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Homélie

Posté par rtireau le 17 octobre 2018

29° dimanche dans l’année B - 21 octobre 2018

Isaïe 53, 10-11 ; Psaume 32 ; Hébreux 4, 14-16 ; Marc 10, 35-45

Jésus nous a parlé de l’argent dimanche dernier. Mauvaise saison : aujourd’hui, c’est du pouvoir dont il parle : “Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur…” Ne sourions pas trop vite de la demande de Jacques et Jean. Les cousins de Jésus voulaient obtenir les meilleures places dans le Royaume. Ne sourions pas trop vite… Il parait même que ce serait la tentation la plus forte de tout homme, cette volonté de puissance. 

Ce que remet en cause l’évangile, ce n’est pas qu’elle existe. La volonté de puissance est présente en chacun : elle est désir positif d’agir sur son environnement, sur les autres, sur soi-même. Sans elle, pas d’autonomie ni de liberté d’action. Le Christ enseigne qu’elle doit être cultivée, éduquée, canalisée, pour que chacun développe au mieux ses capacités personnelles d’amour et de don de lui-même et aussi sa capacité de résistance à tout ce qui pourrait le rendre esclave. En bref, pour que chacun devienne capable du gouvernement de lui-même. Car notre société ne se gêne pas pour attiser ce désir de puissance. On montre toujours les premiers, les plus forts, les plus riches, les plus beaux. Les premières places, chacun en rêve plus ou moins, même si ce n’est pas forcément conscient et pas souvent avoué. 

Jésus redit un enseignement de base que nous avons tellement de mal à accepter. Il dit : L’autorité n’est pas mauvaise en soi, pas plus que l’argent.Mais pour lui, être responsable n’est pas d’abord une domination, mais un service. Ceux qui sont grands devant Dieu, ce ne sont pas ceux qui se font servir, mais ceux qui servent, ceux qui imitent le Christ en devenant serviteur comme lui. Servir de façon désintéressée, face quelquefois à de l’ingratitude ou même de l’agressivité, pas facile. Beaucoup de gens se disent au service des autres, et ne le sont pas forcément autant qu’ils le prétendent.

Ne commandez pas à la manière des chefs des nations païennes ou comme ceux qui font sentir leur pouvoir… Peut-être une des paroles les plus neuves de Jésus, une parole capable de changer le monde. On a rarement entendu parole plus révolutionnaire :

Font sentir leur pouvoirceux qui croient exister en faisant des hommes qui sont sous leurs ordresdes êtres opprimés ou esclaves. 

Font sentir leur pouvoirceux qui se réclament d’un pouvoir prétendu divin pour se substituer à la liberté et à la conscience de leurs semblables. 

Font sentir leur pouvoirceux qui se disent être au service de tous pour mettre plus subtilement le pouvoir à leur propre service.

Font sentir leur pouvoirceux qui affirment vouloir faire le bonheur des autres en imposant leurs volontés et en se faisant appeler bienfaiteurs(Luc 22, 25).

Le mot latin auctoritas(qui a donné autorité) a comme racine augere, qui veut dire : faire croître, augmenter. Pour Jésus, c’est bien çà : l’autorité est le service qui aide les personnes à grandir, à devenir elles-mêmes responsables. Avoir autorité, c’est travailler à rendre l’autre auteur. Il y a très longtemps, j’ai entendu une définition qui m’a beaucoup marqué puisque je l’ai toujours en mémoire : avoir autorité, ça consiste à autoriser.

La tentation du pouvoir a sans doute été la plus grande tentation de Jésus. Et pourtant on en parle étonnamment peu. Lui, le fils de Dieu, le Messie du Royaume à venir, les foules veulent le faire roi. Ses meilleurs amis se disputent pour être ses plus proches à partager sa gloire. Satan lui-même, dans le texte des tentations au désert, lui fait des propositions : change les pierres en pain ; sois le maître du monde ; jette-toi dans le vide : puisque tu es Fils de Dieu, rien ne te sera impossible. Il refuse et, de ce fait, il sera la victime des autorités politiques et religieuses, liguées contre lui. Ces autorités avaient bien compris qu’il contestait l’usage qu’elles faisaient de leur pouvoir. Et pour finir, ce sera l’injure des exécutants du pouvoir et des soldats au pied de la croix. « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même. » Ainsi Jésus signera de son sang son message à ses disciples : “Ne commandez pas à la manière des chefs des nations païennes ou comme ceux qui font sentir leur pouvoir.”

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Homélie

Posté par rtireau le 4 juillet 2018

14° dimanche dans l’année B -  8 juillet 2018

Ezéchiel 2, 2-5 ; Psaume 122 ; 2 Corinthiens 12, 7-10 ; Marc 6, 1-6

Les compatriotes de Jésus n’ont pas l’air contents dans la synagogue de Nazareth. Pourtant, ce qu’il annonçait était plutôt Bonne Nouvelle : guérisons, libération, soulagement des pauvres. Les gestes qu’il faisait étaient aussi des gestes de salut et de libération, et même s’il parlait de conversion, c’était pour faire découvrir la vraie joie.

En fait, ce n’est pas le message qui est contesté par les habitants de Nazareth, c’est le messager. Trop exigeant ? Non ! Trop déroutant ? Non plus. Non ! Seulement trop familier. Les gens de Nazareth le connaissaient trop bien, cet homme du pays :

- par sa profession : “N’est-il pas le charpentier ?”

- par sa mère : “N’est-il pas le fils de Marie ?”

- par sa parenté : “N’est-il pas le frère de Jacques, de Joseph, de Simon ?”

On connait la parenté et le cousinage. En bref, cet homme Jésus est trop humain pour révéler Dieu. Impensable que Dieu choisisse comme envoyé le charpentier dont chacun, à Nazareth, connaissait la famille. “Nul n’est prophète dans son pays.” Jésus se disait fils de Dieu, certains de ses disciples commençaient à entrevoir son mystère. Mais ses compatriotes disaient : “C’est le fils du charpentier.”

Attention ! Ne sourions pas de leur difficulté à croire, c’est la nôtre très souvent. Par exemple quand nous trouvons trop simple et trop humaine l’Église chargée d’annoncer la Bonne Nouvelle. Au long de son histoire, elle a eu ses moments édifiants mais aussi ses moments scandaleux. Et pourtant c’est bien cette Église, dont nous faisons partie, qui est le corps du Christ.

Et quand nous trouvons trop simple et trop humaince prêtre qui a prononcé la parole du pardon ou qui a baptisé votre enfant. Il a pourtant reçu la mission de renouveler les gestes de Jésus Sauveur.

Et quand nous trouvons trop simple et trop humaincet étranger qui demande à être accueilli ou ce malade qui attend une visite. Et pourtant ils sont bien pour nous visages du Christ. “Ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites.”

Et quand nous trouvons trop simple et trop humaince monsieur tout le mondeque la vie met sur notre route. Et pourtant il est habité par Dieu. “Tout homme est une histoire sacrée, tout homme est à l’image de Dieu.”

Et quand nous trouvons trop simple et trop humainecette vie trop ordinaire qui est la nôtre. Tant d’années à recommencer les mêmes banalités, avec les mille soucis et les mille détails, apparemment sans importance. Tout ça semble trop humain pour être divin.Et pourtant cette vie ordinaire, la nôtre, Jésus l’a vécue lui-même. Le Fils de Dieu l’a divinisée. Plus elle est humaine, plus elle est divine !Difficile à croire. Pourtant c’est bien ça qui s’appelle être chrétien.

Les contemporains de Jésus sont déçus. Ils attendaient un Messie triomphant qui chasserait les romains. Ils attendaientle jour fracassant du Seigneur pour restaurer Israël dans sa puissance. Ils sont choqués, déçus par la façon dont Jésus accomplit sa mission. Pas d’éclats : il enseigne, il guérit, il console, il pardonne. Ils sont déçus.

Nous aussi, nous sommes déçus par exemple quand nous disons : “Ah! S’il y avait un Bon Dieu, ça n’existerait pas.” Nous rêvons encore d’un Dieu qui interviendrait de façon visible pour mettre bon ordre dans notre monde. Non, il n’agit pas de cette façon. Il n’est pas providence d’intervention, mais plutôt d’inspiration. Il parle au cœur des hommes, il inspire, il anime notre liberté par son Esprit-Saint, son Esprit d’amour. Mais il est effectivement impuissant si l’homme n’accueille pas son Esprit. Rien ne lui résiste sinon notre incroyance.

Soyons heureux de croire en Dieu qui a vécu notre condition humaine, notre vie ordinaire, et la souffrance et la mort pour nous révéler que l’amour aura le dernier mot. Dans cette Eucharistie, recevons son Esprit pour essayer, dans notre vie ordinaire, de suivre son chemin de vie, d’amour et de joie.

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Homélie

Posté par rtireau le 6 juin 2018

10° dimanche dans l’année B – 10 juin 2018

(Genèse 3, 9 – 15 ; Psaume 129 ; 2 Corinthiens 4, 5 – 5,1 ; Marc 3, 20 – 35)

Curieux texte d’évangile où l’on finirait par se demander : « De quel côté est donc Jésus ? » Le passage d’aujourd’hui essaie de démêler le vrai du faux car l’action de Jésus est contestée à la fois par sa parenté et par les scribes descendus de Jérusalem. Le contraste est violent entre le succès populaire de Jésus et l’attitude de sa famille, convaincue qu’il n’a plus toute sa tête. Les scribes aussi pensent qu’il est possédé par Béelzéboul, et que ce serait ce prince des démons qui agirait en lui. Jésus répond longuement pour montrer l’absurdité d’une idée qui prétendrait que Satan s’opposerait à lui-même, ce qui le mènerait à son autodestruction. Il explique que la défaite de Satan vient de la victoire d’un plus fort que lui. Et alors ça nous rappelle le récit des tentations de Jésus au désert.

J’ai retrouvé pour vous quelques lignes de Gérard Bessière au sujet de l’évangile d’aujourd’hui. Vous y gagnerez car il est beaucoup plus poète que moi. Le titre est : Rumeur au village.« La rumeur s’enfle. Le village parle. Les hommes de la famille tiennent conseil. C’est la honte du clan. On ne pourra plus marier les filles. Il suffira de prononcer un nom et chacun prendra ses distances. Le conseil de famille en a décidé : “On dira qu’il est fou.”Pendant que la foule se pressait autour de Jésus, sa famille vint pour se saisir de lui, car ils affirmaient : “Il a perdu la tête.” Les oncles et cousins musclés savaient aussi qu’une commission de juristes – les scribes – avait été envoyée de Jérusalem pour enquêter. Leur conclusion était redoutable pour lui et pour la réputation de tout le clan: “Il est possédé par Béelzéboul ; c’est par le chef des démons qu’il expulse les démons.” Mieux valait encore dire qu’il avait “perdu la tête”.

Qu’avait-il donc fait pour être considéré comme un fou ou un suppôt de Satan ? Il annonçait que Dieu s’approchait, il libérait des possédés, il guérissait des malades, il s’approchait des lépreux et osait même les toucher pour leur rendre la santé, il allait jusqu’à pardonner les péchés, il mangeait chez des gens de piètre conduite. Il prenait des libertés avec l’observance du sabbat.Il affirmait des positions tout à fait personnelles sans s’appuyer sur les traditions. Il disait qu’il fallait mettre le vin nouveau dans des outres neuves ! En somme, la subversion, et tout cela en se réclamant de Dieu !

Impossible de franchir le cercle des gens assis autour de lui pour l’empoigner.La famille reste dehors et le fait demander. On transmet : “Ta mère et tes frères sont là dehors, qui te cherchent.”Mais lui répond :« Qui est ma mère ? Qui sont mes frères ?” Et, parcourant du regard ceux qui étaient assis en cercle autour de lui, il dit : Voici ma mère et mes frères. Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma sœur, ma mère.”En un temps et dans un peuple où la famille était sacrée, Jésus opère une rupture vertigineuse.Une autre famille naît plus forte que celle du sang, ouverte à toute humanité, celle du Père qui est dans les cieux. A-t-on pris la mesure de la nouveauté scandaleuse qu’apportait l’enfant perdu de Nazareth ? » Fin de citation de Gérard Bessière.

Une phrase demeure totalement mystérieuse : « Si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint, il n’aura jamais de pardon. » Pour commencer de comprendre les propos de Jésus, il est bon de se souvenir de ce que la Bible dit de l’Esprit. D’après la bible, l’Esprit est avant tout le Souffle de Dieu. Souffle qui crée, qui régénère, qui vivifie, qui ressuscite. « Il est notre vie »,dira Saint Paul. Celui qui nous donne d’aimer et d’agir. Celui qui nous permet de crier vers Dieu en l’appelant Père. Celui qui nous livre les secrets de Dieu. Si c’est bien ça l’Esprit, et si on l’a compris, il devient impensable de refuser l’Esprit… Mais qui peut dire de son voisin qu’il refuse l’Esprit ?

Et ce n’est pas tout. La Bible désigne l’Esprit par des mots étranges : souffle, vent, brise, feu, flamme…Des mots qui ne désignent pas une réalité saisissable car de l’Esprit, on ne voit que les effets : la justice, la solidarité fraternelle, la paix, l’union…Autant de signes du salut que nous pouvons constater aussi chez ceux qui ne fréquentent pas les églises où même qui ignorent tout ou presque de l’évangile et de l’Esprit. En un temps et dans un peuple où la famille était sacrée, une autre famille naît plus forte que celle du sang, ouverte à toute humanité, celle du Père qui est dans les cieux, celle de tous ceux qui sont habités par l’Esprit.

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Homélie

Posté par rtireau le 17 janvier 2018

3° dimanche dans l’année B – 21 janvier 2018

Jonas 3, 1-5.10 ; Psaume 24 ; 1 Corinthiens 7, 29-31 ; Marc 1, 14-20 

“Convertissez-vous et croyez à l’Evangile.”

Jonas (1ère lecture) était chargé d’aller inviter les gens de Ninive à se convertir. Je crois bien que, pour les skieurs, le demi-tour s’appelle conversion et que ce n’est pas si commode quand on débute. Moi je n’ai jamais osé aller jusque là. Je ne suis pas sûr d’être plus fort en conversion dans le quotidien. Heureusement, dans ce domaine, on a le droit d’être toujours des débutants.

Jonas était donc chargé d’aller inviter les gens de Ninive à se convertir. Pour le juif qu’il était, Ninive était la ville païenne avec laquelle il ne fallait pas avoir de contact. Et c’était la capitale assyrienne, ennemie héréditaire d’Israël. Deux bonnes raisons de ne pas y aller.

Trois messages, au moins, dans ce texte :

• Celui qui porte la parole du Seigneur ne choisit pas les destinataires. Jonas est sommé d’aller à Ninive. Il est convoqué à la solidarité hors frontières.

• Ce n’est pas sa force personnelle qui agit, c’est la force de la Parole de Dieu.

• Ce livre montre avec humour que Dieu est le Dieu de tous, y compris des ennemis.

“Convertissez-vous et croyez à l’Evangile.”

Ce qui m’a toujours frappé dans cet Évangile, c’est l’audace et le mouvement. Bien sûr, les événements racontés brièvement ont sûrement été étalés dans le temps. Mais tout de même, quelle activité ! Ça bouge de partout : “Passant le long de la mer de Galilée, Jésus vit Simon et André… en train de jeter les filets … Il leur dit : venez. … et ils le suivirent.” Un peu plus loin, deux autres : il les appela “et ils partirent à sa suite.” Cette capacité à être prêt tout de suite, comme si on attendait ça depuis toujours. Il y a là une sorte de secret du bonheur.

En tous cas, il y a de quoi nous interroger sur notre action ou notre inaction.

• Je me rappelle, il y a beaucoup d’années, ces personnes heureuses d’être toujours les mêmes dans leur groupe d’action catholique, depuis au moins 15 ans. Ils disaient même avoir acquis une telle profondeur de réflexion que c’était devenu impensable d’inviter un nouveau dans leur groupe ! Ils étaient exactement dans le sens contraire de l’évangile.

• Je me rappelle aussi heureusement beaucoup plus d’exemples positifs de ce remue-ménage de l’évangile et de toute la joie qui en sort : les grands changements pour la catéchèse des enfants et les messes des familles, la démarche de beaucoup d’adultes en direction du baptême.

Sans doute il y a des gens qui croient que la Bonne Nouvelle a un peu vieilli, et qu’elle n’est peut-être plus aussi bonne. Ils ne se rendent pas compte que c’est eux, c’est nous qui avons vieilli.

“Convertissez-vous et croyez à l’Evangile.”

Y a-t-il encore une Bonne Nouvelle pour notre monde d’aujourd’hui, se demande Jean-Marie Ploux dans son livre Le Christianisme a-t-il fait sont temps ? Après le temps de la Tradition où la foi en Dieu allait de soi, et celui de la modernité où l’on a essayé de la défendre, nous sommes dit-il au temps de la relativité où elle ne pourra s’inscrire que dans la gratuité et la confiance. “Il reste, dit-il, la seule confiance d’hommes et de femmes qui, dans les merveilles de la vie quotidienne qu’ils savent voir et dans les souffrances qu’ils essaient de supporter ou de porter avec les autres, s’en remettent à Dieu du quotidien et de l’ultime. La confiance en Dieu et la confiance en ses témoins qui, depuis toujours, ont cru que l’insatisfaction en eux était signe d’une soif de Dieu. Qui ont cru que tous les gestes de compassion des hommes pour les vivants et pour le morts, toutes les paroles de pardon, toutes les expressions de gratuité, dessinaient l’image d’un homme appelé par un Autre à quelque chose qui passe l’homme.”

Et plus loin : “Devant la souffrance de l’autre et réduits à l’impuissance, quand l’autre semble abandonné à lui-même et voué à la dernière solitude, la seule chose que l’on puisse offrir, c’est de ne pas fuir et d’être présent. … Cette solidarité des éprouvés dans et par la souffrance ne supprime pas la souffrance,  ne lui donne pas un «sens» mais fonde une fraternité. Oui, Jésus a été un trait de lumière dans l’humanité, il a laissé entrevoir l’espérance que rien de l’amour et de la peine de l’homme ne sera perdu.”

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Homélie

Posté par rtireau le 14 décembre 2017

3° dimanche de l’Avent B – 17 décembre 2017

Isaïe 61, 1-2a. 10-11 ; Magnificat ; 1Thessaloniciens 5, 16-24 ; Jean 1, 6-8. 19-28

Son nom était Jean, et on l’a appelé le précurseur. Précurseur… Comme dans un lycée de banlieue où des terminales sont devenus des relais ados pour des plus jeunes, et on les a appelés des précurseurs. Entre adultes et ados les relations sont souvent prises comme des leçons de morale. Les précurseurs se situent autrement et suggèrent un comportement qui fait grandir l’autre. Ils ont inventé ensemble la joie de savoir qu’il y a quelqu’un là qui peut venir à l’aide en cas de besoin. 

“Son nom était Jean. Il était venu comme Témoin, pour rendre témoignage à la Lumière.” Témoin, témoigner sont des mots privilégiés du vocabulaire chrétien. Leur origine latine en fait des cousins germains des mots attester et contester, des mots qui ont une résonance judiciaire. Pour l’évangéliste Jean, le témoin est celui qui atteste ou qui conteste face aux accusateurs et face aux juges. Jean le Baptiste “venu comme témoin pour rendre témoignage à la Lumière” conteste les fausses images que les juifs se font de Jésus et il atteste qu’il est là au milieu d’eux et aide à le reconnaître.

Jean précise bien qu’il ne baptise que dans l’eau. Celui qui vient, lui, baptisera dans le feu et dans l’Esprit. Ne renversons pas les rôles, dit-il.  Et c’est pourtant ce que feront certains des disciples de Jean, ceux qu’on appellera précisément les johannites : ils désigneront Jean comme le Messie. Pourtant il refuse qu’on le prenne pour ce qu’il n’est pas. Il n’est même pas digne de dénouer les sandales de celui qui doit venir. Et il insiste : ne fixez pas votre attention sur moi ! Regardez vers Jésus. Et lui aussi, Jésus, pour ne pas se laisser enfermer par les foules et trahir sa mission, lui-aussi dira bientôt : “Vous n’avez qu’un seul Maître…, qu’un seul Père, celui qui est aux cieux” (Matthieu 23). Et il finira même par dire : “Il vaut mieux pour vous que je m’en aille” (Jean 16, 7).  La race des johannites n’est jamais tout à fait éteinte. Il y en a toujours qui s’attachent plus au messager qu’au message : l’homélie était belle, l’image télévisée était superbe. C’était bien ! Mais au fait qu’est-ce qui a été dit ? Ils retiennent plus les mots que la Parole. Il est vrai que la Parole ne s’entend effectivement que dans le silence.

Mgr Rouet a fait remarquer un jour : quand les enquêteurs de Jérusalem viennent demander à Jean qui il est, il leur répond qu’il n’est ni le Christ, ni Elie, ni le Prophète (Jean 1, 20-21). Qui est-il alors ? Il déclare : “Je suis la voix de celui qui crie à travers le désert” (v. 23). Or, dans leur interrogatoire, les pharisiens répètent bien qu’il n’est ni le Christ, ni Elie, ni le prophète, ils omettent cependant une parole de Jean : ils n’ont pas entendu qu’il est une voix (v. 25). Ils ont écouté ce qui entre dans leurs catégories, ils n’entendent pas ce qui aurait transformé leurs mentalités.

“Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas…” C’est le Christ. Jésus nous a bien dit avant de remonter près de son Père : “Et moi je suis avec vous, tous les jours, jusqu’à la fin du monde” (Matthieu 28, 20). Et pour qu’il n’y ait vraiment plus de doute sur sa manière d’être présent il nous dit : “Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ! » (Matthieu 25).  Il est donc là et se donne à rencontrer. Oui mais on ne le reconnaît pas. Il est devenu homme, il est devenu l’un des nous. Merveilleuse façon de se montrer, mais aussi redoutable façon de se cacher ? C’est pour ça qu’on s’entraide à le reconnaître. C’est ça le rôle de la communauté, qu’elle soit petite dans un groupe de partage, ou qu’elle soit plus grande le week-end dans le rassemblement eucharistique.

“Au milieu de vous, quelqu’un que vous ne connaissez pas.” Nous sommes invités à le rencontrer dans sa Parole et dans son Pain partagé : le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain.”(Luc 24, 35) Quelquefois, disait quelqu’un, on sent qu’il n’y a pas de cohésion, pas de corps dans nos assemblées. Alors on ne peut pas reconnaître le corps du Christ. D’autres fois, c’est l’inverse et il y a aussi des témoignages : “J’y puise la force pour le quotidien. – Je rentre découragée, et je ressors regonflée.” – Et ce jeune papa qui avait tout compris : “J’ai déménagé plusieurs fois. J’ai trouvé le truc. Quand j’arrive quelque part, je commence par aller à l’église le dimanche. Et j’en sors avec deux ou trois personnes de plus dans mes relations. Pour s’intégrer, l’Eglise, y’a pas mieux.”

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Homélie

Posté par rtireau le 29 mars 2017

Cinquième dimanche de carême A – 2 avril 2017

Ezéchiel 37, 12-14 ; Psaume 129 ; Romains 8, 8-11 ; Jean 11, 1-45

“Vous saurez que je suis le Seigneur quand je vous ferai sortir de vos tombeaux.” C’était Ezéchiel tout à l’heure. On aimerait mieux que le Seigneur nous évite le tombeau ! Mais non : il n’a pas évité le tombeau à Lazare, ni à personne, pas même à son fils Jésus.

Saint Jean, lui, était sûrement à Béthanie. Il donne en effet beaucoup de détails dans cette scène d’évangile remplie d’amitié. Il est comme fasciné par Jésus, par sa tristesse, son émotion et toute son affection pour cette famille dont il a raconté tant de souvenirs : Marie qui lavait les pieds de Jésus et les essuyait avec ses cheveux, et Marthe qui faisait la cuisine pour lui.

Jean n’est pas un reporter avec sa caméra et il écrit un demi-siècle après les événements. Donc impossible pour lui de faire de la résurrection de Lazare un scoop journalistique.

Jean n’est pas davantage un historien. Même s’il raconte des faits qui ont eu lieu, il n’a pas cherché à bâtir un système de pensée. Il est resté narrateur de ce qu’il a vu : Jésus est avec ses disciples quand il reçoit le message des deux sœurs ; il retient son désir de voir tout de suite ses amis, et il dit d’abord sa mission : aller à la rencontre de l’homme à travers ses misères et jusqu’à la limite de sa vie, c’est à dire la mort.

Jean est un évangéliste : il a vécu la résurrection qui lui permet d’annoncer ce que Jésus a voulu révéler en guérissant les malades et en ressuscitant les morts. Jean dit la Bonne Nouvelle. Il explique qu’un miracle est toujours un signe qui révèle qui est Jésus :

- Jésus guérit des paralysés, non pas pour qu’il n’y ait plus jamais de paralysé, mais pour révéler qui il est : celui qui sauve de toutes les paralysies, et qui nous veut debout.

- il guérit des aveugles, non pas pour qu’il n’y ait plus jamais d’aveugles, mais pour dire : “Je suis la lumière du monde, qui marche à ma suite ne marche pas dans les ténèbres.”

- il ressuscite Lazare, non pas pour qu’il n’y ait plus jamais de mort, mais pour dire : “Je suis la Résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra.”

Jésus est venu pour annoncer la vie au-delà de la mort !

Et si Lazare, comme l’aveugle de la semaine dernière, nous représentaient ? Notre humanité est quelquefois sans espoir, aveugle, sourde, sentant mauvais, à la dérive ! C’est dans cet état que Jésus a trouvé son ami : non plus un homme mais un cadavre. Et il a pleuré. Pourquoi ? Parce qu’à certaines heures, c’est la seule façon qu’il nous reste d’aimer et de prier. Le père Varillon a écrit des pages étonnantes sur La souffrance de Dieu : Pourquoi a-t-on pu imaginer un Dieu impassible et lointain ? Non ! Jésus montre que Dieu souffre avec les hommes qui souffrent. Il n’est pas l’inventeur de la mort-punition. Il est l’accompagnateur de la mort qui nous éprouve.

Jésus dit : “Enlevez la pierre” ! Il n’aime pas les tombeaux, ni les pierres devant les tombeaux. Il n’aime pas la mort. Voilà pourquoi il ne dit pas, il ordonne : “Enlevez la pierre ! Puis : “Lazare, viens dehors !” et le mort sortit, vivant ! Et Jésus continue : “Déliez-le, et laissez-le aller !Jésus n’aime pas les tombeaux. Il ne supporte pas non plus les bandelettes, ni tout ce qui enchaîne. Ce que Jésus a fait pour Lazare, il veut le faire pour l’humanité entière. C’est un clown canadien qui disait : “Jésus est un ouvreur de tombeau et un dérouleur de bandelettes !”

Petite précision : Ce sont les amis de Lazare remis debout par Dieu qui vont délier ses mains et ses pieds. Jamais quelqu’un ne retrouve vie et espérance tout seul comme par miracle. Mais le moindre geste réchauffe et ranime. La seule force qui ait jamais ouvert les tombeaux et déroulé les bandelettes, c’est l’amour et le pardon !

Ce week-end, en France, les militants du CCFD répercutent la parole de Jésus : Viens dehors”. Une parole qui traverse les siècles. Nous avons beau être empêtrés dans les bandelettes de nos étroitesses et de nos peurs, ou ficelés dans la culpabilité, Jésus nous appelle dehors : regarde au-delà des frontières et va rejoindre – à ta façon – ceux qui agissent pour un monde plus solidaire. Ce cri de Jésus a fait se lever beaucoup de femmes et d’hommes qui refusent que le monde soit que ce qu’il est ! Incontestable victoire de l’obstination et de l’espérance sur la détresse et l’injustice.

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