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Pentecôte : la liberté de l’Esprit

Gini

Pentecôte : la liberté de l’Esprit

Publié le 8 juin 2019 par Garrigues et Sentiers 

L’événement de la Pentecôte que la liturgie nous invite à célébrer apparaît décisif pour écarter trois dérives mortelles de la vie spirituelle : l’identification à un « directeur spirituel », la confusion avec une identité nationale ou raciale, l’aliénation à un Dieu transcendant perdu dans un autre monde. 

Au cours de sa courte vie, le Christ a cherché à éveiller l’homme enfermé dans sa justice, sa loi, sa culpabilité et ses appartenances nationales et religieuses. Cet éveil a suscité, dans un premier temps, une fascination pour celui qui en est le messager. Loin de vouloir l’exploiter à son avantage, le Christ n’a cessé de casser cet enchantement pour renvoyer chacun à son itinéraire. A des disciples paniqués par l’annonce de la mort de celui dont ils voudraient faire un dirigeant institutionnel, le Passeur de Pâques affirme : « C’est votre avantage que je m’en aille ; en effet, si je ne pars pas, l’Esprit ne viendra pas en vous ; si, au contraire je pars, je vous l’enverrai » (Jn 16, 7). Cette liaison entre l’effacement du messager de la « bonne nouvelle » et la venue de l’Esprit constitue le fondement de toute saine relation éducative, psychologique et spirituelle. Le surgissement de l’Esprit dans les flammes de la Pentecôte ne peut se faire qu’après la déception surmontée de ceux qui pensaient que la proximité avec le porteur de la « Bonne Nouvelle » les dispenserait de se risquer eux-mêmes dans la liberté de l’Esprit.

La deuxième libération de la Pentecôte délivre de la liaison mortelle du spirituel et du national. A des disciples qui, à la veille de l’Ascension, attendent enfin la concrétisation de leur plan de carrière (« Est-ce maintenant que tu vas rétablir le Royaume pour Israël ? »), les derniers mots du Christ seront de les inviter à « recevoir une puissance, celle de l’Esprit qui viendra sur eux » pour témoigner « jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1, 8). L’événement de la Pentecôte va se manifester par la capacité de tout être humain, quelle que soit sa langue maternelle, d’accueillir l’Esprit. La confiscation de Dieu par une caste cléricale est abolie : « Je répandrai de mon Esprit sur toute chair, vos fils et vos filles seront prophètes » (Ac 2, 17). Certes, l’histoire montre la tentative toujours recommencée des institutions religieuses et nationales de récupérer cette liberté de l’Esprit. Mais elle témoigne aussi de sa renaissance permanente qui bouscule les laborieux efforts des pouvoirs pour colmater la brèche radicale ouverte par la Pâques du Christ et proclamée à la Pentecôte. C’est ce qu’a su exprimer, avec passion, l’écrivain et philosophe Maurice Clavel : « Fameuse annonce qu’il n’y a plus de Grecs, ni Juifs, ni Romains, ni barbares, ni esclaves (…). C’est fait. Ce ne sera jamais fini, mais c’est fait. En langage familier, c’est parti. Il n’y a plus de nations ni de religions ni de races, mais enfin des individus absolus, seule Humanité. Nous sommes tous nés ce jour-là » (1). 

De là découle la troisième « révolution » de la Pentecôte. Cette libération de l’être humain par la force de l’Esprit ne s’accomplit pas dans quelque odyssée solitaire et gnostique. Le premier signe concret donné après l’événement de la Pentecôte, c’est le partage : « Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens, pour en partager le prix entre tous, selon les besoins de chacun » (Ac 2, 45). Si tout être humain est habité par l’Esprit, il est porteur de sens pour l’ensemble de l’humanité. Et désormais, aucun ordre humain ne sera acceptable qui ne fasse sa place aux plus démunis et aux plus exclus. Aux disciples le nez pointé vers le ciel pour tenter de combler le vide créé par la disparition de leur maître, il est dit pour toujours : « Gens de Galilée, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? » (Ac 1, 11).  L’épître de Jean montrera le chemin : « Dieu, nul ne l’a jamais contemplé. Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous » (1 Jn 4, 12).

Bernard Ginisty 

Maurice CLAVEL (1920-1979), Ce que je crois, éd. Bernard Grasset, Paris, 1975, p. 286.

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