Evangile pour le 5° dimanche de Pâques – 19 mai 2019

Posté par rtireau le 15 mai 2019

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 13, 31-33a.34-35.

Au cours du dernier repas que Jésus prenait avec ses disciples, quand Judas fut sorti du cénacle, Jésus déclara : « Maintenant le Fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui.
Si Dieu est glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera ; et il le glorifiera bientôt.
Petits enfants, c’est pour peu de temps encore que je suis avec vous. Vous me chercherez, et, comme je l’ai dit aux Juifs : “Là où je vais, vous ne pouvez pas aller”, je vous le dis maintenant à vous aussi. »
Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres.
À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. »

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Homélie

Posté par rtireau le 15 mai 2019

5° dimanche de Pâques dans l’année C -19 mai 2019

Actes 14, 21b-27 ; Psaume 144 ; Apocalypse 21, 1-5a ; Jean 13, 31-33a.34-35

Au cours de son dernier repas avec ses disciples, au moment même où Judas s’apprête à faire son œuvre de mort, Jésus, curieusement, se met à parler de gloire“Maintenant le Fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifiéen lui.” Étranges Paroles ! Au moment où l’étau de la haine et de la trahison se referme sur Jésus, il parle de gloire. Ce Jésus bientôt bousculé, giflé, battu, crucifié, ce serait … la gloire de Dieu ? Saint Jean qui a écrit ce passage serait-il illuminé ou sadique pour tenir de tels propos ?

Au temps de Jésus, et dans son pays, la gloire est bien le rayonnement de la puissance aux yeux de tous. Et au temps où Saint Jean a écrit son évangile, on a pu être témoin du triomphed’un général romain qu’on accueillait dans l’euphorie lorsqu’il arrivait victorieux à la tête de son armée. Saint Jean savait donc bien ce qu’était la gloire sur un visage ou au milieu d’une foule. Et c’est bien consciemment qu’il écrit là une des phrases les plus bouleversantes qui ait jamais été prononcées : quand Dieu se montre, quand Dieu rayonne dans la foule, quand il se révèle aux yeux de tous, il peut le faire même sous les traits du juste persécuté !Attention! N’y voyons aucune attirance morbide vers la souffrance et la mort. On n’est pas en train de dire que c’est souhaitable ou qu’il faille passer par cette extrémité pour que la gloire de Dieu soit manifestée. Non ! Mais on dit que Jésus, à qui c’est arrivé, et qui est allé jusqu’au bout, malgré la peur et l’agonie, Jésus remporte la plus haute victoire, celle de l’amour et du don total. Humble, pauvre, discrète, fulgurante gloire humaine de Dieu !

Ainsi, au moment même où Jésus va entrer dans la nuit, le silence et la détresse, Saint Jean annonce le Fils de l’homme glorifié et Dieu glorifié.La gloire de Dieu se montre même au moment de l’apparente déchéance. Même quand l’homme a perdu jusqu’à son visage d’homme, même quand il est torturé et mis à mort, rien ne peut empêcher Dieu de lui reconnaître son propre visage. Un homme reste un homme jusqu’au bout, un homme reste un signe de Dieu jusqu’au bout.

“Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous …” (Test sur le mot le plus important de la phrase…. : Comme…) Souvent, on cite la phrase :“Aimez-vous les uns les autres”. C’est bien. Mais le début commeje vous ai aimés” change complètement le sens. Car il nous interdit de penser amourau sens vague du terme. En effet, la manière dont Jésus a aimé n’était pas vague du tout. Toute une société en était remuée : il renversait les barrièresentre les pécheurs et ceux qui se croyaient justes, entre les infirmes et ceux qui se croyaient bien-portants, entre les pauvres et les riches, entre les exclus et les notables.

Si j’écoute cette parole de Jésus (“Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous”),je me sais invité à aimer tel ou tel qui m’a trahi, tel ou tel que j’ai du mal à aimer. Je sais que j’ai à répondre par amour à toute violence.Cet amour-la ne se définit pas en termes gentillets ou vaguement religieux. Cet amour-la n’est pas sucré, mais sel, comme le dit Olivier Clément. Cet amour-la n’escamote même pas la violence, mais la change en combat de vie. Et si je vis ainsi,je signifie que je ne m’arrête pas à la mort contenue dans la violence et la haine. Si je suis capable d’aller jusqu’au pardon, je suis conscient que je donne à voir ma foi en la résurrection…

Cet Amour-la est la suprême énergie qui fait toutes choses nouvelles dans l’homme et dans la société : “A ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres.”dit Jésus. Non pas seulement parce que l’amour fait du bien, ou fait le bien, mais parce que l’amour est Dieu lui-même rendu présent. Ecoutez cette petite histoire que raconteMarion Muller Collard en parlant de ses enfants : Un jour, j’ai surpris une conversation entre mes fils. Le plus petit demandait à l’aîné : « Comment ça serait, si maman était morte ? » L’aîné a haussé les épaules : « On mangerait moins de gâteaux. » J’ai ri depuis mes fourneaux. Il y aurait moins de gâteaux, mais pas moins d’amour. La bonne nouvelle del’Évangile est extrêmement assimilablepar les enfants. Peut-être est-ce pour cela que Jésus introduitces versets par l’appellation « Petits enfants ? »Il sait qu’ils ont en surcroît cette matière poreusede l’amour qui les rend perméables à Dieu.

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Evangile pour le 4° dimanche de Pâques – 12 mai 2019

Posté par rtireau le 6 mai 2019

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 10, 27-30. 

En ce temps-là, Jésus déclara : « Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent.
Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, et personne ne les arrachera de ma main.
Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout, et personne ne peut les arracher de la main du Père.
Le Père et moi, nous sommes UN. »

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Homélie

Posté par rtireau le 6 mai 2019

4° dimanche de Pâques dans l’année C – 12 mai 2019

Actes 13, 14…43-52 ; Psaume 99 ; Apocalypse 7, 9.14b-17 ; Jean 10, 27-30

Paul et Barnabé sont à Antioche de Pisidie. Ils font beaucoup de convertis au judaïsme. Et le sabbat suivant presque toute la ville se rassemble pour entendre la parole du Seigneur. Et puis ça tourne mal. Alors Paul et Barnabé leur déclarent avec assurance :“C’est à vous d’abord qu’il était nécessaire d’adresser la parole de Dieu. Puisque vous la rejetez,… eh bien ! Nous nous tournons vers les nations païennes.” Les uns sont pleins de joieen entendant cette Parole : “les païens étaient dans la joie et rendaient gloire à la parole du Seigneur.Les autres sont remplis de fureur.

Trois conclusions :

- la première, c’est qu’il est impossible de faire taire les apôtres. Impossible de se taire quand on porte la foi chrétienne en soi. 

- deuxième conclusion : face à la Bonne Nouvelle, il y a fureur ou joie, pas de moyen terme. Je me suis souvent dit que toute les fois qu’il y a indifférence, même polie, c’est que la Parole n’a pas été entendue. La Bonne Nouvelle ne supporte pas l’indifférence.

- Troisième conclusion : Même les poursuites et les expulsions participent aussi à faire répandre la nouvelle plus loin“ils se mirent à poursuivre Paul et Barnabé, et les expulsèrent de leur territoire. Ceux-ci secouèrent contre eux la poussière de leurs pieds et se rendirent à Iconium, tandis que les disciples étaient pleins de joie et d’Esprit Saint.”

“Mes brebis écoutent ma voix ; moi je les connais”. J’ai lu sous la plume de Fabien Deleclos, dans son livre Prends et mange la Parole, des précisions utiles pour comprendre qui sont les bergers de l’Evangile : “Leur mission n’avait rien de romantique ni de facile. Rude épreuve que de chercher des pâturages et des points d’eau dans des régions désertiques et rocailleuses. Métier dangereux et plein de risques, exigeant beaucoup de courage pour défendre le troupeau contre les fauves et les voleurs. Une vocation(le mot y est) de combattant.”

Alors je suis allé lire Ezéchiel, le chapitre 34 intitulé Les pasteurs d’Israël.Le verset 16 dit ceci : “La brebis perdue, je la chercherai ; l’égarée, je la ramènerai. Celle qui est blessée, je la panserai. Celle qui est malade, je lui rendrai des forces. Celle qui est grasse et vigoureuse, je la garderai.” Quelqu’un a pu dire un jour : « Il y a deux sortes de pasteurs, ceux qui s’intéressent à la laine et ceux qui s’intéressent à la viande. Aucun ne s’intéresse aux brebis« . Dans notre monde de rendement et de solitudes, prenons le temps de goûter cette parabole de l’évangile : Jésus a payé de sa personne, il connaissait ses brebis.Et quand il emploie ce mot connaître, Jésus ne parle pas de Curriculum Vitae.Pour Jésus et pour ses auditeurs Juifs connaîtrec’est naître avec, c’est entrer en communion avec l’autre, c’est compatir quand il souffre, c’est se réjouir avec lui, se battre avec lui. Jésus est entré en communion avec les personnes parce qu’il les rejoignait dans leur être profond. Ce n’est pas la transgression de la loi qu’il voyait d’abord chez les pécheurs, mais leur soif, leur faim, leur désir de vivre autrement. Alors chacun était unique à ses yeux, et les exclusdevenaient pour lui des élus, ce qui ne plaisait pas beaucoup aux pharisiens.

« Mes brebis écoutent ma voix ;moi je les connais…Je leur donne la vie éternelle… Personne ne les arrachera de ma main”Désormais cette parole interpellera tous ceux qui ont à exercer un pouvoirsur les autres. A partir de la Résurrection du Christ Pasteur, on ne peut plus profiter des autres pour agir selon ses intérêts. La nature même du pouvoir a été changée par la vie du Christ au milieu de nous. Le pouvoir n’est plus la possibilité d’exercer son influence sur les autres. Le pouvoir est une délégation de serviceà rendre. A chacun de s’interroger sur ce qu’il peut faire ? C’est plus exigeant que de se contenter de ressasser ce qui ne va pas. 

J’aime bien à ce sujet la réponse de Mère Teresa à un journaliste qui lui demandait :“Qu’est-ce qui ne va pas dans le monde, ma sœur ?” Sa réponse fut brève: “Vous et moi, Monsieur.”Dans nos communautés, quand des chrétiens se connaissent et se reconnaissent, quand des chrétiens ont le souci de ceux qui ne sont pas encore accueillis, alors des personnes se sentent appelées à être des pasteurs au service des communautés. C’est là que le mot vocationpeut surgir.

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Evangile pour le 3° dimanche de Pâques – 5 mai 2019

Posté par rtireau le 2 mai 2019

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 21,1-19.

En ce temps-là, Jésus se manifesta encore aux disciples sur le bord de la mer de Tibériade, et voici comment.
Il y avait là, ensemble, Simon-Pierre, avec Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), Nathanaël, de Cana de Galilée, les fils de Zébédée, et deux autres de ses disciples.
Simon-Pierre leur dit : « Je m’en vais à la pêche. » Ils lui répondent : « Nous aussi, nous allons avec toi. » Ils partirent et montèrent dans la barque ; or, cette nuit-là, ils ne prirent rien.
Au lever du jour, Jésus se tenait sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c’était lui.
Jésus leur dit : « Les enfants, auriez-vous quelque chose à manger ? » Ils lui répondirent : « Non. »
Il leur dit : « Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez. » Ils jetèrent donc le filet, et cette fois ils n’arrivaient pas à le tirer, tellement il y avait de poissons.
Alors, le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : « C’est le Seigneur ! » Quand Simon-Pierre entendit que c’était le Seigneur, il passa un vêtement, car il n’avait rien sur lui, et il se jeta à l’eau.
Les autres disciples arrivèrent en barque, traînant le filet plein de poissons ; la terre n’était qu’à une centaine de mètres.
Une fois descendus à terre, ils aperçoivent, disposé là, un feu de braise avec du poisson posé dessus, et du pain.
Jésus leur dit : « Apportez donc de ces poissons que vous venez de prendre. »
Simon-Pierre remonta et tira jusqu’à terre le filet plein de gros poissons : il y en avait cent cinquante-trois. Et, malgré cette quantité, le filet ne s’était pas déchiré.
Jésus leur dit alors : « Venez manger. » Aucun des disciples n’osait lui demander : « Qui es-tu ? » Ils savaient que c’était le Seigneur.
Jésus s’approche ; il prend le pain et le leur donne ; et de même pour le poisson.
C’était la troisième fois que Jésus ressuscité d’entre les morts se manifestait à ses disciples.
Quand ils eurent mangé, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes agneaux. »
Il lui dit une deuxième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le pasteur de mes brebis. »
Il lui dit, pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » Pierre fut peiné parce que, la troisième fois, Jésus lui demandait : « M’aimes-tu ? » Il lui répond : « Seigneur, toi, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes brebis.
Amen, amen, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller. »
Jésus disait cela pour signifier par quel genre de mort Pierre rendrait gloire à Dieu. Sur ces mots, il lui dit : « Suis-moi. »

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Homélie

Posté par rtireau le 2 mai 2019

3° dimanche de Pâques dans l’année C -5 mai 2019

Ac 5, 27-32 et 40-41 ; Psaume 29 ; Apocalypse 5, 11-14 ; Jean 21, 1-19 

Ecoutez Marion Muller Colard, jeune théologienne protestante : Sur les bords du lac, Jésus a fait un feu pour le repas. Faire cuire le pain et griller le poisson. Appeler à table comme nous le faisons avec nos familiers, à qui nous lançons chaque jour « Venez manger !». C’est l’appel quotidien des mères à leurs enfants, des époux à leurs femmes. Préparer un repas, demeurer celui qui nourrit… Les disciples ne le reconnaissent pas tout à fait, cet homme au bord du lac… L’évangéliste Jean a cette tournure ambiguë : « Et aucun des disciples n’osait lui demander : Qui es-tu ? Car ils savaient que c’était le Seigneur. ». S’ils savaient, pourquoi sont-ils en même temps tentés de lui demander qui il est ? Peut-être, précisément, parce que Jésus s’incarne à présent dans le quotidien. N’est-ce pas la seule chose à faire pour qu’il vive durablement avec nous ? Et en regardant cet homme souffler sur le brasier qui tient au chaud le repas que nous allons partager, je me demande combien de fois il fut là, tout près, et combien de fois l’ai-je ignoré ?”

Les apôtres ont repris leur métier de pêcheur. La résurrection, c’est dans le quotidien, souvent marqué par des soucis. Nous naviguons sur une mer agitée. Alors il faut tourner notre regard vers celui qui se trouve sur l’autre rive. Et comme les apôtres, on ne le reconnait pas du premier coup. Sauf Jean l’intuitif, le contemplatif. Sans doute parce qu’il est “le disciple que Jésus aimait”, et parce qu’il aimeJésus. Reconnaître quelqu’un, c’est d’abord une affaire d’amour.

Quand ils débarquent, les disciples trouvent un repas préparé. Le Fils de Dieu a fait la cuisine.Aujourd’hui encore, le partage du pain est pour les chrétiens le signe privilégié de la présence du Ressuscité. Comme à Emmaüs, il apparaît dans des gestes de présence, de service et de partage. Il faut beaucoup aimerpour le reconnaître dans l’eucharistie qui est la consécration de tous les petits gestes de partage du quotidien. 

Après l’intuition du contemplatif Jean, il y a l’engagement de l’homme d’action, Pierre. C’est lui qui amène jusqu’à terre le filet rempli de 153 poissons (autant que d’espèces connues à l’époque, peut-être pour dire la grande diversité dans l’Eglise). Et c’est à ce Pierre impétueux que Jésus confie ses pouvoirs. Il change ce marin pêcheur en berger en lui posant la question : “Pierre, m’aimes-tu ?”Le chef de l’Eglise est celui qui va répondre ouià la question de confiance : “M’aimes-tu ?” A celui qui fait confiance, tout peut arriver. Il peut se retrouver pape. J’ai toujours été étonné par les examens que Pierre a dû passer : – Philosophie : “M’aimes-tu ?”- Théologie : “M’aimes-tu ?”- Bible :“Est-ce que tu m’aimes ?” Et si tu m’aimes, oublie tes infidélités, puis “viens et suis-moi”.

A celui qui reconnait le ressuscité dans le quotidien, tout peut arriver : Le froussard commence par se jeter à l’eau, et il devient chef de l’Eglise. Deux paroles de Jésus vont lui rendre sa dignité :

1/ “Pierre, m’aimes-tu ?”Trois fois Jésus l’interroge (allusion à son triple reniement). Jésus ne dit pas : Tu m’as renié, mais je te pardonne.Ce serait centré sur la faute. Non, il l’interroge sur son amour, faible, mais réel. Il n’évoque son reniement que pour lui donner l’occasion de bouger.

2/ “Pais mes brebis”Jésus donne à Pierre la charge de l’Église. Il y a longtemps, il l’avait déjà choisi : “Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église”. Il le lui redit. Mais quelle nouveauté ! Pierre n’est plus cet homme impulsif et léger. Sa tâche sera celle d’encourager, d’affermir ses frères. Et il peut comprendre les difficultés du peuple, puisqu’il a été lui-même remis debout ?

Dans ce texte, il y a un moment clé, celui de la reconnaissance. Le jour se lève, il y a cet inconnu sur le rivage. Entre le moment où l’on entend appeler et le moment où l’on peut s’écrier : “C’est le Seigneur !”, un seul signe: ce filet rempli. Hors de cette expérience, pas de mission possible. En effet, qu’est-ce que Pierre doit transmettre ? Une idée ? Des mots d’ordre politique ou moral ? Rien de tout cela. Mais à tous ceux qui peinent sans rien prendre, qui veulent être aimés et ne le sont pas, qui veulent aimer et ont du mal, qui veulent se libérer de l’angoisse de la mort et ne le peuvent pas, à tous, Pierre annoncera ce Christ que voilà sur la rive. Sur sa Parole, on jette le filet une fois de plus. Chacun mettra sous ces paroles tous les exemples concrets dont il a pu être acteur ou témoin… Sur la Parole du ressuscité, on se reprend à espérer et on jette le filet encore une fois. Le ressuscité, on le reconnaît à un filet plein.

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Evangile pour le 2° dimanche de Pâques – 28 avril 2019

Posté par rtireau le 24 avril 2019

Thomas

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 20,19-31.

C’était après la mort de Jésus. Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! »
Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.
Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »
Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint.
À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »
Or, l’un des Douze, Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), n’était pas avec eux quand Jésus était venu.
Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »
Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! »
Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. »
Alors Thomas lui dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »
Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »
Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre.
Mais ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.

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Homélie

Posté par rtireau le 24 avril 2019

Deuxième dimanche de Pâques dans l’année C - 28 avril 2019

Actes 5, 12-16 ;  Psaume 117 ; Apocalypse 1, 9 … 19 ;  Jean 20, 19-31

Thomasveut voir pour croire ! Tentation… légitime ? Pourtant on sait qu’en amitié comme en amour, quand il faut despreuvesd’amour ou d’honnêteté, c’est que la relation est déjà malade. Et on se souvient : quand ses adversaires ont demandé à Jésus des miracles pour prouverl’origine divine de sa mission, il a arrêté d’en faire. Lui, il voulait donner des signes

Et surtout, y avez-vous pensé ? Quand on croit, quand on est chrétien, on peut grâce à notre foi apercevoir tout plein de choses qui ne sont pas visibles au premier abord. Du coup les mots de Thomas s’inversent : non pas il faut voir pour croire, mais : il faut croire pour voir. 

J’aime beaucoup cette poésie de Gabriel Ringlet au sujet de la résurrection :

Oui, nos mains vont disparaître… Mais nos poignées de main, nos signes de bonjour, nos gestes d’adieu, l’invisible chemin de nos caresses … nous n’allons pas les brûler.

Oui, nos pieds vont disparaître… Mais la foulée de nos promenades, l’élan de nos courses, le saut de nos jeux, le pas de nos danses et de nos rendez-vous, nous n’allons pas les noyer.

Oui, nos visages vont disparaître, et nos oreilles, et nos lèvres, et nos yeux… Mais nos sourires, nos écoutes, nos regards, nos baisers, nous n’allons pas les enterrer.

Oui, nos mains, nos pieds, nos visages, nos oreilles, nos lèvres et nos yeux vont disparaître. Le patriarche Athénagoras dans ses conversations avec Olivier Clément exprimait la résurrection en disant : “La résurrection n’est pas la réanimation d’un corps, c’est le commencement de la transfiguration de la terre.” C’est sans doute pour ça que Jésus ressuscité n’est pas décrit. Car Jésus apparaît, non pour être contemplé, mais pour avoir des successeurs : “De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie…” – “J’ai vaincu la mort – je vous donne le même pouvoir de vaincre la mort.” « Devenir Chrétien, écrit Marion Muller Colard, ce n’est pas avant tout appliquer une orthodoxie ou ânnoner des dogmes, c’est être incorporé à l’incarnation de Jésus. »

Adrien Candiard a écrit comme un petit traité de l’espérance. On y trouve des phrases étonnantes : « Espérer, c’est croire que Dieu nous rend capables de poser des gestes éternels. Espérer, c’est transformer les évènements en occasion d’aimer. » Et il cite un jeune de 14 ans qui est allé à Lourdes au service des malades : « j’ai toujours agi pour ma gueule, pour moi, et en venant ici, en rencontrant les malades, j’ai découvert que c’est le service des autres qui rend heureux. »

Alors, tous les Thomas de la terre, ne cherchez pas des preuves, mais laissez-vous éprouver.Rien ne prouve en effet. Mais pourquoi toujours prouver quand il s’agit surtout d’être éprouvé, c’est à dire de marcher, loin de nos sécurités habituelles ? René Char dit avec bonheur : “Il faut laisser des traces de son passage. Non des preuves. Seules les traces font rêver.”

Poème : Menacé de résurrection(Charles Antoine, un guatémaltèque) 

Extrait de L’Amérique latine en prières : On dit que je suis menacé de mort. Peut-être. Quoi qu’il arrive, je suis dans la paix. S’ils me tuent, ils ne me prendront pas la vie. Je l’emporterai avec moi, sur le dos, telle la besace d’un berger. Il en faut plus pour m’émouvoir ; car depuis mon enfance, quelqu’un m’a soufflé à l’oreille une vérité solide comme le roc, qui est aussi une invitation à l’éternité : “Ne craignez pas ceux qui peuvent tuer le corps mais ne peuvent pas tuer la Vie.” La vie, la vraie vie, s’est fortifiée en moi quand j’ai appris à lire l’Evangile : le mouvement de résurrection commence avec la première ride qui se dessine sur le visage, … avec le premier cheveu blanc, surpris un jour dans la griffe du peigne…

Ainsi commence la résurrection, non pas ce quelque chose d’incertain que d’aucuns appellent l’autre vie, mais la vie autre. On dit que je suis menacé de mort. De mort corporelle, qui n’est pas menacé de mort depuis sa naissance ? Menacé de mort, et alors ? Il y a là une erreur profonde. Ni moi, ni personne, ne sommes menacés de mort. Nous sommes menacés de vie, menacés d’espérance, menacés d’Amour. Nous nous trompons, chrétiens, nous ne sommes pas menacés de mort ; nous sommes menacés de résurrection. Christ est le chemin, la vérité, la vie surtout, même s’il est crucifié au sommet de la décharge du monde.

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Evangile pour la veillée pascale – 20 avril 2019

Posté par rtireau le 17 avril 2019

veillée

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 24, 1-12.

Le premier jour de la semaine, à la pointe de l’aurore, les femmes se rendirent au tombeau, portant les aromates qu’elles avaient préparés.
Elles trouvèrent la pierre roulée sur le côté du tombeau.
Elles entrèrent, mais ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus.
Alors qu’elles étaient désemparées, voici que deux hommes se tinrent devant elles en habit éblouissant.
Saisies de crainte, elles gardaient leur visage incliné vers le sol. Ils leur dirent : « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ?
Il n’est pas ici, il est ressuscité. Rappelez-vous ce qu’il vous a dit quand il était encore en Galilée :
“Il faut que le Fils de l’homme soit livré aux mains des pécheurs, qu’il soit crucifié et que, le troisième jour, il ressuscite.” »
Alors elles se rappelèrent les paroles qu’il avait dites.
Revenues du tombeau, elles rapportèrent tout cela aux Onze et à tous les autres.
C’étaient Marie Madeleine, Jeanne, et Marie mère de Jacques ; les autres femmes qui les accompagnaient disaient la même chose aux Apôtres.
Mais ces propos leur semblèrent délirants, et ils ne les croyaient pas.
Alors Pierre se leva et courut au tombeau ; mais en se penchant, il vit les linges, et eux seuls. Il s’en retourna chez lui, tout étonné de ce qui était arrivé.

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Homélie

Posté par rtireau le 17 avril 2019

Veillée pascale dans l’année C – 21 avril 2019

Luc 24, 1-12

Avez-vous bien écouté cette histoire où Dieu demande à Abraham d’immoler son fils Isaac ? Beaucoup ont considéré dans ce texte que Dieu est cruel. Il fait une demande insupportable : sacrifier un fils. En fait c’était la tradition religieuse de l’époque. Donc il fallait le faire, ordre de Dieu, croyait-on. En réalité, ce qui importe, c’est que l’ange de Dieu, c’est à dire Dieu lui-même, arrête le geste d’Abraham, lui disant clairement : tu ne feras plus comme tout le monde fait autour de toi.Tu ne tueras pas un humain, même en mon nom. En clair, le respect de l’autre humain passe avant l’autre prétendue parole de Dieu. Il ne sera plus jamais possible qu’au nom de Dieu, ou du Bien, on se croit autorisé à porter la main sur un humain. Ce qui est donc révolutionnaire dans ce récit, c’est bien que le sacrifice d’Isaac ne se réalise pas : jamais plus de violence parmi les hommes à cause de Dieu.

Le premier jour de la semaine, après le repos du sabbat, les femmes reprennent leur travail là où elles l’avaient laissé. Elles ont préparé tout ce qu’il faut pour terminer la sépulture de Jésus. Elles ont, en quelque sorte, un rendez-vous avec la mort. Et voilà que le programme est complètement bouleversé : la pierre du tombeau est roulée et le corps n’est plus là. Et deux hommes se présentent et disent : “Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ?”Et ils insistent : “Rappelez-vous ce qu’il vous a dit quand il était encore en Galilée.” “Rappelez-vous : il faut que le Fils de l’homme soit livré,… crucifié et que, le 3èmejour, il ressuscite.” Elles croyaient passer leur journée au tombeau à ensevelir un mort et les voilà envoyées porter le premier message pascal : il est vivant. Ça, c’était il y a 2000 ans.

Et ça continue d’exister, tous ces “Rappelez-vous”et toutes ces pierres roulées… :

* une maman : “Rappelle-toi, je n’étais pas en forme (mort). Je me suis arrêtée chez toi et ça m’a fait du bien. Comme si, à deux, on avait le pouvoir de rouler la pierre du tombeau, simplement en partageant, en se rappelant ce que seul on oublie à cause de la tristesse ou de l’angoisse.”

* une autre : “Les enfants grandissent. Ils ne nous suivent plus. Pourtant, on a fait tout ce qu’on a pu.” Il y a des larmes dans les yeux, mais déjà aussi un certain soulagement de l’avoir partagé.

* une autre : “Ce sont mes enfants baptisés et catéchisés qui m’ont petit à petit amenée à demander le baptême. Je venais à la messe, mais je ne me sentais pas de la maison. Maintenant, je me sens de la famille et plus proche de mes enfants.”

* une autre encore : “Le baptême de ma fille, j’ai l’impression qu’il m’a traversée.”

“Ça me rappelle ! Rappelez-vous !”Mémoire d’un peuple qui croit souvent avoir rendez-vous avec la mort. Tout est fini. Et surprise : la pierre est roulée et le tombeau est vide. Alors allons-y ! Portons la nouvelle ! Au risque de nous faire traiter de délirant comme Bernadette de Lourdes qui finit par dire à son curé, le père Peyramale : “Je ne suis pas chargé de vous le faire croire, je suis seulement chargée de vous le dire.”

Et si ça n’existait pas pour un chrétien, un rendez-vous avec la mort ?Pour un chrétien il n’y a que des rendez-vous de vie. Le crucifié est ressuscité, il vous précède. La mort est désormais derrière nous. L’histoire a basculé. Nous comptons désormais le temps dans l’autre sens. La fin n’est plus devant nous, mais derrière.Elle est devenue une pâque, c’est à dire un passage. Il ne croyait pas si bien dire, cet enfant qui s’écriait : “Papa, quand on est mort, c’est pour la vie !”Nous sommes déjà vivants d’une autre vie que nous appelons avec audace la vie éternelle. 

Et il y a encore un autre message. Dans toutes les histoires du monde, la victime, lorsqu’elle gagne, prend sa revanche sur son bourreau. Eh bien on n’a jamais dit que le Christ avait triomphé de Pilate, ou qu’il avait exposé Caïphe et autres grands prêtres aux représailles de la foule. Avec la Résurrection de Jésus, c’est le désir de vengeance qui se trouve aboli. “Voici que je fais toutes choses nouvelles” (Ap 21, 5), proclame le Ressuscité. J’ouvre un monde nouveau. “Le moment où la nuit s’achève et où le jour se lève, disait un sage, c’est lorsqu’en regardant le visage de n’importe quel homme, tu reconnais ton frère. Jusque là, il fait encore nuit dans ton cœur.”

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