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Petit traité de l’espérance…

Petit traité de l’espérance à l’usage des contemporains. 

D’après Adrien CANDIARD, dans son livre « Veilleur, où en est la nuit ? » 

Jérémie, bien que prophète, est le plus complet des défaitistes. Il prêche la soumission pure et simple au roi de Babylone, oppresseur. En cas de révolte, la victoire du roi de Babylone est inévitable… 

Avoir la foi, dit Jérémie, ce n’est pas vivre dans un monde enchanté où Dieu réglerait tous nos problèmes : c’est d’abord regarder le monde en face, le mal en face. Et c’est pourtant dans les jours d’angoisse du siège de Jérusalem que Jérémie se met à écrite des folies. Il annonce que Dieu va tout recréer, à partir de rien. 

Souvent notre foi, loin de renforcer notre espérance, la fragilise encore davantage. Car la foi, dans nos contrées, se porte mal. Comme croyants, nous vivons davantage un chemin de croix qu’une marche triomphale. Don Camillo n’intéresse plus Peppone, tout entier préoccupé par l’imam du village.

Aujourd’hui, nous sommes mûrs pour l’espérance. Car pour parler de l’espérance, il faut commencer par regarder le désespoir en face. On se méfie souvent de l’espérance, et singulièrement de l’espérance chrétienne. N’est-ce pas une histoire de naïfs indécrottables qui veulent tellement croire que tout va bien que, lorsque les faits leur donnent tort, ils s’inventent un ciel où tout irait mieux, qui a le double avantage de régler absolument tous les problèmes et de n’être jamais démenti par les faits ?

L’espérance chrétienne ne réclame pas d’optimisme, mais du courage. Pour espérer en Dieu, il faut accepter d’abord de quitter toutes les autres espérances, tous les filets de sécurité qui nous évitent d’avoir à faire le grand saut de la confiance en Dieu. Contrairement à tant de nos devanciers, que les succès de la foi pouvaient aveugler, nous n’avons plus tellement d’autres choix que le désespoir devant la catastrophe ou l’espérance en Dieu. La seule promesse que Dieu fait à Jérémie, ce n’est pas la réussite. C’est la promesse de sa présence.

Alors grandit, du même coup, le faux espoir symétrique. S’il est faux de penser que ça ira mieux demain, il est tentant de se dire qu’il suffit de revenir en arrière pour résoudre tous les problèmes. Rien n’est moins chrétien que de serrer sans fin dans ses bras le cadavre de la vieille chrétienté. Jérusalem est tombée, et ses murailles ne seront pas reconstruites. Nous avons à renoncer à voir se réaliser, même partiellement, le triomphe de l’Eglise, pour accepter le paradoxal triomphe de la croix.

Une seule promesse pour rattraper tout le reste « Je serai avec toi. » Cette présence promise a un coût exorbitant : elle exige de renoncer d’abord à toutes les consolations imaginaires dont nos vies sont remplies. Dieu n’existe que dans le monde réel : c’est le Dieu du présent, pas celui des rêveries et des châteaux en Espagne.  

L’espérance chrétienne espère nécessairement contre toute espérance, c’est-à-dire contre tous les faux espoirs qui nous protègent d’une rencontre rugueuse avec le monde réel où Dieu nous attend. Comment pourra-t-il nous sauver si nous sommes ailleurs ? Les images populaires et naïves du paradis n’ont réussi qu’à le ridiculiser et en faire, dans la culture commune, un lieu un peu mièvre où pourront s’épanouir les moins dégourdis des enfants du catéchisme. L’espérance chrétienne n’est possible que parce que Dieu s’est donné le premier. Il ne s’agit pas d’attente, mais de don – d’un don que nous devons simplement recevoir. Dieu n’est pas à venir ni à attendre : il est déjà donné, et la seule difficulté consiste à accepter ce don.

Le Salut, s’il est porteur de la joie véritable, n’est nullement une partie de plaisir ! Mais si nous n’osons pas en parler, bien souvent, c’est parce que pendant des siècles, l’Église s’est trop intéressée à la vie après la mort, et pas assez à ce monde-là. Quand je parle de salut et de vie éternelle, je ne parle pas de la vie après la mort. En tout cas, pas seulement. Si Jésus nous ouvre la vie éternelle, c’est qu’il nous oblige a renoncer à nos frontières entre la vie ici-bas et la vie dans l’au-delà : c’est la même vie ! La vie éternelle commence maintenant, et elle se poursuit éternellement. 

Espérer, c’est quelque chose de concret : c’est croire que Dieu nous rend capables de poser des actes éternels. Que, quand nous aimons, cet amour est une fenêtre que nous ouvrons sur l’éternité. Comme nos vies changeraient, si nous savions ordonner nos priorités en fonction du poids d’éternité de nos actions : l’ambition, le souci de gagner de l’argent, l’envie de se faire reconnaître se retrouveraient très vite au bas de la pile. On découvrirait que préparer un gâteau pour une voisine isolée, à qui cela fera plaisir, construit bien plus l’éternité que son poids de farine, d’œufs et de sucre ne le laisserait croire.

Transformer les événements en occasion d’aimer, c’est reproduire au quotidien le miracle de Cana. C’est changer l’eau de la vie ordinaire en vin de vie éternelle. Il vaut la peine de s’exercer sur des petites choses. Un embouteillage, en soi, ça n’a pas de goût. C’est nous qui choisissons, presque par réflexe, d’en faire un sujet d’agacement, voire d’énervement. Mais c’est vrai pour tout le reste : les enfants qui crient au lieu de jouer sagement, le bus qui prend son temps alors qu’il fait si froid à l’arrêt, l’ami qui annule à la dernière minute ce dîner que j’attendais avec impatience, tout cela aura le goût que nous lui donnerons : toutes ces situations nous donnent des gens à aimer davantage ; toutes nous procurent des occasions d’aimer, et donc d’être heureux. Il suffit de chercher un instant, et c’est un exercice auquel on devient meilleur si on en prend un peu l’habitude. Cette habitude vaut la peine d’être prise, car si nous nous exerçons sur ces petits événements, alors nous saurons peu à peu produire la même transformation pour les événements plus importants, et plus difficiles. Un chagrin d’amour ou le décès d’un être cher peuvent être aussi des occasions d’aimer.

La croix ne sauve personne. Elle tue, elle fait souffrir : c’est un instrument de supplice, certainement pas de salut. Mais quand nous disons qu’elle sauve, c’est évidemment par un raccourci de langage dont nous sommes coutumiers, comme quand nous disons que nous prenons le volant pour désigner par là la voiture tout entière. Ce n’est pas la croix qui sauve qui que ce soit, mais la manière dont Jésus a vécu le supplice de la croix. La croix ne sauve personne, mais parce qu’il a fait de la croix le lieu du plus grand amour, parce qu’il a choisi le pardon universel, la croix est devenue sans le vouloir l’instrument du salut. Si nous sommes chrétiens, si nous sommes le corps du Christ, alors il est normal que nous soyons nous aussi fixés à la croix. 

Aller à la messe, c’est faire mémoire que la foi chrétienne est fondée sur une débandade, une catastrophe dont elle n’aurait dû jamais pouvoir se remettre… Le commandement suprême, « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés », ne nous propose pas l’amour du Christ comme un exemple qu’il s’agirait d’imiter, alors qu’il est par définition tout à fait hors de notre portée. « Comme je vous ai aimés » a un sens bien plus fort que celui d’un modèle ; il indique la source de notre amour. Aimez-vous les uns les autre avec l’amour dont je vous ai aimés, avec l’amour dont je ne cesse de vous aimer. Sans le savoir, souvent, notre monde nous pose la même question. « Veilleur, où en est la nuit ?» Il nous interroge sur notre espérance… Il attend de nous que nous vivions dans l’espérance, c’est-à-dire que nous vivions pour l’éternité, que nous vivions pour ce qui compte vraiment et ne passera jamais.

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