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Homélie

Posté par rtireau le 14 juin 2017

Fête du Corps et du Sang du Christ – A - 18 juin 2017

Deutéronome 8, 2-3. 14b-16a ; Psaume 147 ; 1 Corinthiens 10, 16-17 ; Jean 6, 51-58

“Manger la chair” de Jésus, “boire son sang” ! Le réalisme de Saint Jean pourrait nous faire passer pour des anthropophages. En réalité l’expression chair et sang, dans la mentalité hébraïque, désigne l’homme concret. Et il est probable que Jean ait voulu insister sur l’humanité de Jésus parce que, dès la fin du premier siècle, beaucoup le considéraient déjà comme un être céleste désincarné. D’autres passages de l’Ecriture parlent de l’eucharistie : “Quand vous mangez ce pain et buvez à cette coupeVoici mon corps, voici mon sang …” La clé pour comprendre ce langage sacramentel, c’est le mot symbolique. Non pas au sens minimum qu’on lui donne quelquefois : “Oh ! Il a fait une offrande seulement symbolique,” c’est à dire pas grand chose. Non le symbole, en langage sacramentel, a le sens fort et dit une réalité plus grande que ce qu’on voit, bien plus profonde que les apparences.

Je me rappelle comment, un jour, avec des enfants, le beau stylo de François nous avait aidés à comprendre le mot symbole : car ce n’était pas un stylo, c’était un cadeau ; ce n’était pas de l’utile, c’était du gratuit ; ce n’était pas du fonctionnel, c’était du relationnel. En bref, il y avait quelqu’un derrière. Par chance, ce stylo écrivait. Mais combien de ces objets sont seulement du relationnel : tel merveilleux coupe-papier qui ne coupe rien du tout, telle superbe lampe de chevet qui n’éclaire rien, tel instrument de musique dont personne ne pourrait sortir une seule note : mais c’est peut-être le stradivarius de l’arrière grand-Père !

Le stylo de François était le stylo de la mémoire. Il y avait quelqu’un derrière. L’Eucharistie est le pain de la mémoire : “Faites cela en mémoire de moi”. Mémoire d’une vie brisée, d’une vie donnée. Il y a quelqu’un derrière. Un jour, notre évêque a dit : “Ceux qui s’ennuient à la messe, c’est parce qu’ils n’y apportent rien de leur vie. Finalement, ils ne sont pas tellement présents.” Le pain offert à la messe symbolise ce que nous appelons notre pain quotidien. Il nous faut apporter quelque chose de notre vie à chaque messe, sinon, il n’y a personne derrière le pain. Pour que Dieu transforme le pain en sa propre vie il faut qu’il y ait du pain. “Nous te présentons ce pain, fruit de la terre et du travail des hommes, il deviendra le pain de la vie.” À la communion, Dieu nous redonne ce pain, habité de la présence réelle du Christ. Et nous repartons avec une énergie divine pour continuer de vivre avec la force de l’Esprit de Jésus.

La messe, c’est la rencontre de deux présences réelles : la présence réelle du Christ, qui ne fait aucun doute, et notre présence réelle, qui, elle, est parfois moins sûre. Nous communions à la présence réelle du Christ pendant la messe pour devenir nous-mêmes une présence réelle du Christ après la messe. Saint Jean Chrysostome (4ème siècle) a quelques mots très forts pour dire la mission que l’eucharistie nous donne : “Tu veux honorer le Corps du Christ, ne le méprise pas lorsqu’il est nu.” J’aime beaucoup cette phrase qui dit bien de quelle manière l’Eucharistie est sacrée.

Des personnes de notre paroisse ont souhaité vivre aujourd’hui le sacrement des malades. C’est un sacrement particulier. Il a en effet gardé de vieille date un surnom, alors qu’il a depuis longtemps un vrai nom. Et puis on aime bien lui donner un petit nom très chaleureux.

Le surnom, c’est l’extrême-onction. Il est encore dans la mémoire de beaucoup, alors qu’on ne l’emploie plus depuis des dizaines d’années. C’était le sacrement que l’on donnait à quelqu’un qui était à la dernière extrémité. Et cette appellation n’était pas très juste puisque le sacrement des mourants est le Viatique, c’est à dire la communion apportée à un malade proche de la mort.

Le vrai nom, c’est l’onction des malades, un nom bien précis qui dit à qui il s’adresse.

Et on aime lui donner un petit nom, celui qui se murmure à l’oreille de la personne aimée, c’est le sacrement de la tendresse de Dieu. On prend Dieu au mot quand il dit : « Quand bien même une mère oublierait son enfant, moi, je ne t’oublierai jamais !» (Isaïe 49, 15-16)

L’onction avec l’huile bénie par l’évêque pendant la semaine sainte, rappelle que c’est un geste d’Eglise. Le sacrement ne supprime pas la condition humaine qui est de s’user et de finir ! Mais il vient aider à vivre ce temps de la maladie et du grand âge. Dieu compte sur nous pour montrer ce qu’il peut faire dans une vie qui s’abandonne dans un acte de confiance, au moment où les forces humaines semblent l’abandonner. Permettons à Dieu d’être Dieu, c’est-à-dire Père.

 

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Homélie

Posté par rtireau le 7 juin 2017

Fête de la Trinité – A – 11 juin 2017

Exode 34, 4b-6, 8-9 ; 2 Corinthiens 13, 11-13 ; Jean 3, 16-18

Une déclaration d’amour ne s’embrouille pas dans des phrases compliquées. “Je t’aime”: c’est simple, direct, et ça va à l’essentiel. C’est vrai : l’amour est à la fois simple et mystérieux, tellement il concerne chaque être en sa profonde intériorité ! Jésus, pour dire l’amour du Père, n’entame pas un grand discours abstrait. Il dit : Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique !” De quoi ébranler l’intellectuel Nicodème avec qui il vient de parler du baptême. Dieu a tellement aimé le monde que sa Parole s’est faite homme en Jésus. Et Jésus a consacré toute sa vie, jusqu’à la croix, à proclamer cette Parole du Père. Mais le Père l’a ressuscité car Dieu ressuscite ce qui est donné par amour.

Quand Jésus parle de Dieu, ce n’est pas le Dieu au-dessus des nuages, ni l’architecte suprême, ni le gendarme embusqué, ni le vieillard-papa-gâteau qui laisse tout passer. Non ! Le Dieu de Jésus est PÈRE, qui invite chacun à grandir avec la patience qu’il faut. On le sait : ce qui fait le cœur de l’homme, c’est son désir d’aimer et d’être aimé ; ce qui le fait vivre, ce sont des relations d’amour, et rien n’est plus grand que cet amour qui bouleverse la vie et rend le monde plus beau. Pour les chrétiens, cet amour est, dans le cœur de l’homme, la signature de Dieu qui s’appelle l’Esprit Saint : la relation forte entre le Père et le Fils en plein cœur de notre cœur ! “Dieu Père a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique !” Et chacun est habité de la force de l’Esprit.

Dieu Père, Fils et Esprit, c’est la Trinité. Si notre foi s’attache au Père seul, nous risquons un vague déisme. Si nous nous adressons au Fils seul, nous risquons un humanitarisme qui manque d’élan. Et si nous regardons l’Esprit seul, nous risquons un illuminisme inconsistant, où Dieu peut se confondre avec les agitations de notre cœur.

“Jamais Dieu sans trois” titrait joliment un article qui disait : “Puisque le mystère de Dieu n’est pas un point d’interrogation (question sans réponse), mais un point d’exclamation (merveille à découvrir), la liturgie a prévu nous faire vivre cet émerveillement entre deux fêtes, celle de la Pentecôte, comme si l’Esprit était la porte d’entrée pour dire Dieu, et celle du Corps et du Sang du Seigneur, parce que l’Eucharistie restera toujours la Présence du Christ au milieu de nous.”

La Trinité, Dieu qui se donne à rencontrer au cœur de la relation entre les humains. Dès l’Ancienne Alliance, Dieu s’est révélé comme « le Dieu tendre et miséricordieux, plein d’amour et de fidélité » (1ère lecture). Et saint Jean a cette phrase chaleureuse : « Dieu a envoyé son Fils dans le monde non pas pour juger le monde mais pour que, par lui, le monde soit sauvé ». Fameuse nouvelle. En fait c’est LA Bonne Nouvelle. Jésus aurait pu séparer l’ivraie du bon grain ou accabler ceux qui avaient quitté le droit chemin. Non ! Il s’est juste un peu moqué de ceux qui s’enfermaient dans la suffisance de l’argent et du pouvoir et qui ne voyaient pas l’essentiel qui est la Relation d’amour. Lui, il allait manger avec les pécheurs, i1 libérait les corps crispés et les esprits dérangés, il invitait à aller de l’avant et à inventer l’amour. Et c’était subversif de dépasser les barrières traditionnelles de la société. Il se réclamait toujours de son Père pour réveiller les cœurs et bousculer le désordre établi. Et il disait envoyer bientôt l’Esprit qui continuerait à mettre le feu au cœur des relations entre les humains ! Jésus parlait de Dieu comme nous parlons d’Amour. Dieu, l’imprononçable de l’ancien Testament, il lui a choisi les noms humains qui viennent de l’expérience la plus forte que puisse donner notre terre : le nom Père, puis le nom Fils, et le nom Esprit qui est la relation entre le Père et le Fils.

Je pense aux gens qui viennent, nombreux et souvent de loin, à l’église pour une raison “relationnelle”. Ils viennent à un baptême, une première eucharistie ou un mariage. L’un des leurs est concerné au plus profond de lui-même, l’un des leurs “met en jeu quelque chose de fondamental pour son existence”, comme disait Mgr Rouet, évêque de Poitiers. Tertullien, au 3° siècle, avait appelé ça le sacrement du frère. Eh bien ! La Trinité nous dit que ces relations humaines riches conduisent à Dieu, comme Jésus a su nous y conduire, comme son Esprit continue de nous y conduire à travers les frères. Le relationnel humain fort qui remplit les églises à certains moments, la Trinité nous dit qu’il est aussi le cœur de Dieu lui-même.

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Vivre les commencements

Posté par rtireau le 18 février 2016

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Pâques, « l’heure de vous arracher au sommeil » Romains 13,11 

Publié le 15 avril 2017 par Garrigues et Sentiers 

Dans un livre d’entretiens avec Anne Soupa, André Gouzes, l’animateur inspiré des liturgies pascales à l’Abbaye de Sylvanès déclarait : « Ce que je trouve terrible chez mes frères chrétiens, c’est qu’ils font de la résurrection un événement ponctuel, alors qu’elle a lieu tous les jours, à chaque minute du jour et de la nuit. (…). Toute notre vie est résurrectionnelle (…). Pour chacun et pour tous, cet amour qui tue la mort, qui fait fondre nos égoïsmes, est la source fraîche de notre capacité à nous supporter les uns les autres. Soyons témoin de la gratuité de la résurrection. (…) La résurrection m’emmène vers la part à venir de moi-même, celle que je ne connais pas encore »1.

Si la résurrection constitue le cœur de la foi chrétienne, elle déstabilise les ordres qui prétendraient enclore la vie de l’homme. Elle est l’invitation faite à chaque être humain de renaître, ce que le Christ apprend à un maître en Israël tout étonné, Nicodème. L’histoire de Jésus ne se réduit pas à la pitoyable aventure d’un de ces innombrables candidats messie prospérant sur les malheurs et les espoirs du temps. Or, jusqu’au bout, ses disciples ont cru que ce leader leur offrirait enfin les bonnes places ! Aussi quel désenchantement, surtout lorsqu’il leur annonce que s’il ne part pas, ils n’accéderont jamais à l’Esprit qui rend libre2.

Ce grand malentendu, qui mène Pierre, le futur premier pape, au reniement et Judas, le gestionnaire, au suicide, ne cesse d’être la tentation permanente des Églises. Au lieu de se définir comme rampes de lancement pour les aventures de la fraternité universelle, elles se réduisent parfois à des institutions qui enferment dans des morales, des sécurités, dans un entre-nous dégoulinant de vertueuses certitudes. Le Passeur de Pâques nous réveille de ces endormissements. Il est celui qui dérange absolument car il fait éclater les chrysalides qui voudraient épargner aux papillons le risque de naître.

Les matins de Pâques sont aussi fragiles que des jeunes pousses de printemps. Tout Jérusalem ne fait que parler de l’exécution de celui qui, un temps, avait apporté de l’espoir. Et les voyageurs d’Emmaüs ruminent leur désillusion. Nous pouvons aussi passer notre vie à ressasser nos espoirs perdus et à gémir sur les malheurs du temps. Pâques nous invite au surgissement. Il n’a pas le fracas des triomphes des puissants, mais la vigueur entêtée de l’enfance. Des femmes montrent le chemin des renaissances à ceux qui se sont bouclés dans leur Cénacle. Celui qu’elles voudraient encore définir comme le « gardien du jardin » de leur univers rétréci les ouvre à la vie la plus grande : « ne me retiens pas… Pour toi va trouver des frères »3.

Quand le chorégraphe Maurice Béjart parvint à l’âge qu’avait son père, le philosophe Gaston Berger, lors de sa mort accidentelle, il publia un ouvrage où il mêle ses notes personnelles avec le journal intime de son père. Ce livre commence par ces mots qui me semblent définir avec bonheur une existence « pascale » : « Je n’en finis pas de commencer ma vie, quand je pense qu’il y en a qui n’attendent pas d’avoir vingt ans pour commencer leur mort »4.

Bernard Ginisty

1 – André Gouzes, Anne Soupa : L’Ange de la force au chevet de l’amour, éditions Bayard 2016, pages 128-131
2 – « C’est votre avantage que je m’en aille ; en effet si ne pars pas, l’Esprit ne viendra pas à vous » Jean 16,7.
3 – Évangile de Jean 2015-17

4 – Maurice Béjart (1927-2007), Gaston Berger (1896-1960) : La mort subite. Journal intime, Éditions Librairie Séguier, 1990, page 15. Maurice Béjart cite cet extrait des carnets inédits de son père : « Je ne sais pas ce que sera mon âme après ma mort. Mais cela n’est pas plus indispensable à ma liberté que la connaissance de ce qu’il m’adviendra demain. Au contraire, cette ignorance est liée à ma liberté. Dans une lumière totale, il me semble difficile de croire que la volonté puisse être encore mauvaise. L’Orgueil de Satan ne se laisse pas concevoir – et pourtant mon hésitation devant l’abandon à Dieu n’est-elle pas un peu de la même nature ? Je voudrais tout savoir avant de me donner – cela revient à désirer être Dieu avant de m’offrir à Dieu. La foi n’exige pas la lumière, c’est pour cela qu’elle est libre. Mais elle n’est pas absurde car elle enveloppe l’amour de la lumière. (7 mars 1957, page 173).

« L’irréductible intranquillité »

Posté par rtireau le 24 novembre 2016

« L’irréductible intranquillité »

Publié le 12 novembre 2016 par Garrigues et Sentiers

 

« Aux tranquillisants, je préfère les intranquilles…Peut-être que je vous souhaite d’être un peu dérangés. Tout du moins, je vous souhaite le petit inconfort, la pointe d’impatience, le frémissement qu’il faut pour reprendre la route millénaire qui étire la pâte humaine et la révèle à elle-même. Car l’intranquillité nous voue à rejouer sans cesse, à créer, à recréer »1. C’est par ces mots que Marion Muller-Collard ouvre, dans son nouveau livre, sa réflexion sur L’intranquillité.

Dans une société où se multiplient toutes les propositions d’assurances pour « qu’il ne nous arrive rien » et les invocations croissantes au principe de précaution, Marion Muller-Collard rappelle quel est le Dieu qui l’inspire : « Le Dieu de l’Évangile commence comme nous finissons parfois nos mois : sur la paille. Dépendant, attendant que l’humanité lui fasse crédit »2. Aux obsédés du principe de précaution, cette mère de famille rappelle que si Dieu arrive au monde comme un nouveau-né, son projet ne peut-être de nous préserver du risque et de l’inquiétude : « Avec l’Evangile, comme avec toute naissance, commence l’irréductible intranquillité ». En effet, écrit-elle, « Donner la vie équivaut à donner la mort »3puisque seuls ceux qui sont nés « risquent » de mourir !

On peut passer sa vie et la perdre à chercher tous les moyens d’échapper à l’intranquillité. « Ce qui me permet de suivre aujourd’hui Jésus comme un Maître, c’est précisément qu’il ne promet pas l’évitement du risque. Au mitan de ma vie, je me rallie au scandale de l’Évangile. Je ne suis plus en mesure de suivre quelque système de pensée, de croyance, ni même de système politique qui me réconforteraient de vérités définitives »4. Ce qui, selon l’Évangile, caractérise le ministère du Christ durant sa très courte vie publique : c’est la marche et la rencontre. Il se présente comme un nomade qui « n‘a nulle part où reposer sa tête »5 et accepte les rencontres les plus diverses. Le contraire d’une installation dans une carrière ou une religion ! Dans le texte fameux de Dostoïevski, La légende du Grand Inquisiteur le représentant de l’ordre théologico-politique, à qui on a déféré un doux trublion, reconnaît soudainement en lui le Christ. L’Inquisiteur exprime alors la panique de tous les pouvoirs installés et justifie sa condamnation au bûcher par ces mots: « Pourquoi es-tu venu nous déranger ? »6.

Bien loin de promouvoir je ne sais quel repli frileux par rapport au monde, le Christ rappelle « qu’aimer signifie supporter une vie durant la contradiction permanente que l’autre introduit dans ma vie et dans mon être »7. Avant de quitter ce monde, il dit à ses disciples qu’il leur laisse « sa paix »8. Cette paix, Marion Muller-Colard l’envisage ainsi : « Une paix qui ne soit pas négociation vaine avec le réel. Une paix qui ne soit pas de pacotille, ou feu de paille (…) Une paix qui ne réduit pas nos contradictions mais opère sur elles cette étrange alchimie dans laquelle les contraires cessent de nous tirailler pour simplement nous élargir »9.

Bernard Ginisty

 

1 – Marion Müller-Colard : L’intranquillité, éditions Bayard, 2016, page 25
2 – Id. page 55
3 – Id. page 51
4 – Id. pages 78-79
5 – Évangile de Matthieu, 8, 20
 Fiodor Dostoïevski (1821-1881) : La légende du Grand Inquisiteur, Editions Desclée de Brouwer, collection Les Carnets 1993, page 60
7 – Marion Müller-Colard, op.cit. page 92
8 – « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donneQue votre cœur cesse de se troubler et de craindre » (Évangile de Jean 14,27)
9 – Marion Muller-Colard, op.cit. pages 98-99.

 

 

Vivre les commencements

Publié le 6 juin 2015 par Garrigues et Sentiers

Les temps que nous vivons connaissent à la fois la résurgence des formes les plus barbares des fondamentalismes religieux et la diffusion d’un vague syncrétisme spiritualiste. La juxtaposition des aberrations commises au nom de religions avec la multiplicité des sollicitations du  « marché » des croyances, des religions et des spiritualités peut conduire à une crise des identités comme l’écrit Gabriel Ringlet, vice-recteur pendant onze ans de l’Université Catholique de Louvain : « Face à ce qui apparaît bien comme une mutation générale du croire, les identités sont hésitantes, morcelées. Les institutions s’équivalent. On ne prend pas position (…) C’est le règne de l’adoucissant et de l’idéologie ramasse-tout (…) Croyances et pratiques deviennent interchangeables (…) J’aime entendre à ce propos la formule percutante du théologien orthodoxe Olivier Clément : L’homme ne se sauve pas en se dissolvant. Je ne cache pas que ces arrangements, ces bricolages idéologiques, ce syncrétisme doux, ce relativisme mou m’inquiètent presque autant que le fanatisme. Parce qu’ils conduisent à l’indifférence. L’indifférence à l’autre surtout »1.

Dans ce contexte, le théologien Joseph Moingt tente de définir ainsi l’originalité du Christianisme : « À notre époque où renaissent en différents endroits du globe de violents conflits religieux, il est important que le christianisme se signale par ce qui le différencie radicalement de toute autre religion, à savoir de n’être pas fondé sur du sacré, sur l’autorité d’une loi et d’une tradition immémoriales et intangibles, mais sur un Évangile, une Bonne nouvelle, une parole de libération et de paix »2.

Nous ne sommes pas condamnés à osciller entre l’identitaire communautariste et l’individualisme régulé par le seul marché mondial. À égale distance de l’intégriste religieux, idéologique, nationaliste ou ethnique et de l’individu consommateur avançant avec son caddie vers les nouveaux lendemains des croissances qui chantent, la voie évangélique amène à passer du particularisme des langues maternelles à une nouvelle naissance. Il ne s’agit pas de changer un système par un autre, mais de rester ouvert à un engendrement permanent. Dès le 4e siècle, Grégoire de Nysse définissait ainsi le cheminement chrétien : « Celui qui court vers Dieu devient toujours plus grand et plus haut que lui-même, augmentant toujours par l’accroissement des grâces (…) ; mais comme ce qui est recherché ne comporte pas en soi de limite, le terme de ce qui est trouvé devient pour ceux qui montent le point de départ de la découverte de biens plus élevés. Et celui qui monte ne s’arrête jamais d’aller de commencement en commencement vers des commencements qui n’ont jamais de fin »3.

Bernard Ginisty

1 – Gabriel Ringlet : L’évangile d’un libre penseur. Dieu serait-il laïque ? Éditions Albin Michel, 1998, pages 23-24
2 – Joseph Moingt : L’Évangile sauvera l’Église, éditions Salvator, 2013, page 87
3 – Grégoire de Nysse : Huitième homélie sur le Cantique des cantiques

 

 

La lutte contre les inégalités est aussi un combat spirituel

Publié le 22 avril 2017 par Garrigues et Sentiers 

Dans une chronique intitulée De l’inégalité en France publiée dans le quotidien Le Monde, Thomas Piketty, professeur à l’école d’économie de Paris, dénonce « une légende tenace » selon laquelle « la France serait un pays profondément égalitaire, qui aurait échappé, comme par miracle, à l’explosion des inégalités observée partout ailleurs ». Si celle-ci est moins massive qu’aux États-Unis d’Amérique, Thomas Piketty rappelle qu’en France, entre 1983 et 2015, le revenu moyen des 1% les plus aisés a progressé de 100%, et celui des 0,1% des plus aisés de 150 % contre à peine 25% pour le reste de la population. À ses yeux, la rupture avec ce qu’on a appelé les trente glorieuses est frappante : « Entre 1950 et 1983, les revenus progressaient de 4% par an pour l’immense majorité de la population, et ce sont au contraire les plus hauts revenus qui devaient se contenter d’une croissance d’à peine 1% par an ». En cette période de campagne pour les élections présidentielles, on ne peut qu’insister sur la conclusion de cette chronique : « Il est urgent d’en finir avec le déni inégalitaire français »1.

Il ne s’agit pas là d’une question purement politique, elle atteint la dimension spirituelle de l’homme. C’est ce qu’affirme la théologienne Lytta Basset dans son dernier ouvrage où elle s’exprime longuement sur sa quête spirituelle : « Ma surprise a été de constater que l’écrasante majorité des passages bibliques mentionnant chercher Dieu sont liés à la quête de la justice »Pour elle, ce propos du prophète Isaïe : « Vous avez beau multiplier les prières, Je n’écoute pas : vos mains sont pleines de sang (…) apprenez à bien agir, à rechercher la justice »2, évoque un Dieu « qui a en horreur les bondieuseries censées dispenser de la pratique de la justice ». Face à tous ceux qui se désolent de la baisse de la « pratique » dans les Églises, Lytta Basset s’insurge : « Les enquêtes sociologiques sur l’état de santé du christianisme m’agacent. C’est pour moi une distorsion du message biblique que d’appeler pratiquants exclusivement les personnes qui fréquentent les Églises : le Vivant, lui, valorise par-dessus tout les pratiquants de la justice »3.

Comment ne pas évoquer ici ce magnifique texte d’Emmanuel Levinas : « La connaissance de Dieu consiste selon le verset 16 du chapitre 22 de Jérémie à faire droit au pauvre et au malheureux. Le Messie se définit, avant tout, par l’instauration de la paix et de la justice (…) Dire de Dieu qu’il est le Dieu des pauvres ou le Dieu de la justice, c’est se prononcer non pas sur ses attributs, mais sur son essence. D’où l’idée que les rapports interhumains, indépendants de toute communion religieuse, au sens étroit du terme, constituent en quelque sorte l’acte liturgique suprême, autonome par rapport à toutes les manifestations de la piété rituelle. Dans ce sens, sans doute, les prophètes préfèrent la justice aux sacrifices du temple (…). C’est à l’homme de sauver l’homme : la façon divine de réparer la misère consiste à ne pas y faire intervenir Dieu. La vraie corrélation entre l’homme et Dieu dépend d’une relation d’homme à homme, dont l’homme assume la pleine responsabilité, comme s’il n’y avait pas de Dieu sur qui compter »4.

Bernard Ginisty

  • 1 – Thomas Piketty : De l’inégalité en France dans le journal Le Monde du 16-17 avril 2017, page 24
  • 2 – Isaïe : 1,15
  • 3 – Lytta Basset : La Source que je cherche, éditions Albin Michel, 2017, page 76
  • 4 – Emmanuel Levinas : La laïcité et la pensée d’Israël dans l’ouvrage : Les imprévus de l’histoire, Éditions Fata Morgana, 1994, pages 181-183.
 

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