) et limite à quarante années le séjour au désert. La disproportion entre le volume de la Loi et la durée relativement brève de la période qu’elle relate interroge l’historien. Au lieu d’histoire objective, tout est disposé dans la Loi pour que l’image d’un Israël en quête d’une terre crève l’écran. On remarque surtout, pendant ces quarante années d’errance, la mise en place des institutions fondamentales de l’Israël installé plus tard en Canaan. Les éléments juridiques les plus anciens, concernant la vie séculière et le culte, trouvent alors leurs premières formulations.

Les deux corpus législatifs les plus importants, le Lévitique et le Deutéronome, y sont également intégrés. Ce montage suggère que l’important n’est peut-être pas l’installation en Terre promise – Moïse lui-même n’y entrera pas – mais la constitution d’un peuple dont l’identité lui est donnée par son Dieu. Une amie parfaitement étrangère à l’histoire d’Israël, comme à toute religion d’ailleurs, avec qui je parlais de la Bible, me dit un jour: Tes Israélites, au fond, ce n’est pas d’abord une terre qu’ils devaient habiter, mais leur Loi…  Le prophète Osée le pensait déjà, qui rêvait pour son peuple d’un retour au désert afin d’y retrouver son Dieu (Os 2,16).

Parcourir les évangiles à la recherche de ce que Jésus dit sur ce sujet est instructif. Ce peut être également ludique. À propos de l’entrée de Jésus dans le monde, le prologue de Jean porte une phrase qui intrigue. Bien que cela n’apparaisse guère dans nos traductions courantes, c’est bien : « Il a dressé sa tente parmi nous » qu’il faut comprendre au verset 14, et pas simplement le banal : « Il a habité parmi nous. » De loin, cela revient au même, mais pour ce qui nous intéresse ici, cela change tout. Cette précision ne restitue pas d’abord l’effet poétique d’une possible métaphore, que le lecteur saura apprécier. Elle indique que Jésus assume l’errance historique de son peuple et lui confère la plénitude, à la fois divine et humaine, de l’incarnation historique du Verbe.

Demeurer, se poser         

Quelques versets plus loin, deux disciples entendent Jean Baptiste désigner Jésus : « Voici l’agneau de Dieu. » Ils lui emboîtent le pas jusqu’à ce que Jésus se retourne : « « Que cherchez-vous ? » – « Maître, où demeures-tu ? » – « Venez et vous verrez. » Ils allèrent donc, ils virent où il demeurait et ils demeurèrent auprès de lui, ce jour-là ; c’était la dixième heure. » (Jn 1,38-39). Quand on sait ce que l’évangéliste fait du verbe « demeurer », on doute fort que Jésus se soit contenté de faire visiter son logis. Celui-ci, d’ailleurs, devait être modeste si l’on se fie à la réponse donnée un autre jour à quelqu’un qui voulait le suivre : « LeFils de l’homme, lui, n’a pas où poser la tête » (Mt 8,20). Pas de quoi prolonger la visite jusqu’à la dixième heure ! Au terme d’une rétrospective forte, précise et savoureuse des patriarches d’Israël, la lettre aux Hébreux dresse un bilan positif qui reste toutefois ouvert à une ultime perspective : «Dans la foi, ils moururent tous, sans avoir obtenu la réalisation des promesses, mais après les avoir vues et saluées de loin et après s’être reconnus pour étrangers et voyageurs sur la terre. Car ceux qui parlent ainsi montrent clairement qu’ils sont à la recherche d’une patrie ; et s’ils avaient eu dans l’esprit celle dont ils étaient sortis, ils auraient eu le temps d’y retourner ; en fait, c’est à une patrie meilleure qu’ils aspirent, à une patrie céleste. C’est pourquoi Dieu n’a pas honte d’être appelé leur Dieu ; il leur a, en effet, préparé une ville  » (He 11,13-16). La lettre aux Hébreux rejoint ainsi la ville définitive de l’Apocalypse dont la description fastueuse s’inspire largement de la vision d’Ézéchiel. Après le tour des curiosités urbaines propres à ce lieu, le visiteur visionnaire marque soudain l’arrêt : «Mais de temple, je n’en vis point dans la cité, car son temple, c’est le Seigneur, le Dieu tout puissant ainsi que l’Agneau.» L’apothéose. Dans la ville définitive, cité peut enfin rimer avec laïcité, un même Dieu pour tous ; et finies, les religions. 

 

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